La coopération renforcée est une procédure législative en droit de l'Union européenne. Elle désigne un acte juridique européen (une directive ou un règlement) qui ne s'applique pas à tous les États membres, mais uniquement à ceux d'entre eux qui le désirent. Elle est instaurée par le traité d'Amsterdam en 1997. Elle est mise en œuvre pour la première fois en 2010 à propos des divorces internationaux.

Institutionnalisation Les accords entre États membres pour approfondir la construction européenne existaient déjà en dehors des institutions communautaires, par des accords intergouvernementaux conclus entre États européens. Cela leur permettait d'adopter des règles communes en contournant l'opposition de certains États au Conseil de l'Union européenne. L'instauration de la procédure de coopération renforcée permet d'élaborer ces règles dans le cadre des institutions de l'Union européenne et de les intégrer dans le droit communautaire.

Les modalités de ces coopérations ont été définies dans le titre IV du traité sur l'Union européenne. Le recours à la coopération renforcée est possible dans les domaines couverts par le traité instituant la Communauté européenne ainsi que dans la coopération policière et judiciaire en matière pénaleLe traité d'Amsterdam: les questions institutionnelles. La coopération renforcée, site du Parlement européen..

Le traité d'Amsterdam a notamment ajouté le concept d'une « intégration différenciée » entre les différents États membres, ajoutant trois articles au traité de Maastricht (art. 43 à 45).

Pour éviter de créer une Europe à plusieurs vitesses, des restrictions ont été prévues. La procédure de coopération renforcée ne peut avoir lieu que si tous les recours ont déjà été tentés et si elle respecte l'acquis communautaire. Elle ne peut avoir lieu que si neuf États au minimum y participent, et toute forme de coopération doit rester ouverte à l'inclusion de nouveaux entrants dans le groupe, visant de cette manière à créer un effet d'entrainement.

La politique monétaire commune avec l'introduction de la monnaie unique suit cette philosophie, mais ne relève pas formellement de la coopération renforcée.

Dans un discours prononcé le par le président Chirac au Bundestag, celui-ci en appelait de manière volontariste à la création de « groupes pionniers ».

La procédure a été assouplie par le traité de Nice et le traité de Lisbonne.

Il est à noter que l’article 233 du traité instituant la Communauté européenne (repris comme article 350 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne), garantissait aux trois États du Benelux l’existence et l’accomplissement de leurs unions régionales, forme de coopération renforcée entre la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas..

Apports du traité de Lisbonne

Avec le traité de Lisbonne on a vu apparaitre de nouvelles possibilités de coopération renforcée"Vie publique, Novembre 2018:coopération renforcée et gouvernance européenne".

Tout d'abord les coopérations renforcées doivent désormais associer au moins neuf des États membres et non plus huit comme c'était le cas auparavant. Ensuite l'autorisation de lancer une coopération renforcée est accordée par le Conseil statuant à la majorité qualifiée moyennant l'accord de la Commission et du Parlement. Néanmoins l'autorisation de lancer une coopération renforcée dans le cadre de la PESC requiert l'unanimité du Conseil, le Parlement et la Commission étant seulement consultés. Enfin, le traité dispose que les États participant à une coopération renforcée peuvent, à l'unanimité décider de recourir aux clauses passerelles permettant le passage de l'unanimité à la majorité qualifiée.

En matière de défense, un nouvel outil est créé, la « coopération structurée permanente », qui reprend le concept d'intégration différenciée à la base de la coopération renforcée, mais dont la définition dans le Titre V et le Protocole N°10 du TUE lui est entièrement propre.

Base légale Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne le , la coopération renforcée est inscrite à l'article 20 du Traité sur l'Union européenne.

