André de Grèce (en grec moderne : / ), prince de Grèce et de Danemark, est né le à Athènes, en Grèce, et mort le à Monte-Carlo, à Monaco. Fils du roi Georges de Grèce et grand-père du roi du Royaume-Uni, c’est un militaire hellène, surtout connu pour son rôle controversé durant la guerre gréco-turque de 1919-1922.

Issu d'une dynastie d'origine étrangère, le prince André s'identifie, très jeune, comme un prince résolument grec. Après une formation militaire, sous la direction du général Panagiotis Danglis, il devient officier de cavalerie en 1901. Marié deux ans plus tard à la princesse anglo-allemande Alice de Battenberg, il a cinq enfants avec elle entre 1905 et 1921. Obligé à démissionner de l'armée après le « coup de Goudi » de 1909, le jeune homme boude ostensiblement la vie publique de son pays jusqu'au déclenchement des guerres balkaniques de 1912-1913. Réintégré dans l'armée à cette occasion, il sert sous les ordres de son frère aîné, qui devient après l'assassinat de leur père en 1913. Avec la guerre, le prestige du prince grandit, tandis que sa situation financière s'améliore sensiblement grâce à l'héritage laissé par son père.

Durant la Première Guerre mondiale, André soutient la politique neutraliste de son frère, au moment où le Premier ministre Elefthérios Venizélos pousse à une intervention militaire en faveur des Alliés. Envoyé en mission diplomatique à Paris et à Londres en 1916, le prince échoue à convaincre les gouvernements de l'Entente que la Grèce n'est pas en train de basculer dans le camp des empires centraux. Considéré comme un ennemi au même titre que Constantin , André est finalement poussé à l'exil par les vénizélistes en 1917. Réfugié en Suisse jusqu'en 1919, il revient dans son pays après le rappel de son frère au pouvoir. André s'engage alors dans la guerre qui oppose la Grèce à la Turquie à propos de la domination de l'Ionie. Engagé dans la bataille de la Sakarya (1921), durant laquelle l'armée hellène est écrasée par celle de Mustafa Kemal, le prince est ensuite considéré comme l'un des responsables de la défaite. Jugé pour désertion en 1922, il est condamné à la dégradation, au bannissement et à la déchéance de nationalité mais échappe à la peine de mort, contrairement aux personnalités victimes du « procès des Six ».

Réfugié en France jusqu'à la restauration de la monarchie en 1935, André s'installe avec sa famille à Saint-Cloud, où il vit grâce à la générosité de ses belles-sœurs Nancy Stewart, Marie Bonaparte et Edwina Ashley. Il mène alors une existence oisive, durant laquelle il rédige des mémoires de médiocre qualité visant à justifier ses actions durant le conflit avec la Turquie. La vie du prince prend cependant un tour nouveau après la célébration de ses noces d'argent, en 1928. Son épouse, la princesse Alice, souffre après cette date de graves problèmes psychologiques, qui conduisent sa famille à l'interner en Suisse entre 1930 et 1933. Dans le même temps, les quatre filles du couple se marient et partent vivre en Allemagne. Dans ces conditions, André ferme la maison de Saint-Cloud et confie l'éducation de son fils Philippe, futur duc d'Édimbourg, à sa belle-mère, au Royaume-Uni. André partage ensuite sa vie entre Paris, l'Allemagne et la côte d'Azur. Hôte régulier de millionnaires à la réputation de play-boy, il s'adonne au jeu, à l'alcool et aux femmes. Il s'engage alors dans une relation extraconjugale avec l'actrice française Andrée Lafayette, connue sous le pseudonyme de « comtesse Andrée de La Bigne ».

Le retour de Georges II au pouvoir permet à André de séjourner à plusieurs reprises en Grèce entre 1936 et 1939. Libéré du jugement de 1922, le prince n'en reste pas moins une personnalité controversée à cause de ses déclarations publiques maladroites. Bloqué dans le sud de la France au moment de la Seconde Guerre mondiale, le prince se retrouve largement coupé de sa famille mais continue néanmoins à mener une vie confortable avec sa maîtresse. Il meurt d'une crise cardiaque peu après la Libération, en 1944, et sa dépouille n'est rapatriée à la nécropole royale de Tatoï que deux ans plus tard.

