Matthew Boulton ( - ) est un industriel britannique et un associé de l'ingénieur écossais James Watt. Dans le dernier quart du , ils installent des centaines de machines à vapeur Boulton & Watt dont les performances rendent possible la mécanisation de l'industrie. Boulton applique des techniques modernes à la frappe des pièces de monnaie et réalise des millions de pièces pour le Royaume-Uni et d'autres pays.
Né à Birmingham en 1728, Boulton est le fils d'un fabricant de petits objets métalliques qui meurt lorsque Boulton a 31 ans. À ce moment, il gère l'entreprise pendant plusieurs années, l'agrandit et construit une manufacture de Soho près de Birmingham. Dans celle-ci, il adopte les techniques les plus récentes et se diversifie dans la production de plats en argent, la dorure au mercure et d'autres objets décoratifs. Lorsque l'associé de James Watt, John Roebuck, devient incapable de rembourser un prêt à Boulton, il lui cède ses parts dans le brevet de Watt. Boulton fait pression sur le Parlement du Royaume-Uni pour prolonger le brevet de Watt de 17 ans, permettant à la compagnie de vendre des centaines de machines initialement à des mines puis à des usines.
Boulton est un membre éminent de la Lunar Society qui réunit des industriels, des inventeurs et des scientifiques de la région de Birmingham. Parmi ceux-ci figurent aussi Erasmus Darwin, Joseph Priestley et Josiah Wedgwood. Les membres de la Société développent de nombreux concepts qui posent les bases de la révolution industrielle.
Boulton fonde la Soho Mint, à laquelle il adapte rapidement des machines à vapeur. Il cherche à améliorer l'état lamentable des pièces britanniques et après plusieurs années d'efforts, il reçoit un contrat pour fabriquer les premières pièces de monnaie britannique en cuivre depuis près d'un quart de siècle. Ses pièces de type « cartwheel » étaient difficiles à contrefaire et les pence en cuivre continuent d'être frappés jusqu'à la décimalisation de 1971. Boulton prend sa retraite en 1800 même s'il continue à gérer sa Monnaie et il meurt en 1809. Son portrait apparaît avec celui de James Watt sur les billets de .
Contexte Birmingham était de longue date un centre de l'industrie métallurgique. Au début du , la ville entra dans une phase d'expansion car la production d'objets en fer devint plus facile et moins coûteuse grâce au remplacement (à partir de 1709) du charbon de bois par le coke dans les fonderies. Le manque de bois dans une Angleterre de plus en plus déboisée et la découverte de grandes quantités de charbon dans les comtés de Warwickshire et de Staffordshire accélèrent la transition. La plus grande partie du fer était forgé dans des petites fonderies près de Birmingham, particulièrement dans le Black Country. Les fines plaques métalliques étaient ensuite transportées dans des usines dans et autour de Birmingham. La ville étant loin de la mer et des grands fleuves et comme les canaux n'avaient pas encore été construits, les coûts de transport étaient élevés et les forgerons se concentraient sur la production de petits objets relativement coûteux comme les boutons et les broches. Le Français Alexander Missen écrivit que même s'il avait vu d'excellents manches de canne, boites de tabac à priser et autres objets métalliques à Milan, .
Boulton était le descendant d'une famille de Lichfield où son arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, Zachary Babington, était chancelier ecclésiastique. Le père de Boulton, également appelé Matthew et né en 1700, déménagea à Birmingham pour y devenir apprenti et en 1723, il épousa Christiana Piers ; avance que le mariage eut lieu en 1724.. Boulton père était un forgeron possédant un petit atelier spécialisé dans les broches. Matthew Boulton est né en 1728 et il était le troisième enfant de la famille et le second à porter ce nom ; le premier Matthew était mort à l'âge de deux ans en 1726.
Jeunesse L'entreprise de Boulton père était prospère après la naissance de Boulton fils et la famille déménagea dans la région de Snow Hill de Birmingham alors un quartier aisé de nouvelles maisons. Comme l'école locale était délabrée, Boulton fut envoyé à Deritend de l'autre côté de Birmingham. Il quitta l'école à quinze ans et deux ans plus tard, il inventa une méthode d'incrustation de l'émail sur les broches qui se révéla si populaire que les broches furent exportés en France puis réimportées au Royaume-Uni où elles étaient présentées comme les derniers perfectionnements français.
Le , Boulton épousa Mary Robinson, une cousine éloignée et la fille d'un négociant en tissu prospère. Ils habitèrent brièvement chez la mère de la mariée à Lichfield puis s'installèrent à Birmingham où Boulton père fit de son fils un associé à l'âge de 21 ans. Même si Boulton fils signait les courriers professionnels par « du père et moi », à partir du milieu des années 1750 il gérait effectivement la société. Boulton père prit sa retraite en 1757 et mourut en 1759.
Les Boulton avaient trois filles au début des années 1750 mais toutes moururent en bas âge. La santé de Mary Boulton se détériora et elle mourut en . Peu après sa mort, Boulton commença à faire la cour à la sœur de sa défunte épouse, Anne. Le mariage avec la sœur d'une épouse décédée était interdit par la loi ecclésiastique même si cela était permis par la loi séculière. Le frère d'Anne, Luke, s'opposa à cette union car il craignait que Boulton ne contrôle (et peut-être ne gaspille) toute la fortune de la famille Robinson. Ils se marièrent néanmoins le dans la banlieue de Londres. Eric Delieb, qui écrivit un livre sur les produits de Boulton, suggère que le prêtre présent lors du mariage, James Penfold, un curé pauvre, fut probablement acheté. Boulton dit par la suite à un autre homme qui cherchait à épouser la sœur de son épouse décédée, .
