La Panhard AML est une automitrailleuse légère (AML) fabriquée par la firme Panhard qui équipa l’armée de Terre et la Gendarmerie nationale française du début des années 1960 à la fin des années 1990. Elle est proposée en trois versions, une avec un mortier de et deux mitrailleuses de une avec un mortier de 60 et une seule mitrailleuse de 12,7 mm et une avec un canon de Mle F1 et une 7,5 mm. La France les a remplacées mais de nombreux pays africains en possèdent encore.

Engin de contre-insurrection

Au départ, un engin de contre-insurrection destiné à la guerre d'Algérie Pendant la guerre d'Algérie, l'armée française exprime un besoin pour un véhicule léger blindé destiné à la contre insurrection. A cet effet, elle dispose déjà de trois véhicules qui ne sont toutefois pas satisfaisants.

Le premier est l'automitrailleuse Ford M8 Greyhound, d'origine américaine, est dotée d'un canon M6 de calibre insuffisant et d'une mitrailleuse Browning HB M2 qui ne peut être servie que de l'extérieur du véhicule. En outre, c'est un matériel vieillissant pour lequel l'armée française manque peu à peu de pièces détachées.

Le second est l'Engin Blindé de Reconnaissance (EBR) de Panhard qui possède un armement puissant mais qui a été conçu pour un conflit en Europe. Fait pour la route, il est lourd et ne supporte pas les terrains difficiles. En outre, c'est un engin trop complexe mécaniquement.

Le troisième est l'automitrailleuse britannique Daimler Ferret qui est de conception récente. Elle est agile et souple mais son armement est trop léger, une mitrailleuse de calibre en tourelle.

En , la DEFA se retrouve devant un dilemme, soit commander plus de Daimler Ferret, voire la faire produire sous licence en France, soit faire développer un matériel propre par les industriels français. Une fiche programme est publiée le . Le véhicule doit peser , il doit avoir une autonomie de , un armement de deux mitrailleuses et un lance-grenades, il doit être aérotransportable et avoir une capacité amphibie. Renault, Simca, Berliet, AMX, Saviem et Panhard se montrent intéressés mais seuls les deux derniers donnent suite. Le projet Saviem est refusé fin 1957 mais il est conservé en cas d'échec du projet Panhard.

Le projet Panhard fait l'objet d'évaluation, sur des maquettes en bois pour commencer entre et début 1958, Panhard lance le prototype 242 avec un équipage de 3 Hommes, deux dans l'habitacle et un dans la tourelle. Le châssis lui-même est validé dès 1959 mais l'armée française désire l'inverse : une tourelle avec deux hommes d'équipage. Le projet de tourelle est donc confié dans un premier temps à Saint-Chamond, dans un deuxième temps à Fives-Lille qui conçoit la tourelle FL 13 qui est refusée et dans un troisième temps aux ateliers du Havre de la Compagnie normande de mécanique de précision (AHE/CNMP) qui emporte le marché. Cette dernière est chargée de concevoir deux types de tourelles, l'une avec un mortier de calibre et deux mitrailleuses AA52 de calibre , l'autre avec un mortier de et une mitrailleuse lourde américaine Browning M2 HB de . Parallèlement, une étude est menée sur l'armement principal. Le mortier de calibre MC avec chargement par la culasse est préféré au canon allemand MG 151 de et à la mitrailleuse Browning HB M2 de . Enfin, l'AHE/CNMP est chargée de développer une tourelle avec un canon de calibre , au départ destiné à un projet séparé AMX AML S420, l'Engin léger de combat (ALC) mais qui est monté en série sur le châssis de l'AML Panhard après des essais concluants.

Finalement, un engin qui s'exporte très bien thumb|left|AML-90 en Égypte La production est donc lancée dès le début de 1959 et s'achève à la fin des années 80 avec près de construits dont plus de pour l'armée française et à la gendarmerie, tous fabriqués sur la base du modèle initial sans modification. sont produits sous licence par l'Afrique du Sud sous le nom d'Eland Mk7/Eland 60/90.

