Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, est un mousquetaire français né entre 1611 et 1615 au château de Castelmore, près de Lupiac, en Gascogne (dans le département actuel du Gers) et mort à Maastricht durant le siège de cette ville le , pendant la guerre de Hollande.

On connaît peu de choses du véritable d'Artagnan. Il n’existe de lui qu'un portrait, dont l’authenticité n’est pas garantie, et des mémoires apocryphes parus en 1700, soit après sa mort. Mélangeant le réel et l'imaginaire, ils furent rédigés par Gatien de Courtilz de Sandras, qui découvrit sa vie pendant un de ses séjours à la Bastille, alors que Baisemeaux (François de Montlezun de Besmaux), ex-compagnon de d’Artagnan, en est gouverneur.

Alexandre Dumas s'est inspiré de ces mémoires pour composer son personnage de d'Artagnan, héros gascon de trois récits publiés entre 1844 et 1850 et dont le plus connu est Les Trois Mousquetaires. Il le fait naître vers 1607 : il a dix-huit ans en 1625, première année de la trilogie romanesque qui l’immortalisa.

Origines familiales thumb|left|Château de Castelmore, à Lupiac. Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, naît à une date inconnue, probablement entre 1611 et 1615.. Il est le fils de Bertrand de Batz, seigneur de Castelmore, et de Françoise de Montesquiou, mariés en 1608Cf. la brochure du Centre Départemental de Documentation Pédagogique du Gers D'Artagnan, gentilhomme gascon, d'après Charles Samaran.. Le château de Castelmore, résidence habituelle de sa famille, se trouve dans le comté de Fezensac, près de Lupiac.

Gustave Chaix d'Est-Ange écrit que la famille de Batz de Castelmore n’appartenait pas à la noblesse à cette époque, que le premier à se qualifier de noble fut « noble Bertrand de Batz, seigneur de Castelmore et de la Plagne » qui épousa en 1608 Françoise de Montesquiou dont le père était seigneur d’Artagnan. Ce Bertrand de Batz fut le père de Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan. Le petit-fils de ce dernier fut condamné pour usurpation de noblesse en 1715 comme descendant d’Arnaud de Batz, marchand de Lupiac.. Chaix d'Est-Ange ajoute que pour se faire maintenir noble il fut produit un faux testament de 1546.

Charles de Batz-Castelmore, ainsi que son frère Paul avant lui, seront admis aux Mousquetaires du roi.

Gustave Chaix d'Est-Ange écrit également que la famille de Batz de Castelmore s'est éteinte en , mais le dernier du nom fut Louis Constantin de Batz de Castelmore, né à Paris le (fils de Louis Gabriel de Batz « marquis » de Castelmore et de Constance Gabrielle Dumoncel) et mort le au château de Scey-sur-Saône chez le prince-duc de Bauffremont. Dernier de son nom en ligne masculine, il eut deux filles de son mariage, le à Paris, avec Jeanne Molé () : Louise-Constance () — d'où une descendance subsistante en ligne féminine — et Aglaé-Rosalie-Victorine ()Bulletin de la Société archéologique, historique littéraire et scientifique du Gers, 1973, : extrait baptistaire de M. le comte de Castelmor. Reconstitution des actes d’État-civil. Dépôt central palais de la Bourse. Entrée du 21 septembre 1872, . Pour copie conforme, Paris le 6 mai 1968. Direction des Archives de Paris.René Batz, Études sur la contre-Révolution : la vie et les conspirations de Jean, baron de Batz, 1908, page 45 (lire en ligne).Henri Castex, La descendance des Mérovingiens ? : les d'Artagnan toujours dans l'histoire, Éditions L.P.F., 1985, (lire en ligne).Louis Grasset-Morel, Les Bonnier, ou, Une Famille de financiers au , E. Dentu, 1886, (lire en ligne)..

D'Artagnan est le quatrième fils d’une fratrie de sept enfants (quatre garçons, trois filles). Son père prit la qualification de noble. Les mémoires apocryphes de d'Artagnan commencent ainsi :

Lorsque le jeune Charles de Batz quitte le château de Castelmore, à Lupiac, pour Paris, vers 1630, il décide, comme deux de ses frères qui s'engagent dans le métier des armes, d'utiliser le nom de la terre d'Artagnan, qui était une seigneurie au nord de la Bigorre (ancien comté rattaché au domaine royal), possédée par la maison de Montesquiou et qui donna son nom à une branche de cette maison.