Les Boulton eurent deux enfants, Matthew Robinson Boulton et Anne Boulton. En 1764, Luke Robinson mourut et sa propriété passa à sa sœur Anne et donc sous le contrôle de Matthew Boulton.
Innovateur Expansion de son entreprise thumb|La manufacture de Soho en 1773 Après la mort de son père en 1759, Boulton prit le contrôle complet de l'entreprise métallurgique familiale. Il passa beaucoup de temps en déplacement en Angleterre pour faire connaître ses produits. Il obtint d'un ami qu'il présente une épée de sa fabrication au prince Edward et le cadeau impressionna tellement le frère aîné du prince, George, prince de Galles, le futur roi George III, qu'il en commanda une. Avec le capital accumulé lors de ses deux mariages et avec l'héritage de son père, Boulton chercha un site plus grand pour étendre sa société. En 1761, il acheta un terrain de à Soho où se trouvait une résidence, Soho House et un laminoir. Soho House fut initialement occupée par les proches de Boulton puis par son premier associé, John Fothergill. En 1766, Boulton demanda à Fothergill de quitter les lieux et il s'y installa avec sa famille. Lui et sa femme y restèrent jusqu'à leur mort. Anne Boulton succomba à une crise cardiaque en 1783 et Matthew mourut en 1809 des suites d'une longue maladie.
thumb|left|upright|Pichet d'église en argent sterling fabriqué par Boulton et Fothergill en 1774. Le terrain de Soho comprenait des terrains communaux que Boulton fit enclore. En 1765, la construction de la fut achevée. Le bâtiment principal possédait une devanture de style palladien, 19 baies de chargement et de déchargement et abritait les bureaux des cadres dans les étages supérieurs. La structure fut conçue par l'architecte local William Wyatt à une époque où les bâtiments industriels étaient généralement dessinés par des ingénieurs. Les autres bâtiments abritaient des ateliers. Boulton et Fothergill investirent dans le matériel le plus avancé et le complexe était considéré comme une merveille de l'industrie moderne. Le coût du bâtiment principal avait été estimé à (environ de 2012) mais le coût final fut cinq fois plus élevé. Boulton et Fothergill dépensèrent plus de pour construire les bâtiments et acheter le matériel. La somme dépassant les moyens de la société, les deux hommes empruntèrent énormément et durent gérer adroitement leurs créditeurs.
Parmi les produits que Boulton envisageait de fabriquer dans sa nouvelle installation figuraient des assiettes en argent sterling pour les plus aisés et en cuivre plaqué argent pour les autres. Boulton et son père fabriquaient depuis longtemps des petits objets en argent mais personne n'avait fabriqué de grands objets en argent à Birmingham avant Boulton. Pour produire des chandeliers moins coûteux que ceux fabriqués à Londres, la compagnie utilisa des matrices pour emboutir des sections fines qui étaient ensuite assemblées. L'un des obstacles rencontrés par Boulton était l'absence d'un bureau d'analyse à Birmingham pour tester la pureté des métaux précieux. Les petits objets en métal fabriqués par la société familiale étaient généralement trop légers pour être testés mais les assiettes en argent devaient être envoyées au bureau d'analyse le plus proche à Chester à pour être analysées et poinçonnées avec tous les risques de pertes liés au transport. Une autre solution aurait été de les envoyer à Londres mais le risque était qu'elles soient copiées par la concurrence. Boulton écrivit en 1771, . Boulton déposa une requête auprès du Parlement en ce sens. Malgré la forte opposition des orfèvres de Londres, il parvint à obtenir du Parlement qu'il vote un décret pour établir des bureaux d'analyse à Birmingham et Sheffield où les orfèvres avaient connu les mêmes difficultés que lui. Le marché de l'argent se révéla peu rentable du fait du coût d'opportunité de conserver de grandes quantités de capital attachées au stock d'argent. La société continua de fabriquer de nombreuses assiettes en argent mais Boulton délégua la responsabilité de cette partie du travail à des subordonnés et il resta à l'écart de celle-ci.
thumb|Boîte à thé dorée au mercure du début des années 1760. À la fin des années 1760 et au début des années 1770, les vases décorés étaient à la mode chez les riches et il chercha à exploiter cet engouement en vendant des vases dorés au mercure qui étaient auparavant une spécialité française. Il commanda des vases en céramique à son ami et membre de la Lunar Society, Josiah Wedgwood, mais la céramique se révéla incapable de supporter le poids des décorations et Boulton choisit le marbre et d'autres pierres décoratives pour fabriquer ses vases. Boulton copia les formes des Grecs de l'Antiquité et emprunta les œuvres d'art de collectionneurs, de marchands et de sculpteurs tandis que Fothergill et d'autres traversèrent l'Europe à la recherche d'idées. En , Boulton rendit visite à la famille royale britannique et vendit plusieurs vases à la reine Charlotte, l'épouse de George III. Il organisa des ventes annuelles chez Christie's en 1771 et 1772 qui permirent de faire connaître ses produits mais même s'ils étaient réputés, les ventes n'étaient pas au rendez-vous et de nombreux objets étaient vendus à perte ou pas du tout. Lorsque l'engouement pour les vases cessa au début des années 1770, le partenariat se retrouva avec un large stock qui fut en grande partie écoulé lors d'une vente massive à Catherine II de Russie. L'impératrice considérait ces vases dorés au mercure comme de meilleure qualité et moins chers que les produits français. Boulton continua à chercher des commandes mais la dorure au mercure fut abandonnée par l'entreprise en 1779 et lorsque le partenariat prit fin à la mort de Fothergill en 1782, il ne restait que 14 objets de ce type dans les entrepôts.
thumb|left|upright|Boutons Wedgwood avec leur monture en acier, vers 1760