Robert J. Godet est un éditeur et écrivain français né le à Paris et mort le à Bénarès (Inde). Il est le fondateur des éditions Robert J. Godet.

Biographie Jeunesse Robert Jacques Godet naît le à Paris. Il est le fils de Raymond Godet et de Stella Halperson. Son père est ingénieur des mines, prospecteur pétrolier et fondateur de la société de forage Forex ; sa mère est psychiatre.

Après sa naissance, ses parents s’installent en Roumanie où son père dirige une filiale de Pétrofina (Compagnie financière belge des pétroles). La famille s'installe ensuite à Bruxelles, où naît son frère cadet Gérard Godet (1924-2010). En 1926, la famille s'installe avenue Victor Hugo à Paris.

Robert J. Godet fréquente le lycée Janson-de-Sailly. Fin 1938, il obtient le baccalauréat. Son père, en poste à la direction de la Société franco-égyptienne créée par les frères Nobel., gère les installations de l’étang de Berre. Il envoie Robert au Texas se former sur les puits de pétrole. Celui-ci travaille ainsi comme ouvrier sur le terrain.

Il revient en France en . En mai, il part pour Aix-en-Provence. Après avoir songé à rejoindre le général de Gaulle à Londres, il décide de rentrer à Paris à l’automne.

Il entame des études de droit et intègre l'École libre des sciences politiques, où il se lie d’amitié avec Arnaud Desjardins qu'il introduira après-guerre dans les groupes Gurdjieff.

En 1941, recruté par Michel Hollard, il intègre le réseau AGIR. Cet hiver-là, il s’initie au judo : écrira-t-il dans Tout le judo..

Dans la Résistance avec sa jeune fiancée Elisabeth Fumière, dite Babette (Babette Bridault., qui travaille au quotidien Aujourd'hui, il fait la connaissance de l'écrivain Robert Desnos. Dans son roman Légende d'un dormeur éveillé (éditions Héloïse d'Ormesson, 2017), Gaëlle Nohant relate la naissance de leur amitié ainsi :

« Elle lui a présenté son mari, un gamin de vingt ans passionné de livres. Robert et Robert se sont entendus comme cochons, et la fréquentation de Robert l'ancien a poussé Robert le jeune à se lancer dans l'édition...»

En 1942, Robert J. Godet est entraîné rue des Colonels-Renard par ses amis Yahne Le Toumelin et le fiancé de cette dernière Jean-François Ricard (qui ne s’appelle pas encore Jean-François Revel), Frédérick Leboyer, Pierre Schaeffer dans l'appartement parisien de Georges Gurdjieff, où ils reçoivent les enseignements du « maître ».

En 1943, Robert J. Godet et Elisabeth Fumière se marient à la mairie du .

Années d'édition De 1941 à 1954, Robert J. Godet, éditeur puis écrivain, publie vingt-cinq ouvrages d’artistes, de poètes ou écrivains vivants [Cf. Maurice Imbert. Robert J. Godet éditeur. Histoires littéraires, n° 3, 2000.].

En , il crée les maisons d'éditions « Le Solitaire » et « Pour mes amis ».

Pour contourner la censure, le premier ouvrage publié est antidaté (1937), il s'agit de Madame Edwarda de Georges Bataille, sous le pseudonyme de Pierre Angélique, illustré par André Masson [erroné : l'édition originale de Madame Edwarda, fin 1941, est dénuée d'illustrations, qui n'interviendront que lors des rééditions, par Fautrier puis Bellmer ; la confusion doit avoir eu lieu avec l'édition originale d'Histoire de l'oeil, en 1928, illustrée effectivement par André Masson], que Robert J. Godet rencontre après guerre à New York, en 1945, et dont il va rester proche.

En 1942, Henri Parisot présente Henri Michaux à Robert J. Godet qui devient son éditeur et ami.

Parisot lui présente également Antonin Artaud et lui propose de publier un volume, augmenté par l’auteur, d’Un voyage au Pays des Tarahumaras, déjà paru dans la NRF en 1937.

Cette année-là, il ne publie qu'un ouvrage :

Variations sur un thème inconnu, du poète Eleanor.

