Josep Maria Cañellas ou Josep Maria Cañellas Mata, né à Reus (Catalogne) le et mort à Paris le , est un photographe catalan ayant effectué l’essentiel de sa carrière à Paris.
Biographie
Né à Reus, près de Tarragone, fils de Josep Cañellas Vilanova, fabricant de fils, et d’Emilia Mata Manset, elle-même fille d’un commerçant ayant fait fortune à Cuba au début des années 1850Cf. Catalogue de l’exposition au musée de l’Empordà, Notice biographique, pp. 143-151. Voir section Bibliographie ci-dessous., on ignore à peu près tout des trente premières années de sa vie. On sait que, vers 1885, il est installé à Paris comme photographe professionnel et officie dans un studio au 17, rue André-del-Sarte, à Montmartre. Il est alors connu sous le nom de Josep Maria Cañellas Mata qu’il simplifie dans les années qui suivent en Josep Maria Cañellas. Un grand nombre de ses photographies seront dès lors signées à l’aide de ses initiales JMC. Il déménagera son studio successivement au 60, boulevard de Clichy (avant 1893-1895), au 65, rue des Abbesses (1895-1897) puis au 35, avenue de Wagram (1898-1902)Relevé des inscriptions dans le Bottin à la rubrique Photographes, pour les années 1893-1902. Dans sa notice biographique, le catalogue de l’exposition au musée de l’Empordà (p. 146) inverse les dates de présence aux deux adresses du boulevard de Clichy et de la rue des Abbesses..
Il s’intègre très rapidement au monde artistique de Montmartre. Il fréquente les danseuses et danseurs des cabarets, notamment ceux du Moulin-Rouge dont il réalise plusieurs portraitsVoir par exemple sa composition « Danseuses du french cancan » conservée à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Plusieurs autres portraits de danseuses sont recensés dans la base Photographie des Artistes (voir section Liens externes ci-dessous).. Il se lie également aux artistes-peintres, alors très nombreux dans le quartier, pour lesquels il exécute divers travaux de commande, des portraits d’enfants ou d’animaux ainsi que des études « académiques » de nus. C’est dans ce contexte qu’il forge son slogan Photographie des Artistes qu’il conservera tout au long de sa carrière. Le succès de ses premiers travaux sur les nus « académiques » l’amènera progressivement à se spécialiser dans la photographie de nu pour y consacrer l’essentiel de sa production dans les dernières années de sa vieSans pour autant mettre un terme à ses autres activités photographiques. On trouve par exemple dans une revue de bibliophilie de 1901 (L’Intermédiaire des bibliophiles, libraires, amateurs de bons livres anciens & modernes rares, curieux ou singuliers, en tous genres, consultable sur Gallica) une référence à un Catalogue de tableaux anciens, marbres antiques... illustré avec 7 planches hors texte d’après les clichés photographiques de J. M. Cañellas. Voir aussi le catalogue de l'exposition au musée de l'Empordà, Notice biographique, p. 148..
Durant l’hiver 1888-1889, à la demande du mécène Catalan comme Cañellas, natif de Figueres, Josep Rubaudonadeu (1841-1916) fut à la fois homme d’affaires, homme politique influent, acteur de premier plan au cours de la Première République, et grand mécène. Il fit de très nombreux séjours à Paris où il était propriétaire d’un hôtel, rue Lafayette, qui servait de point de ralliement de la diaspora hispanophone progressiste., il retourne en Catalogne et réalise un très volumineux photo-reportage dans la région de l’Alt Empordà, aujourd’hui connu sous le nom d’Album RubaudonadeuCet album de 555 photographies a été entièrement numérisé et indexé par la Biblioteca Fages de Climent de Figueres. Il peut être consulté sur le site de la bibliothèque et sur l’entrepôt numérique Regira de Gerone..
Cañellas s’est intéressé de près à la technique photographique et aux procédés mécaniques de prise de vue. En , il dépose un brevet libellé « Nouveau système de commande pour la production des photographies animéesBrevet d’invention de 15 ans № 256834, en date du 1er juin 1896, déposé au Bureau de la Propriété industrielle du Ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes (ancêtre de l’INPI). ». En 1899, il est admis comme membre de la Chambre syndicale de la photographie où il se fait le défenseur des droits d’auteur pour les photographes professionnels. En 1901, il gagne son procès contre la librairie A. Charles pour la reproduction non autorisée d’une de ses photographiesPhotographie JMC 5355 dont une reproduction numérique est recensée dans la base Photographie des Artistes. en couverture du roman La Vierge de Babylone de Prosper Castanier (1898).
À l’Exposition universelle de 1900, Cañellas est récompensé d’une médaille de bronzeCf. la version numérisée sur Gallica de la Liste des récompenses : Exposition universelle de 1900, à Paris (page 161). dans la section III, classe 12, dénommée « PhotographieEn 1900, la photographie se voit encore refuser son classement dans la section des Beaux-arts et relève toujours des « Instruments et procédés généraux des Lettres, des Sciences et des Arts ». Cf. Michel Poivert, « La photographie artistique à l’Exposition universelle de 1900 », in Histoire de l’art, n° 13-14, 1991, p. 55-66. ». Parmi les photographies qu’il avait exposées figuraient deux portraits de la danseuse espagnole Anita Caro FeriaUne reproduction numérique de ces portraits est recensée dans la base Photographie des Artistes..
