Régine Pernoud, née le à Château-Chinon (Ville) (Nièvre) et morte le à Paris, est une archiviste paléographe et historienne médiéviste française. Ses recherches ont entre autres permis de modifier la vision de la condition féminine au Moyen Âge.

Biographie

vignette|Acte de naissance. Régine Pernoud est née le à Château-Chinon. Elle est la quatrième d'une famille relativement modeste de six enfants. Son père était arpenteur-géomètre. Cependant, ses grands-parents maternels, Augustin Édouard Fournier et Claudine Berger, sont issus de l’ancienne bourgeoisie iséroise (longues lignées marchandes et notariales).

Elle passe les 19 premières années de sa vie à MarseilleCollectif, Femmes Célèbres je broderai vos noms, p. 176, rue Villa Paradis, dont elle reprit le nom comme titre de sa seule œuvre au ton biographique (1992), puis à Aix-en-Provence. Elevée dans un milieu catholique conservateur, elle fréquente l'école Notre-Dame de France..

Elle est la sœur de Georges Pernoud (rédacteur en chef de Paris Match) qui épouse l'auteur Laurence Pernoud. Elle est également la tante de Georges Pernoud, présentateur de Thalassa. Elle était également une amie d'Henri Matisse et de Georges Mathieu. Ce dernier apprécie, comme elle, l'art celtique.

Elle meurt à Paris le . Elle est inhumée au cimetière du Mesnil-Saint-Denis (Yvelines)Cimetières de France et d'ailleurs..

Études supérieures et carrière En 1929, Régine Pernoud obtient une licence lettres à l'université d'Aix-en-Provence, puis déménage à Paris où elle entre à l'École nationale des Chartes. Elle en sort en 1933 avec un diplôme d'archiviste paléographe. En 1935, elle soutient sa thèse de doctorat, en histoire médiévale en Sorbonne. Le thème de sa thèse, « Essai sur l’histoire du port de Marseille, des origines à la fin du » sera repris dans une publication subséquente (1949). Pendant les douze années suivantes, elle exerce divers métiers parallèlement à ses travaux d'historienne..

En effet, elle n’avait pas pu entrer dans l’enseignement supérieur, car avant la guerre de 1939-1945, il y avait très peu de postes disponibles et d’autre part, les femmes, à mérite égal, avaient à l'époque moins de chances d'être recrutées. Elle devait transformer ce handicap en chance, et atteindre un large public grâce à ses ouvrages de vulgarisation.

Elle publie son premier livre, Lumière du Moyen Âge, en 1944.

En 1947, elle est nommée conservatrice du musée des Beaux-Arts de Reims puis, en 1949, chargée du musée de l'Histoire de France aux Archives nationales.

La lecture des ouvrages de l'historienne inspire à Michel Debré, alors sénateur d'Indre-et-Loire, l'idée d'une fondation Jeanne-d'Arc. Le , il adresse une première lettre dans ce sens à Régine Pernoud, qui lui répond avec enthousiasme. En 1965, Roger Secrétain, maire d'Orléans, donne un accord de principe, tandis qu'André Malraux, ministre d'État chargé des Affaires culturelles, devient président d'honneur du Centre d'études johanniques. À terme, le Centre Jeanne-d'Arc est inauguré à Orléans le , avant d'être rattaché à la Maison Jeanne-d'Arc. Régine Pernoud dirige l'institution jusqu'en 1985.

Le collège privé de Paxton (Massachusetts) lui a décerné un doctorat Honoris Causa.

Recherches et écrits Les biographes de Régine Pernoud dressent un portrait assez convergent de l'œuvre de cette médiévisteBabelon, Jean-Pierre (2009). « Régine Pernoud, Château-Chinon, 17 juin 1909 – Paris, 22 avril 1998 » Archives de France Célébration nationale 2009. .. De leurs observations se dégagent trois traits importants : 1° archiviste-paléographe, Régine Pernoud appartient clairement à la classe des historiographes, qui tirent des sources la matière première de l'historien, des informations significatives sur l'enchaînement des causes et des effets à travers le temps. À propos de ce souci de rigueur, un de ses biographes retiendra que Régine Pernoud aimait à dire : . Ses publications sur Jeanne d'Arc, les croisades et Aliénor d'Aquitaine illustrent cet héritage méthodologique.

