(en allemand : .), de son nom complet Frédéric Guillaume Nicolas Charles de Hohenzollern, est né le à Potsdam en Prusse et mort le en cette même ville. Régnant du au , il est le huitième roi de Prusse et le deuxième empereur allemand (Deutscher Kaiser).

Issu de la très conservatrice et militariste maison de Hohenzollern, le prince Frédéric acquiert en grandissant des idées libérales qui lui viennent en partie de sa mère Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach. Après des études mêlant à la fois formation militaire et arts libéraux, le jeune homme épouse, en 1858, la princesse royale Victoria du Royaume-Uni, qui le conforte dans ses idées progressistes. Peu à peu, le prince s’éloigne de son père, le roi , et surtout du chef de son gouvernement, le ministre-président de Prusse Otto von Bismarck, qui se méfie de lui. Bien qu’héritier du trône, le prince est alors écarté des affaires politiques et cantonné à un rôle essentiellement représentatif.

Choqué par la politique bismarckienne « du sang et du fer », le Kronprinz Frédéric n’en est pas moins désireux d’unifier l’Allemagne et d’en faire une grande nation en Europe. Bien qu'opposé à la guerre, il s’illustre tout de même dans les conflits déclenchés par son pays dans les années 1860-1870 : guerre des Duchés (1864), guerre austro-prussienne (1866) et guerre franco-allemande (1870) pendant laquelle il se fait remarquer par son humanité. Mais, malgré ses gloires militaires, le Kronprinz est continuellement éloigné du pouvoir par son père, roi soumis à son ministre. D’ailleurs, la proclamation de l’Empire allemand en 1871 ne s’accompagne pour lui d’aucune promotion politique.

Resté vingt-sept ans héritier du trône, Frédéric succède finalement à son père comme roi de Prusse et empereur allemand le . Mais il est alors atteint d’un cancer du larynx avancé et il meurt après seulement de règne, ce qui l’empêche de mener à bien les réformes dont il avait rêvé.

Aujourd’hui encore, l’empereur est une personnalité controversée chez les historiens : tandis que certains considèrent qu’il aurait pu empêcher le déclenchement de la Première Guerre mondiale en faisant de l’Allemagne une démocratie libérale, d’autres pensent qu’il n’aurait pu réformer en profondeur son pays et doutent même qu’il en eût eu la volonté.

Famille FrédéricAvant son avènement, il est plutôt connu sous le prénom Frédéric-Guillaume, qu'il tient de son oncle le roi , à qui il était censé succéder. est le fils de l'empereur allemand (1797-1888), alors prince de Prusse et héritier putatif de son frère, et de son épouse la princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach (1811-1890).

Par son père, Frédéric est le petit-fils du roi (1770-1840) et de son épouse Louise de Mecklembourg-Strelitz (1776-1810), tandis que, par sa mère, il descend du grand-duc Frédéric-Charles de Saxe-Weimar-Eisenach (1783-1853) et de Maria Pavlovna de Russie (1786-1859).

Le prince a une sœur, la princesse Louise de Prusse, de sept ans sa cadette, qui porte le prénom de sa grand-mère. Elle épouse le grand-duc en 1856 et donne naissance au grand-duc , à la reine Victoria de Suède et au prince Louis de Bade (1865-1888).

Le , Frédéric-Guillaume épouse à Londres la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901), fille de la reine Victoria (1819-1901) et d'Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861).

Du mariage de Frédéric et de Victoria naissent huit enfants, parmi lesquels deux meurent avant l'adolescence : (1859-1941), roi de Prusse et empereur allemand, qui épouse, en premières noces, la princesse Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1858-1921), avant de se remarier à la princesse Hermine de Reuss (1887-1947) ; Charlotte de Prusse (1860-1919), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le duc (1851-1928) ; Henri de Prusse (1862-1929), prince de Prusse et d'Allemagne, qui épouse la princesse Irène de Hesse-Darmstadt (1866-1953) ; Sigismond de Prusse (1864-1866), prince de Prusse ; Victoria de Prusse (1866-1929), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui s'unit, en premières noces, au prince Adolphe de Schaumbourg-Lippe (1859-1917), régent de Lippe, avant de se remarier au réfugié russe blanc (1901-1936) ; Waldemar de Prusse (1868-1879), prince de Prusse et d'Allemagne ; Sophie de Prusse (1870-1932), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le roi des Hellènes (1868-1923) ; Marguerite de Prusse (1872-1954), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le landgrave Frédéric-Charles de Hesse-Cassel (1868-1940), roi de Finlande en 1918.

