La Belle Époque est la période que connaît la France de la fin du au début de la Première Guerre mondiale, marquée par les progrès sociaux, économiques et techniques. Le chrononyme « Belle Époque », comme les limites précises de cette époque, sont encore débattues par l'historiographie de cette période.

Après la Grande Dépression des années 1873 à 1896, la France entre comme les autres pays industrialisés dans une période de croissance soutenue dans le cadre de la deuxième révolution industrielle, portée par des secteurs innovants comme l'électricité et l'industrie automobile. L'expression « Belle Époque », qui se répand tout au long du , témoigne d'une perception quelque peu déformée d'un passé proche et rétrospectivement embelli, mais s'appuie néanmoins sur un certain nombre de réalités : une stabilité politique exceptionnelle sous la Troisième République, marquée par la longévité des gouvernements Waldeck-Rousseau, Combes et Clemenceau, une croissance économique rapide, portée par les industries de pointe et tournée vers la modernité, l'amélioration du niveau de vie moyen des Français, qui s'accompagne d'un recul de la misère et du développement des loisirs et des activités sportives, ainsi qu'une fierté nationale renforcée par les nouvelles conquêtes coloniales.

La modernisation de la France dans les premières années du ne peut cependant effacer un certain nombre de difficultés : le pays perd son rang de deuxième puissance économique mondiale, au profit de l'Allemagne et des États-Unis, et sa relative faiblesse démographique entraîne le vieillissement de sa population. Malgré l'amélioration du niveau de vie, la société française apparaît encore très inégalitaire et hiérarchisée. L'expression « Belle Époque » se rapporte avant tout au mode de vie d'une bourgeoisie triomphante, qui se distingue des autres Français par le raffinement de sa vie oisive, et ne suffit pas à masquer la misère des classes populaires des villes et des campagnes. La population, qui s'urbanise progressivement, reste majoritairement rurale, cependant que le monde ouvrier s'organise autour des syndicats pour porter de nouvelles revendications et améliorer ses conditions de travail. Les inégalités hommes-femmes, encore très marquées, laissent apparaître de premiers signes d'émancipation de ces dernières, principalement du fait de leur accès à une éducation primaire après la mise en place des lois scolaires.

Rassemblées face à la montée du nationalisme dans le cadre de l'affaire Dreyfus, les forces de gauche forment une majorité élargie autour des radicaux, ce qui entraîne une stabilité gouvernementale inédite durant les premières années du , celles où l'État s'émancipe définitivement de la tutelle de l'Église dans un mouvement de sécularisation accélérée de la société qui culmine avec le vote de la loi de séparation des Églises et de l'État en . La presse écrite connaît son âge d'or et les intellectuels occupent un rôle grandissant en s'engageant sur les questions politiques et sociales.

La Belle Époque est une période de grands bouleversements culturels, scientifiques et techniques et Paris, « Ville Lumière » en pleine mutation, brille tant par son rayonnement artistique et culturel que sa modernité, célébrée lors de l'Exposition universelle de 1900. L'électricité se développe, tout comme les nouveaux moyens de transport que sont le métro et l'automobile, et de nouvelles formes de divertissement apparaissent, à l'image du cinéma dont la première représentation publique a lieu en 1895. La Belle Époque est aussi celle du développement de la pratique sportive, d'abord réservée à une élite mais qui se démocratise avec la naissance du « sport-spectacle », la multiplication des associations sportives et des patronages.

Définition Contexte et repères chronologiques vignette|gauche|redresse=1.10|Une soirée élégante (1890) par Victor-Gabriel Gilbert.

La Belle Époque est généralement définie comme les quinze ou vingt années qui précèdent la Première Guerre mondiale, mais ces limites sont parfois débattues parmi les historiens. Michel Winock choisit l'année 1900 comme point de départ, tant pour sa valeur symbolique, en tant que dernière année du , que parce qu'elle coïncide avec , ainsi qu'avec l'exposition universelle, évènement pacifique qui fait de Paris . Pascale Goetschel et Emmanuelle Loyer définissent la Belle Époque comme .

Pour Dominique Lejeune, la Belle Époque débute en 1896, année du retournement de la conjoncture économique mondiale. La France connaît en effet, entre 1873 et 1896, une longue période de ralentissement de la croissance, de chômage et de baisse des prix, qui entraîne une certaine instabilité politique. Ayant plus souffert de cette situation économique défavorable que ses voisins, la France retrouve à partir de 1896 le chemin d'une croissance soutenue et d'une hausse des prix, comme pour l'ensemble des pays industrialisés. Cette période de paix et de prospérité, propice aux progrès sociaux et techniques, frappe l'ensemble de l'Europe, et correspond notamment en Allemagne au wilhelminisme.. Jean-Yves Mollier souscrit à ces mêmes limites de 1896-1914 et précise .

« Belle Époque », genèse d'un chrononyme Plusieurs historiens, dont Jean Garrigues et Philippe Lacombrade, affirment que l'appellation « Belle Époque » est apparue immédiatement après la fin de la Première Guerre mondiale pour . Selon Dominique Lejeune, cette expression . Dès lors, l'expression se diffuse rapidement au sein de la population qui l'utilise pour .

De fait, le qualificatif démontre la perception quelque peu déformée d'un passé proche et , ce qui, pour autant, n'est pas sans fondement pour Dominique Lejeune, car .

