vignette|Homme brahmane officiant durant le défilé du Dieu Ganesh à Paris.Un brahmane ( ; en sanskrit : , « lié au sacré »Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, version DICO en ligne, entrée « brāhmaṇa », lire: . Consulté le .) est un membre d'une des quatre « castes » () définies par l'hindouisme, regroupant notamment les prêtres, les sacrificateurs, les professeurs et les hommes de loi (du moins, tous ceux qui ont fait vœu d'Ahimsâ). Le brahmane a pour devoir principal d'incarner le dharma, de le défendre, et de le faire respecter par les autres castes sacrées, afin de maintenir le bon ordre cosmique. La caste des brahmanes représente environ 6% de la population de l'Inde. et occupe la position suprême du système hiérarchique des castes du sous-continent indien.
La vie du brahmane se divise en quatre stades (ashrama). Lors de son enfance, il reçoit une initiation (upanayana) qui représente une deuxième naissance, il devient alors dvija, (cette seconde naissance concerne aussi, en théorie, le kshatriya et le vaishya).
Il n'y a jamais eu de tentation politique pour les brahmanesRalph Stehly, Les quatre classes. Néanmoins, en tant qu'hommes de lettres, et donc d'idéologues, les chefs « historiques » du communisme indien ainsi que les dirigeants socialistes sont, en grande majorité, des brahmanesGuy Deleury, Le modèle indou, éditions Kailash, page 278 « Si, en tant que jâti [caste], les brahmanes sont trop peu nombreux (...) face aux paysans que la démocratie a portés au pouvoir, en tant que penseurs et chefs des partis d'opposition, ils pourront à l'occasion se concilier une caste suffisamment nombreuse, ou une coalition de jâti, pour réussir à prendre, dans tel ou tel État, la direction du gouvernement. Ils y resteront tant que cette jâti ou cette coalition leur assureront un support. » Guy Deleury, Le modèle indou, éditions Kailash, page 279 ; en effet, selon la tradition hindoue, un brahmane doit thésauriser au minimum, et tout honnête homme doit donner un tiers de sa richesse au dharma, un second tiers étant pour la croissance de son bien et le dernier tiers pour ses plaisirs « bons et sains »La légende immémoriale du Dieu Shiva, Le Shiva-purâna, traduit du sanskrit, présenté et annoté par Tara Michaël, éditions Gallimard, page 118, 119 .
Plus généralement, un brahmane est un homme de lettres disposant de connaissances importantes sur le monde ; il peut ainsi être appelé Pandit, qui est le titre le plus glorieux que peut avoir un brahmane du fait de sa large connaissance philosophique, scientifique ou artistique.
Si les brahmanes constituent un , c'est-à-dire une catégorie socioreligieuse formalisée dans les grands textes hindous, ils ne forment néanmoins pas une (caste) unique. Les brahmanes sont ainsi divisés en de nombreuses communautés distinctes et endogames, constituées selon des spécificités rituelles, dogmatiques, historiques, géographiques, lignagères ou culturelles. On trouve notamment les brahmanes nambutiri au Kerala en Inde, dont les pratiques varient de celles des autres communautés brahmaniquesThe A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, page 140, .
Hypothèses historiques Selon Michel Angot :
Néanmoins, le pôle de l'orthodoxie brahmanique se situe, encore aujourd'hui, dans le Sud de l'Inde, où la brahmanité est beaucoup plus rigoureuse, dans le Tamil Nadu, par exemple, que dans les États du Nord de l'Inde. L'orthodoxie brahmanique de l'Inde méridionale va bien au-delà d'une observance scrupuleuse du végétarisme hindou et de connaissances de mantras, comme c'est le cas dans le Nord de l'Inde, mais va jusqu'à une discipline de vie où chaque acte doit être sacralisant et lié au Karma Yoga L'Inde. Un million de révoltes. V. S. Naipaul, éditions 10/18.
Époque védique Originellement, le brahmane est un officiant du sacrifice védique. Il surveille en silence le déroulement du sacrifice alors que l’udgātar est le chanteur et que l’adhvaryu est l'officiant manuel, tous trois représentants la pensée (silencieuse), la parole (chantée) et l'action (matérielle)Jean Haudry, La Triade pensée, parole, action, dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2009, p.69. Leur nom dérive du mot brahman « la parole ».
