Les explorations chinoises sont les voyages exploratoires de Chinois à l'étranger, sur terre et sur mer, du au .

Par voie terrestre thumb|300px|Carte représentant les pays décrits par Zhang Qian dans son rapport. Ceux qu'il a visités personnellement sont en bleu, pour les autres, il a compilé des informations de seconde main.

À partir de l'an 133 ., l'empereur de Chine Han Wudi entre en guerre contre la confédération des peuples nomades Xiongnu. Afin de trouver des alliés pour l'aider dans ce conflit, Wudi envoie un diplomate, Zhang Qian, en mission vers l'ouest, afin de contacter les Yuezhi qui ont été chassés de leur territoire par les Xiongnu en -177 et se sont installés en DaxiaVoir pages 70-76 in The Great Wall: China Against the World, 1000 BC-AD 2000, Julia Lovell, Grove Press, 2006.

Même si Zhang ne réussit pas à convaincre les Yuezhi de s'allier aux Han, sa mission l’amène à voyager au-delà du bassin du Tarim, permettant ainsi à la Chine d'entrer en contact avec les royaumes d'Asie centrale, la Perse hellénisée, l'Inde et le Moyen-Orient. À court et moyen terme, ce voyage débouche sur une guerre avec le royaume de Dayuan pour alimenter en chevaux la cavalerie Han, la fondation du Protectorat des Régions de l'Ouest et l'ouverture de la route de la soie.

La guerre entre les Han et les Xiongnu reprend en l'an 73. En 97 Ban Chao,le général chinois victorieux des Xiongnu, envoie vers l'ouest son émissaire, Gan Ying (甘英), afin qu'il atteigne "Da Qin" (Rome) par la voie terrestre. Si le texte de son rapport peut laisser penser qu'il voyage jusqu'en Syrie romaine, certains historiens pensent que Gan S'est arrêté sur les rives de la mer Noire et que sa description de Rome provient d'informations de seconde main.

Entre 629 et avril 645, le moine bouddhiste Xuanzang accomplit un pèlerinage qui le conduit de Chang'an, en Chine, à Nâlandâ, en Inde, avant de revenir à son point de départ. Ce voyage permet d'accroître considérablement les connaissances bouddhistes chinoises, avec l'introduction de plus de 650 textes, dont le Sūtra du Cœur et celui de la perfection de la sagesse. Après son retour en Chine, Xuanzang publie le Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang, un récit de son voyage compilé sous sa direction par Bianji, un de ses disciples. Ce texte fait découvrir à la Chine des villes indiennes, telles que le port de Calicut, et consigne de nombreux détails concernant le Bengale du . Bien des siècles plus tard, les péripéties de Xuanzang et son Rapport... vont inspirer Wu Cheng'en, auteur du roman La Pérégrination vers l'Ouest (), une interprétation très romancée du voyage du moine, qui fait partie des quatre livres extraordinaires.

Après ces premières découvertes, l'exploration chinoise se déplace vers la sphère maritime, bien que la route de la soie menant jusqu'en Europe reste la source de commerce la plus lucrative pour la Chine.

Par voie maritime Mer de Chine du Sud Avant l'invention de la boussole par les Chinois au , la navigation était tributaire des vents de la mousson, qui soufflent en direction du nord de la zone équatoriale en été et du sud en hiver. Cela explique très probablement la facilité avec laquelle les voyageurs chinois du Néolithique ont pu partir de la Chine continentale pour s'installer sur l'île de Taïwan à l'époque préhistorique.

Après avoir vaincu le dernier des États chinois et consolidé son emprise sur la Chine proprement dite en fondant la Dynastie Qin (221-206 av. J.-C.), Qin Shi Huang décide d'étendre son territoire vers l'Ouest et le Sud. Pour faciliter son expansion vers le sud, il s’appuie sur sa marine, qui contribue à l'invasion terrestre de la région de Guangzhou/Canton et du nord du Viêt Nam. Appelée d'abord Jiaozhi puis AnnamFairbank, 191., la moitié nord du Viêt Nam va rester sous domination chinoise plus ou moins directe pendant des siècles et ne recouvre pas son indépendance avant 938 après J.-C.

