William Tyndale ou Tindale, né dans le Gloucestershire en 1494 et mort (exécuté par strangulation) le à Vilvorde (Belgique) est un théologien-humaniste anglais connu comme le premier traducteur du Nouveau Testament depuis le texte grec dans une langue moderne (anglais moderne naissant). Brillant érudit, il parlait l'hébreu, le grec, le latin, l'espagnol, l'anglais et le français, « si bien que chacune de ces langues aurait pu être sa langue maternelle ». L'influence de sa traduction de la Bible en anglais a été majeure tant sur l'évolution religieuse de l'Angleterre au que sur celle de la langue anglaise.

Biographie Années d'études Tyndale est né à une date indéterminée, entre 1484 et 1496, peut-être dans un des villages voisins de Dursley, dans le Gloucestershire. La famille Tyndale portait aussi le patronyme de « Hychyns » (Hitchins), et c’est sous le nom de William Hychyns que Tyndale fut immatriculé au Magdalen College School, un lycée préparatoire pour entrer à l'université d’Oxford. La famille Tyndale, originaire du Northumberland, s'est établie via l’East Anglia dans le Gloucestershire au – probablement à cause de la Guerre des Deux-Roses. L’oncle de Tyndale, Edward, était le métayer de Lord Berkeley. Deux études généalogiquesJohn Nichol, Literary Anecdotes, Vol IX: Tindal genealogy; Burke's Landed Gentry, éditions du , 'Tyndale of Haling' citent Edward Smith comme le frère de Sir William Tyndale, de Deane (Northumberland) et Hockwald (Norfolk), qui fut anobli à l'occasion du mariage du prince de Galles à Catherine d'Aragon. La famille Tyndale serait donc de la lignée du baron Adam de Tyndale, un des premiers vassaux de Henri . Margaret Tyndale est une nièce de William Tyndale qui épousa Rowland Taylor dit « le Martyr ».

Tyndale étudia les arts libéraux à Magdalen Hall (qui deviendra par la suite Hertford College) de l’Université d'Oxford en 1506 et fut reçu licencié ès Arts en 1512 ; la même année, il reçut les ordres mineurs et devint sous-diacre. Il fut diplômé Maître ès Arts en , considéré comme un homme aux mœurs pures et menant une vie sans tacheBrian Moynahan. William Tyndale: If God Spare my Life (Londres, 2003), .. Le titre de « M.A. » lui permettait de s'inscrire à la Faculté de théologie, mais pour lui les cours furent une grave déception :

Particulièrement doué pour les langues, il parlait couramment le français, l’allemand, l’italien et l’espagnol, et maîtrisait le Latin, le grec et l’hébreuDavid Daniell, William Tyndale: A Biography (New Haven & London, 1994), . De 1517 à 1521, il fréquenta l'université de CambridgeÉrasme y avait été professeur de grec d’août 1511 à janvier 1512. Cf. Daniell, William Tyndale, .. C'est peut-être à cette période qu'il fit la connaissance de Thomas Bilney et de John FrithMoynahan, William Tyndale, ..

Tyndale entra au service de Sir John Walsh en 1521 comme chapelain et précepteur à Little Sodbury. Comme il est influencé par les idées réformatrices de Martin Luther, et que ses opinions religieuses viennent à être connues, il est convoqué vers 1522 par John Bell, chancelier du Diocèse de Worcester, mais aucune charge n'est finalement retenue contre luiMoynahan, William Tyndale, ..

Après cette entrevue houleuse avec Bell et d'autres dignitaires religieux, vers la fin du séjour de Tyndale à Little Sodbury, John Foxe rapporte une dispute avec un prélat « érudit » mais « blasphématoire », qui aurait déclaré à Tyndale : Tyndale répondit :

Influencé par Érasme de Rotterdam dont il avait découvert le Nouveau Testament grec-latin, Tyndale s'était mis à le traduire en anglaisA.C. Partridge, English Biblical Translation (London: Andrè Deutsch Limited, 1973), 38–39, 52–52..