Il se marie, plutôt tardivement, peu avant ses quarante-trois ans, avec une demoiselle Jeanne Martin, trente-trois ans, sans profession. L’acte de mariage est établi le à la mairie du arrondissement de ParisCf. Archives de la Ville de Paris, registres du arrondissement (1898, V4E 9022, acte de mariage № 1642).. Parmi les témoins, on relève la présence des deux artistes-peintres Manuel Luque et Daniel Hernández, signe de liens forts qu’il conservera à la fois avec le monde artistique et la diaspora hispanophone à Paris.
Le couple n’aura pas d’enfants. Cañellas meurt de manière prématurée, à l’âge de 46 ans, en , à son domicile de l’avenue de WagramCf. Archives de la Ville de Paris, registres du arrondissement (1902, V4E 10268, acte de décès № 1430). Une nécrologie paraît dans le bimensuel El Correo de París du 15 juin 1902 (elle est reproduite à la p. 149 du catalogue de l’exposition au musée de l’Empordà).. Il est enterré au cimetière parisien de Saint-Ouen mais ses cendres seront dispersées quelques années plus tard.
Sa jeune veuve assurera encore quelques années la diffusion et la distribution des photographies de son mari, mais on ignore le sort qu’elle réserva à l’ensemble du fonds. Plusieurs photographies de nus seront reprises en cartes postales, la plupart du temps sans mention d’auteurFourquier fait par exemple état (p. 11) de photographies de Cañellas parmi celles que diffusait la maison Joseph Kühn (220 rue de Rivoli)..
On ne connaît pas non plus de photo-portrait de Cañellas ; seule son ombre apparaît sur quelques clichésPar exemple, JMC 1406 ou JMC 608. L'ombra del fotògraf est le titre du film documentaire consacré à Cañellas (bande annonce)..
Présentation de l’œuvre
Cañellas signe généralement ses photos directement sur le négatif de ses initiales JMC suivies d’un numéro. Toutefois de nombreux tirages ne font pas apparaître de signature.
Plusieurs grands ensembles se dégagent de sa production photographiqueUn grand nombre de reproductions connues des photographies de Cañellas a été regroupé dans la base de données Photographie des Artistes.. Il est avéré qu’une partie importante de cette œuvre nous est inconnue, soit que les photographies existent mais n’aient pas été attribuées à Cañellas, soit que les photographies aient été détruites ou « sommeillent encore, en quelque lieu, dans l’indifférence » (Fourquier).
L’album Rubaudonadeu - Ce recueil de 555 photographies, distribuées en cinq albums, forme un ensemble à part, au croisement du journalisme et de l’enquête ethnographique. C’est un témoignage particulièrement remarquable de la vie quotidienne dans cette région du nord de la Catalogne. Ces photographies, redécouvertes en 1994Voir l’article d’Inés Padrosa Gorgot, « L’Àlbum Rubaudonadeu (La font d’història gràfica empordanesa més antiga) » in Revista de Girona, 162 (1994). Article fondateur qui redécouvre cet ensemble photographique et lui donne son nom. Consultable en ligne. Une journée d’étude a été consacrée à cet album le 26 novembre 2022 à Figueres, dressant l’état des connaissances sur le sujet et sur son auteur : Els àlbums Rubaudonadeu del fotògraf Josep M. Cañellas dipositats a la Biblioteca de Figueres., sont régulièrement reprises pour illustrer la Catalogne de la fin du .
Les instantanés - Pour certains spécialistesC’est le cas en particulier de Ken Jacobson (article dans le catalogue de l’exposition au musée de l’Empordà) et d’Alain Fourquier. Voir les références bibliographiques., c’est la partie la plus originale et la plus novatrice du travail de Cañellas. Jusqu’au début des années 1890, Cañellas est descendu régulièrement dans la rue (souvent aux abords immédiats de son studio) pour prendre des clichés instantanés de scènes ordinaires de la vie à Paris (passants, promeneurs, marchands, manifestations, transports en commun...). Il est parmi les tout premiers, sinon le premierAlain Fourquier sous-titre son ouvrage « Premier photographe de l’instantané à Paris »., à le faire, à une époque où le matériel de prise de vue, malgré des progrès considérables, restait encore imposant.
Les portraits - Si l’on se fie à la numérotation des clichés, lorsqu’elle est présente, les portraits furent sans doute les premiers travaux de Cañellas dans ses studios montmartrois et ceux qui contribuèrent à le faire connaître. Ce sont généralement des portraits d’artistes (danseuses, peintres, musiciens). On connaît de lui par exemple plusieurs portraits de danseuses du Moulin-Rouge.
Les études d’après nature – Dans la lignée des travaux d’Igout, Cañellas produit des photographies d’après nature à destination des artistes pour leur servir de modèles. Il représente ainsi des animaux, des enfants, des jeunes femmes. Auguste Rodin, Antoine Bourdelle, José Luis Pellicer ou par exemple se porteront acquéreurs de ses photographiesLe musée Rodin conserve plusieurs photographies de Cañellas (cf. JMC 79). Le musée Bourdelle en détient une (cf. JMC s/n). Plusieurs photographies de Cañellas détenues par Pellicer ont été déposées aux Archives historiques de la ville de Barcelone (cf. JMC 456)..
Les reproductions d’œuvres d'art - Sa relation privilégiée avec les artistesVoir plus particulièrement l’article JMC i els artistes dans le catalogue de l’exposition au musée de l’Empordà (pp. 54-65 ; trad. fr. JMC et les artistes, pp. 190-196)., et en particulier les peintres catalans ou espagnols installés ou de passage à Paris (entre autres Pellicer, Rusiñol, Zuloaga), l’a amené à acquérir un savoir-faire recherché dans la reproduction photographique des œuvres d’art. De telles reproductions photographiques permettaient alors à ces artistes de mieux faire connaître leur propre travail un peu partout dans le monde.