Par sa mère, il descend des Montesquiou. Il est ainsi cousin germain de Pierre de Montesquiou d'Artagnan, qui deviendra plus tard maréchal de FranceAlexandre Dumas entretient la confusion entre les deux hommes puisque son d'Artagnan devient maréchal à la fin du cycle romanesque (Le Vicomte de Bragelonne, extrême fin du )., ainsi que de Joseph de Montesquiou d'Artagnan, autre capitaine de Mousquetaires, gouverneur de Nîmes et d'Arras.

Né en Armagnac, comté dont la noblesse a largement adhéré à la Réforme, Charles de Batz-Castelmore est catholique, ses ancêtres paternels comme maternels l'ayant toujours été.

À la fin de sa carrière, il se fait appeler « Haut et puissant seigneur, Messire Charles de Castelmore, comte d’ArtagnanIl s'agit d'un titre de courtoisie, d'Artagnan n'ayant pas possédé cette terre, qui n'était ni un comté ni un titre régulier. ». Le titre de comte ainsi employé est sans fondement en droit nobiliaire.

Des assignations ultérieures et des condamnations à l'amende pour usurpation de noblesse ont été délivrées entre 1697 et 1715 à plusieurs parents, de Batz-La Plaigne, de Batz-Castelmore et de Batz-La Peyrie, accompagnées du rejet de leurs suppliques qui s'appuyaient sur de nombreux faux et altérations. Pour clore les procédures, le roi donna ordre que leur noblesse soit maintenue et confirmée, ce qui est fait à Auch le 26 novembre 1716.

Débuts militaires thumb|Drapeau des Gardes françaises. Selon Courtilz de SandrasGatien de Courtilz de Sandras, Mémoires de Monsieur d'Artagnan, sur archive.org, Cologne, Marteau, 1700, 50. — , dit simplement Pinard, sans que l'on sache s'il a une autre source que Courtilz. Pinard, Chronologie historique-militaire, sur gallica.bnf.fr, Paris, Hérissant, 1763, VI, 418. — Selon Charles Samaran, , s'il a réellement été cadet dans cette compagnie. Charles Samaran, D'Artagnan, capitaine des mousquetaires du roi : histoire véridique d'un héros de roman, sur archive.org, Paris, Calmann-Lévy, 1912, 87 . — La version de Courtilz est reprise par Alexandre Dumas, dans Les Trois Mousquetaires, sur gallica.bnf.fr, Paris, Fellens, Dufour, 1849, 60., il aurait été pris en tant que cadet dans la compagnie des Essarts du régiment des Gardes françaises, sur la recommandation de M. de Tréville, qui est parent de sa mère, capitaine-lieutenant de la compagnie des Mousquetaires du Roi. Il participe de 1640 à 1642 aux opérations militaires du siège d'Arras, de Bapaume, de Collioure ou de Perpignan.

Son entrée chez les Mousquetaires du Roi (où exerce déjà son frère aîné Paul), avec la protection de Mazarin, daterait de 1644, en même temps que celle de son ami François de Montlezun, seigneur de Besmaux près d’Auch et futur gouverneur de la Bastille. Il se peut qu'il y ait croisé Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle, Isaac de Portau et Henri d'Aramitz, tous trois Béarnais, dont la présence est attestée au sein des mousquetairesL'Express , 18 au 24 juin 2014, page III..

La compagnie des Mousquetaires est dissoute par Mazarin en 1646. Pendant la Fronde, le cardinal charge d'Artagnan — devenu un de ses — d'un certain nombre de missions auprès des chefs militaires. , qu'il a servi et protégé pendant ces années-là, alors qu'il n'était qu'un enfant, lui accorde par la suite toute sa confiance, le chargeant de nombreuses missions réclamant diligence et discrétion.

Lors de l'exil de Mazarin à Brühl en 1651, d'Artagnan accompagne le ministre. Cette fidélité est payée de retour : en 1652, d'Artagnan est lieutenant aux Gardes Françaises, ce qui suscite des remous dans cette unité d'infanterie ; en 1653, Mazarin lui fait accorder la charge de , que convoitait Colbert ; en , il achète une charge de capitaine aux Gardes dans la compagnie de Fourille, grâce à l'argent de la revente de ses charges précédentes et à prêtés par des fidèles de Mazarin, notamment Colbert, alors au début de sa carrière.

