vignette|250px|Aux Pays-Bas, à la suite des élections législatives de 2021, les chefs des différents groupes parlementaires se réunissent afin d'évoquer la composition du futur gouvernement, soutenu par plusieurs partis. Par opposition au gouvernement homogène, un gouvernement de coalition est un gouvernement formé par des représentants de plusieurs partis politiques.

Un gouvernement de coalition est un gouvernement parlementaire constitué par des membres de plusieurs partis qui ont accepté de coopérer en formant une coalition. La raison habituelle d'un tel arrangement est qu'aucun parti seul n'a suffisamment de députés pour constituer une majorité au parlement. Également, en temps de crise comme une guerre ou une crise politique ou économique majeure, des partis peuvent former un gouvernement d'union nationale, ou une grande coalition. Une coalition se fonde toujours sur un accord, appelé pacte de coalition.

On parle de coalition solide si celle-ci s’est formée en amont des élections, les différents partis s’étant fait élire ensemble, après avoir fait campagne autour d’un programme commun. Ce type de coalition génère généralement peu de problèmes puisque la coopération est née dans la compétition : la coopération parlementaire suit la coopération électorale. Ainsi, une coalition est dite fragile lorsqu’elle se forme devant le parlement, par des partis faibles et indisciplinés, et dont la dissolution sera rapide.

Le contexte d'émergence d'un gouvernement de coalition est celui d'un système pluraliste : le nombre élevé de partis implique qu'ils forment des coalitions pour accéder au pouvoir.

Justification À l’inverse du régime présidentiel, dans lequel l’assemblée a l’initiative législative et le président peut bloquer une décision avec son véto, dans les régimes parlementaires, l’initiative appartient généralement au gouvernement et la décision finale revient au parlement. Le caractère collégial de gouvernement en régime parlementaire implique une diversité de situations quant à sa structure partisane. En l’absence de majorité d’un seul parti au parlement, les gouvernements de coalition sont la situation la plus souvent observée.

Ainsi une coalition est nécessaire lorsqu'aucun parti ne détient la majorité lui permettant de gouverner seul. Pour y remédier, un ou plusieurs partis sont contraints de s’allier afin d’obtenir une majorité et de pouvoir gouverner (voir exemples ci-dessous).

En général, cette situation apparaît d’une part parce qu’il existe un grand nombre de partis, ou d’autre part parce que le mode de scrutin ne permet pas, ou rend difficile de dégager une majorité solide.

De fait à l'échelle mondiale, entre 1945 et 2002, les situations minoritaires sont les plus courantes. En effet, elles représentent plus de 56% des situations observées. Ainsi, les gouvernements faisant face à cette situation deviennent alors soit minoritaires, de coalition ou même les deux.

Cependant il est important de préciser que les gouvernements prennent le plus souvent la forme de coalition.

Il est de même intéressant de constater que les gouvernements de coalitions ne sont pas moins long en termes de durée que les gouvernements mono-partisans.

