Jules Ferry, né le à Saint-Dié (Vosges) est mort le à Paris, est un homme d'État français.
En 1870, après la chute du Second Empire, dont il était opposant, il est membre du gouvernement provisoire et, pour quelques mois, maire de Paris. C’est dans le cadre de cette dernière fonction qu’il contribue à réprimer les insurgés de la Commune de Paris.
Plusieurs fois ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts entre 1879 et 1883, il est l’auteur des lois instaurant l’instruction obligatoire et gratuite. Ainsi vu comme le promoteur de « l’école publique laïque, gratuite et obligatoire », il est considéré après sa mort comme l’un des pères fondateurs de l’identité républicaine.
Il est président du Conseil des ministres de 1880 à 1881 et de 1883 à 1885, sous la présidence de Jules Grévy. Montrant un fort engagement pour l’expansion coloniale française, en particulier dans la péninsule indochinoise, il doit quitter la tête du gouvernement en 1885 en raison de l’affaire du Tonkin. Il se présente ensuite à l’élection présidentielle de 1887, lors de laquelle Sadi Carnot lui est préféré.
Mort à 60 ans des suites d’un infarctus du myocarde, trois semaines après avoir été élu président du Sénat, il est inhumé à Saint-Dié-des-Vosges.
Situation personnelle Origines Jules François Camille Ferry est le fils de Charles-Édouard Ferry, avocat, libre-penseur, et d’Adèle JameletFerry est un nom-prénom traditionnel lorrain, commun dans la montagne vosgienne. Il provient de l'altération de Fréderic / Friederich, répandu à l'époque du duc de Lorraine Ferry., et le petit-fils de François-Joseph Ferry, maire indépendant de la ville de Saint-Dié (Vosges) de 1797 à 1815 et en 1816. Il a une sœur et un frère, respectivement, Adèle (1826-1871) et Charles (1834-1909)Notes biblio des Archives de France consultable sur BORA Archives privées - Description - Archives de la famille Ferry..
Il est issu d'une famille catholique vosgienne de fondeurs de cloches, originaire d'Anould (Vosges) puis établie à Saint-Dié en 1718.. .
Formation Élève au collège de Saint-Dié jusqu'en 1846, puis au lycée impérial de Strasbourg (actuellement lycée Fustel-de-Coulanges), où sa famille s'est installée en 1846, Jules Ferry est ensuite étudiant à la faculté de droit de Paris, ville dans laquelle réside sa famille à partir de 1850.
Carrière professionnelle Jules Ferry devient un avocat réputé et se passionne pour la chose publique, se spécialisant rapidement dans la défense des républicains.
Il collabore régulièrement aux journaux La Presse, Le Courrier de Paris, Le Temps, et est un pamphlétaire reconnu à l’époque.
Vie privée et familiale Le , les francs-maçons donnent une grande solennité à sa réception par le Grand Orient de France au sein de la loge « La Clémente Amitié. Reçu en même temps qu'Émile Littré et que Grégoire Wyrouboff, autres disciples d'Auguste Comte, il rejoint par la suite la loge Alsace-Lorraine. Dans une lettre adressée à Charles Cousin, président de la loge, il déclare : Une grande publicité est faite au discours que Littré prononce à cette occasion, et la presse en donne un large écho.
La même année, Jules Ferry épouse la fille de l'industriel Camille Risler, Eugénie Risler, de dix-huit ans sa cadette, issue d'une famille protestante et républicaine ayant fait fortune dans l'industrie à Thann en Alsace, et dont la dot est de . Le mariage est célébré dans la mairie du de Paris. Cette union offre à Ferry un accès au réseau de la haute bourgeoisie locale et parisienne. Charles Risler, frère de la mariée devient maire du de Paris sept années plus tard..
vignette|redresse|1, rue Bayard, domicile parisien de Jules Ferry.
Le couple fait construire un chalet suisse, résidence secondaire, sur les contreforts du massif forestier du Kemberg à Saint-Dié, mais réside le plus souvent à Paris, dans l'hôtel particulier construit par le frère de Jules, Charles Ferry au 1 rue Bayard. Sans descendance directe, Jules Ferry reporte toute son affection sur son neveu Abel Ferry, qu'il adopte, en le faisant son unique héritierExtrait du testament de Jules Ferry établi en 1890 : .