Tyndale partit pour Londres en 1523 afin d'obtenir l'autorisation officielle de traduire la Bible en anglais. Dans un premier temps, il rechercha la protection de Tunstall, l'érudit évêque de Londres qui avait travaillé avec Érasme à la collation des Écritures grecques, mais lorsque l’évêque fut mis au fait de ses intentions, il lui refusa l'accès à son palais de Lambeth, déclarant qu'il n'avait pas de poste à lui proposerTyndale, preface to Five bokes of Moses (1530).. Tyndale se mit à précher dans Londres, notamment à St Dunstan-in-the-West, travaillant à « son livre » avec le soutien d'un tailleur, Humphrey Monmouth.

Publication de la Bible en anglais

En 1524, Tyndale quitte sa patrie qu'il ne reverra plus. Se rendre dans le Saint Empire lui permet d'avoir accès à l'étude de l'hébreu, car en Angleterre l'édit d'Expulsion (1290) interdisait la détention de livres en hébreu en Angleterre. Mais en ce début de , les écrits en grec ancien devenaient, pour la première fois depuis des siècles, accessibles à la communauté savante d'Europe. Fort des manuscrits rendus disponibles par la diaspora des érudits byzantins depuis la chute de Constantinople (1453), Érasme venait de traduire et d'éditer, sous le titre (énigmatique) de « Novum Instrumentum » le texte grec des Saintes Écritures, dépassant la Vulgate.

H. Samworth suggère d'interpréter l'immatriculation d’un certain Guillelmus Daltici ex Anglia, présente dans les registres de l’Université de Wittemberg comme celle de William TyndaleD'après The Life of William Tyndale du Herbert Samworth, « 5 – Tyndale in Germany ».. Ce pourrait donc être à Wittemberg que Tyndale paracheva sa traduction du Nouveau Testament, en 1525, avec l'aide du frère minorite William Roy.

Il remet sa traduction à l’imprimeur Peter Quentell, de Cologne, mais l'entrée en vigueur des mesures anti-luthériennes dans cette ville empêche la publication : des ouvriers trop bavards auraient informé le prêtre Cochlaeus, l'un des principaux adversaires de Luther. Tyndale se précipite à l'atelier, saisit ses précieux manuscrits et les emporte à Worms, ville libre d'Empire alors en voie de conversion à la Réforme. Il faut attendre l'année suivante pour voir la parution du Nouveau Testament par l'imprimeur Peter Schoeffer de WormsJoannes Cochlaeus, Commentaria de Actis et Scriptis Martini Lutheri (Saint-Victor-devant*Mayence, impr. Franciscus Berthem, 1549), ..

De nouveaux exemplaires parurent bientôt à Anvers. On ignore à quel moment au juste Tyndale était parti pour le port d'AnversLe colophon de la traduction de Tyndale du Livre de la Genèse et les pages de titre de plusieurs pamphlets de cette époque sont attribués à l’imprimeur Hans Luft « de Marbourg », mais il s'agit là d'une fausse adresse : car Luft, l’imprimeur de Luther, n'eut jamais d'atelier à Marbourg. ; à la date du , on lit dans le journal de Georg Spalatin que Tyndale est resté à Worms près d'une année entière.

Cochlaeus alerte cependant l'évêque Tunstall, qui interdit l'introduction des bibles 'anglaises' en . Tyndale sait donc que les précieux volumes seront saisis à leur arrivée en Angleterre. Pour déjouer l'étroite surveillance qui s'exerce dans les ports, les Nouveaux Testaments sont cachés dans des ballots d'étoffe ou des barils de vin. Beaucoup d'exemplaires sont néanmoins confisqués. Leurs destinataires sont astreints à défiler à cheval, le visage tourné vers la queue de l'animal, et portant visiblement le livre défendu ; ils devront le jeter eux-mêmes au feu devant tous et faire pénitencePeter Ackroyd, The Life of Thomas More (Londres, 1999), .. L'historien du protestantisme Richard Marius avance que Mais les efforts de l'évêque de Londres sont voués à l'échec. Les Londoniens veulent prendre connaissance de l'ouvrage proscrit et s'ingénient à l'obtenir au mépris des menaces. En désespoir de cause, l'évêque de LondresIl s'agirait plutôt, selon l'édition 1911 de l'Encyclopaedia Britannica, de l’archevêque de Cantorbéry, William Warham. prie Packington, un négociant de la cité, de mettre à profit ses relations commerciales avec le port d'Anvers, pour accaparer à la source toute l'édition de Tyndale. Muni d'une forte somme d'argent, Packington se rend sur le continent. L'évêque a cru « mener Dieu par le bout du doigt », écrit un chroniqueur de l'époque. Mais il ne réussira pas mieux dans cette entreprise que dans les précédentes. Packington, ami secret de Tyndale, arrive chez le traducteur :

