La bataille de Laubressel eut lieu le et vit la principale armée coalisée du maréchal Charles Philippe de Schwarzenberg monter une triple attaque convergente sur l'armée française plus faible du maréchal Étienne Macdonald. Les forces françaises dirigées par le maréchal Nicolas Charles Oudinot subirent le poids des combats, au cours desquels les coalisés tentèrent de tourner leur flanc gauche. Les Français abandonnèrent Troyes et se retirèrent vers l'ouest à la suite cet affrontement. Le village de Laubressel est situé à 10 kilomètres à l'est de Troyes.
Après la victoire française à la bataille de Montereau le , l'armée de Schwarzenberg se retira derrière l'Aube. Napoléon se déplaça alors vers le nord contre l'armée de Silésie de Gebhard Leberecht von Blücher et chargea Macdonald et Oudinot de surveiller les forces de Schwarzenberg. Après avoir battu Oudinot à la bataille de Bar-sur-Aube, les coalisés repoussèrent les Français vers Troyes. À Laubressel, les coalisés eurent le dessus sur l'aile gauche d'Oudinot. Les coalisés poursuivirent lentement l'armée de Macdonald, la rejetant sur Provins, lorsque la nouvelle d'une victoire de Napoléon vint stopper l'avance de Schwarzenberg.
Contexte
Avancée française
vignette|530x530px|Campagne de France1814|alt=|gauche
Le , Napoléon battit le prince héritier Frédéric Guillaume de Wurtemberg lors de la bataille de Montereau. Après ce revers, le général autrichien Charles Philippe de Schwarzenberg ordonna à l'armée de Bohême de se retirer à Troyes. Schwarzenberg demanda également à son allié Gebhard Leberecht von Blücher de soutenir son flanc nord à Méry-sur-Seine et le général prussien s'exécuta immédiatement. L'intention du commandant autrichien était de livrer bataille du 21 au près de Troyes ; cependant, les mauvaises nouvelles en provenance de son lieutenant dans le sud, le prince Frédéric VI de Hesse-Hombourg, le firent rapidement changer d'avis. Le maréchal Pierre Augereau menaçait en effet de reprendre Chalon-sur-Saône tandis que le général Jean Gabriel Marchand se dirigeait sur Genève. Schwarzenberg ordonna en conséquence au général Frédéric Bianchi de marcher sur Dijon à la tête du corps autrichien et d'une division de réserve afin de faire sa jonction avec Hesse-Hombourg.
À Troyes, les soldats de Schwarzenberg et les de Blücher affrontèrent environ soldats sous Napoléon. Malgré la supériorité numérique des coalisés sur l'empereur français, avec un rapport de deux contre un en leur faveur, les services de renseignement de Schwarzenberg surestimaient de façon chronique les effectifs de leur adversaire. Les troupes avaient des uniformes usés et manquaient de nourriture dans une zone qui avait été dépouillée de fournitures par les deux armées. Le , les Français se heurtèrent aux positions coalisées de Méry à Troyes. L'infanterie du maréchal Oudinot chassa de Méry les troupes coalisées et prit pied sur la rive d'en face, mais elle ne put se maintenir face aux contre-attaques coalisées. Dans cet affrontement, hommes de la division Pierre François Xavier Boyer affrontèrent Russes du corps d'infanterie d’Alexeï Grigorievitch Chtcherbatov, relevant de l'autorité du général Fabian Gottlieb von Osten-Sacken, et Prussiens du corps de Ludwig Yorck von Wartenburg. Cette nuit-là, Schwarzenberg ordonna à son armée de se retirer derrière la Seine, à l'exception du corps d'Ignácz Gyulay, qui se déplacerait vers le sud-est jusqu'à Bar-sur-Seine.