Parcours politique Débuts vignette|gauche|redresse|Caricature de Jules Ferry par Georges Lafosse (parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1872).
Opposant actif au Second Empire, Jules Ferry connaît la notoriété en publiant en 1868 une série d'articles pamphlétaires humoristiques contre le préfet de la Seine Haussmann, fustigeant la gestion opaque du financement de ses travaux parisiens : Les Comptes fantastiques d’HaussmannTitre parodiant sans doute l'ouvrage Contes fantastiques de Ernst Hoffmann (1832), ou le drame dont s'en inspire Jules Barbier en 1851, et qui donne l'opéra fantastique Les Contes d'Hoffmann en 1881..
Il est élu député républicain de la circonscription de Paris en .
Ennemi déclaré de l'Empire, républicain convaincu, Jules Ferry prend place au palais dans le groupe des opposants, avec Charles Floquet, Émile Durier, Ferdinand Hérold, Anne-Charles Hérisson, Jean-Jules Clamageran, Amaury Dréo, Clément Laurier, Léon Gambetta. Il est impliqué dans le fameux procès des Treize en 1864 ; avec Garnier-Pagès et Hippolyte Carnot, treize républicainsGarnier-Pagès, Hippolyte Carnot, Ferdinand Hérold , Amaury Dréo, Charles Floquet, Jules Ferry, Anne-Charles Hérisson, Claude Anthime Corbon, Paul Jozon, Jean-Jules Clamageran, Julien Melsheim, Jacques-Thomas Bory et Émile Durier ont été accusés du délit d'avoir fait partie d'une association non autorisée de plus de vingt personnes et implicitement d'avoir collaboré au manuel électoral qui venait d'être publié.
Les défenseurs sont : Jules Favre, Marie, Jules Grévy, Ernest Picard, Henry Didier, Pierre-Antoine Berryer, Jules Dufaure, Jules Senard, Ernest Desmarest, Emmanuel Arago, Michel Hébert, Théodore Bac., qui s’étaient réunis chez Garnier-Pagès peu avant des élections à Paris, sont arrêtés pour réunion non autorisée et condamnés à d’amende..
Le , il devient membre du gouvernement de la Défense nationale. Nommé maire de Paris le Après la Commune de Paris, la fonction de Maire de Paris est supprimée et remplacée par celle de président du conseil municipal de Paris, la réalité du pouvoir appartenant au préfet de police, représentant de l'État. La fonction n'a été rétablie, avec ses prérogatives, qu'en 1977., il a la charge d'assurer le ravitaillement de la capitale assiégée par l'armée prussienne. Selon Karl Marx, il tire fortune de cette fonctionKarl Marx, La Guerre civile en France 1871 (la commune de Paris), 1871, p. 44.. Les restrictions alimentaires qu'il impose lui valent les surnoms de et . Une commission mixte de l'enseignement est instaurée... Celle-ciMesdames Simon, Goudchaux, Carnot, de Friedberg, Millard, Coignet, Manuel, Delon, Béquet, Bachellery, Léonie Fleury, Lachaud et de Mesdemoiselles Chenu, Nancy Fleury, Daubié, Marchef-Girard, Toussaint, Gaudon et de messieurs Brisson, Clemenceau, Taxile Delord, Despois, Dujardin-Beaumetz, Durier, François Favre, Hébert, Hérisson, Hérold, Lavertujon, le Blond, le Roy, Henri Martin, Morel, Mottu, Pouchet, Pelletan, Carnot, Laughier, Rousselle, Sauvestre, Masse, Defodon, de Fonvielle, Hendlé, Chaudey, Corbon, P. Lafitte, Ménard, Claretie, Minot, Bezançon, Gréard, Motheré. est composée de femmes et d'hommes compétents en matière d'instruction. Dans les rapports de cette commission, figure déjà l'affirmation de gratuité et d'obligation présente dans les lois scolaires promulguées sous son ministère.