Mise en œuvre Coopération renforcée en matière de divorce La coopération renforcée est mise en œuvre pour la première fois en 2010 afin d'harmoniser la procédure applicable en cas de conflit de normes en matière matrimoniale, en particulier dans le cas d'un divorce. Il ne s'agit pas de créer une procédure de divorce commune, mais seulement de déterminer quelle loi nationale appliquer pour les divorces internationaux, c'est-à-dire par exemple un divorce entre deux conjoints de nationalité différente, ou entre deux conjoints qui résident dans un autre État que celui duquel ils ont la nationalitéDivorce : vers une coopération renforcée ?, Libération, 25 juillet 2008..

Une proposition de règlement, qui aurait dû s'appliquer à tous les États membres, avait déjà été déposée par la Commission européenne depuis le Communiqué de presse de la Commission européenne, 17 juillet 2006, mais son adoption était bloquée par la Suède, qui refusait toute harmonisation en la matière et appliquait systématiquement son droit interne"Divorces: 9 États membres européens prêts à aller de l'avant seuls", RTBF, 25 juillet 2008.. Le , neuf États membresAutriche, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Luxembourg, Roumanie et Slovénie décident alors d'agir dans le cadre d'une coopération renforcée.

Le , la Commission européenne dépose une proposition en ce sens. Le règlement proposé vise à accorder davantage d'autonomie aux couples internationaux désirant se séparer, en leur permettant de choisir eux-mêmes la loi applicable à leur divorce"Réglementation communautaire du divorce : le choix d’une coopération renforcée", Le Blog Dalloz, 25 mai 2010.. En cas de désaccord entre les époux, le texte propose une méthode commune pour que les juridictions des différents États membres déterminent celle d'entre elles qui est compétenteCommuniqué de presse de la Commission européenne, 24 mars 2010..

Le , quatorze États membresAllemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, France, Hongrie, Italie, Lettonie, Luxembourg, Malte, Portugal, Roumanie et Slovénie. décident finalement d'adopter le projet de règlement"Divorces binationaux: 14 pays autorisés à s'unir en coopération renforcée", Romandie News, 4 juin 2010.. La coopération renforcée est approuvée par le Parlement européen le "Divorce: vers une législation internationale commune pour la moitié des pays de l'UE", europaforum.lu, 16 juin 2010., et par le Conseil des ministres, qui représente les États membres, le Décision du Conseil des ministres, 12 juillet 2010..

La procédure de coopération renforcée a donc rempli son rôle : elle a permis aux États membres qui le souhaitaient de surmonter le veto posé par la Suède et d'approfondir l'intégration européenne, même de façon minimale, dans le domaine de la justice. Alors que neuf pays s'étaient montrés intéressés par ce système en 2008, ils sont quatorze à l'avoir finalement adopté en 2010 (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, France, Italie, Hongrie, Lettonie, Luxembourg, Malte, Portugal, Roumanie et Slovénie). Les autres États membres peuvent à tout moment décider de les rejoindre.

Coopération renforcée en matière de brevet La coopération renforcée en matière de brevet réunit initialement 25 États membres car l'Italie et l'Espagne ont décidé de ne pas y prendre part pour des raisons linguistiques..

L'Italie a finalement rejoint la coopération. Le Royaume-Uni s'en est retiré en 2020 tandis que la Pologne s'y est jointe, tardivement. L'Espagne et la Croatie restent donc pour le moment en dehors du système.

Le brevet unitaire européen est entré en vigueur le , dans 18 États de l'Union européenne l'ayant ratifié.

Coopération renforcée relative à la taxe sur les transactions financières La coopération renforcée dans le domaine de la taxe sur les transactions financières réunit 11 États membres (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Estonie, France, Grèce, Italie, Portugal, Slovaquie, Slovénie).. Après quatre années de négociation cependant, cette taxe n'est toujours pas entrée en vigueur et l'Estonie s'est retirée du projet.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Traité de Prüm (2005) Traité de Schengen

Liens externes

Traité sur l'Union européenne, version actuellement en vigueur (Journal officiel du ), lire les articles 43 à 45 texte du discours de Jacques Chirac le 27 juin 2000 au Bundestag (site de l'Élysée)

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