Les arts martiaux chinois, popularisés sous le nom de kung-fu, également désignés par les termes mandarins wǔshù (武术), guóshù (国术) ou quánfǎ (拳法) et parfois désignés sous le terme de boxes chinoises, sont constitués de centaines de styles différents de combat à main nue ou armée, qui ont été développés en Chine au fil des siècles.
Différentes terminologies Kung-fu
Kung-fu est en Occident le nom généralement donné aux arts martiaux chinois externes comme internes, bien que l'on utilise rarement ce terme pour désigner le tai-chi-chuan.
Ce terme, transcription de 功夫 (gung1fu1 en jyutping cantonais, gōngfu en mandarin ) a été introduit en Europe dans les années 1970 pour désigner les films chinois d'arts martiaux. C'est la lecture cantonaise de ce mot, Hong Kong ayant été la source majeure de films chinois dans ces années-là. Les termes « kung 功 » et « fu 夫 » traduits littéralement et séparément ont une tout autre signification que « arts martiaux » chinois : Kung désigne la « maîtrise », le « perfectionnement », la « possession d'un métier » ou une action en laquelle beaucoup de temps a été consacré. Le terme est à rapprocher d'un point de vue sémantique de la notion d'artisan tel qu'il était usité en Europe au : personne de métier qui par un apprentissage auprès d'un maître acquérait cultures, techniques et savoir-faire. Fu désigne les techniques en tant que contenu, soit l'énergie qui a été investie dans l'acquisition des techniques les plus efficaces pour une possibilité accrue de fluidité.
On peut ainsi dire de quelqu'un qu'il possède le kung fu en gastronomie, le kung fu en peinture, le kung fu en musique ou le kung fu en informatique.
Boxes chinoises Les arts martiaux chinois sont parfois désignés en Occident par « boxes chinoises » en raison d'une analogie des styles externes avec les boxes pratiquées en Occident. Ce terme a ainsi été repris pour désigner les initiateurs de la révolte des Boxers (1899-1901).
En Chine, les termes 拳法 (pinyin: quánfǎ, « boxe ») ou 拳 (quán, « poing, style de boxe ») sont utilisés pour désigner de nombreux styles des arts martiaux chinois.
Wushu
Dans la langue française ou anglaise, le terme « wushu » désigne généralement un sport de compétition créé par la république populaire de Chine après 1949 : le wushu moderne.
Mais en Chine, ce terme wǔshù (trad.: 武術, simpl.: 武术) correspond à l'expression française « art martial » sans autre connotation. Ce terme d'origine inclut donc des styles d'arts martiaux chinois du nord jusqu'au sud de la Chine (shaolin, wing chun, etc.) et il est plus ou moins synonyme du « kung-fu » français.
L'examen des caractères qui le composent montre que ce terme a ce sens plus général :
武 (wǔ) : ce sinogramme ancien (idéogramme) représente le radical 'stopper' sous une « hallebarde ». L'idée est celle de l'arme du gardien, l'idéogramme a le sens d'un talisman protecteur à l'entrée de la « maison ». Il empêche voleur et démon de pénétrer et de porter atteinte aux biens ou à l'intégrité physique des habitants (agression, maladie). L'idéogramme a pris un sens plus général, il désigne ce qui a trait à la guerre, au combat. L'adjectif français « martial » est une traduction tout à fait appropriée. 術 ou 术 (shù) : les moyens nécessaires relèvent de l'idéogramme shu, les savoir-faire, les connaissances multiples (médecine, art du combat, art de la guerre, techniques des armes, diplomatie, etc.). Ici, le terme « art » est à comprendre au sens ancien : celui, l'artisan, qui par un apprentissage long et rigoureux possède un métier.
Dans les langues chinoises, plusieurs termes autres que wǔshù désignent les arts martiaux de Chine : notamment 中国功夫 (pinyin: zhōngguó gōngfū) pour désigner les arts martiaux nationaux.