Les premiers engins sont livrés en avril- au 2 régiment de Hussards. L'AML est déployée en Algérie au début de 1962 mais les opérations militaires ayant cessé, elle n'est pas utilisée au combat. La commande initiale est de mais le général de Gaulle décide de la ramener à 600 car il souhaite donner la priorité au programme nucléaire sur les programmes d'armements classiques. Pour compenser, Panhard se tourne alors vers l'exportation avec beaucoup de succès. Au modèle de base, s'ajoutent de multiples options dont des appareils de vision à infrarouge ou à intensificateur de lumière, une conduite de tir sophistiquée, l'air conditionné, un kit amphibie, un système de protection NBC, un groupe motopropulseur plus performant...

Au , outre les véhicules des unités d'outre-mer, et soit sont sur le territoire métropolitain français. et pour les unités de réservistes de la défense opérationnelle du territoire, pour la Force d'action rapide et 36 autres dans la .. La dernière opération extérieure de cet engin avec les forces françaises a lieu avec le étranger de cavalerie et le 503 RCC de Mourmelon en 1996 en République centrafricaine..

Le véhicule de transport de troupes M3 Panhard est une variante de l'AML-60 dont il utilise l'essentiel des composants. Conçu en 1969, il est produit à de 1971 à 1986 et vendu exclusivement à l'exportation.

Ce blindé est encore utilisé en 2020 dans plusieurs pays d'Afrique.

Blindé léger, rapide, agile et puissamment armé

Blindé léger et compact L'AML a des dimensions minimales qui lui assure une grande agilité et une vulnérabilité limitée. Large de , long de ( dans la version 90 avec canon vers l'avant), haut de , son empattement et son porte à faux minimum lui donne un gabarit très compact. Sa masse va de en fonction de son armement et de sa motorisation.

Equipage L'équipage est de trois membres :

Le chef d'engin qui se trouve à gauche dans la tourelle et qui commande le véhicule et l'emploi de son armement. Le chargeur-tireur qui se trouve à droite dans la tourelle à côté du chef d'engin et qui met en œuvre l'armement. Le conducteur dont le poste de conduite se situe au centre de la caisse. Il peut conduire avec la trappe ouverte avec le siège en position haute ou avec le siège en position basse et la trappe fermée. Il dispose alors de trois épiscopes.

Agilité Le groupe motopropulseur de l'AML est animé par un moteur quatre cylindres à plat à essence Panhard type 4HD à refroidissement par air de qui développe à soit . Il est situé dans un compartiment à l'arrière du véhicule accessible par deux trappes blindées. Il est conçu à partir de deux moteurs du véhicule civil Dyna pour limiter les délais et les frais de développement. Avec lui, l'AML est capable d'atteindre . Son autonomie est de avec un réservoir d'essence de et une consommation moyenne de aux . La boîte de vitesses comprend six vitesses avant et une marche arrière. Elle est composée de deux boîtes séparées, l'une pour les rapports courts, l'autre pour les rapports longs. Le mouvement aux sorties de la boite de vitesses de type mécanique, avec six rapports avant et une marche arrière, est dirigé sur les deux carters de renvois latéraux qui assurent la transmission aux roues arrière par pignons, et aux roues avant par l'intermédiaire d'arbres de transmission qui longent les parois latérales de la carcasse blindée. Ce dispositif permet de transférer la puissance aux roues qui ont encore de l'adhérence et de limiter au maximum le patinage. Les roues sont équipées de quatre pneus Michelin à structure radiale et dotés de boudins anti-crevaison. Les chambres à air sont des Hutchinson VP-PV remplies d'azote. La pression des pneus est contrôlée depuis l'intérieur par le conducteur pour franchir les zones boueuses ou sableuses.

L'AML a quatre roues indépendantes. Sa transmission intégrale permanente lui permet une grande stabilité. Sa suspension composée de ressorts hélicoïdaux et d'amortisseurs télescopiques monocorps contrôlent les bras tirés. Chaque roue est munie d'un frein Bendix à tambour de . La direction est classique à crémaillère. Comme le freinage, la direction n'est cependant pas assistée. La garde au sol de l'automitrailleuse est de afin de franchir des obstacles de . Elle peut gravir des pentes de 60% et passer dans des dévers de 30%, traverser des gués d' sans préparation. Elle peut franchir des tranchées de avec les rails de franchissement fixés sur le glacis avant et qui permettent de sortir le véhicule de l'ensablement.

