Dans la mythologie grecque, Patrocle (en grec ancien ou ) est un des guerriers grecs de la guerre de Troie, principalement décrit dans l’Iliade. Dans le récit homérique, Patrocle « Ménœtiade » est le compagnon, et implicitement l'amant, d'Achille.

Quand les Troyens menacent d'envahir le camp grec, il supplie en vain Achille de reprendre les armes malgré sa rancœur contre Agamemnon pour empêcher un massacre. Celui-ci refuse de céder, mais accorde à Patrocle la permission de mener lui-même les Myrmidons au combat en portant son armure et sa lance. Patrocle parvient à mettre en déroute l'ennemi, effrayé par la vision d'Achille de retour sur le champ de bataille.

Après avoir tué plusieurs rois ennemis, dont Sarpédon, et avoir été démasqué par Apollon, Patrocle finit par trouver la mort de la main d'Hector. Fou de douleur en apprenant la mort de son compagnon, Achille reprend les armes pour le venger et tue Hector. Achille demandera qu'à sa mort ses cendres soient mélangées à celle de Patrocle et qu'ils soient ainsi enterrés ensemble.

Éléments homériques Avant la guerre

Fils de Ménœtios, Patrocle est envoyé par son père en Phthie, où il devient le compagnon d'Achille, plus jeune que lui de quelques années. Il est présent, en même temps que son père et Achille, au moment où Nestor vient recruter à la cour de Pélée des guerriers pour l'expédition contre Troie. Invité à partir en même temps que le Péléide Achille, Patrocle accepte. Son père lui adresse alors les conseils suivants :

À Troie Patrocle est l'écuyer d'Achille (). L’Iliade hésite quant à son rôle exact : le chant XVII montre les chevaux du Péléide pleurant la mort de leur , puis Automédon le décrit comme le plus doué à manier ces chevauxIliade (XVII, 476).. Cependant, Ulysse dans l’Odyssée (XXIV, 39-40). et Achille lui-même au chant XIX déclarent qu'il a pour habitude de conduire lui-même son char. D'autres indices laissent supposer que Patrocle va au combat sur un char séparé et se bat ensuite aux côtés d'Achille. Il sert également de messager à ce dernier : c'est lui que le Péléide envoie, au chant XI, s'enquérir auprès de Nestor de l'identité du blessé ramené dans le camp achéen. De même, au chant II, c'est Patrocle qui, sur la demande d'Achille, va chercher Briséis pour la remettre à Ulysse. Quand Nestor vient, accompagné de Phénix, pour implorer Achille de retourner au combat, il prépare le vin et la nourriture pour les invités.

Quand Achille en colère se renferme dans sa tente après son différend avec Agamemnon, Patrocle cesse également le combat. Au chant XVI de l’Iliadesurnommé , alors que les Troyens supplantent les Grecs et menacent de mettre le feu aux nefs, Achille autorise Patrocle à emprunter ses armes et à aller combattre à la tête de ses Myrmidons. Au cours de son aristie, Patrocle abat plusieurs guerriers, dont Sarpédon, fils de Zeus, s'attaque aux murs de Troie, mais bute trois fois sur Apollon qui finit par le faire chuter, lui enlever son casque et sa cuirasse, et briser sa lance. Il est alors frappé dans le dos par la lance d'Euphorbe, mais celui-ci prend peur et n'ose pas l'achever. Hector aperçoit enfin Patrocle tentant de regagner les rangs de ses alliés pour éviter la mort et l'abat d'un coup de lance dans le bas-ventre, puis lui enlève ses armes. Ménélas et Ajax le Grand protègent le corps et le rendent à Achille, qui décide de reprendre les armes pour venger Patrocle, sans se soucier du danger 28c.

Thétis, mère d'Achille, fait boire à Patrocle du nectar et de l'ambroisie pour éviter que son cadavre ne se corrompe. Pendant ce temps, Achille rencontre Hector et le vainc. Il offre ensuite aux Grecs, en l'honneur de Patrocle, un festin à l'issue duquel le mort lui apparaît, le supplie de brûler son cadavre au plus tôt et de placer ses os dans la même urne qui recueillera ceux d'AchilleIliade, Chant XXIII, 82-92..