Biographie Prince de Prusse Enfance et formation

thumb|redresse|left|La duchesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, mère de Frédéric-Guillaume. thumb|redresse|left| enfant, vers 1841. Le prince Frédéric-Guillaume naît au Nouveau Palais de Potsdam, en Prusse, le . Son prénom est un hommage à son grand-père le roi alors régnant et à son oncle, le Kronprinz Frédéric-Guillaume. Marié en 1823 à la duchesse Élisabeth de Bavière, le Kronprinz n'a pas d'enfant et le nourrisson est dans doute appelé à lui succéder. La grand-mère du petit prince prussien, née Louise de Mecklembourg-Strelitz et décédée dans la fleur de l'âge, fut une des égéries de la résistance à l'occupation française. Ses enfants et ses sujets la considèrent comme une héroïne.

Son père, le prince Guillaume de Prusse, est le deuxième fils du roi et le frère cadet du roi . Ayant été élevé dans la stricte tradition militaire des Hohenzollern, il a participé à la libération de l'Allemagne et combattu dans son adolescence les armées de .

Au contraire, la mère de Frédéric-Guillaume, née princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, a reçu une éducation beaucoup plus libérale et artistique que son époux. Femme intelligente, elle est d'ailleurs bien connue, en Europe, pour ses idées progressistes. Le couple ne s'entend donc guère et Frédéric-Guillaume et sa sœur, Louise, connaissent des enfances solitaires et difficiles.

Malgré l'importance accordée par les Hohenzollern à la formation militaire, la princesse Augusta insiste pour que son fils reçoive également une éducation plus traditionnelle. Élève brillant, le jeune garçon est particulièrement doué pour les langues étrangères et il parvient à maîtriser parfaitement l'anglais, le français et le latin. Frédéric-Guillaume, qui excelle également en gymnastique, étudie par ailleurs l'histoire, la géographie, la physique, la musique et la religion. En bon prince prussien, il devient finalement un cavalier accompli.

Initié très jeune aux choses militaires, Frédéric-Guillaume a dix ans lorsqu'il est nommé sous-lieutenant dans le régiment à pied de la Garde et décoré de l'ordre de l'Aigle noir. Une fois devenu adulte, sa famille espère qu'il s'implique davantage dans les affaires militaires mais, à l'âge de dix-huit ans, il brise la tradition familiale en entrant à l'Université de Bonn. Ses années d'études universitaires et l'influence des personnalités les moins conservatrices de sa famille expliquent largement l'acquisition, par le prince Frédéric-Guillaume, d'idées très libéralesJ. Nichols, The Year of the Three Kaisers: Bismarck and the German Succession, 1887-88, University of Illinois Press, Chicago, 1987, ..

En 1840, le roi meurt et son fils aîné devient roi sous le nom de . Le prince Guillaume devient l'héritier du trône.

L'impact des idées libérales sur l'Allemagne

thumb|redresse|Les barricades à Berlin (1848). thumb|redresse|left|Germania, représentation de la patrie allemande unifiée par Philipp Veit. Frédéric-Guillaume grandit à une époque tumultueuse durant laquelle les idées libérales connaissent un fort engouement dans le monde germaniqueJan Palmowski, Urban Liberalism in Imperial Germany, Oxford University Press, Oxford, 1999, .. Le désir d'unifier l'Allemagne et d'y instaurer une monarchie constitutionnelle garantissant l'égalité de tous les citoyens devant la loi, la protection de la propriété privée et la reconnaissance des droits civiques se développe. De fait, les libéraux souhaitent imposer à la Confédération germanique un gouvernement soumis à la volonté et à la représentation populaires.