Histoire et légendes
L’origine des arts martiaux est attribuée à des nécessités d'auto-défense, des activités de chasse et à la formation militaire dans l'ancienne Chine. Le combat au corps à corps et la pratique des armes ont été importants dans la formation des soldats chinois. Les arts martiaux chinois intégrèrent à leur pratique différentes philosophies et notions, s'élargissant, au-delà de la seule auto-défense, à l'entretien physique pour finalement devenir une méthode d’éducation personnelle. L'influence des idéaux martiaux dans la société civile se propagea ultérieurement dans la poésie, la fiction littéraire, puis à notre époque dans les films.
Selon la légende, le mythique Empereur Jaune aurait présenté les premiers systèmes de lutte chinoisBonnefoy, Yves (1993-05-15). Asian Mythologies. trans. Wendy Doniger. University Of Chicago Press. pp. 246. .. Célèbre général avant de devenir empereur de Chine, il aurait écrit de longs traités sur la médecine, l'astrologie et les arts martiaux.
Le shǒubó (手搏, attesté au moins dès le ), et le xiang bo (similaire au sanda) dans les années 600 Gewu, Kang (1995). Spring Autumn: The Spring and Autumn of Chinese Martial, Arts—5000 Years. Plum Publishing., ne sont que deux exemples d'anciens arts martiaux chinois. En 509 , Confucius aurait suggéré au duc Ding de Lu que les gens devraient pratiquer les arts littéraires autant que les arts martiaux : ainsi les arts martiaux commencèrent à être pratiqués par des citoyens ordinaires, et plus seulement par des militaires et des sectes religieuses. Un système de lutte appelé juélì ou jiǎolì (角力) est mentionné dans le Classique des rites (Li King)Classique des rites, chap. 6, ligne 108 au Ce système de combat inclut notamment des techniques de frappe, de projection, de manipulation articulaire, et des attaques des points vitaux. Le jiao di est devenu un sport durant la dynastie Qin (221-207 ). Le Livre des Han (206-8 av. J.-C.) mentionne que pendant la dynastie Han (206 av - 8 CE) existait une distinction entre un combat sans arme intitulé shǒubó (手 搏), pour lequel des guides d’apprentissage avaient déjà été écrits, et la lutte sportive, alors connue comme juélì ou jiǎolì (角力). "Six Chapitres de Combat à main nue" étaient mentionnés à la même époque dans le Han Shu I Wen Chih (Livre Han des arts), mais ces chapitres furent perdus au cours des siècles suivantsSelon Draeger et Smith. Cité par Robert W. Young, « Shaolin Temple », in Black Belt, sept. 2001, p.88.
La lutte est également documentée dans les Mémoires du Grand Historien de Sima Qian (env. 100 )Henning, Stanley E. (Fall 1999), « Academia Encounters the Chinese Martial arts », China Review International 6 (2): p. 319–332. .
Une théorie de combat à main nue, incluant la présentation des notions de « techniques dures » et « douces » serait exposée dans l'histoire de « la jeune fille de Yue », dans les Annales des Printemps et des Automnes de l’État de Lu ().
Sous la dynastie des Tang, des descriptions de danses d'épée ont été immortalisées dans les poèmes de Li Bai. Sous les dynasties Song et Yuan, des compétitions de xiangpu (un prédécesseur du sumo) étaient parrainées par les cours impériales. Les concepts modernes d’arts martiaux ont été entièrement développés par les dynasties des Ming et des Qing.
Les concepts associés aux arts martiaux chinois ont changé avec l'évolution de la société chinoise et ont acquis au fil du temps une base philosophique. Des passages dans le Tchouang-tseu, un texte taoïste, ont trait à la psychologie et la pratique des arts martiaux. Tchouang-tseu, son auteur éponyme, a sans doute vécu au Le Tao Te Ching, souvent attribué à Lao Tseu, est un autre texte taoïste qui contient des principes applicables aux arts martiaux. Selon l'un des textes classiques du confucianisme, Zhou Li (周礼), le tir à l'arc et la conduite des chars faisaient partie des « six arts » (六艺, liu yi) de la dynastie Zhou (1122-256 ), avec les rites, la musique, la calligraphie et les mathématiques. L’Art de la guerre, écrit au par Sun Tzu, traite de la guerre militaire, mais contient des idées reprises dans les arts martiaux chinois.
