vignette|Le à Berne, des militants du revenu de base ont célébré le succès d'une initiative populaire qui a récolté plus de de soutien à la tenue d'un référendum sur le revenu de base.
Le revenu de base, encore appelé revenu d'existence, revenu universel ou allocation universelle, est une somme d'argent versée par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur une base individuelle, de façon inconditionnelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. Ce mode de fonctionnement économique est appliqué dans quelques pays ou à titre expérimental dans certaines zones.
Parmi les arguments invoqués pour sa mise en œuvre, on trouve les principes de liberté et d'égalité, la réduction voire l'élimination de la pauvreté, le combat pour des conditions de travail plus humaines, l'amélioration de l'éducation, la réduction de l'exode rural et des inégalités régionales Basic Income Earth Network, About Basic Income.. Le revenu de base peut aussi être justifié comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques reçus en héritage. Cette mesure permettrait aussi de lutter contre le chômage et d'améliorer la flexibilité du marché du travail en luttant contre les trappes à inactivité créées par les mesures de type revenu minimum ou les baisses de charges sur les bas salaires.
Cette forme de sécurité sociale est aussi appelée : « revenu universel »., « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d'existence »., « revenu minimum d'existence »., « revenu social »collectif PouRS (Pour un Revenu Social).., « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen ».., « dotation inconditionnelle d'autonomie ». ou « dividende universel ».
Définitions Certaines définitions du revenu de base sont plus restrictives et impliquent par exemple un montant minimum permettant de satisfaire les besoins primaires d'une existence, ou de remplacer les transferts sociaux.. Ces termes sont parfois aussi repris pour des mesures qui, proches de l'impôt négatif sur le revenu, versent cette allocation selon la situation des ménages, ou qui incluent des contreparties, et qui ne sont donc pas des formes de revenu de base selon la définition du BIEN...
Elle est parfois confondue ou mise en opposition avec celle de « salaire à vie ». (ou « salaire à la qualification personnelle ») imaginé initialement par Bernard Friot et promu notamment par le réseau salariat.
Le revenu de base a été expérimenté notamment au Canada, en Inde et en Namibie... L'Alaska a mis en place l, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l'État. Le revenu de base est défendu au niveau mondial par des politiques allant des altermondialistes aux libéraux néoclassiques, des universitaires, des personnalités et des associations notamment regroupées au sein du BIEN.
Selon Liêm Hoang-Ngoc deux branches existent pour l'allocation universelle : une marxiste et une libérale ; la branche marxiste s'inspirerait de l'Introduction générale à la critique de l'économie politique, ouvrage dans lequel Karl Marx imagine le développement d'une société où l'humanité sera sortie du salariat et où les machines seules assureront la création de richesses, qui seront reversées sous la forme d'un « revenu socialisé universel ». La branche libérale considèrerait qu'il convient d'accorder une certaine somme d'argent aux citoyens, tantôt « filet de sécurité », tantôt « capital de départ », pour qu'ils puissent consommer et participer à la vie de la société. À chacun, ce faisant, d'organiser ses dépenses comme il l'entend.
Histoire Le sénateur brésilien Eduardo Matarazzo Suplicy (PT) cite comme ancêtres de ce concept Thomas More, l'auteur dUtopia (1516), son contemporain Jean Louis Vivès dont la réflexion inspira les Poor Laws, l'Américain Thomas Paine, instigateur du salaire minimum de vie (SMIV), à l'époque de la révolution américaine, et l'Anglais Thomas Spence, qui mêla les réflexions de Paine à celles du socialiste utopique Charles Fourier. Dans son livre Agrarian Justice (1796), Paine évoqua l'idée d'une dotation inconditionnelle pour toute personne (homme ou femme) accédant à l'âge adulte et d'une pension de retraite inconditionnelle à partir de 50 ans. Il s'inspirait alors des expériences amérindiennes en matière de partage et d'attribution des terres.. Selon lui,
Dans son conte L'Homme aux quarante écus de 1768Voltaire, Intégrale de L'Homme aux quarante écus., Voltaire imagine la valeur locative de l'ensemble des arpents du royaume répartie entre tous ses sujets, et tombe sur la somme de quarante écus. Son héros se débrouille tant bien que mal pour vivre avec cette somme : pauvre, certes, mais libre puisque affranchi de tout travail.
Une autre description connue de l'allocation universelle date de 1848 avec la publication de la Solution du problème social ou constitution humanitaireSolution du problème social ou constitution humanitaire. du philosophe belge Joseph Charlier, inspiré par Fourier. L'utilitariste John Stuart Mill a aussi défendu le concept d'une allocation universelle, dans sa seconde édition des Principes d'économie politique, de même que Condorcet et Bertrand Russell (lauréat du prix Nobel de littérature).
L'ingénieur et écrivain autrichien Josef Popper-Lynkeus a, lui aussi, consacré une partie de ses travaux à la question d'un revenu inconditionnel de subsistance. Avec notamment deux ouvrages clés : Le Droit de vivre et le devoir de mourir (1878) et Le Devoir alimentaire général comme solution de la question sociale (1912).
Dans le premier ouvrage, Le Droit de vivre et le devoir de mourir, initialement publié en 1878, Josef Popper-Lynkeus exclut toute éventualité d'un revenu de base sous forme d’argent. Ce qui relève du minimum de subsistance (nourriture, logement, chauffage, vêtements…) doit, selon lui, être soustrait à l'économie monétaire. La redistribution se fait alors nécessairement en nature. Mais tout ce qui sort de ce nécessaire (par qualité ou par quantité) continue de relever de l'économie monétaire de marché. Pour la production du nécessaire, Josef Popper-Lynkeus propose un service alimentaire général, de plusieurs années, sur le modèle du service militaire obligatoire (qu'il propose d'abolir).
