Elmina est une ville située sur la côte du Ghana.
Elle est issue du premier comptoir européen fondé sur le golfe de Guinée par les Portugais, devenu ensuite un des grands centres de la traite des esclaves. C'est aujourd'hui un port de pêche de .
Le fort Saint-Georges-de-la-Mine, construit par les Portugais au , rappelle l'ancienneté de l'implantation européenne à cet endroit.
Histoire
L'implantation portugaise gauche|vignette|Le fort Saint-Georges en 1637. Le premier comptoir, dit « de la Mine » en raison de la grande quantité d'or qu'ils y trouvèrent à acheter, est officiellement fondé en 1471 par Jean de Santerem et Pedro Escobar de retour de Sao Tomé. Le fort Saint-Georges, São Jorge da Mina, est construit en 1482 par une décision du roi du Portugal, Jean II, prise l'année précédente. Une expédition est menée à cet effet par Diogo de Azambuja..
Le lieu devient la tête de pont du Portugal en Afrique de l'Ouest. Mais le fort São Jorge da Mina était davantage conçu pour contrer des attaques venant de la mer que pour celles venant de la terre.
Les Portugais n'avaient que trois ou quatre forts de taille modeste, principalement sur le littoral, mais celui bâti à l'intérieur des terres vers 1623, Fort Duma retenait l'attention. Avec d'autres Européens, ils convoitent en particulier d'une colline "La « Juridiction » du Fort Saint-Antoine d'Axim" par Albert van Dantzig dans la revue d'histoire Outre-Mers en 1979 . . Un peu plus tard, ils tentent de remonter les rivières jusqu'à Saint-Antoine d'Axim via un petit fort du pays d'Iguira.
Cette position sera abandonnée par les Portugais selon à cause de la concurrence hollandaise et parce qu'ils trouvaient de l'argent au lieu d'or, d'après l'historien hollandais Albert van Dantzig.
Selon l'historien Jean-Michel Deveau, en 1623, les riverains de l’Ankobra attaquent une autre expédition portugaise remontant vers le nord pour ouvrir une mine à Aboasi, où le Fort Duma venait d'être érigé encore plus au nord d'Axim, toujours sur les rives de l'Ankobra"L’État de Benyinli et la naissance du peuple nzema : du royaume Aduvolé, - , Thèse de 3e cycle, Histoire, Université Nationale de Côte d’Ivoire, par René Allou Kouamé, en 1988 . pour y extraire de l'or. Pour atteindre le Fort Duma, il fallait remonter sur 35 km le fleuve Ankobra, la mine étant située encore plus au Nord"Gradual Creolization: Studies celebrating Jacques Arends" par Rachel Selbach, Hugo C. Cardoso, et Margot van den Berg .. Les populations africaines du littoral contrôlaient fermement son acheminement jusqu'à la côte, malgré la distance et un accès favorisé par la rivière sur la moitié du trajet.
C'est en 1636 qu'un séisme va abîmer cette mine mais aussi le Fort Duma, amenant les Portugais à l'abandonner.
La période hollandaise (1637-1872)
vignette|Le fort Coenraadsburg, construit en hauteur pour protéger le fort Saint-Georges.
Conquête d'Elmina et création de la colonie de Côte-de-l'Or néerlandaise La marine des Provinces-UniesLe mot « hollandais » est usuel à l'époque pour désigner la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, issue de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II. La Hollande est la plus importante de ces sept provinces., principalement celle de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (GWC, Geoctroyeerde Westindische Compagnie), prend le contrôle d'Elmina au terme d'une conquête difficile menée de 1625 à 1637.
Le fort d'Elmina devient le centre des opérations en Côte-de-l'Or néerlandaise. La GWC élargit son emprise par la construction de forts et par des traités de protectorats, notamment le traité de Butre (1656), qui fixe les juridictions européennes dans la région jusqu'en 1872..
Les Hollandais font construire un deuxième fort, le fort Coenraadsburg entre 1666 et 1671, sur une colline qui surplombe le fort Saint-Georges, au nord de la péninsule. Le village d'Elmina, qui jouxte le fort, .
La traite des esclaves vignette|Esclaves à Elmina, 1742. De la fin du au début du , la traite des esclaves fait la fortune de cette colonie.
C'est seulement dans le dernier quart du , grâce à l'essor général de la traite des esclaves, que la Côte de l'Or , causant une période d’immenses changements politiques dans la région, via des mécanismes qui sont sujet de controverse parmi les historiens, certains soulignant qu' "il n’y avait pas de classe servile simplement en attente d’être expédié".