Si la grande majorité des ouvrages consacrés à la période s'accordent sur une naissance du chrononyme « Belle Époque » dès la fin de la Première Guerre mondiale, l'historien Dominique Kalifa conteste cette assertion dans une étude parue en 2016. D'après son analyse, aucune référence à la « Belle Époque » en tant que période historique n'apparaît au cours des , bien que l'expression soit attestée dans son usage naturel pour évoquer l'âge d'or ou l'apogée d'une activité :

En 1931, le pamphlet 1900, de Paul Morand, est le premier à circonscrire la période et à . Bénéficiant d'une large couverture médiatique, cette diatribe contre une période jugée stupide par son auteur suscite une forte réaction et contribue à lancer une , de nombreuses personnalités, écrivains ou critiques d'art s'attachant alors à défendre les premières années du . Une certaine nostalgie du , célébrée dans le film d'Abel Gance Paradis perdu, réalisé en 1939 et diffusé l'année suivante, se met alors en place.

Selon Dominique Kalifa, c'est en 1940 que figure le premier usage sans équivoque du chrononyme « Belle Époque », à travers l'émission radiophonique « Ah la Belle Époque ! croquis musical de l'époque 1900 » que le comédien André Alléhaut anime sur Radio-Paris. Le succès de l'émission est tel que son programme est ensuite adapté sur la scène des music-halls parisiens, avant que le Moulin-Rouge en copie la formule en dans un spectacle intitulé « 1900 : la belle époque ». L'expression entraîne alors avec elle . En 1946, le film Paris 1900, de Nicole Vedrès, s'affirme dans son sous-titre comme un . L'expression se diffuse rapidement, au point que l'économiste Alfred Sauvy déplore :

La France des dernières années du à 1914 La Troisième République, un régime politique renforcé vignette|alt=Vue rapprochée d'un tympan d'église recouvert d'écriture.|La devise de la République française inscrite sur le tympan de l'église d'Aups, dans le Var, après la loi de séparation des Églises et de l'État. Contrairement aux précédents régimes, la Troisième République finit par s'installer durablement malgré les crises qui la traversent. Les dernières années du voient s'établir un fort , que Michel Winock définit principalement comme . Depuis la promulgation des lois constitutionnelles de 1875, l'idée républicaine s'enracine progressivement dans l'opinion comme au sein de la classe politique, si bien que les crises que traverse le régime, de celle du 16 mai 1877 à l'affaire Dreyfus en passant par le boulangisme, ne remettent pas en cause sa stabilité. La pratique du suffrage universel masculin renforce la démocratisation de la vie politique, cependant que se développent et s'organisent les partis politiques modernes. En 1901, le Parti républicain, radical et radical-socialiste est le premier d'entre eux. Membre essentiel de l'alliance du Bloc des gauches, qui remporte les élections législatives de 1902, il s'affirme comme le parti majoritaire de la Belle Époque, qui constitue un véritable du radicalisme.

L'École gratuite, obligatoire et laïque mise en place par les lois Jules Ferry a sans douté été l'un des meilleurs de la société, de sorte que les instituteurs, ces de la République., forment selon Michel Winock une sorte de , et l'enseignement d'une morale dépouillée de toute influence religieuse une forme de . Par leur volonté d'émanciper l'opinion en lui apportant la science, les lois scolaires réduisent la place de la religion dans la définition des mœurs et des normes du savoir, et dans la société en général, ce que poursuit la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905..

vignette|gauche|alt=Portraits dessinés de plusieurs hommes politiques rassemblés sur la couverture d'un journal.|Le gouvernement Combes, issu de la victoire du Bloc des gauches en 1902. Crise politique majeure, l'affaire Dreyfus divise profondément le pays au tournant du . La montée du nationalisme, qui agit comme le ciment d'une droite aux accents autoritaires et militaristes, incite les forces de gauche à former une majorité élargie qui entraîne une stabilité gouvernementale entre 1899 et 1905 avec le gouvernement de Défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau puis le Bloc des gauches d'Combes, dont la politique anticléricale renforce durablement le régime.

La franc-maçonnerie, qui met en avant les valeurs de tolérance et la liberté absolue de conscience, joue un rôle d'autant plus déterminant qu'une grande partie des fondateurs de la Troisième République en sont membres. En rassemblant des élus de différentes familles politiques, tant parmi les républicains modérés ou radicaux que parmi les socialistes, les loges .

vignette|alt=Titre de presse en lettres noires sur fond blanc.|Titre du célèbre article d'Émile Zola dans L'Aurore. Par ailleurs, à la suite d'Émile Zola et de sa célèbre lettre ouverte au président de la République, J'accuse… !, publiée dans le cadre de l'affaire Dreyfus, des artistes, des écrivains, des universitaires ou des scientifiques s'engagent pour une cause de justice que peu d'hommes politiques soutiennent alors. Nombreux sont les intellectuels qui adhèrent à la Ligue des droits de l'homme fondée par le sénateur Ludovic Trarieux en 1898. La victoire finale des dreyfusards, magnifiée par de grands écrivains, contribue donc à forger une mystique républicaine.

Diplomatie, politique coloniale et puissance financière Sur le plan diplomatique, les relations entre l'Allemagne et la France évoluent progressivement dans les premières années du . L'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne après la défaite française en 1871 est vécue comme un traumatisme et fait naître un esprit de revanche que les manuels scolaires entretiennent et qui perdure jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale.. Cependant, les crises internationales qui se succèdent après 1903 (guerre russo-japonaise, crises marocaines et balkaniques) influent sur la position française à l'égard de .