Protection La caisse est autoporteuse et a une forme d'hexagone. Elle a un glacis avant plongeant en V sensiblement identique à celui de l'automitrailleuse EBR qui tient compte des enseignements tirés avec l'automitrailleuse AMD 78 de 1935 trop vulnérable aux tirs de face. Le blindage de la caisse est composé de de blindage, de sur le glacis et de ailleurs. Les points les moins protégés sont l'arrière et le plancher. L'arrière est toutefois couvert par des coffres à équipement très spacieux. Le plancher est composé de deux plaques en V ouvert pour faire déflexion du souffle des mines, un des défauts principaux de l'EBR. Son efficacité reste toutefois limitée aux mines antipersonnel, pas aux mines antichars ni au IED/EEI (Improvised Explosive Device - Engins explosif improvisés). Elle est globalement protégée des éclats d'obus, de grenade et des munitions légères d'infanterie de calibre .

Armement L'armement est le critère de distinction des modèles d'AML de l'armée française qui ont tous le même châssis.

L'AML HE 60-7 (Nomenclature usine : AML-245 B) vignette|AML-60-7 avec le porte-drapeau du 4 régiment de chasseurs lors du défilé du 14 juillet 1983 à Gap. L'armement principal de l'AML 60-7 est un mortier de se chargeant par la culasse, disposant de , associé à deux mitrailleuses AA 52 de ou ANF1 de OTAN approvisionnées à .

Le mortier d'origine est rapidement remplacé par le Brandt Mle CM60A1 toujours en service aujourd'hui (à l'étranger). Il peut être utilisé comme arme à tir direct (portée ) ou comme arme à tir courbe (portée ). Son angle d'élévation est de .

Ses munitions sont les suivantes : Obus M 61 explosif à une portée maximale de , Obus M 63 éclairant d'une puissance de pendant à , Obus M 72 explosif à , Obus anti blindé à charge creuse (tir direct) à , Obus à mitraille d'autodéfense à . Le tireur dispose d'une lunette monoculaire M1 3x12 et d'un périscope binoculaire APX M 112 de grossissement optique 5, de champ 230 millièmes, d'amplitude de pointage de , avec micromètre éclairé pour le tir de nuit.

L'AML HE 60-12 (Nomenclature usine : AML-245 A) La tourelle, l'armement principal et le mortier de restent identiques. Les deux mitrailleuses sont remplacées par une mitrailleuse lourde Browning M2 HB de .

L'AML HE 90 (Nomenclature usine : AML-245 C) vignette|Des AML-90 du de chasseurs lors du défilé du 14 juillet 1983 à Gap. Les plans d'une tourelle de sont achevés en 1959 mais la première tourelle n'est présentée qu'en 1960. Elle est équipée d'un canon de EFA D921 / CN 90 F1 à faible recul et à faible vitesse initiale et d'une mitrailleuse AA 52. Son angle élévation est de . Il dispose de 30 munitions de qui peuvent être de 2 types :

Obus HE (explosif) de de portée Obus HEAT (charge creuse) de de portée

Le tireur dispose d'une lunette de pointage monoculaire M 37 de grossissement 6. Il peut avoir aussi un viseur infrarouge M 262 couplé à un projecteur infrarouge PH-2-A

Entretien

Blindé léger à l'export Vu son efficacité, son agilité, sa puissance de feu, sa simplicité et son faible prix unitaire, l'AML est un succès à l'exportation. Des versions différentes sont proposées à l'export dont aucune ne sera adoptée par l'armée française qui restera sur les versions initiales.

Les versions proposées à l'export

AML H 90

Dotée d'une puissante tourelle de Hispano Suiza, elle peut être équipée en plus de deux missiles antichars SS 11 ou ENTAC.

AML Lynx 90