Le lendemain matin, Achille procède aux funérailles de PatrocleIliade, Chant XXIII, 110-257.. Le corps est porté jusqu'à l'endroit de la crémation par une procession de guerriers montés sur leurs chars. On édifie un gigantesque bûcher. Achille coupe sa chevelure et la dépose dans les mains de Patrocle, dont le corps est déposé au sommet du bûcher. Des bœufs et des moutons sont sacrifiés : leur graisse est placée sur le cadavre de Patrocle, tandis que leurs carcasses sont entassées sur le bûcher. Des jarres de miel et d'huile sont placées aux côtés du lit funéraire. Enfin, Achille sacrifie quatre chevaux, deux des neuf chiens de Patrocle et douze jeunes nobles Troyens (ce dernier fait est contesté par Platon, qui le considère comme une impiété, dans le Livre III de sa République, Livre III (391b).). Il enflamme le bûcher et prie les dieux des vents Borée et Zéphyr de l'attiser. Pendant toute la nuit, il verse des libations de vin en invoquant l'âme de Patrocle. Au petit matin, les flammes sont éteintes avec du vin. On recueille les os de Patrocle, qui sont placés dans une urne en or dans une double couche de graisse. Le tout est recouvert d'une étoffe de lin et placé dans un tumulus, en attendant le jour de la mort d'Achille.

Jeux funéraires vignette|Scène de jeux funéraires en l'honneur d'un guerrier défunt, probablement Patrocle. Vase de céramique à figures rouges du Musée archéologique d'Agrigente.

Après l'incinération de Patrocle, Achille organise des jeux en son honneur, comportant : Une course de charsPlaton, Ion 537a : elle est remportée par Diomède, qui emporte le premier prix d'une esclave et d'un trépied, Antiloque arrive second (en trichant), Ménélas est troisième, Mérion quatrième et Eumélos dernier. Achille adjuge le second prix à celui-ci. Une épreuve de pugilat, remportée par Épéios qui gagne une mule. Une épreuve de lutte, disputée par Ajax le grand et Ulysse. Achille les juge à égalité. Une course à pied, remportée par Ulysse, qui gagne un cratère en argent. Ajax arrive second et reçoit un bœuf, Antiloque troisième, et reçoit un demi-talent d'or, prix prévu initialement, et un deuxième talent d'or pour avoir habilement flatté la course d'Achille aux pieds infatigables. Une hoplomachie disputée par Diomède et Ajax. Achille les juge à égalité : ils se partagent le poignard, le fourreau et le baudrier de Sarpédon, et Diomède reçoit en sus un poignard de Thrace. Une épreuve de lancer du disque, remportée par Polpœtès, qui gagne le disque lui-même, en fer brut. Une de tir à l'arc, remportée par Mérion, qui gagne dix doubles haches en fer. Teucros, perdant, reçoit dix haches simples. Une de lancer du javelot, qui n'est en fait pas disputée. Achille arrête les deux candidats, Agamemnon et Mérion, en disant que tous savent que l'Atride est le plus fort. Celui-ci remporte un vase, et Mérion un javelot en bronze.

Consignés au livre XXIII de l’Iliade, ces jeux, à l'instar de ceux organisés par Alcinoos dans l’Odyssée, sont l'un des témoignages les plus anciens concernant le sport en Grèce antique.

Éléments non homériques

Les mythographes, tel le pseudo-Apollodore, donnent une version en accord avec Homère sur le passé de PatrocleIliade : XXIII, 90. Fils du roi d'Oponte, il a tué son cousin Clytonyme, fils d'Amphidamas, chez son précepteur Othryonée lors d'une dispute d'enfants à propos d'osselets. Il doit s'exilerPontiques , I, 3 (Cæde puer facta Patroclus Opunta reliquit: Après avoir commis un meurtre, le jeune Patrocle a quitté Oponte), et est recueilli par Pélée, roi de Phthie, qui le donne comme compagnon à Achille. Le pseudo-Apollodore en fait ensuite l'un des prétendants d'Hélène.

