Le système MOSE, acronyme de MOdulo Sperimentale Elettromeccanico (« module expérimental électromécanique »), est un système intégré de défense formé d'une rangée de parois mobiles escamotables permettant d’isoler la lagune de Venise de la mer Adriatique durant les phénomènes de hautes marées dépassant un niveau établi () et jusqu’à un niveau maximum de . Cet ouvrage, conçu par l'ingénieur Alberto Scotti du cabinet d'ingénierie Technital de Vérone, est lié à d’autres interventions complémentaires comme la consolidation du littoral, la surélévation des rives et des pavages et la requalification environnementale de la lagune, devrait permettre de défendre Venise contre les phénomènes extrêmes comme les inondations (acqua alta) et éviter sa dégradation morphologique, qui provoque l’envahissement progressif de la lagune par la mer et l’affaissement du sol.
La réalisation du projet a démarré le dans les trois passes : Lido Lido Nord Treporti - 420 mètres, 21 modules, Lido Sud San Nicolò - 400 m, 20 modules, Malamocco - 380 m 19 modules, Chioggia - 360 m, 18 modules, qui mettent en communication la lagune et la mer Adriatique et où se déroule le mouvement des marées. La totalité des ouvrages est opérationnelle depuis le . En cas de marée haute, la lagune de Venise peut être protégée en moins de 60 minutes. Il faut à peine 30 minutes pour abaisser les parois mobiles.
Entre le , date du premier essai complet du MOSE et le , le MOSE a été relevé 33 fois pour empêcher que la lagune de Venise soit inondée.
Origine du nom Avant que l’acronyme ne soit utilisé pour désigner l’ensemble du système de défense contre les hautes marées, il désignait le prototype à l’échelle 1:1 d'une paroi mobile, utilisée entre 1988 et 1992 dans la passe du Lido.
De plus, le nom MOSE (Moïse en français)Voir sur rfi.fr. rappelle le personnage biblique dont le nom signifie « sauvé des eaux ». L'analogie est faite entre le système et l'histoire de Moïse qui est sauvé des eaux du Nil peu après sa naissance et qui assure ensuite le passage de la mer RougeVoir sur sites.arte.tv. par le peuple d'Israël. thumb|250px|Nombre d'inondations de Venise par décennie depuis 1870 (Centro Previsioni e Segnalazioni Maree di Venezia) - En bleu clair, niveau d'eau ≥ 110 cm, en bleu sombre ≥ 120 cm, avant la mise en service du MOSE Contexte Le MOSE n’est pas un ouvrage isolé, mais fait partie du Programme général d’interventions (PGI) pour la sauvegarde de Venise et de sa lagune que le ministère des Infrastructures et la Magistrature des Eaux de Venise (bras opérationnel du ministère dans la lagune) a lancé en 1987 par l'intermédiaire du Consorzio Venezia Nuova. Ces interventions sur le littoral et dans la lagune, déjà terminées ou en cours, constituent le plus grand programme de défense, récupération et requalification environnementale jamais lancé par l’État italien. left|thumb|Principe du système En même temps que les travaux du MOSE, la commune de Venise procède actuellement à des interventions de surélévation des rives et des pavages pour défendre les agglomérations lagunaires contre les hautes eaux et les moyennes eaux (c’est-à-dire inférieures à , niveau limite établi avant l’intervention des parois mobiles). Ces ouvrages présentent une complexité particulière, en particulier dans les zones urbaines comme Venise ou Chioggia où la surélévation doit tenir compte d’un contexte architectural et monumental délicat.
Les interventions de requalification de la lagune visent à freiner la dégradation des structures morphologiques entraînée par les phénomènes de subsidence (abaissement du niveau du sol) et d’eustatisme (élévation du niveau de la mer) et par l’érosion provoquée par le mouvement des vagues. Les ouvrages, en cours de réalisation dans tout le bassin lagunaire, ont pour objectif la protection, la reconstruction et la renaturalisation des barènes (terres émergées recouvertes d'eau lors des fortes marées), des velmes (terres immergées, découvertes lors de basses marées) et des bas-fonds, ainsi que la défense et la récupération des petites îles et des canaux lagunaires.