Régine Pernoud s'est illustrée par son travail de vulgarisation. Dans plusieurs de ses livres, elle s'adresse explicitement à un public plus large, qu'elle veut intéresser au Moyen Âge et dont elle veut aussi corriger la culture médiévale déficiente. À propos de ses objectifs plus pédagogiques, elle écrit : .

Mais c'est surtout par son caractère polémique que l'œuvre de Régine Pernoud va se démarquer ; ne voulant pas simplement rétablir les faits, elle a conscience de transmettre une information sur le Moyen Âge qui va à contre-sens des idées reçues :

Selon Philippe Contamine, la vision qui se dégage de Jeanne d'Arc dans les textes de Régine Pernoud demeure celle d'une personne De la sorte, Sa tendance à s’approprier l’héroïne éloignera longtemps les historiens de ce thème de recherche, jusqu’à ce que Colette Beaune rompe cette tradition en publiant, en 2004, une « Jeanne d’Arc » .

François Neveux en arrive aux mêmes conclusions :

Philippe Contamine lui rend hommage dans sa nécrologie, la qualifiant d'historienne observant qu'elle avait suscité, par ses conférences et ses écrits, des ., sans minimiser le fait qu'

Outre ses recherches et publications sur de grandes figures féminines du Moyen Âge, Régine Pernoud a étudié la condition féminine elle-même, et mis en lumière le rôle du christianisme dans l'émancipation des femmes, ainsi que la progression notable de l'influence des femmes dans tous les aspects de la vie politique et sociale. Seule historienne à faire des conférences sur les femmes à Notre-Dame, elle défend la thèse que ce sont les bourgeois de la Renaissance et de l'époque classique qui ont condamné la femme à rester à la maison et que celle-ci était beaucoup plus libre au Moyen Âge : cette évolution date selon elle du Concile de TrenteRégine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, 1977, .