Fonctionnement Un gouvernement de coalition peut se subdiviser en trois catégories principales : la coalition majoritaire proprement dite, la coalition quasi majoritaire et la coalition à soutien majoritaire. Chacune a des particularités spécifiques selon à la façon dont elle a été formée et s’organise. La coalition majoritaire se forme lorsqu’aucun parti n’obtient la majorité absolue. Dans ce cas, il est nécessaire d’établir une alliance entre deux partenaires (au minimum) afin qu’une majorité se forme et puisse ainsi gouverner. Dans ce cas, la coalition peut être établie dès le moment de l’élection ou être nouée au parlement. Ainsi, une coalition établie devant l’électorat, dite “coalition solide” prend place dès la campagne électorale dans laquelle deux ou plusieurs partis expriment leur volonté de gouverner ensemble. C’est une pratique courante dans les pays utilisant les scrutins de type majoritaire. Cependant, une coalition établie au parlement, dite “coalition fragile” advient lorsque plusieurs partis bénéficient d’un nombre restreint de députés et sont dans l’obligation de former une coalition afin que le pays dispose d’un gouvernement. Ce type de coalition est considéré comme fragile puisqu’elle ne repose pas sur des éléments stables. En effet, le risque qu’un ou plusieurs partis se retire et que le gouvernement tombe puisqu’il ne dispose plus de majorité est pesant, puisque menacé au moindre désaccord entre les différents partis. La coalition quasi majoritaire, plutôt rare, advient lorsque les groupes parlementaires souhaitent établir une coalition large, reposant sur un certain nombre de compromis afin que la majorité constituée ne soit pas affaiblie en cas de défection de quelques voix. Aussi, des coalitions quasi majoritaires peuvent être soutenus par d’autres partis qui, pour des raisons internes, ne souhaitent pas entrer dans le gouvernement mais accordent quelques voix afin de franchir le seuil de la majorité. La coalition minoritaire à soutien majoritaire reprend à son compte les voix d’un parti qui, pour des raisons qui lui sont propres, ne désire pas partager de façon visible des responsabilités gouvernementales. Pour illustrer ce propos, le cas de la Quatrième République est pertinent, puisque cette forme de coalition y était répandue. Plusieurs gouvernements tels que Pleven II, Faure I et Mendès France étaient minoritaires mais étaient assurés du soutien socialiste, qui ne souhaitait pas participer au gouvernement. Ceci est tout de même propre à la République, à quelques exceptions près, puisqu’il s’agit d’une situation très inconfortable pour un gouvernement qui se retrouve prisonnier de la majorité d’investiture qui l’a mis en place, et est contraint de faire des concessions pour la garder.

Allemagne La loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne a été adoptée à Bonn en . Lors de la réunification du , la , pensée initialement dans un contexte de transition politique conserve sa valeur constitutionnelle jusqu’à aujourd’hui et fixe l’organisation et le fonctionnement du nouvel État allemand réunifié. La loi fondamentale allemande est une réaction à l’échec de la République de Weimar et à l’horreur du régime national-socialiste d'Adolf Hitler.

Cette loi fondamentale permet de comprendre le déroulement des élections législatives fédérales et par conséquent le paysage politique qui découle du mode de scrutin. L’article 39 prévoit un mandat de pour les membres élus au Bundestag, chambre basse du Parlement allemand. Celle-ci est composée d’au moins élus au scrutin mixte (299 au scrutin uninominal majoritaire et 299 au scrutin proportionnel plurinominal) à un tour. Les résultats du scrutin proportionnel déterminent s’il y a des mandats surnuméraires et par conséquent plus de élus.

En Allemagne, deux forces dominent le paysage politique : l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) et son parti frère l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). Toutefois, le mode de scrutin proportionnel rend très difficile l’obtention d’un majorité absolue au Bundestag. Celui-ci est chargé d’élire le chancelier (le chef du gouvernement). Les coalitions majoritaires sont donc la norme et permettent de gouverner l’Allemagne dont on reconnaît la stabilité des gouvernements. Ils se forment autour de la CDU/CSU () ou du SPD. En fonction des résultats des élections, il y a deux cas de figure. Si une des deux principales forces obtient une majorité relative importante, elle cherche à s’allier avec le Parti libéral-démocrate (FDP), l'Alliance 90 / Les Verts ou la gauche radicale, Die Linke, dans le cadre d’une coalition. Si la majorité relative obtenue par les deux principles forces politiques est mince, elles peuvent être amenées à gouverner ensemble dans le cadre d’une CDU/CSU-SPD.

De Konrad Adenauer en 1949 à Angela Merkel en 2019, la République fédérale d’Allemagne a toujours été dirigée par un gouvernement de coalition. À quatre reprises se sont formées des (). La première eu lieu entre 1966 et 1969 et est une réponse aux désaccords entre chrétiens-démocrates et libéraux en matière de fiscalité. Ces derniers quittent le gouvernement de Ludwig Erhard (CDU) et Kurt Georg Kiesinger (CDU) devient nouveau chancelier à la tête d'une .