Upanishad Les Upanishad, le Rig-Veda (X, 125, 5), indiquent que le pouvoir de la Parole védique peut transformer n'importe qui en brahmane : un « brahmane » de naissance, qui est né dans une famille de brahmanes sans y conformer sa conduite, est ainsi appelé un brahmabandu, tandis qu'un « connaisseur de Brahman » est appelé un brahmavit (familiarisé avec le sens du Véda et qui y conforme sa conduite, issu ou non d'une famille de brahmanes)Yoga, immortalité et liberté, Mircea Eliade, éditions Payot..
La Chandogya Upanishad (IV, 4, 9) affirme à ce titre :
Ainsi, dans l'Antiquité, il existe deux façons de devenir brahmane, par hérédité à la suite d’une initiation, ou par adoption. Le brahmane pouvant conférer l’initiation brahmanique à un esprit qu'il jugeait apte.
Lois de Manu vignette|Brâhmane du Tamil Nadu (Sud de l'Inde) appartenant à la caste des Dikshitar, liée au culte de Natarâja (Shiva) à Sidambaram. Le brahmane est garant du bon ordre (dharma). Or l'épouse de Dharma personnifié est AhimsâMythes et dieux de l'Inde : le polythéisme hindou Alain Danélou, éd. Flammarion., la non-violence, qui est selon les Lois de Manu, le devoir premier de toutes les castes hindoues. Il appartient à la classe sacerdotale de se maintenir en tant que telle uniquement par la science sacrée :
Un brahmane, ne connaissant qu'une seule prière védique, mais qui s'évertue à la maîtrise de soi et à la purification intérieure, est supérieur à un brahmane connaissant tous les Véda mais qui n'est ni compatissant, ni végétarien, ni honnête. La pratique purificatrice, basée sur une science védique même ténue, est plus importante qu'un savoir védique complet mentalement appris mais qu'on est incapable d'incarner :
Hiérarchie au sein du corps des Brahmanes Par ordre d'importance dans le domaine du sacré, les Brahmanes incarnent différentes fonctions (séparées ou réunies), qui sont, de la moins à la plus prestigieuses pour les Hindous D'après एक और नीलांजना, de Vîrendra Kumar Jaïn, éditions Bharatiya Jnanpith, :
Poudjari/ministre du culte (dans un temple, etc.), astrologue« Le calendrier indien [...] est lunaire ; les jours et les mois sont groupés selon les phases de la lune. Mais l'année et la mousson exigent un calendrier solaire, fondé sur la position du soleil parmi les constellations du zodiaque. La position réelle n'est jamais perçue, puisque les étoiles sont invisibles quand le soleil brille. Il faut donc être en mesure de calculer les positions, et d'observer la course du soleil, de la lune et des planètes dans le ciel. (...) Les étoiles ne marquent pas seulement le début et la fin des saisons, mais passent pour déterminer la mousson et donc la récolte de l'année. [...] La personne qui avait les moyens intellectuels d'étudier l'astronomie – c'est-à-dire le prêtre – se consacrait tout naturellement à l'astrologie. (...) Derrière le personnage bien connu du brahmane lettré, connaisseur des rituels et des écritures, il ne faut jamais oublier sa fonction essentielle, au niveau du village, qui est d'être l'homme du calendrier. » Guy Deleury, Le modèle indou, éditions Kailash, page 230 et 231 ; Juge, ministre d'un chef d'État (d'un roi, etc.) ; Artiste (peintre, sculpteur, musicien, acteur, etc., mais ayant une éthique basée sur l'Ahimsâ et une connaissance védique) ; Pandit, savant (philosophe védique, grammairien du sanskrit, etc.) ; Kavi, poète (Rishi, etc.) ; Sannyaçin, ascète itinérant (fonction sacrée suprême réservée en théorie aux seuls brahmanes, et qui sont déjà grand-père : ce faisant, un sannyaçin est forcément un brahmane, mais un brahmane n'est pas forcément un sannyaçin, un pèlerin renonçant).