En 1848, le jeune Frédéric a seize ans et le développement du sentiment national et des idées libérales en Allemagne aboutissent à l'éclatement d'une série de révolutions qui renversent différents monarques germaniques et européens. Dans les États allemands, le but des libéraux est de faire reconnaître les libertés fondamentales comme la liberté de réunion et la liberté de la presse ainsi que de créer un parlement et une constitution allemands. Mais, après quelques mois, les « révolutions de mars » sont balayées par les forces conservatrices. Pourtant, même s'ils échouent à maintenir en place leurs réformes, les libéraux restent très présents dans la vie politique allemande tout au long de la vie du souverain.

Farouche partisan de la réaction, le prince Guillaume voit son palais incendié par les révolutionnaires. Afin de lui éviter la vindicte des Berlinois, son frère le nomme gouverneur de la Rhénanie. Le prince réside à Coblence, au confluent de la Moselle et du Rhin, dans l'ancien palais de l'archevêque de Trèves.

Au sein de la Confédération germanique, la Prusse se pose en rivale face à l'empire d'Autriche du jeune empereur . En 1849, les princes de Hohenzollern-Sigmaringen et de Hohenzollern-Hechingen, souverains catholiques appartenant à la branche aînée de la Maison de Hohenzollern, abdiquent en faveur de leur lointain cousin protestant, le roi de Prusse. Le royaume de Prusse prend pied dans le sud de l'Allemagne et tente de partager la présidence de la confédération avec l'empereur d'Autriche. En 1850, elle doit renoncer à ses prétentions (reculade d'Olmütz). Cherchant à neutraliser cette puissance rivale, l'empereur d'Autriche demande en 1853 la main de la princesse Anne de Prusse (1836-1918). Le roi , oncle de la princesse mais aussi oncle par alliance du jeune empereur, décline l'offre impériale. Désirant étendre l'influence de la Prusse en Allemagne, il marie en 1856 la princesse Louise de Prusse, sœur du prince Frédéric-Guillaume, au grand-duc dont les États sont frontaliers de la France.

En 1858, le roi , victime d'une congestion cérébrale, est déclaré incapable de régner. Son frère et héritier, le prince Guillaume, est proclamé régent.

Un mariage arrangé mais heureux

thumb|redresse|left|La famille royale britannique par Franz Xaver Winterhalter (1846). Au , les mariages princiers européens sont arrangés par les cours pour créer et renforcer les liens entre les États du continent. Dès 1851, la reine Victoria et son époux, le prince Albert, font des projets pour marier leur fille aînée, la princesse royale Victoria qui vient d'avoir onze ans, à l'héritier du trône prussien, Frédéric-Guillaume. À l'époque, la famille royale de Grande-Bretagne est presque entièrement d'origine germanique : il y a très peu de sang anglais dans les veines de la reine Victoria et pas du tout dans celles de son époux.

thumb|redresse|La princesse royale Victoria du Royaume-Uni, épouse du prince Frédéric, par F. X. Winterhalter (1867).

Les souverains désirent donc maintenir leurs liens familiaux avec l'Allemagne. Le prince consort pense par ailleurs que l'entrée d'une princesse britannique dans la famille Hohenzollern pourrait permettre la libéralisation et la modernisation du royaume de Prusse. Le roi des Belges , oncle de Victoria et d'Albert, intervient également pour favoriser le mariage de Frédéric-Guillaume avec la princesse royale. Pendant plusieurs années, il soutient ainsi l'idée du baron von Stockmar d'organiser une alliance entre la Grande-Bretagne et la Prusse. À Berlin, la princesse Augusta est, elle aussi, très favorable à un mariage anglais pour son fils. Cependant, son mari ne partage pas son avis et souhaiterait plutôt unir Frédéric-Guillaume à une grande-duchesse de Russie.