En 1975, des fouilles permettent de retrouver un ancien chantier naval à Canton. Les recherches permettent de le dater du début de la dynastie Han (202 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.). Grâce aux trois plates-formes dont il était équipé, les ouvriers de ce chantier pouvaient construire des navires d'environ 30 m de long, 8 m de large et capables de supporter un poids de 60 tonnesWang (1982), 122..

Pendant la période des trois royaumes, qui suit la chute de la dynastie Han, c'est le royaume de Wu qui devient la principale puissance maritime chinoise, ses marins et autres voyageurs explorant régulièrement les côtes de la mer de Chine. Les voyageurs les plus importants sont Zhu Ying (朱應) et Kang Tai, tous deux mandatés par Lü Dai, le gouverneur de Guangzhou et du Jiaozhi, au début du . Bien que chacun de ces deux envoyés ait écrit un livre relatant ses voyages, il en reste très peu de traces, les deux écrits ayant été perdus au cours du . C'est ainsi que Zhu a écrit le "Registre des curiosités de Phnom" (), dont le texte est intégralement perdu, et Kang les "Contes de pays étrangers pendant la période Wu" (), dont quelques bribes ont survécu sous la forme de références éparses dans d'autres ouvragesHsu Yun-ts'iao. "Notes concernant les expéditions de l'Amiral Cheng Ho" dans Admiral Zheng He & Southeast Asia. Institute of Southeast Asian Studies, 2005. Lu le 18 Oct 2012., dont le Shuijing Zhu et le Yiwen LeijuSun 1989, pp. 191–193.

En l'an 403, pendant la Dynastie Jin de l'Est, un rebelle connu sous le nom de Lu Xun occupe pendant 6 ans la ville de Panyu, qui est alors le plus grand port maritime du sud de la Chine. Lorsque les autorités chinoises réagissent, il réussit à repousser les attaques de l'armée impériale pendant cent jours, avant de s'enfuir par la voie maritime, en mer de Chine méridionale, depuis une commanderie côtièreSun 1989, p. 201.

Asie du Sud-Est Entre le et le , les marchands chinois explorent une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Certaines parties de la Malaisie sont colonisées par des familles chinoises durant cette période, et des garnisons chinoises sont même implantées dans la région. De même, certains commerçants chinois s'installent dans le nord de l'ile de Java dans les années 1400. Après une période de fermeture totale au commerce extérieur, les autorités chinoises autorisent à nouveau le commerce maritime avec l'étranger en 1567, avant un quota annuel de 50 jonques. Dès lors, des centaines de colonies commerciales chinoises se développent dans les régions qui correspondent actuellement à la Malaisie, l'Indonésie et les Philippines Reid, Anthony (1999), "Chinese and Southeast Asian interactions", in Pan, Lynn, The Encyclopedia of the Chinese Overseas, Cambridge, MA: Harvard University Press, pp. 51–53, .. Océan Indien et au delà

thumb|250px|right|Dessin représentant une jonque de la dynastie Qing (). Les navires chinois de la période Qing sont équipés de coques divisées en plusieurs compartiments étanches

Des envoyés chinois naviguent dans l'océan Indien à partir de la fin du et auraient atteint Kanchipuram, qu'ils nomment Huangzhi (黄支)Sun 1989, pp. 161–167Chen 2002, pp. 67–71, ou encore l'Éthiopie, comme l'affirment les érudits éthiopiensA Chinese in the Nubian and Abyssinian Kingdoms (8th century), Wolbert Smidt.. À la fin du et au début du , des pèlerins chinois comme Faxian, Zhiyan et Tanwujie, commencent à se rendre en Inde par la voie maritime et ramènent en Chine des écrits et des sutras bouddhistesSun 1989, pp. 220–221. Selon les archives chinoises qui nous sont parvenues, au , ce sont pas moins de 31 moines chinois, dont I Ching, qui réussissent à atteindre l'Inde en empruntant le même chemin. En 674, l'explorateur privé Daxi Hongtong fait partie des premiers Chinois à réussir à atteindre la pointe sud de la péninsule arabique, après avoir traversé 36 pays situés à l'ouest de la mer de Chine méridionaleSun 1989, pp. 316–321.

