Harriet Tubman, née Araminta Ross vers (ou entre 1820 et 1825, date incertaine qui varie selon les sources) et morte le à Auburn (État de New York), est une militante antiesclavagiste, abolitionniste et antiraciste américaine, puis féministe et militante des droits civiques.

Esclave victime de graves sévices, elle réussit à s'enfuir et aide par la suite de nombreux autres esclaves à s'évader. Devenue une figure de proue du Chemin de fer clandestin (), ses actions lui valent les surnoms de « Moïse noire », « Grand-mère Moïse », ou encore « Moïse du peuple noir ».

Après la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage aux États-Unis en 1865, elle oriente ses actions dans la lutte contre le racisme, le mouvement des droits civiques et le mouvement en faveur du droit de vote des femmes.

Son souvenir est formellement honoré aux États-Unis depuis une directive présidentielle du par la création du Harriet Tubman Day.

Son portrait devait initialement figurer sur le billet de 20 dollars américains à partir de 2020, ce qui aurait fait d'elle la première personnalité afro-américaine ainsi honorée. Le projet est toutefois reporté par le président Donald Trump, puis relancé en vain par son successeur Joe Biden le .

Biographie Origines familiales thumb|alt=Carte géographique de l'Ouest des États-Unis et du Sud de l'Ontario (Canada) sur laquelle figurent les lieux importants pour Harriet Tubman |Les lieux qui ont compté dans la vie d'Harriet TubmanHarriet Tubman est née Araminta « Minty » Ross de parents esclaves, Harriet (« Rit ») Green et Ben Ross. Rit appartenait à Mary Pattison Brodess (et plus tard à son fils Edward) tandis que Ben était la propriété du second mari de Mary, Anthony Thompson, qui dirigeait une grande plantation à proximité de la rivière Blackwater à Madison dans le Maryland..

Comme pour beaucoup d'esclaves aux États-Unis, ni l'année exacte, ni le lieu de sa naissance n’ont été enregistrés et les estimations des historiens divergent, s’échelonnant de 1820 à 1825. Kate Larson, une historienne, avance l'année 1822, en s’appuyant sur un paiement de sage-femme et plusieurs autres documents historiques tandis que Jean Humez affirme que . Une seconde historienne, Catherine Clinton, note qu'Harriet Tubman estimait l'année de sa naissance à 1825, tandis que son certificat de décès indique 1815 et sa tombe 1820.

Modesty, la grand-mère maternelle d'Harriet Tubman, arriva aux États-Unis sur un navire négrier en provenance d'Afrique ; aucune information n'est disponible sur ses autres ancêtres. Lorsqu'Harriet Tubman était enfant, on lui raconta qu'elle était d'une lignée Ashanti (ce qui situerait l’origine géographique de sa famille à l’actuel Ghana), mais aucun élément ne permet de confirmer ou infirmer cette interprétation.

Sa mère Rit était cuisinière pour la famille Brodess. Son père Ben supervisait le travail du bois dans la plantation Thomson. Ils se marièrent vers 1808 et selon les dossiers de la cour, ils eurent neuf enfants : Linah (1808), Mariah Ritty (1811), Soph (1813), Robert (1816), Minty (Harriet) (vers 1820), Ben (1823,) Rachel (1825), Henry (1830) et Moïse (1832).

Le système esclavagiste séparait fréquemment les familles, en éloignant les parents de leurs enfants, vendus à d’autres propriétaires qui résidaient parfois à de grandes distances. La famille Ross n’échappa pas à la règle. Edward Brodess vendit trois des sœurs d'Harriet (Linah, Mariah Ritty, et Soph). Quand un commerçant de Géorgie approcha Brodess pour acheter son plus jeune fils Moïse, Rit le cacha pendant un mois, aidée par d'autres esclaves et des Noirs libres de la communauté. Elle fit même face à son propriétaire quand celui-ci, accompagné de « l'homme de Géorgie », vint saisir l'enfant. Elle menaça d’ouvrir la tête au premier homme qui franchirait le seuil de sa maison. Brodess recula et abandonna la vente. Plusieurs biographes s’accordent à penser que l’importance de cet épisode dans le roman familial nourrit sans doute la croyance d'Harriet Tubman dans les possibilités de résistance.

