Le (prononcé ) est un territoire du Sud de la France traditionnellement divisé en Haut-Languedoc, approximativement compris dans l’ancienne région Midi-Pyrénées, Bas-Languedoc, approximativement compris dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, et Cévennes, correspondant aux départements de l'Ardèche, de la Lozère et en partie de la Haute-Loire.
Le nom de Languedoc provient du nom de la langue parlée au Moyen Âge dans le sud de la France, la langue d'oc, glottonyme qui a ensuite été traduit en latin lingua occitana, littéralement « langue occitane ». Le Languedoc fait partie de l’Occitanie culturelle, vaste espace géographique de langue d'oc. Ses habitants sont les Languedociens, son dialecte s'appelle le languedocien.
Le territoire du Languedoc est rattaché au domaine royal au à la suite de la croisade contre les albigeois mettant fin au catharisme puis au comté de Toulouse.
Capitales thumb|1650 - Toulouse, ville capitale du Languedoc, archevesché, parlement et université.|gauche En tant qu'ancienne capitale du comté de Toulouse et siège d'un parlement qui avait compétence sur les pays de langue d'oc, Toulouse fut souvent considérée comme la « capitale » du Languedoc. Sur les cartes (à la fois anciennes et modernes) montrant les provinces de la France en 1789, elle est toujours marquée comme telle. Cependant le partage complexe des administrations et des juridictions a permis à Montpellier de revendiquer également cette distinction. Au la monarchie a clairement favorisé Montpellier, une ville alors plus petite et avec moins de légitimité historique que Toulouse, mais également avec moins d'autorités locales autonomes tels que le Parlement et le capitoulat susceptibles de contrarier le pouvoir royal.
Étymologie thumb|Testament de Lancelot d'Orgemont, 1286. Premier président du Parlement de Langue de Oc, il déclare faire son testament selon la coutume de l'Occitanie, mores patriæ occitanæ. L'installation d'un véritable Parlement à Toulouse en 1273 présidé par un certain Lancelot d'Orgemont est contestéeRIGAUDIÈRE, Albert. Chapitre III. La royauté, le Parlement et le droit écrit aux alentours des années 1300 In : Penser et construire l’État dans la France du Moyen Âge (), 2003.. L'original du document présenté ici pourrait dater du .|gauche Le territoire s'est d'abord nommé Langue d'oc, nom féminin en français et lingua occitana, en latin (le mot languedoc est ensuite devenu masculin). Ce nom n'apparaît pas dans les sources avant la dernière décennie du et ne devient d'usage courant qu'à la fin du Julien Théry-Astruc, « Introduction », dans B. Moreau, J. Théry-Astruc, « La royauté française et le Midi au temps de Guillaume de Nogaret. Actes du colloque de Montpellier et Nîmes, 29 et 30 novembre 2013 », Nîmes, La Fenestrelle, 2015, p. 17-24..
Il tient son nom de la langue occitane, où oc signifie oui.
Histoire Le Languedoc correspond en grande partie à la région originelle des peuples celtiques appelés Volques. Ce territoire devient la Narbonnaise première à la suite de la conquête romaine puis, plus tard, la Septimanie. Les Wisigoths, qui s'y installent au à la suite du fœdus passé avec Rome, lui donnent le nom de provincia Galliæ ou Gallia. Les Francs, quant à eux, nomment ce territoire Gothie. Au les Sarrasins l'occupent un temps, mais ils en sont chassés par Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne. Le Languedoc forme dès lors, sous la domination des Francs, le marquisat de Gothie qui devient bientôt indépendant ; il se confond au avec le comté de Toulouse. À la suite de la croisade contre les albigeois, Amaury VI de Montfort, à qui le comté avait été dévolu, le cède au roi de France Louis VIII, et cette cession est confirmée en 1229 par un traité entre Raymond VII de Toulouse et Saint Louis (Louis IX de France). thumb|right|320px|«Septimanie ou Gothie et Occitanie aujourd'huy LANGUEDOC» à l'époque mérovingienne. Description de l'Univers d'Allain Manesson-Mallet, 1683.
