vignette|Le massif au mois de juillet.
Le massif des Maures est une petite chaîne de montagnes du sud de la France, située dans le département du Var, entre Hyères et Fréjus. C'est une des régions naturelles de France. Son point culminant, le signal de la Sauvette, atteint .
Toponymie Le nom du massif est attesté sous les formes Montem Maurum en 888, de Maura en 1409, la Maura en 1529, las Mauras de Bormettas au Ernest Nègre, Toponymie générale de la France : Formation préceltiques, celtiques, romanes, volume I, Librairie Droz, Genève, 1990, p. 328, n° 5362 (lire en ligne) .
Les toponymistes s'accordent sur le sens originel de cet oronyme, c'est-à-dire celui de « montagne noire », à l'instar de la montagne Noire (Occitanie) et des montagnes Noires (Bretagne). D'abord employé au singulier pour désigner une « hauteur déterminée », il a ensuite été utilisé au pluriel en référence à l'ensemble du massifAlbert Dauzat, Gaston Deslandes et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, 1978.. En effet, le nom du massif est attesté d'abord au singulier Montem Maurum, en 888, et la Maura encore en 1529, c'est-à-dire « mont noir » en latin, puis « la Noire » en provençal. Il n'apparaît au pluriel que tardivement dans l'expression las Mauras de Bormettas au en provençal.
La substantivation de l'adjectif est fréquente en toponymie, ainsi le Doubs (anciennement Dubis, c'est-à-dire « le ou la Noir(e) », du gaulois dubus, dubis « noir »). Le radical maur- qui signifie « brun, foncé, sombre » est commun au provençal (mauro, maura) comme au français (ancien français mor- : du : mor « brun foncé » chez Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. W. Foerster, 2545 ; en 1573 : cheval teste de more « cheval d'un poil rouan, dont la tête et les extrémités sont noires », Dupuys, loc. cit.Étymologie de maure, site du CNRTL). Frédéric Mistral précise en outre que le toponyme Mauro (Mauras) signifie « sombre, obscur »Frédéric Mistral, Lou Tresor dou Felibrige, 1878, voir le mot Mauro . Ainsi, on peut observer dans la toponymie française des , , qui ne doivent rien aux Maures, et des anthroponymes , , etc. Il remonte à l'étymon latin maurus « noir comme un Maure »Dicolatin : adjectif maurus, maura, maurum .. On peut penser à une allusion à l'aspect noir des forêts de pins qui recouvrent le massif à certains endroits, du moins avec certaines conditions atmosphériques, ou encore à une référence à la couleur sombre de ses roches cristallines, qui offre un contraste avec la couleur des roches calcaires du reste de la Provence.
Certains historiens croyaient que l'élément Maures se réfèrerait à la présence sarrasine au nord des Pyrénées, aux Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, PUF, 2004 .Pierre Miquel, La Véritable histoire des Français, F. Nathan, 1977, .. Cependant la forme latine initiale devrait être *Montem Maurorum « montagne des Maures »Dicolatin : substantif Mauri, Maurorum., en outre la montagne est qualifiée régulièrement de la Maura « la Maure », c'est-à-dire au féminin singulier, jusque tardivement.
Concernant la langue régionale, le massif porte un nom en provençal : lei Mauras selon la norme classique ou lei Mauro selon la norme mistralienne.
Géographie Situation et dimensions Entièrement compris dans le département du Var, le massif des Maures s'étend, selon une direction dominante O./S.O. - E./N.E. (direction des principales lignes de crête), entre les villes d'Hyères et de Fréjus, sur une distance d'une soixantaine de kilomètres. Sa plus grande largeur dépasse légèrement trente kilomètres. À son extrémité sud-ouest, il est bordé par la plaine alluviale du Gapeau ; à son extrémité nord-est, la plaine de l'Argens le sépare du massif de l'Esterel. Du côté nord, de Toulon à Fréjus, il est ceinturé par la plaine des Maures, qu'empruntent les routes nationales 97 et 7 ainsi que la voie ferrée Toulon-Nice. Au sud, le massif plonge dans la Méditerranée, formant une côte découpée et souvent abrupteFR9301622 - La plaine et le massif des Maures.INPN Cartographie des espaces protégés..