De manière générale, et jusqu'à une époque récente où l'analphabétisme était largement partagé en Inde, un brahmane était une figure honorifique du village, car il était avant tout un domestique du culte, mais lettré (et végétarien) ; l'hindouisme étant une tradition d'abord orale, les brahmanes furent en premier lieu les transmetteurs des connaissances védiques apprises par cœur en sanskrit (sans forcément en connaître le sens littéral), tout en véhiculant une « brahmanitude » consistant à s'affirmer en tant que connaisseurs des sciences sacrées et profanes, liés à des rituels et à une morale voulus immémoriaux, sans que cette brahmanitude soit organisée par une Église, mais plutôt de « bouche à oreille », car chapeautée par les corps d'ascètes itinérants eux-mêmes gardiens de l'interprétation du savoir védique et représentants vivants de l'ascèse qui attend le brahmane grand-père, lorsque celui-ci est prêt à renoncer à ses rituels de maître de maison pour se consacrer à l'errance mendiante et à la méditation yoguique, sommets de l'existence censés conduire au moksha, à l'union libératrice avec le Brahman Le modèle indou, Guy Deleury, éditions Kailash, 1993, .
Brahmanes et bouddhistes Entre le et le , le bouddhisme disparaît au nord de l'Inde, alors que se maintient la position des brahmanes. Selon Gerhard J. Bellinger, le bouddhisme serait disparu d'Inde du fait de l'enrichissement des monastères bouddhistes qui perdirent ainsi le message d'une vie de pauvreté du Bouddha et de la sorte virent la population indienne préférer soutenir le mode de vie des sadhu itinérants et des brahmanesEncyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger, La Pochothèque, page 85 : « Les moines [bouddhistes] deviendront trop riches, leur message perdra de sa cohérence »., ces derniers considérant Bouddha comme étant un Avatar du dieu Vishnou combattant les rituels sanglants.
Une querelle conceptuelle oppose les brahmanes et les bouddhistes :
Dans Hindouisme et bouddhisme, Ananda Coomaraswamy conteste cette opposition entre bouddhistes et brahmanes et entre doctrine du Soi des brahmanes et du non-Soi des bouddhistes, et écrit à ce propos :
Brahmanité et pauvreté
Si le statut de brâhmane est celui du « savant » cultivé dans les sciences sacrées, et par là même celui de l'homme le plus élevé dans la hiérarchie sociale selon l'hindouisme, il n'en reste pas moins que la population brahmanique est généralement pauvre : ne rien thésauriser pour son propre profit, vivre au jour le jour de dons, et en faire la charité avec le surplus, est l'idéal de vie brahmanique ; d'autant plus que c'est surtout le brâhmane qui est chargé, après la naissance de son petit-fils, de devenir sadhu, ascète (ou yogi) en pèlerinage permanent sans possession ou demeure aucuneMadeleine Biardeau, L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, éditions Flammarion..
L'aisance socio-économique, et le fait d'appartenir à une caste élevée, n'ont par conséquent aucun lien : vivre sans nul luxe et chichement est une caractéristique brahmanique, et on peut très bien être riche matériellement et extrêmement bas dans la hiérarchie sociale hindoue, du fait de pratiques impures et de l'absence de connaissance sacrée liée à l'hindouisme : tel était le cas des empereurs musulmans moghols, richissimes mais ne respectant ou ne cultivant aucune valeur brahmanique et, de ce fait, considérés (par les hindous) comme étant des Chandala (« mangeurs de chiens » ou hors caste)L'Inde, un milion de révoles, Naipaul..
Ainsi, l'ouvrage de J. Radhakrishna Brahmins of India révèle que tous les purohits (brahmanes officiants) vivent en dessous du seuil de pauvreté en Inde. L'étude de D. Narayana, Perception, poverty and health : a contribution, démontre que 53,9 % de la population de caste supérieure vit en dessous du seuil de pauvreté. Néanmoins, ils ne bénéficient d'aucune aide de l'État indien, dont la constitution oblige d'aider socialement les communautés indiennes répertoriées (dites « intouchables »), et non des individus selon leur pauvreté effective.
Brahmane et islam