Famille Le prince André est le fils du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926). Par son père, il est le petit-fils du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que, par sa mère, il est l’arrière-petit-fils du tsar Nicolas de Russie (1796-1855).

Les 6 et , le prince André épouse, civilement puis religieusement, à Darmstadt, en Hesse, la princesse anglo-allemande Alice de Battenberg (1885-1969), fille du prince Louis de Battenberg (1854-1921), futur marquis de Milford Haven, et de son épouse la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt (1863-1950). Par sa mère, la princesse Alice est la petite-fille du grand-duc Louis IV de Hesse-Darmstadt (1837-1892) et l’arrière-petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901) tandis que, par son père, elle descend en ligne morganatique du grand-duc Louis II de Hesse-Darmstadt (1777-1848).

De l'union d'André et d'Alice naissent cinq enfants : Marguerite de Grèce (1905-1981), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le , à Langenbourg, le prince Gottfried de Hohenlohe-Langenbourg (1897-1960). D'où postérité ; Théodora de Grèce (1906-1969), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le , à Baden-Baden, le margrave Berthold de Bade (1906-1963), héritier du trône de Bade. D'où postérité ; Cécile de Grèce (1911-1937), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le , à Darmstadt, le grand-duc Georges-Donatus de Hesse-Darmstadt (1906-1937), prétendant au trône de Hesse-Darmstadt. D'où postérité éteinte en 1937 et 1939 ; Sophie de Grèce (1914-2001), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse en premières noces le prince Christophe de Hesse-Cassel (1901-1943), le , puis, en deuxièmes noces, le prince Georges-Guillaume de Hanovre (1915-2006), le à Salem. D'où postérité des deux unions ; Philippe de Grèce (1921-2021), prince de Grèce et de Danemark, qui devient Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, en épousant la future reine Élisabeth II du Royaume-Uni (1926-2022) le . D'où postérité.

Biographie Jeunesse Enfance et éducation

Quatrième fils et septième enfant du roi Georges et de la reine Olga, le prince André voit le jour le au palais royal d'Athènes. Ainsi qu'il a été prévu par la constitution de 1864, l'enfant est élevé dans la religion orthodoxe grecque, qui n'est pas celle de son père, demeuré luthérien après son élection au trône. La première langue du petit garçon est l'anglais, qu'il parle avec ses parents et ses frères et sœurs. En grandissant, André affirme cependant son identité hellène en refusant d'utiliser une autre langue que le grec avec sa famille. Issu d'une dynastie cosmopolite, André effectue de nombreux voyages en Grèce et à l'étranger, durant sa jeunesse. Chaque année, il passe ainsi l'hiver à Athènes, le printemps en Égée ou en Ionienne (à bord du yacht royal Amphitrite) et l'été à Tatoï. Il effectue par ailleurs différents séjours au Danemark (chez son grand-père le roi Christian IX), en Russie (chez son grand-père le grand-duc Constantin Nikolaïevitch) ou en Autriche (chez son oncle le prince Ernest-Auguste de Hanovre).

Comme ses frères et sœurs, André reçoit une éducation stricte, fondée sur l'apprentissage des langues (grec ancien et moderne, anglais, français, allemand et danois), de l'histoire, de la littérature, de la musique et du sport. Supervisée par trois tuteurs étrangers (un Prussien, le Dr. Lüders, un Français, M. Brissot, et un Britannique, Mr Dixon), sa scolarité suit un emploi du temps rigide. La journée de l'enfant commence à six heures par un bain froid. Après un premier petit déjeuner, il suit des cours de sept à neuf heures trente puis prend un second petit déjeuner avec ses parents. Les leçons reprennent ensuite de dix heures à midi et sont suivies d'exercices physiques dans les jardins du palais. Après un déjeuner en famille, d'autres cours s'égrènent de quatorze heures à seize heures. Puis, le prince suit des exercices d'équitation et de gymnastique. Après une séance d'études et un dîner, il se couche à dix-neuf heures trente. André suit ce rythme jusqu'à l'âge de quatorze ans, âge auquel il est finalement autorisé à dîner avec ses aînés avant d'aller se coucher à vingt-deux heures précises.

