La congrégation de Saint-Pierre est une société bretonne d'ecclésiastiques et de laïcs ayant eu une existence éphémère de six années dans la première moitié du ; ses membres se consacraient à l'étude de la théologie et de la philosophie. Elle a constitué un foyer de rencontre pour un grand nombre d'intellectuels autour de la question de l'évolution de la croyance face aux changements sociaux, non seulement dans le cas du christianisme mais aussi dans celui des autres religions. N'ayant pas obtenu la reconnaissance pontificale, la congrégation de Saint-Pierre est dissoute en 1834 par l'encyclique Singulari Nos.
Les idées développées durant ces années de travail collaboratif, parfois résumées par la formule d'école de pensée mennaisienne, ont contribué aux débats relatifs à la qualité de la formation des clercs, à la question du sens commun, à la prise en compte du sort des ouvriers, et à la place des traditions dans les changements brusques provoqués par la révolution industrielle.
Les étapes de fondation de la congrégation
La congrégation des prêtres de Saint-Méen (1825-1828) vignette|upright=0.8|Claude-Louis de Lesquen, évêque de Rennes de 1825 à 1841. alt=Bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Méen le Grand réemployés en séminaire|vignette|Bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Méen le Grand réemployés en séminaire La congrégation démarre de façon locale, dans le diocèse de Rennes. Il s'agit dans un premier temps, de la formalisation de deux collectifs de prêtres qui dirigeaient les missions diocésaines et le petit séminaire.
Le premier collectif, appelé les missionnaires de Rennes, a été fondé en , à l'initiative de l'évêque de Rennes, Charles Mannay et de plusieurs prêtresParmi les membres fondateurs on trouve : l’abbé Pierre Louis François Coëdro (supérieur des missionnaires et curé de Montauban-de-Bretagne), l’abbé Jean-François Corvaisier (curé de Tinténiac), l’abbé Beaulieu (curé de Saint-Sulpice à Fougères), l’abbé Hoguet (chanoine honoraire), (récemment ordonné prêtre depuis le ) puis l’abbé Hérisson (curé de Saint-Hilaire-des-Landes) qui rejoint le groupe en 1825.. Ce collectif regroupe des prêtres et des curés, qui réalisent des missions d'évangélisation, mais il n’y a pas de liens formels entre les membres, ils exercent leurs fonctions sacerdotales librement. Les missionnaires résident dans une partie de la maison et la chapelle des carmes déchaux, rue de Fougères à Rennes.
La question de la qualité d'accueil des prêtres en formation se pose, car les bâtiments du petit séminaire de Rennes sont devenus vétustes. En 1822, l'évêque de Rennes engage le déménagement du petit séminaire à Saint-Méen-le-Grand, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye du même nom. Il nomme comme supérieur de l'établissement Tanguy Debreuil, qui est alors prêtre et principal du collège de Fougères. À la suite de problèmes financiers, face aux difficultés de recrutement des enseignants, l’abbé Jean-Baptiste Bouteloup, économe de la maison, lui conseille de chercher des collègues qui acceptent de travailler sans rétribution. Ils sont quatre à accepter, le travail n'est pas rémunéré, mais l’école se charge de leur entretien. Cependant, les conditions matérielles restent difficiles. Progressivement, le projet de devenir une association religieuse se fait sentir comme une nécessité, afin de renforcer le poids de l'établissement de formation des prêtres.
En 1825, l’abbé Tanguy Debreil rencontre Jean-Marie de la Mennais pour discuter de ces questions. Jean-Marie de la Mennais est alors vicaire général du diocèse et supérieur général des Frères de l'instruction chrétienne, de plus il connait bien le nouvel évêque de Rennes, Claude-Louis de Lesquen, ce qui fait de lui un interlocuteur privilégié, qui appuie leur projet de se constituer en association religieuse.