En 1943, il crée une troisième maison d'édition à son nom : les éditions Robert J.Godet et dans la foulée publie sept ouvrages : La Sphère de sable, de Georges Hugnet, illustré de gravures originales de Jean Arp ; État de veille, de Robert Desnos, collection « Pour mes amis », illustré de dix gravures originales de Gaston-Louis Roux ; Filicornis, A memory Fancy, son premier écrit, dans la collection « Pour mes amis », sous le pseudonyme de Robs ; Le Feu au cul, de Georges Hugnet, illustré par Óscar Domínguez ; La Chèvre-feuille, de Georges Hugnet, illustré de six gravures originales de Pablo Picasso ; Le Grand Ordinaire, d’André Thirion, illustré par Óscar Domínguez ; Exorcismes, d'Henri Michaux, avec des dessins à l'encre de l'auteur, édition de luxe à sur vélin blanc, à ses dépens.

En 1944, quatre publications figurent au catalogue des éditions Robert J. Godet : Le Feu maniaque, de Gisèle Prassinos, un ouvrage antidaté préfacé et postfacé par André Breton, des textes choisis par Henri Parisot et dont la couverture est dessinée par l'auteure, en janvier ; Labyrinthes, d'Henri Michaux, avec quatorze dessins de l’auteur, en ; Contrée, de Robert Desnos, illustrés d'une eau-forte de Pablo Picasso, publié en , un mois avant la mort de l'ami déporté ; Ana, d'André Frédérique, dans sa nouvelle collection « Plaisir du Prince », dont ce sera l'unique publication, le . Le , Artaud lui a envoyé le Supplément au voyage au Pays des Tarahumaras. mais, bien que celui-ci se soit remis au travail, la guerre et l’internement de l’artiste ont retardé le projet de cette publication. L'amitié entre Godet et Artaud dure jusqu’à la mort de l'écrivain en 1948, alors que Godet s’apprêtait enfin à le publier.

En 1945, il publie trois ouvrages : Clément, de Maurice Toesca, illustré de de Ruud Verspyck ; Le Temps d'en finir, de Roger Lannes, illustré d'une lithographie de Pierre Roy ; Sous pente, de Robert Tudal, illustré d'une lithographie en huit couleurs de Geroges Braque.

En 1946, il ne publie qu'un ouvrage, et aucun en 1947 : Rescapée, de Claude Bernet, préfacé par Claude Morgan, en mars ;

En 1948, il publie :

Livre des morts des anciens égyptiens, d'Anton Prinner, dont l’intérêt pour l'Égypte avait poussé (dès 1934-1935) à inventer la « papyrogravure », un procédé économique avec des matrices en carton. Les Dix Étapes dans l'art de garder la vache, de Georges Gurdjieff, illustré de dix gravures de Ralf Gautel (autre pseudonyme de Robert J. Godet).

En , il lance l'unique numéro de la revue Pralaya, dont les collaborations plus ou moins volontaires (pastiches ou non) lui valent une brouille momentanée avec Henri Michaux qui n’apprécie guère cette liberté prise avec la littérature.

En 1949, il publie :

Signes d'Anton Prinner, un recueil dédié à monsieur et madame Batigne, ses futurs beaux-parents.

En 1950, il publie deux ouvrages : L'Âge d'or, de Robert J. Godet, illustré d'une eau-forte et d'une pointe sèche, Pour Robs, portrait de l'auteur par Pablo Picasso ; Lecture de huit lithographies de Zao Wou Ki, une commande de Robert J. Godet à Henri Michaux, avec une gouache et une suite de Zao Wou-Ki.

En 1951, il publie :

Le Manifeste mystique, de Salvador Dalí, rencontré à New York en 1945, et illustré par un dessin de Dalí. En 1954, il publie :

Suite de Marsac, de Rémy Duval, cent vingt exemplaires dont dix avec un dessin et quatre états en couleur d'une lithographie originale de l'auteur ; La Voie abrupte, illustré d'une lithographie originale du portrait de Marguerite par Cecil Michaelis, en .

Écrits et aventures En , Robert J. Godet est chargé par le Gouvernement provisoire de la République française d’une mission pour . Pour cela il passe par Londres où il rencontre Pierre Lazareff, alors directeur de l'American Broadcasting System In Europe, et Jacques Soustelle qui s’apprête à prendre la direction de la Direction générale des études et recherches (DGER) et lui enjoint de pousser le voyage jusqu’au Mexique. Ils vont rester complices jusqu’à la mort de Godet.