Parallèlement à ce programme, le prince et ses frères reçoivent un entraînement militaire au collège des Évelpides du Pirée, où André a pour camarade le futur dictateur Théodoros Pangalos. Sous le commandement du général Panagiotis Danglis, André étudie alors l'histoire militaire, la géographie, la poliorcétique (art des fortifications) et le maniement de l'artillerie principalement. Sa formation terminée, le prince est promu officier de cavalerie en . Après ses fiançailles en 1903, André sert, par ailleurs, quelques mois en Allemagne. Il intègre alors le régiment de dragons hessois connu sous le nom de .

Rencontre avec la princesse Alice et mariage

En , le prince André accompagne le diadoque Constantin et son épouse, la princesse royale Sophie de Prusse, à Londres à l'occasion du couronnement de leur oncle, le roi Édouard VII du Royaume-Uni. Le jeune homme fait alors la connaissance d'une petite-nièce du monarque, Alice de Battenberg. Issue d'une branche morganatique de la maison de Hesse, la princesse est la fille de Louis de Battenberg, amiral dans la Royal Navy, et de son épouse Victoria de Hesse-Darmstadt. Ses origines sont donc relativement modestes, côté paternel, mais beaucoup plus prestigieuses, côté maternel. Alice est en effet une descendante de la reine Victoria du Royaume-Uni, surnommée la « grand-mère de l'Europe ». Elle est aussi la nièce du grand-duc Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt, de la tsarine Alexandra Feodorovna de Russie, de la grande duchesse Élisabeth Feodorovna de Russie et de la princesse Irène de Prusse.

À l'époque de sa rencontre avec Alice, André a tout juste . Réputé séduisant, c'est un jeune homme grand, mince et élégant, qui bénéficie du charme attribué aux militaires. Souffrant de problèmes de vue, il porte de petites lunettes, remplacées plus tard par un monocle, considéré comme un signe de raffinement, dans son milieu. De son côté, Alice a et elle possède, depuis l'enfance, la réputation d'être une belle jeune fille. Frappée de surdité congénitale, elle lit parfaitement sur les lèvres et se montre capable de comprendre des conversations prononcées dans plusieurs langues. Très rapidement, les deux jeunes gens tombent amoureux et, chose rare dans le monde des familles royales, leur idylle n'est pas le fruit d'un projet parental. Alice se montre ainsi fascinée par André, en qui elle retrouve . Dans ces conditions, et malgré les réticences des Battenberg qui jugent leur fille encore trop jeune pour le mariage, André et Alice se fiancent, en privé, au cours du mois qu'ils passent ensemble à Londres.

Les cérémonies du sacre ayant été repoussées à cause des problèmes de santé d'Édouard VII, les deux jeunes gens se séparent début juillet. Ils se revoient cependant en août, lorsque le couronnement est finalement organisé. Quelques jours après leurs retrouvailles, ils se quittent à nouveau : Alice repart en effet avec sa famille à Darmstadt tandis qu'André rejoint son régiment en Grèce. S'ensuit une période de dix mois d'éloignement, durant laquelle le jeune couple s'écrit plusieurs fois par semaine. André rejoint finalement Alice en Angleterre en et leurs fiançailles sont, cette fois, annoncées officiellement à Londres le . En attendant son mariage, fixé au , André est autorisé par son père à servir dans l'armée hessoise pour se rapprocher de sa fiancée. Il se rend ainsi à Darmstadt le , mais le jeune couple ne se revoit qu'à l'occasion des rares permissions du prince.