Objectif Le système MOSE a été proposé comme une solution au problème des hautes marées, un phénomène que la ville de Venise et les autres agglomérations de la lagune subissent depuis l’Antiquité durant l’automne, l’hiver et le printemps et qui s’est particulièrement aggravé depuis quelques dizaines d’années. Même si la hauteur des marées est moins élevée dans le bassin lagunaire que dans d'autres régions du monde, où elle peut atteindre , le phénomène peut devenir important s’il est associé à des facteurs atmosphériques et météorologiques tels que la pression et l’action des vents comme la « Bora » (vent du nord-est arrivant de Trieste) ou le Sirocco (vent chaud soufflant du sud-est), qui poussent les vagues dans le golfe de Venise. La pluie et l’eau douce, qui se déversent dans la lagune par l’intermédiaire du bassin versant et des 36 points de convergence des rivières et canaux, contribuent également au phénomène. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des hautes marées est également liée à d’autres causes, naturelles et artificielles, qui ont modifié l’équilibre hydraulique et morphologique de la lagune, comme la subsidence et l'eustatisme (au cours du , le sol de la lagune s'est abaissé de par rapport au niveau de la mer), le pouvoir d’érosion de la mer, renforcé par plusieurs interventions humaines (môles, canaux artificiels) effectuées dans l’intérêt des activités portuaires et industrielles de Porto Marghera ; l'augmentation du mouvement des vagues, provoqué par les embarcations à moteur, qui participe à l’érosion des structures morphologiques et des fondations des rives et des édifices. En plus d’affronter ces problèmes contingents, le système MOSE (de même que les autres ouvrages de défense) a été conçu en tenant également compte de la hausse du niveau de la mer entraînée par le réchauffement de la planète. Les digues mobiles peuvent assurer une protection efficace de la lagune même au cas des hypothèses les plus pessimistes, comme une hausse du niveau de la mer jusqu’à . thumb|250px|Inondation de Venise en 1966 Hautes marées exceptionnelles subies par la ville au cours du : inondation de (), 2019 (), 1979 (), 1986 (), 2008 & 2018 (), 1951 (), 1936 et 2002 (), 1960 et 2009 (), 1968, 2000, 2009 (), 1992 (), 1979 (). Toutes les valeurs citées ont été relevées à la station de Punta della Salute (Venise) et par rapport au zéro hydrographique de 1897. Entre 1966, année de la grande inondation, et 2009, 174 phénomènes de hautes marées supérieures à ont été enregistrés, contre 21 entre 1926 et 1965.
Chronologie de la réalisation Le projet a été lancé dans les années 1970 du fait de l’urgence de garantir à Venise et aux autres agglomérations de la lagune un système de défense de la mer efficace, urgence qui a été ressentie après l’inondation du . Ce jour-là, poussée par un fort vent de sirocco, la marée a atteint une hauteur de au-dessus du zéro marégraphique, un record absolu dans toute l'histoire. La marée avait commencé à monter dans la nuit du et, au lieu de se retirer en suivant le mouvement normal des marées, continua à monter durant toute la journée du jusqu’à inonder la ville entière. Le soir, avec l’apaisement du vent, l’eau commença à se retirer. Une tempête de mer violente dévasta simultanément les plages et provoqua l’effondrement de la muraille de défense du littoral, imposant l’évacuation du Lido di Pellestrina. Le gouvernement italien promulgua en 1973 une loi spéciale pour Venise déclarant le problème de Venise « d’intérêt national prioritaire ».