D'Artagnan mousquetaire vignette|gauche|Plaque au rue du Bac (Paris). En 1657, la première compagnie des mousquetaires, dite des « grands mousquetaires » ou des « mousquetaires gris » (en raison de la robe de leurs chevaux), est reconstituée par . D'Artagnan en devient membre avec le grade de sous-lieutenant en 1658, mais en assure le véritable commandement (le chef nominal, le capitaine-lieutenant, étant le duc de Nevers, un neveu de Mazarin)..

D'Artagnan a son hôtel particulier (aujourd'hui disparu) au de l'actuelle rue du Bac, à l'angle du quai Voltaire à Paris, dans l'actuel (ancien quai des Théatins).

vignette|D'Artagnan représenté par Nicolas Cochin. Détail de la Marche à l'entrée de Leurs Majestés en la Ville de Paris (1661).

Fréquentant les salons littéraires du Marais, il y rencontre une riche veuve, Anne Charlotte de Chanlecy, dame de Sainte-CroixÀ ce sujet, consulter : Henri Nicolas, Quand d'Artagnan épousait une châtelaine bressane d'origine charolaise, revue « Images de Saône-et-Loire » (mars 1973), .. Un contrat, daté du et portant les signatures de et Mazarin, l'autorise à la prendre pour épouse — ce qu'il fait le suivant, en l'église Saint-André-des-Arts, à Paris.. Ils ont deux fils, en 1660 et 1661, puis se séparent de biens et de corps en 1665, Anne Charlotte étant lassée des infidélités de son mari, toujours en déplacement..

En 1660, se marie avec l'Infante d’Espagne. La cérémonie a lieu le à Saint-Jean-de-Luz. Le voyage vers le Pays basque dure un an et donne l’occasion à de visiter les provinces méridionales de son royaume. D'Artagnan accompagne le cortège. La traversée des villes-étapes provoque l’admiration des populations : les fiers mousquetaires précèdent l’attelage royal, tiré par six chevaux blancs. Le jour de l’étape à Vic-Fezensac, le , d'Artagnan chevauche vers Castelmore pour revoir les siens et se recueillir sur la tombe de ses parents, dans la chapelle du domaine.

L’arrestation de Fouquet

Le , Louis XIV confie à d'Artagnan la mission délicate d’arrêter Nicolas FouquetVoir l’arrestation de Nicolas Fouquet., à la sortie du Conseil, à Nantes. Cette mission aurait dû être confiée à un capitaine de la Garde du corps du roi, le duc de Gesvres, mais ce dernier était un client de Fouquet. Le roi montre ainsi qu'il accorde toute sa confiance à d'Artagnan.

Une longue période commence pendant laquelle le mousquetaire fait fonction de geôlier de son prestigieux prisonnier dans ses lieux d’incarcération successifs : trois mois au château d'Angers, au château d'Amboise, puis au donjon de Vincennes, le de l’année suivante à la Bastille et enfin à Pignerol.

Pendant trois années, d’Artagnan s’occupe personnellement de son prisonnier, filtrant ses visiteurs et rendant compte scrupuleusement en haut lieu de tous les détails de la vie de l'ex-surintendant avec lequel, malgré les rigueurs de la détention, il noue des relations presque amicales. Madame de Sévigné rapportera avec quelle diligence d'Artagnan a rendu le transfert et la détention de Fouquet les moins pénibles possible. Dix ans plus tard, le , il procède de manière analogue à l’arrestation de Lauzun.

Suite de sa carrière militaire thumb|Lettre manuscrite signée « artaignan » par Charles de Batz, 26 octobre 1672.

En 1666, il est nommé (charge qui lui rapporte des gages et lui assure un logement à VersaillesLes courtisans émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter du 29 octobre 2010.) ; il se démet de cette charge en 1667 pour devenir capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires, ce qui lui assure une solde de neuf cents livres par moisCette charge était très convoitée, car la plus belle du royaume selon Colbert..

En 1670, il participe à la répression de la révolte de Roure en Vivarais (actuelle Ardèche) aux côtés du maréchal de camp Le Bret dont il est l'adjoint.