En , il est à Lima : un véritable choc, pour reprendre ses propres mots dans le Jardin des cinq saisons (1956, Julliard)

En , Robert J. Godet arrive à New York avec le projet d’une revue d’avant-garde, multiculturelle et multilingue, intitulée Elan. À New York, il devient proche d'Hélène Gordon-Lazareff qui, de retour en France, créera le magazine Elle, dans lequel elle publiera en feuilleton dans les , 450, 451, 452 et 453 en 1954, les récits de leur voyage en 2CV jusqu’aux portes de l’Himalaya, écrits par Marguerite Batigne, sa seconde épouse.

Quand l'île Clipperton, seul territoire français du Pacifique nord, est soudainement occupée par les États-Unis, Robert J. Godet part y planter le drapeau français. Le , à la suite d’une protestation officielle, Clipperton est rétrocédé à la France. Robert J. Godet effectue un séjour au Mexique où il rencontre Max Ernst et Victor Serge. Ce séjour le marque, il se dit fasciné par l’art maya, ses mythes et légendes, et retrouve Leonora Carrington.

De retour à Paris, il approfondit sa recherche des philosophies ésotériques et orientales. En 1947, au sein des groupes Gurdjieff, Robert J. Godet se rapproche de Louis Pauwels.

Fin 1947, il rencontre Alfred Smoular, ethnologue du Tibet et du Japon. Grand ami de Robert Desnos à qui il avait commandé la Cantate pour l’inauguration du musée de l’Homme (1936), résistant lui aussi interné à Auschwitz en . De retour de déportation, celui-ci vient d'épouser Marguerite Batigne (1927-1978), tout juste rentrée de New York où elle a passé les années de guerre avec ses parents. Quand Robert et Marguerite partent pour Venise, Alfred Smoular, devenu journaliste, décide de repartir en Asie ; ce qu'il fera en 1951 pour couvrir la guerre de Corée. gauche|vignette|Robert J. Godet en kimono, Paris, 1952.

En 1948, de plus en plus impliqué dans sa pratique du judo et ses recherches philosophiques, Robert J. Godet provoque une rencontre entre Szoun-Wou-Koungh, dit Sun, le sage vagabond d’origines kyachgares parlant cent langues, ayant mille noms — qui lui permirent d’échapper à tous les contrôles sous l’Occupation — et Georges Gurdjieff, mais ils n’ont rien à se dire… Serge Beucler, dans la revue Planète (été 1971) rapporte que les deux maîtres mystiques n’échangèrent aucun mot. fut la réponse obtenue par Robert J. Godet de Szoun..

Entre 1949 et fin 1951, Robert J. Godet se consacre principalement au judo — il fait alors un long séjour en Hollande où il se perfectionne auprès de , dit Opa, judoka néerlandais de grande renommée. L'année 1951 est dédiée à ses recherches philosophiques, à l’écriture, et enfin au bouddhisme tibétain auprès de Szoun. Ces années marquent un tournant dans sa vie.

En 1952, Robert J. Godet publie Tout le judo, histoire, technique, philosophie, anecdotes aux éditions Amiot-Dumont.

Désireux d'aller aux sources de l’inspiration de la philosophie hindoue, il prépare son premier voyage vers l’Asie qui le mènera jusqu’aux portes de l’Himalaya. Un projet nécessitant une longue et méticuleuse préparation. Il étudie alors le souffisme.

Le , Robert J. Godet et Marguerite Batigne quittent Paris pour quelque au volant de « Pegasette » leur 2 CV bourrée de pièces de rechange. Un voyage d’une durée de huit mois en direction de Gangtok, au Sikkim. Pierre de Grèce, rencontré en Afghanistan, les y attend à Tashiding, sa demeure de Kalimpong (Inde). Celui-ci parle couramment tibétain et leur ouvre les portes du Sikkim. L'amitié entre les deux hommes agit comme un véritable déclencheur sur Robert J. Godet ; désormais son engagement auprès du peuple tibétain sera sans faille.