Les grandes lignes de la structure géographique : unité et diversité vignette|gauche|Rivière au cœur des Maures.
Dans le détail, la géographie du massif est complexe. Néanmoins, il s'ordonne selon trois principales lignes de crête, orientées O./S.O. -E./N.E., et dont les altitudes maximales décroissent du nord au sud. La crête la plus au nord porte à son extrémité ouest les points culminants du massif : sommets du signal de la Sauvette () et de Notre-Dame-des-Anges ()La chapelle de Notre-Dame-des-Anges a été construite à son sommet en 1844.. Plus au sud, une crête intermédiaire culmine à non loin de la chartreuse de la Verne. Enfin, le chaînon littoral atteint seulement au-dessus de Cavalaire-sur-Mer.
La presqu'île de Saint-Tropez appartient géographiquement et géologiquement au massif, de même que la presqu'île de Giens et que les îles d'Hyères (Porquerolles, Port-Cros, île du Levant). La zone du cap Sicié, à l'ouest de Toulon, ainsi qu'au nord-est le massif du Tanneron (), font aussi partie, d'un point de vue géologique, de l'ensemble des MauresLe Tanneron est parfois rattaché au massif de l'Esterel..
Le massif des Maures englobe aussi des zones basses : tombolo de Giens, plaine alluviale d'Hyères/La Londe-les-Maures, baie de Cavalaire, plaine alluviale de la Giscle, entre Cogolin et Sainte-Maxime.
Chacune de ces zones s'individualise par une série de particularités. Cependant, la configuration géographique, l'histoire géologique, la très grande parenté des écosystèmes confèrent à l'ensemble une très forte unité.
Les difficultés du relief En raison des difficultés du relief (pentes escarpées, enserrant des vallons profonds, sinueux et resserrés), le massif des Maures est resté longtemps — et reste encore aujourd'hui en grande partie — une région difficile d'accès et peu habitée (d'autant que les terres cultivables et les points d'eau sont rares). Les routes importantes, très fréquentées, s'écartent de la partie centrale, la plus accidentée : nationale 98 reliant Hyères à Fréjus par Bormes-les-Mimosas, La Môle, Cogolin et Sainte-Maxime, route littorale par Le Lavandou et Cavalaire-sur-Mer ; départementale 558 reliant Saint-Tropez à la plaine des Maures par La Garde-Freinet, village le plus élevé du massif ; départementale 25 reliant Sainte-Maxime à la région de Draguignan par le col de Gratteloup (). En dehors de ces quatre axes principaux, qui permettent notamment l'accès au golfe et à la presqu'île de Saint-Tropez, la plupart des autres routes normalement ouvertes à la circulation sont de petites routes de montagne étroites et sinueuses. Un grand nombre de voies de communication, même goudronnées - telle la route des crêtes Marc-Robert entre La Garde-Freinet et Notre-Dame-des-Anges - sont des pistes de défense contre les incendies (pistes DFCI), interdites en principe à la circulation des véhicules (interdiction formelle sous peine de forte amende pendant une grande partie de l'été).
La répartition de l'habitat L'intérieur du massif ne compte que quelques villages (Collobrières, La Môle, La Garde-Freinet, Le Plan-de-la-Tour, Gassin, Ramatuelle) et quelques hameaux comme La Mourre, près de La Garde-Freinet ou Saint-Guillaume près de Collobrières. La plupart des localités se sont implantées sur le pourtour du massif (Pierrefeu-du-Var, Gonfaron). Certaines, comme Les Mayons ou Collobrières, ont su conserver leur cachet ancien. Du côté du littoral, les agglomérations - Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou, Cavalaire-sur-Mer, Saint-Tropez, Sainte-Maxime, etc. - se sont beaucoup étendues et les pentes qui les dominent se couvrent de villas.