L’évêque accepte la création de la congrégation et demande à Jean-Marie de la Mennais de la diriger en tant que supérieur général, il est également chargé d'écrire les statuts, ainsi que les règles. Les prêtres associés à la création de cette congrégation sont : Joseph Tanguy Debreuil, Jean-Baptiste Bouteloup, Alexandre-Victoire-Fidèle Nogues. De plus, l’évêque de Rennes demande que les missionnaires fassent partie de l'ensemble ainsi formé, qui prend le nom de Congrégation des prêtres de Saint-MéenLes membres de la congrégation doivent faire le vœu d'obéissance uniquement. En cela, la congrégation se distingue des grands ordres religieux dans lesquels il y a trois vœux : pauvreté, chasteté et obéissance.. est nommé premier assistant et supérieur des missionnaires, Tanguy Dubreil est nommé deuxième assistant et supérieur du petit séminaire de Saint-Méen, Jean-Baptiste Bouteloup conserve son poste d’économe.
Lors des retraites de 1825 et 1827, Jean-Marie de la Mennais ouvre des perspectives de travail qui se reflèteront dans les orientations de la congrégation de Saint-Pierre quelques années plus tard. Il énonce des idées novatrices, lorsqu'il explique que le but de la congrégation est de servir l’Église , il insiste aussi sur la nécessité d’institutions .
L'institut a un fonctionnement centralisé, tout à fait semblable à celui des autres congrégations du : une très grande importance accordée à l’autorité du supérieur général qui est responsable jusque dans le détail de l’ensemble de la vie quotidienne des religieux qui lui sont confiés. La congrégation est composée de prêtres, mais aussi de frères qui ont un rôle d’assistance dans l’administration de la congrégation.
La nouvelle de la fondation de la Congrégation des prêtres de Saint-Méen est vite connue dans le diocèse de Rennes. Plusieurs membres du clergé se présentent au noviciat. En 1826, ils sont quinze membres : huit missionnaires et sept prêtres. L'abbé Tanguy Dubreil, est chargé par l'évêque de Rennes de la cure pour la paroisse de Saint-Méen, en plus de la direction du petit séminaire.
L'impulsion donnée par Félicité de la Mennais et Philippe Gerbet Durant ces années, le milieu intellectuel parisien est propice aux réflexions sur ces questions, à l'échelle de la France. Ainsi, le parcours personnel et intellectuel de Félicité de la Mennais, frère de Jean-Marie de la Mennais, va donner de l'envergure à la congrégation naissante, notamment grâce aux relations qu'il noue à Paris.
Son premier séjour parisien se déroule en 1806, alors qu'il a 22 ans. Durant ce temps, il assiste à des cours au Collège de France et à des conférences de Denis Frayssinous tandis que Jean-Marie de la Mennais assiste à des conférences au séminaire de Saint-Sulpice . Après le séjour parisien, les deux frères, assignés au repos pour des raisons médicales, entament une période d’études et d’écrits à la Chênaie, résidence familiale située dans les Côtes-du-NordLa Chenaie est une malouinière, maison appartenant à la famille Robert de la Mennais, dans la paroisse de Plesder, à côté de Saint-Pierre de Plesguen.. Il y restent pendant un an et demi, rassemblant ainsi une grande quantité d'ouvrages et d'écrits. Le centre de leurs réflexions porte sur la manière dont les institutions religieuses pourraient s'adapter aux besoins du temps, comment améliorer la formation du clergé, renouveler les études, permettre que l'accès à l'éducation ne soit pas limité par l’arbitraire de la fortune. Le séminaire de Saint-Sulpice est considéré par les deux frères comme un modèle de lieu d’étude des sciences ecclésiastiques. De même, les jésuites sont considérés comme une organisation efficace, qu'ils présentent comme un modèle.
Cette réflexion prend la forme d'un ouvrage, intitulé Essai sur l'indifférence en matière de religion, publié par Félicité en plusieurs volumes entre 1817 et 1823. Le livre fait la renommée de son auteur. Ses séjours parisiens sont alors remarqués et de nombreux intellectuels souhaitent le rencontrer, il développe ainsi un réseau relationnel important.