Le premier jour de l'insurrection de la Commune de Paris, le , adversaire résolu des fédérés, auxquels il ne peut résister, il fuit la ville. Cependant, il conserve officiellement la fonction de maire jusqu'au .. Il encourage Adolphe Thiers à employer la manière forte et à récupérer les canons des gardes nationaux, dans la nuit du au , initiative qui déclenche une journée insurrectionnelle et le départ de Thiers de Paris à Versailles..
Aux élections du , il est élu député des Vosges à l'Assemblée nationale avec le soutien de son frère Charles Ferry : il conserve son mandat de député jusqu'en 1889. Il est chargé de négocier la frontière sur la ligne de crête vosgienne, se montrant intransigeant sur ses principes. C’est une expérience douloureuse, car les négociateurs dissèquent son arrondissement natal et l’Alsace, où avait vécu une partie de sa famille, rejoint désormais le Reich allemand, tout comme la Moselle.
Dans la région de Saint-Dié, il fait aussi face à un avocat républicain, Albert Ferry, sans lien de parenté, qui cherche lui-aussi à s'implanter dans le département ; il devient d'ailleurs maire de Saint-Dié en 1880, un mandat que Jules Ferry n'a jamais brigué. Chef de file de la majorité départementale des Vosges, candidat républicain en face de Louis Joseph Buffet, Jules Ferry est élu le conseiller général dans le canton du Thillot. Le jeune vice-président du conseil général suscite l'ire des autorités administratives. Adolphe Thiers décide, afin de le protéger, de l'éloigner des Vosges, encore occupées par les troupes prussiennes, en l'envoyant à Athènes résoudre, avec rang d'ambassadeur, le différend entre les gouvernements grec, français et italien au sujet des mines du Laurion. (1872-1873).
À son retour en France, Jules Ferry devient l'un des chefs de l'opposition républicaine, jusqu'à l'élection de Jules Grévy à la présidence. Il est réélu député en 1876 puis en 1877 dans l'arrondissement de Saint-Dié ; en 1881, il fait redécouper l'arrondissement pour satisfaire son rival Albert Ferry : ceux-ci obtiennent chacun une victoire aux législatives et Jules Ferry siège au sein de la Gauche républicaine, en opposition à Gambetta.
Ministre de l'Instruction publique et président du Conseil vignette|redresse|André Gill : caricature de Jules Ferry croquant un prêtre (La Petite Lune, 1878).
Ministre de l'Instruction publique du au dans le cabinet Waddington, Jules Ferry attache son nom aux lois scolaires. Ses premières mesures sont : la création d'une École normale supérieure féminine à Sèvres et d'une agrégation féminine, le ; la nomination de Ferdinand Buisson comme directeur de l'enseignement primaire en 1879 ; la collation des grades universitaires retirée à l'enseignement privé () ; l'expulsion des congrégations religieuses non autorisées ().
Président du Conseil du au , il poursuit la mise en place des lois sur l'enseignement, avec : l'extension aux jeunes filles de l'enseignement secondaire d'État () ; l'instruction primaire (6 à 13 ans) gratuite, laïque et obligatoire ().
De nouveau ministre de l'Instruction du au (ministère Freycinet), il continue son œuvre scolaire, notamment avec la loi relative à l'obligation et à la laïcité de l'enseignement () ; ce texte, suite logique de celle portant sur l'obligation scolaire, est une obligation d'instruction et non de scolarisation.
Il est de nouveau président du Conseil du au , en même temps que ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts jusqu'au , date à laquelle il est remplacé par Armand Fallières. Il rédige une lettre circulaire aux instituteurs, le , trois jours avant de confier le ministère de l'Instruction à Fallières. Cette lettre contient des recommandations très importantes en matière d'éducation morale, nécessaire pour . Il présente cet enseignement de la morale comme l'objet central de la mission de l'instituteur, , mais incite les enseignants à respecter scrupuleusement l'autorité des parents, en particulier en matière religieuse, qui relève de la sphère privée.
Ferry, anticlérical mais pas antireligieux, s'opposant ainsi aux positions d'Émile Combes, ne souhaite pas dans un premier temps imposer un monopole en matière d'éducation ; il laisse subsister l'enseignement confessionnel, mais sa volonté de laïcisation fait qu'il est exécré par la presse cléricale qui l'appelle ..