Les marchands et diplomates chinois des dynasties Tang (618-907) et Song (960-1279) naviguent souvent dans l'océan Indien, après être passés par des ports d'Asie du Sud-Est. Les marins chinois se rendent en Malaisie, en Inde, au Sri Lanka, dans le golfe Persique, sur l'Euphrate dans l'Irak actuel, dans la péninsule arabique et en mer Rouge; en s'arrêtant pour faire du commerce en Éthiopie et en Égypte. La porcelaine chinoise est alors très appréciée dans la ville de Fostat, à côté du CaireBowman, 104–105..

thumb|200px|Une girafe ramenée de Somalie par Zheng He durant la 12éme année du règne de l'empereur Yongle (1414)

À la fin du , le chancelier rédige le Gujin Junguo Xiandao Siyi Shu (), un ouvrage en 40 volumes sur les voies de communication et les routes commerciales entre la Chine et l'étranger. Cet ouvrage est perdu, mais certains passages ont été repris et sauvegardés dans le Xin Tangshu, en particulier ceux sur les trois routes maritimes reliant la Chine à l'Afrique de l'EstSun, pp. 310–314. Jia Dan décrit également les grands phares-minarets du golfe Persique, dont l'existence est confirmée un siècle plus tard par les écrits d'Ali al-Masudi et d'Al-MaqdisiNeedham, Volume 4, Part 3, 661.. D'autres écrivains chinois décrivent l'Afrique avec précision à partir du . L'écrivain Duan Chengshi, par exemple, écrit en 863 sur la traite des esclaves, le commerce de l'ivoire et de l'ambre gris de Berbera, en SomalieLevathes, 38.. Les ports maritimes chinois tels que Guangzhou et Quanzhou accueillent des milliers de voyageurs étrangers et de colons permanents, ce qui fait d'eux les centres urbains les plus cosmopolites du monde médiéval. Les jonques chinoises sont même décrites par le géographe marocain Al-Idrissi dans son ouvrage Nuzhat al-mushtāq fi'khtirāq al-āfāq ( , lit. « le livre des voyages agréables dans des pays lointains ») paru en 1154, avec la description des marchandises qui sont habituellement échangées et transportées à bord de ces naviresShen, 159–161..

De 1405 à 1433, de grandes flottes commandées par l'amiral Zheng He, un explorateur mandaté par l'empereur Ming Yongle, se rendent à sept reprises dans l'océan Indien. Ces voyages ne débuchent pas sur une expansion mondiale chinoise, car après la mort de Yongle, son successeur, appuyé par la bureaucratie confucéenne impériale, met fin à cette politique d'exploration et en 1500, la construction d'une jonque maritime de plus de deux mâts devient un délit puni de la peine capitale. Dès lors, les commerçants chinois se contentent de commercer avec les États vassaux déjà existants et situé à proximité de la Chine. Pour eux, voyager loin vers l'est, dans l'océan Pacifique, représente une expédition dans un vaste désert d'eau, avec des bénéfices commerciaux incertains.

Échanges

Les musulmans chinois attribuent traditionnellement au voyageur musulman, et compagnon du prophète, Sa`d ibn Abi Waqqas le mérite d'avoir introduit l'Islam en Chine en l'an 650, pendant le règne de l'empereur Tang GaozongWang, Lianmao (2000). Return to the City of Light: Quanzhou, an eastern city shining with the splendour of medieval culture. Fujian People's Publishing House. p. 99.. Ceci étant, les historiens modernes n'ont trouvé aucune preuve fiable de son voyage en ChineLipman, p. 25. Selon certains chercheurs, en 1008, le capitaine égyptien Domiyat, agissant au nom du calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah, se serait rendu au Shandong, sur un site de pèlerinage bouddhiste, afin de trouver l'empereur Song Zhenzong pour lui remettre des cadeaux, ainsi qu'à sa courShen, 158.. Ce voyage permet de rétablir les liens diplomatiques entre la Chine et l'Égypte, qui étaient rompus depuis la période des cinq dynasties et des dix royaumes (907-960). En 1077, une ambassade commerciale de , souverain du royaume indien de Chola, arrive à la cour de l'empereur Song Shenzong. Les accords commerciaux qui en découlent fortifient les économies des deux empiresSastri, 173, 316..

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