La rencontre avec Philippe Gerbet constitue une étape décisive. Il fait sa connaissance par le biais d'Antoine de Salinis, un ami commun aux deux frères, rencontré à Saint-SulpiceFélicité Robert de la Mennais a d'abord utilisé son nom pour signer, puis après les encycliques, il signera abbé de Lamennais ou bien Félicité Lamennais, abandonnant ainsi son titre de noblesse. L'ouvrage Biographies des hommes du jour de G. Sarrut et B. Saint-Edme publié en 1836 parle de , abbé de Lamennais. . Antoine de Salinis et Philippe Gerbet, ordonnés prêtres en 1822, sont alors aumôniers au lycée Henri-IV. Dans ce cadre, ils organisent des réunions au cours desquelles les participants discutent et font la critique de livres nouveaux, de sciences, d'histoire, de philosophie, de littérature, avec comme objet principal, la défense de la religion. C'est un groupe de jeunes étudiants croyants, qui constitue une forme d'élite intellectuelle et à laquelle Félicité est associée, il leur rend visite lors de ses séjours parisiens. Il fait alors des allers et retours réguliers entre la Chênaie, son lieu de travail où il compose ses écrits et Paris où il se rend surtout pour régler des affaires en lien avec la vente de ses livres en librairie, ainsi que pour rendre visite à ses collaborateurs. C'est au cours de ces rencontres que Félicité leur expose ses projets d'avenir, à savoir : la création d'une société (communauté) d'ecclésiastiques qui aurait pour vocation d'étudier et d'écrire, pour répondre aux besoins d'adapter les textes à la société actuelle. L'abbé Gerbet, très motivé par le projet de l'abbé de la Mennais, quitte son poste d'aumônier et l'accompagne à la Chênaie, dans la perspective de mettre en œuvre ce projet. Ils arrivent à la Chênaie en , après être passés par Versailles, l'Orne et Rennes.
Une communauté d’ecclésiastiques à la Chénaie (1825) Félicité de La Mennais et Philippe Gerbet ont tous les deux un réseau relationnel important dans la capitale lorsqu'ils arrivent à la Chénaie. Le rattachement à la congrégation des prêtres de Saint-Méen n'est pas immédiat. Pour démarrer ils cherchent à regrouper les personnes qui peuvent se livrer à l'étude, la composition et rédaction d'ouvrages, afin de les vendre et de dégager ainsi un revenu permettant d'accroître le groupe de travail et ses moyens.
Ils entament d'abord une recherche de dons en leur nom propre, mais sans mentionner de but explicite pour éviter la censure. Dans les écrits parlant de cette démarche et notamment dans la lettre adressée par l'abbé Gerbet, on relève des formules évasives : . Le mot congrégation n'est pas employé. C'est pourquoi, dans sa thèse, André Dargis émet l'hypothèse que le projet initial est une forme de communauté sans vœux qui accueillerait indifféremment laïcs et ecclésiastiques, pour étudier, en ayant pour point commun la défense de la religion, avec l'idée de maintenir une certaine liberté, compatible avec les exigences de la vie en commun et la coordination des travaux individuels.
Félicité, par sa recherche de fonds a laissé des témoignages épistolaires de la description de ce projet. Il a l'ambition de fonder un ordre religieux moderne. Il écrit également au pape pour lui communiquer son projet auquel il obtient une réponse positive et encourageante.
Cependant la recherche de fonds s'avère difficile et infructueuse. Pourtant, le besoin d'agir se fait pressant : en , le roi signe deux ordonnances afin de fermer les collèges de jésuites. L'abbé Gerbet, par son intégration dans le réseau parisien, en tant que journaliste au Mémorial catholique et en tant qu'ancien aumônier du lycée Henri IV, est bien au courant de cela et en informe en détail Félicité de la Mennais. Ces troubles politiques préoccupent ce dernier qui y voit la nécessité d'agir promptement.
Félicité passe donc par-dessus l'hésitation qui le faisait refuser de participer à une congrégation et en accepte le principe. Il continue à accueillir à la Chênaie les jeunes aspirants – clercs ou laïcs – qui postulent à entrer dans la nouvelle congrégation.