Galați () est une ville portuaire de Moldavie roumaine, sur la rive gauche du Danube, un peu en aval de Brăila. Chef-lieu du județ de Galați, d'une superficie de , sa population était de en 2011 (Galatéens : en ) ce qui place la ville au septième rang parmi les villes de Roumanie. Iași (aussi appelé Jassy en français) et Galați (en Moldavie) sont les seules villes de Roumanie décorées de la Croix de guerre française et italienne, après la résistance héroïque des Roumains de la ville contre les bolcheviks et les puissances centrales, pendant la Première Guerre mondiale. Elle est située près de la triple frontière avec la Moldavie et l'Ukraine.

Toponymie Le de 1395 mentionne Caladda au coude du Danube, escale génoise où l'on pouvait tirer les navires à secPiero Boccardo, Clario Di Fabio (dir.), Il secolo dei genovesi, ed. Electa, Milan 1999, 472 p., ; Codex Parisinus latinus dans Ph. Lauer, Catalogue des manuscrits latins, , d'après la Bibliothèque nationale Lat. 1623, IX-X, Paris, 1940. Galata, quartier de Constantinople et autre ancienne escale génoise, a la même origine. Le monde universitaire roumain adhère en majorité à cette origine italienne remontant au Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor, éd. Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest, 1976-77. : caladda signifie en génois « cale d'accostage », or les Génois avaient à l'époque un grand nombre de comptoirs tout autour de la mer Noire et sur le cours du bas-Danube dont, en Roumanie actuelle, San-Giorgio et Licostomo près de Chilia VecheOctavian Iliescu, Contributions à l'histoire des colonies génoises en Roumanie aux , Revue Roumaine d'Histoire, nr. 28 din 1989, -52.. La découverte du trésor de Barboși (quartier au sud de Galați, sur la rive gauche du Siret), composé de pièces d'argent portant les inscriptions grecques Gallati et Kallatiasy, ferait pencher la balance vers la théorie soutenue par Vasile Pârvan et Carl Patsch, qui est à la base du nom de la province romaine de Galatie en Asie Mineure. La ville de Galaţi est également connue sous le nom de Kalas en turc, Γκαλάτσι en grec et גאלאץ en hébreu.

vignette|gauche|Répartition diachronique des peuples celtes :

Mais les adeptes du protochronisme (courant pseudohistorique devenu très influent en Roumanie sous le régime de Nicolae Ceaușescu)Lucian Boia, Istorie și mit în conștiința românească („Histoire et mythe dans la conscience collective roumaine”) Humanitas, Bucarest 1997 et Alexandra Tomiță, O « istorie » glorioasă: dosarul protocronismului românesc („Une glorieuse « histoire », le dossier du protochronisme roumain”), éd. Cartea Românească, Bucarest 2007. relient le nom de Galați, même s'il n'apparaît pas avant le , à la « racine celtique et indo-européenne [gall-] pour « étranger » (cf. Gaulois - définition, Gallois, Galates, Galatie, Galicie - définition, Galice - définition, - définition)En réalité, la racine [gall-] n'est pas celtique mais germanique et remonte au mot « walh » désignant les non-germains (celtes ou romans). » et en font une dérivation de Galates (nom grec des Gaulois, peuple celte), au motif que cette zone, habitée dans l'Antiquité par des Thraces septentrionaux (les Daces), a aussi vu passer des CeltesNeagu Djuvara : Cum s-a născut poporul român (Comment le peuple roumain s'est formé), Humanitas, Bucarest, 2001, , et (Collectif) encyclopédie Ellada, istoria kai politismos, tome 4, page 168, Éditions Pankosmia synchroni paidia, Malliaris, Athènes 1982 (en grec). Si les historiens antiques tels Hérodote mentionnent en effet des Celtes dans les Balkans et migrant vers l'Anatolie au pour y fonder la Galatie., les protochronistes roumains, pour leur part, font remonter le toponyme de Galaţi vers , arguant que c'est au contraire d'Anatolie vers les Alpes que les Proto-Celtes auraient alors migré, pour développer en Europe la culture de Hallstatt. Ils relient aussi le nom de Galaţi à la Table de Peutinger de 1265 (carte où, outre la Galatie au centre de l'Anatolie, figure aussi une Tanasie-Galatie au nord de la Mer Noire) et affirment que les Celtes de Galatie seraient le peuple évoqué dans la Bible dans l'Épître aux Galates .. Et selon eux, des études de généalogie avec des outils modernes de génétique moléculaire viendraient étayer leur thèse ..