Préhistoire et Antiquité Au cours de la Préhistoire, seules les Causses au nord du Languedoc ont été peuplés et exploités, la plaine du Languedoc étant un lieu de paludisme. Au Néolithique, on trouve dans ces montagnes cévenoles une population de bergers qui, au Chalcolithique, ont laissé leurs traces sous forme de stèles sculptées représentant des guerriers portant un couteau triangulaire. vignette|Vestiges de l'oppidum d'Ensérune. À l'âge du fer, la région est occupée par des populations ibériques qui fondent l'oppidum d'Ensérune et mettent en valeur la région avoisinante. Vers la fin du un rassemblement migratoire celtique, les Volques, impose sa colonisation dans les territoires contigus à l'est et à l'ouest de cette première colonie ibérique. Ils fondent pour capitales, à l'ouest Toulouse et à l'est Nîmes (Volques Tectosages, Volques Arécomiques vers le Gard). L'on assiste à une première structuration du territoire.
Les armées carthaginoises, parties à la conquête de l'Italie, traversent la région qui est alors sous la domination d'un prince arverne, lequel leur donne des guides pour traverser les Alpes au nord de la province, entre Rhône et Alpes, déjà occupée par le Romain Cnaeus Domitius Ahenobarbus (fin ). L'invasion volque avait donc inscrit complètement la région dans la civilisation celtique.
Les marins grecs avaient fondé une colonie à Agde et leurs légendes assimilaient la région aux Champs Élysées, où Héraclès, parti à la conquête des pommes d'or du jardin des Hespérides, avait rencontré et épousé la nymphe Galatée, d'où les habitants, Galates ou Gaulois, tireraient leur nom (on retrouve le nom d'Élysées dans la cité voisine d'Elusa en Aquitaine).
Ils pactisèrent avec les Romains dès le alors que la région est parcourue par les légions romaines. Ensérune est abandonnée comme capitale militaire pour une ville nouvelle, Narbonne, créée pour pacifier la province et qui, un siècle plus tard, devient à son tour la capitale de la Narbonnaise. L'axe routier Nord-Sud existant est pavé et relié au réseau romain : c'est la Via Domitia, reliant Rome à l'une des principales villes d'Espagne : Tarragone. Un axe routier Est-Ouest suit au premier siècle de notre ère, la Via Aquitania.
Au , la région est christianisée par saint Sernin.
Le royaume wisigothique vignette|Manuscrit du Bréviaire d'Alaric conservé à la Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole à Clermont-Ferrand (Auvergne, France), . Au début du , le Languedoc subit les invasions vandales. Quelques années plus tard, les Wisigoths devinrent maîtres de la région, après que les Romains leur eurent donné l'Aquitaine et la Narbonnaise au titre de confédérés. Le royaume wisigoth occupa bientôt le tiers sud de la Gaule, puis l'Espagne. Toulouse joue le rôle de capitale et vit un petit siècle d'or au , avant que l'aristocratie wisigothe ne se replie sur Tolède. De cette période, seuls subsistent le mythe de la Reine Pédauque, l'église de la Daurade et le palais des rois wisigoths.
Contrairement à d'autres envahisseurs, les Wisigoths ne firent pas table rase des institutions et entretinrent la continuité du droit romain, synthétisant un droit romano-germanique (Bréviaire d'Alaric). La persistance du droit romain positif permettra la continuité d'un haut degré de civilisation. Le Languedoc bénéficiera ainsi d'un droit féodal atténué qui permettra l'émergence d'une bourgeoisie de Cité. Le Toulousain Cujas enseignera au avec éloquence ce vieux fil de droit romain.
Formation du Languedoc
Les Wisigoths sont ariens, comme la plupart des peuples de l'Empire romain à cette époque. Les relations de Clovis avec la papauté trinitaire fournissent des arguments aux Francs pour prétendre annexer la région au . S'ensuit une longue période trouble où la région est dispersée. La Septimanie, les alentours de Narbonne, reste sous domination wisigothe et a des relations paisibles avec les musulmans. Ces derniers finissent par conquérir une partie de la région en 719, ce qui donne son prétexte à l'expédition punitive de Charles Martel en 737, qui ravage la Septimanie et la Provence (batailles d'Avignon de la Berre, de Nîmes et siège de Narbonne).