Géologie Nature et répartition des roches vignette|Massif des Maures vu depuis Gonfaron, dans la plaine des Maures. Pour l'essentiel, les roches du massif des Maures sont des roches très anciennes formées entre la fin du Protérozoïque et la fin du Paléozoïque. Il s'agit de roches cristallophylliennes et cristallines. On observe d'ouest en est un degré croissant de métamorphisme. Deux grandes zones peuvent être distinguées, de part et d'autre d'un accident majeur, d'orientation nord-sud : il s'agit de la faille qui, des environs de Pennafort (au nord de la dépression permienne), passe aux abords du Plan-de-la-Tour pour atteindre la Méditerranée à proximité de Grimaud. À l'ouest de cet accident se développent des terrains faiblement ou moyennement métamorphiques ; on distingue d'ouest en est des phyllades, puis des schistes et quartzites, puis des micaschistes, puis des micaschistes à minéraux où s'intercale une bande N-S à gneiss dominants (unité de Bormes). À l'est du même accident se développent des terrains très fortement métamorphisés, jusqu'à un début de fusion (anatexie) : migmatites et anatexites (partie du massif située à l'est de la route départementale 25 Sainte-Maxime/Le Muy ; presqu'île de Saint-Tropez ; massif du Tanneron).
Dans la région du Plan-de-la-Tour se développe une zone de granites intrusifs datés de (Carbonifère moyen), antérieurs à l'accident Pennafort-Bormes, qui les recoupe, et postérieurs aux séries métamorphiques, que ces granites recoupent. Cette zone s'allonge du sud au nord sur une distance d'environ , et sur une largeur maximale de . Dans son prolongement, de l'autre côté de la dépression permienne, on retrouve ces granites, dans la région de Pennafort.
Toujours à proximité du Plan-de-la-Tour, se développe, sur le bord ouest de l'accident Pennafort-Grimaud, une bande de terrains datant de la fin du Carbonifère (Stéphanien). Ces terrains se sont déposés dans un bassin d'effondrement dû à l'accident, qui leur est donc antérieur. Ils trouvent au nord-est leur prolongement dans le bassin du Reyran, au contact du massif du Tanneron.
Il faut signaler d'autres accidents importants, d'orientation O-E cette fois (ou plus souvent OSO-ENE) : faille de Roquebrune-sur-Argens, séparant le granite de Plan-de-la-Tour des terrains permiens ; accident Notre-Dame-des-Anges / La Garde-Freinet (chevauchement du métamorphique sur la dépression permienne) ; accidents Pierrefeu-Collobrières-Cogolin et Hyères-La Môle, décalant les bandes successives de terrains métamorphiques répertoriées plus haut.
Datations Dans la partie ouest du massif, on relève d'ouest en est les datations suivantes : la découverte de graptolites (seuls fossiles trouvés à ce jour dans le massif) dans les phyllades du Fenouillet (près d'Hyères) date ces roches de la base du Silurien (environ 430 Ma) ; les amphibolites et leptynites de Collobrières sont datées de 498 +/- 12 Ma (Ordovicien inférieur) ; datation à rapprocher de celle des amphibolites et leptynites de l'unité de La Garde-Freinet (fenêtre tectonique affleurant sous les gneiss et micaschistes de l'unité de Bormes) ; les orthogneiss (anciens granites métamorphisés) de l'unité de Bormes sont datés de 560-600 Ma (fin du Protérozoïque). Cette unité de Bormes semble correspondre à un ancien socle protérozoïque repris dans l'orogenèse hercynienne.
Tectonique vignette|Roche cristalline affleurante en bordure de la mer Méditerranée.
L'histoire tectonique du massif est mouvementée et compliquée.
Certains granites du massif (granite de Barral) et les gneiss de l'unité de Bormes sont datés entre 600 et 500 Ma (fin du Protérozoïque). Ils semblent correspondre à un ancien socle protérozoïque repris dans l'orogenèse hercynienne.
Au Cambrien commence une période de distension qui va durer jusqu'au Silurien. Après une période de rifting engendrant failles et volcanisme, des sédiments se déposent en milieu marin, dépôts dont témoignent les graptolites trouvés au Fenouillet (430 Ma). Enfouis à grande profondeur, ces sédiments sont métamorphisés.