Déçu par le refus de son collègue autrichien de livrer bataille, Blücher demanda et obtint l'autorisation d'opérer de manière indépendante. Il espérait rencontrer en chemin deux corps sous Ferdinand von Wintzingerode et Friedrich Wilhelm von Bülow et, ainsi renforcé, avancer sur Paris par une route plus au nord. Entre-temps, le , l'armée de Schwarzenberg se replia vers l'est, couverte par une arrière-garde sous le commandement du général bavarois Carl Philipp von Wrede. Les coalisés envoyèrent un émissaire à Napoléon pour proposer une trêve, mais celle-ci n'eut pas lieu car les conditions de l'Empereur furent jugées inacceptables. Près de Troyes, les cavaliers de la brigade de cavalerie légère d'Auguste Jean Ameil et des et dragons croisent le sabre avec la division légère autrichienne de Moritz von Liechtenstein. La cavalerie autrichienne perd 311 hommes et trois compagnies de jägers sont capturées.
Dans son retrait, le corps principal de Schwarzenberg passa par Vendœuvre tandis que d'autres colonnes passaient par Piney au nord et Bar-sur-Seine au sud. Napoléon envoie à sa poursuite le général Étienne Maurice Gérard et le corps vers Vendœuvre ainsi que le maréchal Étienne Macdonald et le corps à Bar-sur-Seine. L'empereur français a tenu ses réserves près de Troyes afin d'être en mesure de réagir aux mouvements de Blücher. Le , les troupes d'Oudinot occupent Bar-sur-Aube tandis que Macdonald se déplace vers le sud-est pour s'emparer de Mussy-sur-Seine. Le lendemain matin, Napoléon apprend que l'armée de Blücher se dirige sur Paris avec trois jours de marche d'avance sur son adversaire.
Contre-offensive alliée
gauche|vignette|280x280px|Nicolas Charles Marie Oudinot, duc de Reggio, né le à Bar-le-Duc, mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1809. vignette|259x259px|Louis-Adolphe-Pierre, prince de Sayn-Wittgenstein (en russe : Пётр Христиа́нович Ви́тгенштейн, Piotr Khristyanovitch Wittgenstein ; en allemand : Ludwig Adolph Peter Fürst zu Sayn-Wittgenstein) ( à Pereslavl-Zalesski – à Lemberg), est un generalfeldmarschall de l'armée impériale russe qui prit part aux guerres napoléoniennes. Il combattit la Grande Armée, vainement à Austerlitz en 1805 et à Friedland en 1807, mais avec plus de réussite lors de la campagne de Russie (1812), de la campagne d'Allemagne (1813) et de la campagne de France (1814) .
Napoléon ordonna à Macdonald de prendre le commandement de soldats déployés face à Schwarzenberg et de défendre la ligne de l'Aube. Le duc de Tarente avait à sa disposition les , et corps ainsi que les , et corps de cavalerie. Les maréchaux Auguste de Marmont et Édouard Mortier alignaient quant à eux hommes face à Blücher près de Meaux. Napoléon rassembla soldats et se mit en marche vers le nord-est afin de tomber sur les arrières de Blücher. Des mesures furent prises pour cacher le fait que Napoléon ne se trouvait plus face à l'armée de Schwarzenberg.
Le commandant autrichien devina toutefois rapidement que Napoléon était parti ailleurs. Le , il se porta contre Oudinot qui avait imprudemment déployé ses troupes sur la rive est de l'Aube et lui infligea une défaite lors de la bataille de Bar-sur-Aube. En dépit de la légère supériorité numérique du maréchal français, la plus grande partie de son artillerie et la moitié de sa cavalerie étaient restées sur la rive ouest et Oudinot ne put donc mettre en ligne que soldats, dont furent mis hors de combat. Une autre source évalue les pertes françaises à tués ou blessés, 500 prisonniers et deux canons. Les pertes des coalisés s'établirent à Russes, 400 Bavarois et 250 Autrichiens.
Le lendemain de sa défaite, Oudinot se replia sur Vendœuvre, timidement poursuivi par les coalisés. Ignorant l'échec subi par Oudinot, Macdonald s'avança vers Laferté-sur-Aube où le pont avait été détruit par les coalisés. Le , une partie du corps de Gyulai attaqua la division du général Michel Sylvestre Brayer à Silvarouvres, s'emparant du pont. Macdonald abandonna alors Laferté-sur-Aube et commença à se retirer en direction de Bar-sur-Seine. Les pertes s'équilibrèrent à environ 600 hommes de part et d'autre. Le , les coalisés envoyèrent en reconnaissance deux contingents sous les ordres de Johann Maria Philipp Frimont et Piotr Petrovitch Pahlen. Frimont occupa Vendœuvre après quelques accrochages avec Gérard, tandis que Pahlen manœuvra sur la droite de Frimont.