Enfin, d'autres hypothèses font appel à des étymologies slaves ou coumanes (polovtsiennes). Selon l'une, les habitants de la Galicie, ukrainiens originaires des régions montagneuses de Carpates, auraient laissé leur nom à la ville au , lorsque la Principauté de Galicie-Volhynie étendit en Moldavie sa zone d'influence commerciale et politique. C'est la thèse qui a la faveur des milieux historiques russes et ukrainiens. Les Serbes, eux aussi, revendiquent galac comme origine du nom de la ville. Selon l'autre, le nom de la ville dériverait du couman galat, qui apparaît, également depuis le , dans d'autres toponymes des environs, par exemple Gălățui, lac dont le suffixe est couman (le suffixe ui signifie )Stelian Brezeanu, Toponimie și realități etnice la Dunărea de jos în secolul al X-lea, éd. All, Bucarest 1999..

Géographie Topographie Galați est situé dans le sud-est de la Roumanie. Ses coordonnées sont et sa superficie est de . La ville la plus proche est Brăila, au sud. Galați est construit sur trois terrasses géologiques. L'une se trouve sous le quartier « Valea Orașului », avec des altitudes comprises entre et . Les deux autres, en forme d'éventail, ont des élévations de (le site de la vieille ville, aujourd'hui le centre-ville) et (le site de la ville moderne) respectivement.

Hydrographie Galați se trouve dans la partie sud du plateau moldave sur la rive gauche (ouest) du Danube, à la jonction du Siret (ouest) et du Prut (à l'est), près du lac Brateș. Elle est à de la Mer Noire. Le Danube est considéré comme le « sang vital » qui irrigue Galaţi. Le Danube est le deuxième plus long fleuve d'Europe (), avec un débit moyen de dans le tronçon Galați. Après que la rivière Siret (le plus grand affluent du Danube en Roumanie) rejoigne le Danube, le débit est de . Après que le Prut ait rejoint le Danube, le débit devient . Les débits du Danube ont des variations saisonnières importantes. Les débits maximaux se produisent en mai; . Les débits minimaux se produisent pendant l'été ; .

Compte tenu de la profondeur et la largeur du Danube, Galaţi accueille des navires maritimes.. Le sous-sol de la ville est formé par un substratum hercynien, qui contorsionne le Danube et son affluent le Siret au sud; le lac Cătușa et les étangs Mălina s'étendant à l'ouest, le lac Brateș au nord-est et la rivière Prut à l'est. Cette grande confluence d'eaux a créé une zone inondable (au printemps, à la suite du dégel) faite d'alluvions, qui a cependant été bâtie (partie basse de la ville).

Bénéficiant de sa situation sur le cours du Danube maritime, avec ses chantiers navals et ses usines sidérurgiques et mécaniques, Galați est l'un des principaux centres industriels de Roumanie. La ville est proche des frontières de la Moldavie et de l'Ukraine. Les villes les plus voisines, situées à , sont deux autres ports danubiens: en amont et au sud-ouest Brăila, en aval et à l'est (en Ukraine) Reni (dont la moitié de la population reste roumanophone, l'autre moitié étant constituée de colons slaves).

Climat Selon la classification climatique de Köppen, Galați relève soit d'un climat continental humide d'été chaud (Dfa) si l'isotherme est utilisée, soit d'un climat subtropical humide (Cfa) si l'isotherme est utilisée. Galați connaît quatre saisons distinctes. Les étés sont très chauds avec des températures dépassant parfois tandis que les hivers sont froids et secs avec des températures nocturnes descendant parfois en dessous de . Les précipitations mensuelles moyennes varient d'environ 24 à en juin.