Principales publications Essai sur l'histoire du port de Marseille des origines à la fin du , thèse pour le doctorat présentée à la Faculté des lettres de l'université de Paris, 1935. L'Unité française, Paris, PUF, 1944, coll. « Que sais-je ? » ; 2e édition, 1949 ; 3e édition sous le titre de La Formation de la France, 1966. Lumière du Moyen Âge. Paris, Grasset, 1944. Rééd., Paris, Grasset-Fasquelle, 1981. Livre de poche, 1983. Les Villes marchandes aux s, impérialisme et capitalisme au Moyen Âge, Paris, La Table ronde, 1948. Les Statuts municipaux de Marseille. Édition critique du texte latin du . Collection des Mémoires et documents historiques publiés sous les auspices de S.A.S le prince de Monaco, Paris-Monaco, 1949, Histoire du peuple français, T. I, « Des origines au Moyen Âge », Nouvelle Librairie de France, 1951. Vie et mort de Jeanne d’Arc, Paris, Hachette, 1953, ; éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1955 ; rééd. Marabout, 1982. Les grandes époques de l'art en Occident, Paris, Le Chêne, 1954. Sainte Jeanne d'Arc : Patronne de la France, illustrations de Roblanz, éditions Caritas, 1956; réédition : Apostolat des Editions-Editions Paulines, 1977 Les Gaulois, Paris, Le Seuil, coll. « Microcosme, Le Temps qui court », 1957 ; rééd. album, Paris, Le Seuil, 1979. Les Croisés, Paris, Hachette, 1959, ; rééd. Les Hommes de la croisade, Paris, Tallandier, 1979 ; puis Paris, Fayard-Tallandier, 1982. Un Chef d'État, Saint Louis de France, Gabalda et , 1960. Histoire de la bourgeoisie en France, T. I, « Des origines aux temps modernes ». T. II, « Les temps modernes », Paris, Le Seuil, 1960-1962 ; ; rééd. 1976-1977. Éd de poche, Paris, Le Seuil, 1981, coll. « Points-Histoire ». Les Croisades. Paris, Julliard, coll. « Il y a toujours un reporter », dirigée par Georges Pernoud, 1960, Croyants et incroyants d'aujourd'hui, Paris, Le Cerf, 1962. Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins, Paris, Le Seuil, 1962, ; rééd. Livre de Vie, 1975. Notre-Dame de Paris, Paris, La Documentation française, 1963. L'Histoire des rois mages : selon l'Évangile de saint Matthieu, Trianon, 1964. Aliénor d’Aquitaine, Paris, Albin Michel, 1965, Critique par A. R. dans Livres de France, revue littéraire mensuelle : Françoise Mallet-Joris, février 1966, . ; éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1983. Héloïse et Abélard, Paris, Albin Michel, 1970, ; éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1980. . La libération d’Orléans, Paris, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France », 1969, L'histoire racontée à mes neveux, illustré par René Follet, Paris, Stock, 1969. Jeanne devant les Cauchons, Paris, Le Seuil, 1970, Beauté du Moyen Âge, Paris, Gautier-Languereau, 1971. La Reine Blanche, Paris, Albin Michel, 1972, ; éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1984. Les Templiers, Paris, PUF, 1974 ; rééd. 1977. Éd. de poche, Paris, PUF, 1957, coll. « Que sais-je ? ». Pour en finir avec le Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 1977, ; rééd. poche, Paris, Le Seuil, 1979, coll. « Points-Histoire ». Les Hommes de la Croisade, Paris, Tallandier, 1977. La Femme au temps des cathédrales, Paris, Stock, 1980. Sources de l'art roman, avec Madeleine Pernoud, Berg international, 1980, Jeanne d'Arc (avec Madeleine Pernoud), Paris, Le Seuil, 1981. Christine de Pisan, Paris, Calmann-Lévy, 1982. Le Tour de France médiéval : l'histoire buissonnière, avec Georges Pernoud, Paris, Stock, 1983, La Plume et le parchemin, Paris, Denoël, 1983. Le Moyen Âge raconté à mes neveux, 1983, La Femme au temps des croisades, Paris, Stock, 1983, ; rééd., éd. de poche, Paris, Le Livre de poche, 1990. Jeanne et Thérèse, Paris, Le Seuil, 1984. Les Saints au Moyen Âge : la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Paris, Plon, 1984. Saint Louis et le crépuscule de la féodalité, Paris, A. Michel, coll. « L'Homme et l'Événement », 1985. Le Moyen Âge pour quoi faire ?, avec Raymond Delatouche et Jean Gimpel, Paris, Stock, 1986. Jeanne d'Arc, avec Marie-Véronique Clin, Paris, Fayard, 1986; réédition : collection « Pluriel », Hachette, 2011 Isambour : la reine captive, Paris, Stock, 1987. Richard Cœur de Lion, Paris, Fayard, 1988 ; réédition, Paris, Le Grand Livre du Mois, 1995. Jeanne d'Arc et la guerre de Cent ans, Paris, Denoël, 1990. La Vierge et les saints au Moyen Âge, Paris, C. de Bartillat, coll. « Esprits », 1991. La Spiritualité de Jeanne d'Arc, Mame, 1992. . Hildegarde de Bingen : conscience inspirée du , Paris, Le Grand livre du mois, 1994. J'ai nom Jeanne la Pucelle, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), 1994. Réhabilitation de Jeanne d'Arc, reconquête de la France, Paris, Rocher-J.-P. Bertrand, 1995. Les Templiers, chevaliers du Christ, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), 1995. Celui par qui la Gaule devint chrétienne, Paris, Gallimard jeunesse, 1996. Jardins de monastères, Arles, Actes Sud, 1996. Martin de Tours, Paris, Bayard-Centurion, 1996. Saint Jérôme : père de la Bible, avec Madeleine Pernoud, Paris, Le Rocher, 1996. Jeanne d'Arc, Napoléon : le paradoxe du biographe, Paris, Le Rocher, 1997. Histoire et lumière, Paris, Le Cerf, 1998. Visages de femmes au Moyen Âge, Zodiaque, 1998.

Distinctions Décorations

Officier de l'ordre national du mérite Elle a par ailleurs refusé d'être nommée commandeur des Arts et des Lettres, "suite à des démêlées avec la BNF".

Récompenses 1943 : prix Louis-Paul-Miller de l’Académie française pour l'ouvrage L’Amérique du Sud au . 1946 : prix Fémina-Vacaresco pour l'ouvrage Lumière du Moyen Âge. 1963 : prix Broquette-Gonin (littérature) de l’Académie française pour l'ensemble de son œuvre. 1977 : prix Marie-Eugène Simon-Henri-Martin de l’Académie française pour l'ouvrage Pour en finir avec le Moyen Âge. 1978 : grand prix de la Ville de Paris. 1981 : prix d’Académie de l’Académie française pour l'ensemble de son œuvre historique. 1997 : Grand Prix Gobert de l’Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie .

Émissions de télévision