À la fin du , sur la Côte des esclaves (400 km plus à l'est), Ouidah traite plus de esclaves par mois,
La démographie d'Elmina à l'époque hollandaise
Au sein de l'Afrique de l'Ouest du , la ville d'Elmina prospérait grâce à une composition démographique hétéroclite et multiculturelleArhin, Kwame. "The Structure of Greater Ashanti (1700–1824)." The Journal of African History 8.1 (1967): 65-85.. L'ossature de cette société reposait sur les sept Asafo, des clans matrilinéaires établis de longue date dans la villeHarvey Feinberg, Africans and Europeans in West Africa: Elminans and Dutchmen on the Gold Coast during the Eighteenth Century (Philadelphia: American Philosophical Society, 1989). Chacun de ces Asafo disposait d'un système de leadership héréditaire et constituait la pierre angulaire de la structure socio-politique d'ElminaChristopher DeCorse, An Archaeology of Elmina: Africans and Europeans on the Gold Coast, 1400–1900 (Washington: Smithsonian Institution Press, 2001).. Ces clans détenaient un pouvoir important. Leurs membres formaient le gros de la milice urbaine et exerçaient une influence considérable sur la vie quotidienne.
Toutefois, Elmina ne se limitait pas aux seuls Asafo. La ville abritait également des descendants de populations réduites en esclavage : les Brɔfonkoa et les Maworɛfo. Bien qu'ils ne fussent pas totalement intégrés, ces groupes se sont progressivement taillé une place au sein de la société (Bourne, 1980). Occupant initialement un statut social inférieur, ils ont fini par participer aux affaires publiques, s'insérant ainsi graduellement dans le tissu social d'ElminaIvor Wilks, Asante in the Nineteenth Century: The Structure and Evolution of a Political Order (Cambridge: Cambridge University Press, 1975), 93..
La présence d'une population euro-africaine, issue de l'union entre Européens et Africains, ajoutait une couche supplémentaire de complexité à la structure sociale d'Elmina. Leur position sociale était variable. Certains jouissaient de la richesse et du prestige, se mariant avec des familles influentes et exerçant un pouvoir certain sur la vie publique. D'autres occupaient des rôles plus modestes, travaillant pour l'administration hollandaise du fort en tant qu'employés ou artisans et ouvriersFeinberg, Africans and Europeans in West Africa: Elminans and Dutchmen on the Gold Coast during the Eighteenth Century. Philadelphia: American Philosophical Society, 1989. 109–111.. Ce groupe diversifié apportait une perspective unique, façonnée par leur double héritage et leurs expériences multiculturelles.
Elmina comptait également une population ayant voyagé à travers le monde : les vétérans javanais. Ces anciens soldats avaient servi dans l'armée des Indes orientales néerlandaises. Leur présence introduisait une touche d'exotisme et une nouvelle religion - l'islam. Certains vétérans étaient peut-être déjà musulmans, tandis que d'autres ont pu adopter la foi pendant leur service, diversifiant ainsi le paysage religieux d'ElminaLarry Yarak, ‘New Sources for the Study of Akan Slavery and Slave Trade: Dutch Military Recruitment in the Gold Coast and Asante, 1831–72’, in Robin Law (ed.), Source Material for Studying the Slave Trade and the African Diaspora (University of Stirling: Centre of Commonwealth Studies, 1997), 35–60..
Enfin, une petite mais significative communauté européenne résidait dans le fort hollandais et ses environs. Ces fonctionnaires, marchands et leurs familles se mariaient fréquemment avec des familles euro-africaines, estompant ainsi les frontières entre les deux groupes. Ces unions n'étaient pas uniquement motivées par des considérations romantiques, mais reflétaient également l'interdépendance qui caractérisait la société d'Elmina. Par le commerce, la politique et même le mariage, ces groupes distincts interagissaient et coexistaient, créant une société du dynamique et complexe, unique en son genreH.F. Tengbergen, Verhaal van den reistogt en expeditie naar de Nederlandsche bezittingen ter westkust van Afrika (kust van Guinea) (‘s Gravenhage: Visser and Zoom, 1839), 68..
La cession au Royaume-Uni (1872)
En 1872, les Néerlandais cèdent aux Britanniques leurs possessions sur la Côte-de-l'Or.
La communauté locale d'Elmina refuse de reconnaître dans un premier temps ces nouveaux colonisateurs. La cité est bombardée par les Britanniques et détruite en 1873. Elle resurgit, sur un site toujours au bord de la mer et du Golfe de Guinée, mais un peu plus au nord-est, durant les décennies suivantes.
Elmina aujourd'hui
Son lagon est désormais un port de pêche actif.
Le littoral subit un phénomène d'érosion..
Elmina au cinéma Elmina a servi de cadre au réalisateur Werner Herzog pour son film Cobra Verde, avec Klaus Kinski dans le rôle principal.
Personnalités notables
Kobina Gyan (1821 - 1896) : roi edinahene d'Elmina opposé au transfert de la colonie néerlandaise aux britanniques. George Emil Eminsang (1833 - 1898) : marchand et dirigeant politique. Il est l'un des premiers avocats noirs de Côte-de-l'Or. Henry Van Hien (1857 - 1928) : marchand et homme politique. Il est président de la Société de protection des droits des aborigènes de Côte de l'Or et fondateur du National Congress of British West Africa.
Galerie
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . . . .
Articles connexes
Histoire d'Elmina Forts de la côte ghanéenne Belanda Hitam
Liens externes
Catégorie:Ville au Ghana Catégorie:Division administrative fondée en 1471