Rendu confiant par ces succès, Schwarzenberg ordonna une avance sur Troyes pour le . Ce jour-là, trouvant les troupes de Gérard en défense du pont de la Guillotière, Pahlen se dirigea vers le nord jusqu'à Dosches en passant par les villages de Mesnil-Saint-Père et Géraudot. Ses éclaireurs qui s'étaient aventurés du côté de Laubressel furent repoussés par les forces françaises. Le corps russe de Pierre Wittgenstein occupa Piney tandis que le corps austro-bavarois de Wrede coucha pour la nuit à proximité de Vendœuvre. Sur le flanc sud, le corps du prince héritier de Wurtemberg et de Gyulay poursuivit les forces de Macdonald. La division Brayer fut expulsée de Bar-sur-Seine au prix de cinq cents soldats coalisés contre une centaine de Français ; ce général français se replia en conséquence pour rejoindre le corps.
La bataille
gauche|vignette|490x490px|Carte de Cassini
Schwarzenberg avait prévu de déclencher le , à , une attaque de grande ampleur dans trois directions. Il ordonna au corps de Wrede de pousser vers l'ouest le long de la route allant de Vendœuvre à Troyes et d'occuper le bois de Courteranges. Wittgenstein reçut l'ordre de se porter au sud-ouest de Piney et de faire sa jonction avec les forces de Wrede près de Laubressel. Le prince héritier et Gyulai avaient de leur côté pour mission de se diriger vers le nord-ouest depuis Bar-sur-Seine. Afin de résister à cette offensive, Oudinot affecta la division du général Guillaume Philibert Duhesme à la défense du pont de la Guillotière. La division du général Henri Rottembourg prit position sur le plateau de Laubressel, alors que la division du Corps reliait les positions de Duhesme et de Rottembourg à la brigade d'Étienne Anatole Gédéon Jarry, placée à gauche de Duhesme. Le corps d'Oudinot et le corps de cavalerie du général François Étienne Kellermann étaient au nord-ouest, en protection du pont Saint-Hubert sur la Seine. Plus près, le corps de cavalerie d'Antoine-Louis Decrest de Saint-Germain était posté à Saint-Parres-aux-Tertres. Le Corps sous le général Gabriel Molitor était à proximité de Saint-Parres-lès-Vaudes sur la rive ouest de la Seine, au sud-est de Troyes. Au sud également se trouvait le corps de cavalerie du général Jean-Baptiste Milhaud, dont les avant-postes étaient situés à Rumilly-lès-Vaudes et Fouchères.
vignette|315x315px|Carl Philipp Joseph von Wrede, né le à Heidelberg, mort le à Ellingen en royaume de Bavière, est un feld-maréchal bavarois de la Révolution et de l’Empire.
Au matin, le corps de Wrede s'ébranla avec en tête la division bavaroise de et la division autrichienne de . Le reste des forces de Wrede était à Vendœuvre avec ordre de traverser Montiéramey. L'infanterie de Wittgenstein, quittant Piney, entama son mouvement vers Laubressel via les villages de Rouilly-Sacey et Mesnil-Sellières. Ces deux corps étaient précédés par l'avant-garde de Pahlen qui se heurta rapidement aux troupes françaises de Rottembourg. L'infanterie de Pahlen engagea le combat, soutenue par trois régiments de cavalerie (cuirassiers, uhlans et hussards) et quatre canons de campagne. Alors que la cavalerie du général russe se dirigeait au nord par Bouranton pour tenter d'envelopper le flanc gauche français, elle atteignit le village non gardé de Thennelières, sur les arrières de l'ennemi, et sabra un parc d'artillerie faiblement escorté. La cavalerie de Saint-Germain fit son apparition et récupéra la majeure partie du parc, mais non sans que les cavaliers russes eussent fait 200 prisonniers. Saint-Germain repoussa la cavalerie de Pahlen au-delà de Bouranton tandis que le corps de Kellermann s'installa à Saint-Parres-aux-Tertres pour remplacer le corps de cavalerie.