Le tahitien (autonyme : ) est l'une des cinq langues reconnues de la Polynésie française, où il reste la seconde langue véhiculaire, en concurrence avec le français, unique langue officielle de ce pays d'outre-mer.

La langue tahitienne est parlée dans l'archipel de la Société, notamment à Tahiti, au Nord-Ouest des Tuamotu et à Tubuai. Elle est également la langue maternelle d'une partie des Tahitiens de Nouvelle-Calédonie.

C'est une langue de tradition orale, transcrite pour la première fois au début du par des évangélisateurs chrétiens de la London Missionary Society pour la traduction de la Bible.

Définition

Classification Le classement des langues par famille de la langue tahitienne.. permet d’imaginer le voyage qui conduisit à travers les siècles les ancêtres des Polynésiens de l’île de Taïwan jusqu’aux Îles de la Société. Le tahitien fait en effet partie des langues austronésiennes parlées à Madagascar, en Asie du Sud-Est et dans l’océan Pacifique. L’origine probable du proto-austronésien, ancêtre commun à toutes les langues de cette famille, est l’île de Taïwan. Cette famille se divise en deux branches, l’une comprenant les langues formosanes contemporaines parlées par les autochtones de Taïwan, l’autre, dite malayo-polynésienne, comprenant les langues parlées dans les océans Indien et Pacifique.

Le tahitien est donc classé dans la branche malayo-polynésienne, plus précisément dans le groupe central-oriental, qui regroupe les langues parlées à l’Est de Célèbes. Ce groupe comprend un sous-groupe océanien pour les langues parlées à l’Est de la Nouvelle-Guinée. Ce sous-groupe se scinde lui-même pour distinguer les langues océaniennes centrales et orientales, dont le foyer de diffusion est les Îles Samoa. Le tahitien est inclus dans les langues du Pacifique central (avec par exemple le fidjien), parmi les langues polynésiennes (tongien, samoan, hawaïen) et donne son nom au sous-groupe des langues tahitiennes (maoris) parlées dans les archipels de la Société, des Australes et des Tuamotu ainsi qu’aux Îles Cook et en Nouvelle-Zélande.

+Comparaison du vocabulaire de base du tahitien avec sa famille linguistique tahitien maori hawaïen rotuman gilbertin tagalog français 2 ’oe koe ’oe ’äe ko ikaw, ka, kayo (formel) 36vahinewahinewahinehȧnainebabae73tari’ataringapepeiaofaligataningatenga 74 mata mata maka mafa mata mata 92inuinu-miainu’imomoiuminom, inumin93’ai, ’amukai-nga’ai’ā, ’ātēkana, kangkumain, kainin 100 ’ata kata ’aka kahā ngare tumawa 151uauauauaskarauulan159fenuawhenuahonuahanuaaontanolupa

Faisant abstraction de ce classement par familles, toutes les langues autochtones de la Polynésie française sont désignées par l’expression te mau reo mā’ohi. qui, outre le tahitien, incluent le paumotu, le marquisien, les langues australes et le mangarévien.

En typologie morphologique, le tahitien semble être une langue isolante. En typologie syntaxique, le tahitien est une langue de type VSO, bien que les grammaires récentes évitent dans leur description la catégorie du verbe pour privilégier le terme de prédicat. En typologie rythmique, le tahitien est une langue accentuelle, qui marque un accent tonique fixe selon la longueur des syllabes dans un mot.

La norme ISO 639 représente le tahitien par le code à 2 lettres ; les codes , , et sont respectivement utilisés pour le tamoul, le thaï, le tigrigna et le tatar, ces langues ayant plus de locuteurs vivants. La norme ISO 639-3 utilise le code à 3 lettres et catégorise le tahitien comme une langue individuelle, car distincte des autres langues tahitiennes, et vivante, car il reste la langue maternelle de dizaines de milliers de Polynésiens. Pour indiquer le tahitien comme langue de base, l’IETF reprend comme étiquette d'identification le code ISO 639-2 . Dans la classification philologique de l’Observatoire linguistique, le tahitien est inclus dans la phylozone transpacifique, numéroté , du phylosecteur austronésien, classé dans la série (du nukuoro au rapanui), dont les langues entretiennent des relations complexes résultant de migrations interinsulaires, dans le réseau des langues tahitiennes et maories (incluant les langues marquisiennes). Le tahitien est donc identifié dans le « Registre de la Linguasphère ».

Nom Tahiti étant, politiquement et en superficie, l'île principale des Îles de la Société, elle donne son nom à la langue vernaculaire de tout l'archipel.

La London Missionary Society édite en 1851 « ». En 1861, le tahitien est présenté par Étienne Jaussen comme un « dialecte tahitien » de la « langue maorie ». Dès 1887, il revoit cette dénomination pour privilégier celle de « langue tahitienne ». Les notices d’autorité contemporaines identifient cette langue sous le nom « tahitien » en français et « » en anglais.

Le tahitien se nomme lui-même « », soit mot-à-mot « langue de Tahiti » ou « langue tahitienne ». Lorsque le contexte est univoque, il est également métaphoriquement appelé « », c'est-à-dire « langue parlée par les Polynésiens ». Cet usage métaphorique, apparu à la fin des années 1970 et employé aussi bien en tahitien qu'en français local, sert une revendication identitaire en marquant une distinction avec la culture française.

Histoire

Peuplement des Îles de la Société

La seconde vague de peuplement de l′Océanie permis aux premiers Polynésiens venant des Fidji d’atteindre vers l’an 300 les Iles de la Société, jusqu’alors inhabitées. Ils apportèrent donc leur langue et n’eurent à subir aucune influence externe dans son évolution pendant plusieurs siècles. De tradition orale, il ne reste que des indices indirects de cette évolution.