Charlemagne lègue Toulouse à l'un de ses fils, Louis, sous le titre de royaume d'Aquitaine en 778, avec tout le Sud, du Rhône à l'océan Atlantique, en vue de fédérer la reconquête hispanique. L'administration de cet immense territoire est confiée aux comtes de Toulouse.
La dynastie des comtes de Toulouse, ducs de Narbonne n'aura de cesse de repousser les Maures et de reconquérir les territoires perdus pour reconstituer la Narbonnaise. De cette compétition féodale naîtra le Languedoc, de la Garonne au Rhône, de Toulouse à Saint-Gilles.
Raimond IV, dit Raimond de Saint Gilles (1042-1115) augmente sa principauté, par mariage et par héritage, du comté de Rouergue, de Nîmes, de Narbonne, du Gévaudan, d'Agde, de Béziers et d'Uzès. Il est l'un des principaux acteurs de la première croisade en prenant part à la prise de Jérusalem (1099), et il fonde le comté de Tripoli (Liban) en 1102. De ce contact avec l'Orient naîtra une véritable civilisation dite aujourd'hui , des troubadours, de l'amour courtois.
Mais ses fils et successeurs ne parviennent pas à maintenir leur autorité dans le Languedoc et, s'ils restent suzerains, l'autorité revient à différents nobles : vicomtes d'Agde vicomtes de Béziers vicomtes de Carcassonne seigneurs de Montpellier vicomtes de Narbonne vicomtes de Nîmes Quatre de ces vicomtés (Agde, Béziers, Carcassonne et Nîmes) sont tenus par la maison Trencavel, qui possède en outre la vicomté d'Albi. Petit à petit, le sud de la région passe sous la suzeraineté du comte de Barcelone, également roi d'Aragon, qui devient par mariage comte de Gévaudan et seigneur de Montpellier.
Hérésie cathare et annexion au domaine royal
vignette|gauche|Comtés du Languedoc en 1209, avant le début de la croisade des barons. Ce foisonnement va laisser apparaître et prospérer le dualisme de l'hérésie cathare, réprimée à partir du par l'Église catholique. L'ordre mendiant des frères prêcheurs est créé à Toulouse par saint Dominique pour donner un nouvel élan à la vraie foi, face à l'hérésie. Pour témoigner de cette renaissance, les reliques de saint Thomas d’Aquin sont exposées à Toulouse en l’église des Jacobins, magnifique témoignage d'architecture gothique languedocienne. La croisade prêchée par le pape Innocent III pour lutter contre l'hérésie donne au roi de France l'opportunité d'annexer les régions méridionales :
Bataille de Muret () ; Toulouse est assiégé par Simon de Montfort et prise en 1215 ; Le dernier foyer cathare, Montségur, tombe en 1244.
En 1229, Alphonse de Poitiers, fils de et frère de , hérite du comté de Toulouse en se mariant avec Jeanne, la fille du comte de Toulouse . À la mort de Jeanne, sans enfants, la région est administrée pour le compte du roi de France en trois sénéchaussées : Toulouse, Carcassonne et Beaucaire. Plus tard, le Languedoc est administré en deux généralités : Montpellier et Toulouse. L'intendant siégeait à Montpellier et le Parlement à Toulouse. En 1271, le comté de Toulouse est finalement réuni au domaine royal, par Philippe le HardiSynthèse de l'histoire de l'intégration du Languedoc au royaume capétien par Gaël Chenard, Jean-François Moufflet, « Cant vengro li Frances. L'implantation capétienne dans le Midi au », dans B. Moreau, J. Théry-Astruc, « La royauté française et le Midi au temps de Guillaume de Nogaret. Actes du colloque de Montpellier et Nîmes, 29 et 30 novembre 2013 », Nîmes, La Fenestrelle, 2015, p. 25-74, disponible en ligne..
De là naît le Languedoc royal qui persiste jusqu'à la Révolution française (1789). Il conserve ses coutumes, sa langue et une administration spécifique. Ce Languedoc historique correspond à l'ancien comté de Toulouse et incorpore le Vivarais, le Velay, le Gévaudan.