Dans le second ouvrage de 1912, Le Devoir alimentaire général, Josef Popper-Lynkeus reprend et creuse le projet pour le présenter sous forme de programme chiffré. Il y détaille entre autres la faisabilité de son programme en s'appuyant sur les données statistiques de production et consommation de l'Empire allemand. Mais il y introduit également une variation notable : une allocation inconditionnelle de subsistance, sous forme d’argent, en plus du minimum inconditionnel de subsistance, toujours alloué en nature. Et ce, notamment, pour pouvoir accéder aux expériences et biens culturels qui, tout en relevant dorénavant pour partie du nécessaire (plutôt que du seul luxe), échappent néanmoins aux tentatives de quantification associées à une distribution in natura.
Josef Popper-Lynkeus propose ainsi un système socio-économique mixte (triple), conjuguant : production collective (en nature), économie d’État planifiée (monétaire) et libre marché. Son système fait coexister l'attribution d'un minimum de subsistance inconditionnel (pour partie en nature ; pour partie en argent), avec la défense des biens communs d'une part, et le maintien d'une propriété privée d'autre part, au sein d'un libre marché concurrentiel (dans lequel il perçoit l'un des moteurs essentiels de l’innovation, de la création et de la R&D).
On a souvent justifié l'allocation universelle comme contrepartie à la propriété privée de la terre. Le philosophe anglais John Locke justifiait en effet l'appropriation de biens communs (comme la terre) et donc le droit de propriété en déclarant, entre autres, que seul un propriétaire privé aurait intérêt à la mettre en valeur, puisque selon Locke, le droit de propriété s'applique uniquement au produit de son travail. Cependant, privatiser une terre implique d'exclure les autres êtres humains de l'accès aux ressources naturelles, si bien que, selon la « clause lockéenne », la justice commande d'indemniser les gens pour la perte de leur droit à se livrer à des activités telles que la chasse, la pêche, la cueillette ou encore l'extraction des ressources naturelles minérales.
En effet, la « clause lockéenne » exige que, lorsque quelqu'un s'approprie un objet, il doit en rester, selon la formule de Locke, « suffisamment et en qualité aussi bonne en commun pour les autres »Philippe Van Parijs, Qu'est-ce qu'une société juste? Introduction à la pratique de la philosophie politique, Le Seuil, 1991, .. Par exemple, quelqu'un n'a pas le droit de s'approprier l'unique source d'eau dans un désert. Pour contourner ce problème, Robert Nozick affirme ainsi que, dans un tel cas, l'appropriation originelle d'un bien commun ne peut se faire qu'à condition de compenser les autres utilisateurs « de telle sorte que leur situation ne se détériore pas par elle-même »Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, 1974, éd. originale, 223 trad. française, cité par Van Parijs, 1991, ..
Cette idée est aussi connue sous le nom de crédit social ou dividende social depuis 1920, par les travaux de Clifford Hugh Douglas. Il ne s'agit pas de le financer par de la dette ni de lui allouer une valeur fixe, mais qu'il soit versé en création monétaire par la banque centrale pour assurer la création monétaire nécessaire en rapport avec la croissance de l'économie. Ainsi il doit être nul en cas de décroissance.
Jacques Duboin introduit dès les années 1930 l'idée d'un partage des productions et du travail dans ce qu'il nommera une économie distributiveLibération, chapitre III (livre numérisé en PDF)., basée sur une monnaie de consommation et un revenu universel. Il diffuse ses réflexions via la revue La Grande Relève. En , ce mensuel publie un numéro spécial consacré au revenu universel..
Dans le monde anglo-saxon, l'économiste Robert Theobald a édité en 1966 aux États-Unis un ouvrage (incluant un chapitre d'Erich Fromm sur les aspects psychologiques du revenu garanti) exposant la possibilité que les richesses produites par les entreprises de plus en plus automatisées soient réparties entre tous les membres de la société et se substituent ainsi au salaire.Auteur jugé précurseur par Jacques Ellul (qui cite ses autres ouvrages) dans le cadre de sa réflexion sur la logique technicienne.
Pour le géographe Christophe Guilluy, dans les années 2000-2010, les propositions de revenu universel sont caractéristiques des changements sociaux où la « bourgeoisie avancée » bobo, cherchant à se donner bonne conscience, s'efforce de mettre en avant le revenu universel pour les « populations sous-productives de la périphérie », une revendication qui n'est pas portée par ces populations elles-mêmesChristophe Guilluy, Le Crépuscule de la France d'en haut, Flammarion, 2016..
En , lors d'un discours des anciens de Harvard, Mark Zuckerberg se prononce en faveur du revenu universel. Dans le roman Moi, Omega de Erwan Barillot publié en 2022, Ian Ginsberg, double fictif du PDG de Facebook, prononce le même discours et, à partir de 2040, instaure effectivement le revenu de base pour l'ensemble de ses utilisateurs..
Financement thumb|upright=1.5|Frédéric Bosqué, Patrick Viveret, Yoland Bresson, Christine Boutin et Jean Desessard lors de l'assemblée constituante du MFRB, les 2- à l'ENS (Paris).
Le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) identifie huit approches de financement d'un revenu de baseLes 8 approches de financement d'un revenu de base, revenudebase.info. : l'universalisation et la revalorisation du RSA ; l'autofinancement par transfert des prestations existantes ;