Jeunesse La mère d’Harriet travaillait dans la « grande maison » des maîtres et avait peu de temps à consacrer à sa propre famille. Harriet Tubman prit donc très tôt soin de ses jeunes frères et sœurs.

À l'âge de cinq ou six ans, elle fut louée à une femme nommée « Miss Susan » chez laquelle elle était quotidiennement victime de mauvais traitements. Sa mission consistait à veiller sur un bébé pendant son sommeil ; lorsqu’il s'éveillait en pleurant, elle était fouettée, ce qui se produisit un jour cinq fois avant le petit-déjeuner. Un autre jour, menacée pour avoir volé un morceau de sucre, Harriet Tubman se cacha dans la porcherie d'un voisin pendant cinq jours, se battant contre les animaux pour les restes de nourriture. Affamée, elle dut retourner chez Miss Susan où elle fut sévèrement frappée. Elle porta les cicatrices de ces sévices pour le reste de sa vie.

Pour se protéger de ces abus, elle s'enveloppait dans plusieurs couches de vêtements. Une autre fois, elle mordit le genou d'un homme blanc qui lui infligeait une correction, ce qui le tint par la suite à distance.

Elle endura des années de traitements inhumains de la part d'autres maîtres. Alors qu’elle était adolescente, elle fut envoyée dans une mercerie pour acheter des fournitures. Elle y trouva un contremaître furieux, à la poursuite d’un esclave qui avait quitté les champs sans permission. Il exigea que Harriet Tubman l’aide à retenir le jeune homme, ce qu’elle se refusa de faire. L’esclave étant sur le point de s'enfuir, le surveillant lui jeta un poids de deux livres posé sur le comptoir du magasin. Il manqua sa cible mais le poids frappa violemment Harriet Tubman à la tête. Elle expliquera plus tard qu'elle pensait que ses cheveux - qui n'avaient jamais été peignés et se dressaient de manière anarchique sur sa tête – avaient pu amortir le choc et lui sauver la vie. Elle fut renvoyée dans la maison de son propriétaire en sang et inconsciente et placée sur le siège d'un métier à tisser où elle resta sans soins médicaux pendant deux jours. Elle fut immédiatement renvoyée dans les champs alors que le sang et la sueur continuaient de couler sur son visage, l’empêchant de travailler. L’homme qui la louait déclara qu'elle « ne valait pas un sou » et la renvoya à Brodess, qui essaya en vain de la vendre.

Peu après, elle commença à avoir des convulsions et à s’évanouir soudainement, même si elle affirmait à son entourage qu’elle restait consciente. Ces crises, qui pourraient avoir été des crises d’épilepsie temporale, perdurèrent toute sa vie.

Cette grave blessure à la tête survint à un moment de sa vie où Harriet Tubman développa sa foi en Dieu. Comme nombre d’esclaves à cette époque, elle rejetait l'interprétation des Saintes Écritures traditionnellement utilisée par les esclavagistes pour exhorter les esclaves à être obéissants. Elle puisait son inspiration dans les récits de l'Ancien Testament évoquant une libération, comme celui de Moïse guidant les Juifs hors d’Égypte. Après son traumatisme crânien, elle commença à avoir des visions et des rêves qu'elle interprétait comme des signes divins. Cette perspective religieuse la guida tout au long de sa vie.

Jeune adulte, elle prit le prénom de Harriet, probablement en l’honneur de sa mère. Aux alentours de 1844 elle épouse John Tubman, un homme noir libre.