« Monsieur Tyndale, je vous ai trouvé un bon acquéreur pour vos livres, - Et qui donc ? - L'évêque de Londres ! - Mais, si l'évêque veut ces livres, ce ne peut être que pour les brûler ! - Eh bien qu'importe ! D'une manière ou d'une autre l'évêque les brûlera. Il vaut mieux qu'ils vous soient payés ; cela vous permettra d'en imprimer d'autres à leur place ! »

Le marché est conclu et l'édition est apportée en Angleterre. L'évêque de Londres convoque la population devant la cathédrale Saint-Paul pour assister à la destruction massive des livres hérétiques. Cependant, le bûcher de l'évêque devient une publicité inespérée pour la deuxième édition du Nouveau Testament Tyndale. Imprimé cette fois en petit format, pour faciliter la dissimulation des volumes et mieux échapper aux perquisitions, sa diffusion est un vif succès. Le cardinal Wolsey condamna Tyndale comme hérétique, et le premier procès en hérésie s'ouvrit en 1529Moynahan, William Tyndale, ..

Tyndale serait retourné à Hambourg vers 1529, emportant son manuscrit. Il y révisa son Nouveau Testament et commença à traduire l'Ancien Testament, non sans travailler à d'autres essais.

Arrestation et exécution thumb|right|320px|William Tyndale au bûcher, s'écriant « Lord, open the King of England's eyes » (bois gravé de l'édition de 1563 des Actes et Monuments de John Foxe). En 1535, des adversaires de Tyndale lui tendent un piège. Trop confiant, le traducteur accepte une invitation à un repas chez de prétendus amis. Il y est arrêté et enfermé au château de Vilvorde (duché de Brabant). De son cachot, il adresse au gouverneur de la ville de Vilvorde, le marquis de Berghes, la requête suivante :

Le réformateur, ayant obtenu Bible, grammaire et dictionnaire hébreu, poursuit son travail de traduction. L'inquisiteur Jacques Latomus siégeait à son procès ; il joua un rôle prépondérant pour le faire condamner pour hérésie et exécuter par le bras séculier de l'empereur Charles Quint. Tyndale fut étranglé et brûlé le . Avant son exécution, il s'écrie d'une voix forte : « Seigneur, daigne ouvrir les yeux du roi d'Angleterre ! ».

Cette ultime requête sera exaucée deux ans plus tard. Recueillant sa traduction faite en prison, les amis de Tyndale la complètent et la font imprimer. Il aurait été beaucoup trop dangereux d'indiquer le nom du traducteur sur la page de garde ; aussi cette édition première est-elle désignée comme la « Bible de Matthieu » (Matthew's Bible), selon le prénom de l'imprimeur. Elle sera remise au roi Henri VIII en 1538. Celui-ci, ému par la beauté du texte et la profondeur de son message, passe outre une nouvelle fois les interdictions ecclésiastiques et décrète que cette Bible doit être lue « dans toutes les paroisses d'Angleterre ».

Influence et postérité Première Bible traduite en anglais depuis les langues anciennes S'il existait déjà au Moyen Âge plusieurs versions partielles ou romancées des récits bibliques en langue vernaculaire (vieil anglais, anglo-normand), le courant initié par la publication de la Bible de John Wycliffe fut condamné et la détention non autorisée des Saintes Écritures en anglais était passible en Angleterre de la peine de mortCf. interview du bibliste David Daniell, par Paul O'Donnell.Cf. .. La traduction de Tyndale est tout à la fois la première Bible traduite en anglais depuis les langues anciennes (à savoir la version en hébreu pour l'Ancien Testament, et le texte grec pour le Nouveau Testament), la première édition anglaise imprimée, et la première Bible protestante. Elle fut un défi jeté à l’autorité de l'Église catholique et à la législation religieuse anglaise.

Traductions ultérieures de la Bible en anglais