Le langage parlé était autrefois l'apanage des puissants. Le peuple faisant autant que possible l'économie du langage, lui substituant des gestes et mimiques.. Il en reste aujourd'hui de nombreuses traces (par exemple le haussement de sourcil pour indiquer son approbation..).

La coutume du Cette coutume rendait tapu certains mots du vocabulaire..

Du Première transcription Lorsqu'à la fin du , lorsque les Européens arrivent à Tahiti, il n'y existe pas d'écriture : tout se transmet oralement. Ce sont les missionnaires protestants arrivés en 1797 sur le , notamment Henry Nott (1774-1844), qui vont mettre au point le système de notation alphabétique permettant le passage à l'écrit ; après d'assez longs tâtonnements, ils adoptent un système avec 5 voyelles et 9 consonnes, et réalisent les premières impressions de la Bible traduite en langue tahitienne. Les Polynésiens vont apprendre à lire et écrire à l'aide de la Bible.

Influence des langues étrangères Le vocabulaire s'enrichit avec l'introduction de mots nouveaux issus de la langue parlée par les missionnaires, mais aussi des langues latine, grecque ou hébraïque. Aujourd'hui encore, c'est autour de l'Église (catholique) et surtout du Temple (protestant) que le Tahitien apprend à parler sa langue.

De même que les missionnaires ont donné au tahitien moderne un vocabulaire religieux particulièrement complet, les interprètes l'ont doté d'un vocabulaire administratif et juridique exhaustif et l'ont rendu apte à exprimer sans difficulté le langage des actes, jugements et textes législatifs. Ce vocabulaire est souvent tiré du français.

Depuis la fin du , l'anglais puis le français ont été la source d'apports très importants dans le vocabulaire mais aussi la cause de nombreuses corruptions de la syntaxe. L'influence de ces deux langues européennes s'est exercée spontanément à travers les échanges commerciaux et sociaux et en raison d'une présence importante de locuteurs bilingues.

Quelques mots tahitiens se sont également introduit dans la langue française., comme le paréo. du tahitien . De nombreux plats de la cuisine de Tahiti ne sont connus en français que sous leur nom tahitien (po’e, mā’a tinitō, etc.).

Évolution contemporaine

La situation actuelle du tahitien La langue tahitienne se trouve en concurrence avec la langue française, langue officielle en tant que « langue de la République » (art. 2 de la Constitution). Parmi les langues régionales du territoire français, le tahitien est une de celles qui se maintiennent le mieux. En 2015, les meilleures estimations disponibles indiquent entre et locuteurs en Polynésie française. En 2013, ne recensait que 240 résidents néo-zélandais parlant tahitien.. Aucune estimation n'est en revanche disponible pour les Tahitiens de Nouvelle-Calédonie ou les autres Polynésiens émigrés.

Le tahitien reste la langue maternelle d'une partie de la population des îles de la Société ; le bilinguisme est devenu courant, mais la connaissance du tahitien est considérée comme nécessaire par le personnel politique de Polynésie françaiseGaston Flosse, dont la langue maternelle est le mangarévien, a appris par la suite le français et le tahitien. Un phénomène caractéristique de la vie politique est l'utilisation, à partir des années 1960, du tahitien pour les noms des partis politiques, notamment le Pupu Here Aia, successeur du RDPT, et de façon plus surprenante, le , ex-Union tahitienne, fondée à l'origine dans une perspective anti-autonomiste.

Le tahitien est aussi utilisé dans les cultes chrétiens, dans un certain nombre de médias et dans l'édition.

Les prénoms polynésiens, notamment tahitiens, sont couramment donnés aux enfants nés en Polynésie française, quel que soit le lieu de naissance de leur mère.

Son enseignement Le tahitien est enseigné : en Polynésie française, dans l'enseignement primaire et secondaire ainsi qu'à la Maison de la Culture de Papeete ; à l'université de la Polynésie française, qui propose également une initiation en ligne au tahitien ; en métropole, à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

Son statut juridique Dans un , (Haut-commissaire de la République en Polynésie française, M. Fritch, ), le Conseil d'État a annulé une disposition du règlement intérieur de l'Assemblée de la Polynésie française, autorisant les orateurs à s'exprimer « en langue française ou en langue tahitienne ou dans l'une des langues polynésiennes », estimant que cette disposition était contraire à l'article 57 de la loi organique du , qui dispose : « Le français est la langue officielle de la Polynésie française. Son usage s'impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l'exercice d'une mission de service public ainsi qu'aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics ».

La Constitution de 1958 dispose depuis la réforme de 2008 en son article 75-1 que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »

Le rôle de l'Académie tahitienne

L'Académie tahitienne, créée en 1972, a pour objectif de sauvegarder, d'enrichir et de promouvoir la langue tahitienne. Elle est notamment à l'origine d'une grammaire, de dictionnaires et de lexiques tahitiens.

Le tahitien dans la littérature L'utilisation littéraire du tahitien est promue à partir des années 1970 par un groupe de personnalités à l'origine de l'Académie tahitienne. La littérature tahitienne moderne est illustrée notamment par Henri Hiro (1944-1990), Flora Devatine (née en 1942 ; membre de l'Académie) et Jean-Marc Pambrun (1953-2011), mais est restée dans l'ensemble modeste.

Outils numérique Le site de l'Académie tahitienne propose un dictionnaire tahitien-français/français-tahitien en ligne, qui permet de traduire les mots et d'écouter la prononciation de certains mots tahitiens..

En 2017, le service de la traduction et de l'interprétariat tahitien lance une application mobile de traduction français-tahitien et tahitien-français, Reo.. En 2021, une version web est ajoutée, qui permet également des traductions entre le tahitien et l'anglais..

Graphies et prononciation