En 1975, le CNR lance un premier concours d’idées, suivi en 1980 d’un appel d’offres du ministère des Travaux publics pour l'élaboration d'un projet destiné à sauvegarder l'équilibre hydraulique de la lagune et empêcher de nouvelles inondations de la ville de Venise. Les six solutions proposées furent confiées à l’évaluation d’un collège de sept ingénieurs hydrauliques, qui furent également chargés de préparer un projet de faisabilité. Le projet présenté en 1981 prévoyait d’installer aux passes des barrages fixes associés à des vannes mobiles de protection. Un débat prolongé intéressant les institutions, le monde scientifique, politique et culturel, les médias et la population s’entama alors sur le sujet.
La seconde loi spéciale pour Venise définit en 1984 les stratégies et les critères devant être adoptés pour l’intervention de sauvegarde de Venise et institua un Comité d’orientation, de contrôle et de coordination (le , dirigé par le président du Conseil des Ministres et comprenant les institutions compétentes au niveau national et régional) en conférant au ministère des Travaux publics l’autorisation de procéder à une concession, qui devait être accordée de façon unitaire et selon des négociations privées. Cette exigence, également exprimée en 1982 dans un document du conseil municipal de Venise, était d'accélérer les temps mais, surtout, d'affronter selon une optique unitaire et organique l'ensemble des interventions de sauvegarde dans une réalité complexe et délicate comme celle du bassin lagunaire en confiant l’ouvrage à un sujet unique et qualifié, en termes d’entreprise et de compétences techniques et scientifiques. Le , la première convention est signée avec le Consorzio Venezia Nuova qui se voit confier la gestion du projet et l'exécution des interventions pour la sauvegarde de la ville.
Après quatre ans d’études et d'analyse des différents systèmes de barrières des eaux avec des essais sur plusieurs prototypes, le Consorzio Venezia Nuova présente, en , un projet définitif pour la sauvegarde de Venise, le projet REA - Riequilibrio e Ambiente Rééquilibre et Environnement qui prévoit l'utilisation de parois mobiles relevables installées à chaque passe de la lagune pour réguler le niveau des marées. C'est l’acte de naissance du MOSE. Après avoir expérimenté des prototypes et effectué plusieurs modifications, le nouveau projet de parois mobiles fut soumis, en 1994, à l’approbation du Conseil supérieur des Travaux Publics. L’organisme, après avoir également passé en revue les autres projets de défense contre les hautes marées approuva le système MOSE en 1992.
En 1997, la Magistrature des Eaux de Venise et le Consorzio Venezia Nuova présentent l’étude d’impact environnemental (SIA), qui fut évaluée positivement en 1998 par un collège de cinq experts internationaux nommés par le président du Conseil, Romano Prodi. La même année, le projet de digues mobiles était rejeté par la Commission d’évaluation environnementale du ministère de l’Environnement. Sur demande du Comitatone, le MOSE fut ensuite soumis à un examen approfondi. En 2001, le Conseil des Ministres, après avoir évalué l'impact environnemental du projet, lançait la mise en projet exécutive de l'ouvrage en définissant plusieurs prescriptions de projet. En 2002, le Consorzio Venezia Nuova présentait le projet définitif, qui intégrait les exigences du ministère des Transports et de l'Autorité portuaire, c’est-à-dire des brise-lames devant les passes et un bassin de navigation pour les bateaux de grandes dimensions à la passe de Malamocco. En 2002, le CIPE débloquait le financement de la première tranche des travaux d’un montant de 453 millions d’euros.
En 2003, après l’approbation du Comitatone et la pose de la première pierre par le président du Conseil, Silvio Berlusconi, les premiers chantiers du MOSE démarraient simultanément sur les trois passes.
En 2009, les travaux en cours aux trois passes représentaient plus de 60 % du total de l'ouvrage pour un montant de 3,244 milliards d’euros sur un coût global du système MOSE de 4,678 milliards d’euros.
Le , le CIPE a approuvé le financement de la sixième tranche du projet, de 800 millions d’euros, qui prévoit le début de la construction des logements des parois mobiles (coffres sous-marins en béton).