Shaolin
Le style Shaolin quan est généralement considéré comme le premier art martial institutionnalisé. Selon la légende, Boddhidarma aurait enseigné cet art martial au aux moines du temple Shaolin, pour les aider à se défendre des animaux et des brigands qui rôdaient autour du monastère. Toutefois, la plus ancienne preuve d’une participation de moines Shaolin à des combats est une stèle datant de 728 qui atteste une défense du monastère contre des bandits vers 610, et le rôle ultérieur dans la défaite de Wang Shichong à la bataille de Hulao en 621. Aucun document ne permet d’attester de la participation Shaolin dans des combats entre le . Néanmoins, entre le , apparaissent une quarantaine de sources qui attestent non seulement de la pratique d’arts martiaux par les moines de Shaolin, mais également que cette pratique est devenue une partie intégrante de la vie monacale que les moines justifient par la création de nouvelles légendes bouddhiquesMeir Shahar, 2000, « Epigraphy, Buddhist Historiography, and Fighting Monks: The Case of The Shaolin Monastery », Asia Major Third Series 13 (2): 15–36.. Des références à la pratique des arts martiaux à Shaolin apparaissent dans différents genres littéraires de la fin des Ming ; épitaphes de moines guerriers de Shaolin, manuels d'arts martiaux, encyclopédies militaires, écrits historiques, récits de voyages ou de fiction et poésie. Toutefois, ces sources ne font pas apparaître un style martial spécifiquement originaire de ShaolinShahar, Meir (December 2001). "Ming-Period Evidence of Shaolin Martial Practice". Harvard Journal of Asiatic Studies 61 (2): 359–413. doi:10.2307/3558572. ISSN 0073-0548.. De même, ces sources, contrairement à celles de l'époque Tang, se référent seulement à des méthodes Shaolin de combat armé (plutôt qu’à main nue), dont l’arme qui a rendu célèbre les moines Shaolin : le bâton (gun). Le général Ming Qi Jiguang inclut la description du kung-fu Shaolin et les techniques du bâton dans le livre « » (). Cet ouvrage eut ultérieurement une grande influence sur le développement des arts martiaux dans d’autres régions asiatiques, comme l’île d'OkinawaKansuke, Yamamoto (1994). Heihō Okugisho : The Secret of High Strategy. W.M. Hawley. et la CoréeKim, Sang H. (January 2001). Muyedobotongji: The Comprehensive Illustrated Manual of Martial Arts of Ancient Korea. Turtle Press. ..
Histoire moderne
L’approche actuelle des arts martiaux chinois est fortement influencée par les événements de la période républicaine (1912-1949). Durant la période de la chute de la dynastie Qing, l'invasion japonaise et la guerre civile chinoise, les arts martiaux chinois sont devenus plus accessibles au grand public alors que de nombreux artistes martiaux ont été encouragés à enseigner ouvertement leur art. À cette époque, ces arts étaient considérés comme un moyen de promouvoir la fierté patriotique et de renforcer la nation. Par conséquent, de nombreux manuels de formation ont été publiés, une académie de formation a été créée, deux examens nationaux ont été organisés, des groupes de démonstration ont voyagé à l’étranger, et de nombreuses associations d'arts martiaux se sont formées dans toute la Chine et dans les diverses communautés chinoises d'outre-merBrian Kennedy & Elizabeth Guo (2005-11-11).Chinese Martial Arts Training Manuals: A Historical Survey, North Atlantic Books. . L’ (), créée par le gouvernement national en 1928 et l'Association Jing Wu (精武会体育), fondée en 1910, sont des exemples d'organisations qui favorisent une approche systématique dans l’enseignement des arts martiaux. Une série de compétitions provinciales et nationales ont été organisées par le gouvernement républicain à partir de 1932, pour promouvoir les arts martiaux. En 1936, lors des Jeux olympiques à Berlin, un groupe de pratiquants a démontré ces arts à un auditoire international pour la première fois, orientant peut-être la conception populaire des arts martiaux en tant que sport.