Plus récemment, Angela Merkel s’est retrouvée à la tête de gouvernements de coalition à trois reprises. En 2005, Gerhard Schröder n’obtient pas la confiance du Bundestag et des élections anticipées sont convoquées. La CDU/CSU remporte les élections avec 35,2 % des suffrages, au coude à coude avec le SPD (34,3% des suffrages). Le FDP, avec un résultat de 9,8 %, ne pèse pas suffisamment lourd afin d’être une force d’appoint. Les tractations excluent une coalition de trois partis et aboutissent sur la formation d’une avec la signature d’un accord de majorité et une égale répartition des ministères au cabinet dirigé par Angela Merkel. Les élections de 2009 évincent le SPD et propulsent le FDP (meilleur résultat depuis 1949). La prend fin.

C’est en 2013 qu’on perçoit réellement le rationalisme parlementaire allemand et ses effets. Les chrétiens-démocrates et Angela Merkel obtiennent le meilleur résultat de leur histoire avec 41,5 % des suffrages. Le FDP, présent dans le cabinet Merkel II, ne dépasse pas les 5 % et n’entre pas au Bundestag. Lorsque l’on se penche sur les résultats, on s’aperçoit qu’une partie importante de l’électorat du FDP a déplacé son vote en faveur CDU/CSU qui a donc, d’une certaine façon, son allié. Victime de son succès, l' se retrouve contrainte à former une majorité de coalition avec le SPD.

La plus récente intervient dans un contexte politique particulier. La CDU/CSU (32,9 % de suffrages) est affaiblie mais remporte les élections. Avec le SPD (20,5 %), les deux forces politiques enregistrent leur pire score depuis 1949. l'Alternative pour l'Allemagne (AFD) fait son entrée au Bundestag et constitue la troisième force politique du pays devant le FDP, une première pour un parti d’extrême droite. Le FDP, de retour, refuse d’entrer dans une coalition dite avec la CDU/CSU et les Verts (jaune-noir-vert, les couleurs respectives des trois partis). Le SPD revient sur sa position initiale qui consistait à rester dans l’opposition. L’AFD étant marginalisé et stigmatisé, Angela Merkel se tourne vers les socio-démocrates pour former ce qui devient la quatrième depuis 1949.

+Historique des coalitions depuis 1949PériodeChancelierCoalitions1949-1963Konrad AdenauerCDU/CSU+FDP1963-1966Ludwig ErhardCDU/CSU+FDP1966-1969Kurt Georg KiesingerCDU/CSU+SPD1969-1974Willy BrandtSPD+FDP1974-1982Helmut SchmidtSPD+FDP1982-1998Helmut KohlCDU/CSU+FDP1998-2005Gerhard SchröderSPD+DieGrüne2005-2009

2009-2013

2013-2017

2017-2021Angela MerkelCDU/CSU+SPD

CDU/CSU+FDP

CDU/CSU+SPD

CDU/CSU+SPD2021-...Olaf ScholzSPD+FDP+Verts (Feu tricolore)

France Sous la République, l’absence d’une structure de majorité, la fragilité des coalitions et la multiplicité de partis hors systèmes se sont conjuguées et ont abouti à la faiblesse des gouvernements, vingt-quatre se sont succédé en .

À l’époque, l’étiquette partisane ne représentait pas une variable importante du jeu politique (hormis pour les grands partis comme le PCF, la SFIO et le MRP) : le jeu politique gravite autour des individus, desquels les allégeances varient selon le contexte.

Les coalitions ne diffèrent cependant pas de celles de la République sur le principe. Néanmoins, ce qui fait le propre des coalitions gouvernementales sous la est bien le caractère public des désaccords et rivalités.

Ainsi, en 1952, le MRP déclenche lui-même une crise politique autour de la question budgétaire et sociale pour en éviter une autre sur la politique extérieure dont un de ses dirigeants a la charge.