Évasion thumb|upright|alt=Reproduction photographique noir et blanc d'une petite annonce dans un journal |Annonce publiée par Eliza Brodess dans le de Cambridge offrant une récompense de trois cents dollars pour Harriet (Minty) et ses frères Harry et BenEn 1849, Harriet Tubman tomba malade et sa valeur marchande diminua en conséquence. Edward Brodess essayait de la vendre, sans parvenir à trouver un acheteur. Harriet Tubman commença à prier pour que son propriétaire change d’avis au sujet de sa vente. « Je priais chaque nuit pour mon maître, jusqu’au premier mars ; et durant toute cette période, il continua d’amener des acheteurs pour me jauger et tenter de me vendre »Cité dans Bradford (1971), .. Quand il apparut inéluctable que la vente finirait par avoir lieu, elle changea la nature de sa demande : .

Une semaine plus tard, au début du mois de , Brodess mourut, laissant derrière lui son épouse, Eliza, et huit enfants. Harriet Tubman se repentit alors de sa prière. Mais la mort de Brodess n'écarta pas le risque qu'Harriet Tubman soit prochainement vendue et sa famille séparée, car pour payer les dettes de son mari et éviter la saisie de sa ferme, Eliza décida de vendre une partie des esclaves de la famille.

Craignant d’être revendue, Harriet prit sa propre émancipation en mains. Accompagnée de ses frères Ben et Henry Ross, elle s’échappa une première fois le , sans son mari, un homme libre, qui ne voulait pas la suivre. Tubman avait été louée au docteur Anthony Thompson, qui possédait une très grande plantation appelée dans le voisinage de Caroline County. Les esclaves ayant été prêtés, Eliza Brodess ne s’aperçut sans doute pas immédiatement de leur disparition. Deux semaines plus tard, elle fit cependant publier un avis de recherche dans le journal local, le de Cambridge, offrant une récompense de cent dollars pour chaque esclave retrouvé. Une fois échappés, les frères Ross furent cependant pris de remords. Ben avait dû abandonner son tout jeune fils. Effrayés par les dangers d’une vie de fugitif, les deux hommes rebroussèrent chemin, obligeant Harriet à rentrer avec eux.

Peu après, celle-ci s’échappa à nouveau, cette fois sans ses deux frères. Elle fut assistée dans sa fuite par des sympathisants quakers et d’autres membres du mouvement abolitionniste, Noirs comme Blancs, qui avaient organisé un vaste réseau d’évasion connu sous le nom de Chemin de fer clandestin ( en anglais). On sait peu de choses sur les circonstances exactes de son départ ; il était en effet nécessaire qu'elle conservât secrète une route qui a continué à être utilisée par d'autres fugitifs après elle.

La zone de Preston, proche de dans le comté de Caroline (Maryland) était le siège d’une importante communauté quaker, et fut probablement la première étape, sinon le point de départ, de la fuite d'Harriet Tubman. De là, elle prit sans doute le chemin, long de près de , emprunté par la majorité des esclaves fugitifs : en direction du nord-est par le fleuve Choptank, à travers le Delaware et ensuite vers le nord jusqu’à Philadelphie. Ce dangereux périple nécessitait de se déplacer de nuit, en évitant la surveillance des « chasseurs d’esclaves », avides des récompenses obtenues pour la capture de fugitifs. Le « conducteur » du chemin de fer clandestin utilisa un certain nombre d’astuces pour la cacher. Lors de l’un de ses premiers arrêts, la femme qui l’accueillit lui fit balayer la cour pour donner l’impression qu’elle travaillait pour sa famille. Quand la nuit tomba, on la cacha dans une charrette pour l’emmener à l'étape suivante.

Elle pénétra finalement en Pennsylvanie avec un sentiment mêlé d'émerveillement et de terreur, décrivant plus tard ses sensations dans les termes d’une expérience religieuse : .

Activités abolitionnistes Harriet Tubman effectua de nombreux allers et retours au Maryland pour aider d’autres esclaves à s’échapper, ce qui lui valut le surnom de « ». Sa carrière de passeuse de fugitifs commença par la libération de membres de sa famille.