Histoire Origines anciennes thumb|Le camp romain (castrum) de Barbosi Le lieu a été habité depuis l'époque néolithique. Au nord-ouest de la ville, dans les marécages de Malina, des fragments de céramique de type Stoicani-Aldeni, des silex et des outils divers ont été trouvés. La ville s'est développée sur la base d'une antique position dace, existant vers le Une fois la période de guerre entre Romains et Daces, en 101-102 et 105-106 terminée, elle va connaître l'influence de la civilisation romaine, devenant probablement dépendante du camp romain (castrum) de Barboși. La nouvelle cité daco-romaine formée sur la rive du Danube, fut localisée au au sud de l'emplacement actuel de l'église Precista.

Période médiévale La localité a été habitée continuellement jusqu'au . Un groupe de 12 monnaies en argent éditées entre 613 et 685, a été trouvé dans une tombe byzantine, près de l'église Precista. D'autres monnaies datant de l'époque de l'empereur Michel IV (1034-1041) ont été également trouvées. Au , la ville fait partie des comptoirs génois et le nom mentionné est Caladda . Ces découvertes historiques prouvent que le site de Galati remonte à la période précédant la fondation de l'État moldave. Autour de 1445, un document signé par Étienne II de Moldavie mentionne Galaţi (c'est la première mention documentaire de la ville de Galaţi, qui à l'époque était une foire) qui est alors l'un des cinq ports moldaves: Galaţi, Reni, Chilia sur le Danube, et Cetatea Albă sur l'estuaire du Nistru. En 1484 les trois derniers furent conquis par l'Empire ottoman et Galaţi resta le seul port de la Moldavie, non seulement pour les échanges internes des principautés danubiennes, mais aussi pour les échanges entre la Turquie et la Pologne.

Époque moderne vignette|gauche|Famille juive de Galati, l'entre-deux-guerres En 1590, un cimetière est établi au nord de la ville pour la population juive de la cité, alors importante. La ville prospère et dès lors, attire les convoitises, notamment des Tatars, établis dans la contrée voisine du Bougeac, moldave jusqu'en 1484 mais ottomane depuis, et des diverses armées en campagne.vignette|droite|Ivan Mazepa.

Le héros populaire ukrainien Ivan Stepanovitch Mazepa, né en 1644 en Podolie et commandant en chef des armées Hetman en 1687, mourut en 1709 à Varna et fut inhumé en l'église Saint-Georges de Galaţi.., en lieu et place de Jérusalem où sa famille aurait voulu l'enterrer. Une inscription du avril 1664 montre un aigle avec une tête, indiquant le rang princier de Mazepa et ses liens avec la Pologne. Mais l'église Saint-Georges a été saccagée depuis, lors des nombreux raids de Tatars. Actuellement, deux quartiers de la ville, Mazepa 1 et Mazepa 2 portent le nom de ce commandant.

En 1710 encore, les Tatars vandalisent Galaţi après la bataille de Stănilești. Malgré ces temps difficiles, le commerce et la navigation se développent de telle sorte que la Russie établit, en 1775, le premier consulat local, la France et l'Angleterre organisent des vice-consulats en 1805. En 1850, les États-Unis ouvrent un vice-consulat, élevé au rang de consulat en 1858, par la décision du président américain James Buchanan de nommer un consul à Galaţi. Tout cela a été rendu possible par le traité d'Andrinople (1829), qui a ouvert les détroits des Dardanelles et du Bosphore à tous les navires marchands, libéralisant ainsi le commerce des céréales, des animaux vivants et du bois. En 1789, pendant la guerre austro-turque, Galaţi est complètement brûlée par le général russe Mikhaïl Kamenski..

gauche|vignette|Galatzi 1826 En 1821, Galați fut l'une des bases de la Filikí Etería, et c'est ici que se fit la jonction entre les révolutionnaires grecs d'Alexandre Ypsilanti et les pandoures moldaves et valaques de Preda Drugănescu, qui, ensemble, rejetèrent dans le Danube la petite garnison ottomane qui dut s'embarquer en catastrophe, et pillèrent les biens des marchands ottomans (pour la plupart Arméniens, Arvanites, Phanariotes, Romaniotes, Avdétis et Séfarades). La même année, les Turcs vengèrent l'affront en pillant à leur tour le port et la ville…