Les Chants cypriens, une épopée du Cycle troyen, le mentionnent comme l'un de ceux qui vendent Lycaon, l'un des fils de Priam, quand celui-ci est pris par les Achéens. L’Iliade le confirme au chant XXIII, v.746, alors que Patrocle n'est pas mentionné au chant XXI,v.34 sqq. Pindare dans ses OlympiquesIX, 70-79 le montre accompagnant Achille quand ce dernier ravage la ville de Teuthranie, en Mysie. Un vase célèbre montrant Achille pansant la plaie de Patrocle illustre peut-être ce point précis.

Ces éléments permettent de supposer que le personnage de Patrocle n'est pas une invention homérique. De plus, au chant I, il est présenté pour la première fois simplement comme , accompagnant Achille et ses compagnons (non nommés) quand le héros quitte, furieux, le conseil des rois. Cela laisse penser qu'il s'agit d'un personnage déjà bien connu du public, si bien qu'il n'est même pas besoin de le nommer personnellement ou de le présenter. Il est en revanche probable que Patrocle n'était qu'un personnage secondaire, à qui Homère donne une ampleur inédite.

Selon Photios, Ptolémée Héphaistion (faisant probablement référence à Ptolémée Chennos) a écrit que Patrocle était également aimé par le dieu de la mer Poséidon, qui lui a enseigné l'art de monter à chevalPhotios, Bibliothèque codex 190.

Patrocle et Achille

L'amitié d'Achille et de Patrocle est proverbiale. Dès le cependant, les Grecs y voient davantage : de manière générale, c'est à cette époque que les auteurs grecs ajoutent à des amitiés célèbres (Oreste et Pylade, Thésée et Pirithoos, Héraclès et Iolaos, etc.) une composante pédérastique. En l'espèce, le débat pour les Grecs ne vise pas à savoir si Patrocle et Achille étaient amis ou amants, mais pourquoi Homère reste si réservé sur leur relation, ou encore si Patrocle est l'éromène d'Achille ou l'inverse. L'orateur athénien Eschine, dans son Contre Timarque142-143, déclare ainsi :

Dans Le Banquet de Xénophon, Xénophon dit qu'ils n'étaient pas amants ; Eschyle dit le contraire dans sa pièce Les Myrmidons. Pour beaucoup des Grecs, l'émotion démesurée dont fait preuve Achille à la mort de Patrocle et son ardeur à le venger ne laissent aucun doute sur la nature de leurs relations : la réserve d'Homère est perçue comme un signe de discrétion. Eschyle développe ce motif dans sa tragédie perdue Les Myrmidons : il représente sans détours228b, Mette Achille pleurant sur le corps de son ami, célébrant la beauté de ses hanches et regrettant les baisers qu'ils s'échangeaient. Chez Eschyle comme chez Eschine, Achille est l'éraste et Patrocle l'éromène.

Une version qu'on pourrait contester si on part de l'observation de la barbe : portée par Patrocle, Achille en est dépourvu. De fait, on peut penser que Achille est le jeune éromène et Patrocle l'éraste d'un âge plus avancé, d'autant plus que l'admiration consécutive à l'amour est celle de Patrocle pour Achille, ce qui corroborerait la thèse selon laquelle Patrocle est l'amant-éraste et Achille l'aimé-éromène. Les deux hommes s'aiment également, ceci est incontestable. Platon est de l'avis opposé : dans son Banquet 180a, il fait dire à Phèdre que Malgré ce désaccord, Phèdre non plus n'a aucun doute sur les relations de Patrocle et Achille.

Néanmoins, par la suite, la tradition se stabilise sur la version d'Eschyle, plus conforme au statut social des deux hommes. Ainsi, Élien déclare que tandis qu'Alexandre le Grand couronnait la tombe d'Achille, Héphaestion couronna celle de Patrocle, pour rappeler la relation similaire qu'il entretenait avec le roi de Macédoine, dont il était le compagnon, comme Patrocle avait été celui d'Achille, XII, 7. La polémique des Anciens sur le rôle de chacun montre, pour l'historien Bernard Sergent, que la relation entre Achille et Patrocle ne se rattache pas au modèle pédérastique : il s'agit d'une relation entre jeunes gens de même génération.

Patrocle, double d'Achille