L'Avenir est un journal quotidien français publié à partir du . Il s'agit d'un journal d'opinion, sous titré : journal politique, scientifique et littéraire, avec pour épigraphe . Ce journal défend les idéaux du catholicisme libéral. Les écrits du journal ont été condamnés par l'encyclique Mirari Vos. La publication est suspendue par les auteurs le . Le journal cesse définitivement de paraître, après cette date.

La création du journal L'Avenir nait dans un contexte révolutionnaire très anticlérical, celui des Trois Glorieuses auxquelles succéde un régime bourgeois, la monarchie de Juillet. Ce contexte voit le peuple et la bourgeoisie s'opposer aux symboles monarchiques de la Restauration rappelant l'Ancien Régime, ainsi qu'à une Église catholique romaine de France légitimiste, gallicane et réactionnaire, majoritairement attachée à l'union du trône et de l'autel.

Les rédacteurs de l'Avenir, à travers la devise qu'ils adoptent, « Dieu et la liberté ! », veulent réconcilier les aspirations libérales et démocratiques du peuple et de la bourgeoisie avec un catholicisme romantique et ultramontain : prônant la séparation de l'Église et de l'État, ils célébrent avec exaltation la souveraineté du pape en matière religieuse, celle du peuple en matière civile.

Un prospectus est publié le pour annoncer la création du journal, qui a comme objectif premier, de prolonger et élargir l'action du Mémorial catholique. Ce prospectus est rédigé par Philippe Gerbet, qui est à l'initiative du projet.

Un contexte révolutionnaire anticlérical En butte à l'opposition des parlementaires libéraux, s'exprimant dans le journal le National, le roi de France Charles X signe quatre ordonnances, dissolvant la Chambre des députés, convoquant de nouvelles élections, restreignant le droit de vote et supprimant la liberté de la presse en imposant l'autorisation préalable à la parution des journaux. Ces ordonnances déclenchèrent à la fois la fronde des parlementaires libéraux, s'exprimant par la voix d' Adolphe Thiers et la révolte du peuple parisien. Après trois journées de combats et la fuite de , les libéraux imposèrent aux républicains, mal organisés, l'accession au trône du duc d'Orléans, Louis-Philippe .

Très rapidement, dans un climat de grande liberté, les journaux, clubs et sociétés populaires prospérèrent. La presse libérale et les associations populaires renforcèrent alors par la surenchère un climat anticlérical violent, dénonçant le « complot » catholique, ainsi que des supposées manœuvres souterraines de la « Congrégation ». À Paris, la cathédrale Notre-Dame, ainsi que l'archevêché furent saccagés ; l'archevêque de Paris, , se réfugia dans un couvent. Les prêtres renoncèrent à porter la soutane. Face à cette vague anticléricale, le nouveau gouvernement de Louis-Philippe garda une attitude indifférente, voire hostile au clergé. En 1831 encore, le roi et son ministre, Casimir Perier, ne firent rien pour calmer les violences et les catholiques eux-mêmes, souvent compromis dans le soutien au régime renversé, ne sachant quelle attitude tenir, restaient discrets.

Débuts de l'Avenir Dans ce contexte, dès l'été 1830, persuadé de la nécessité pour les catholiques français de faire entendre une voix autre que celle condamnée par la vindicte populaire, Félicité de La Mennais, alors supérieur général de la congrégation de Saint-Pierre, décida de lancer un nouveau quotidien, à la fois catholique et libéral. La société du journal, fondée le , rassemblait notamment La Mennais, l'abbé Gerbet, Charles de Coux et .. Ce fut principalement l'abbé Gerbet qui se chargea de l'organisation matérielle : il recruta les premiers collaborateurs, installa l'Avenir en ses locaux, rue Jacob, dans le centre de Paris et diffusa en le prospectus du journal. Le premier numéro du quotidien parut le . Son siège était situé au , rue Jacob, à Paris.

Le journal lui-même était assez court, comme les autres journaux de l'époque ; il s'agissait simplement de deux feuilles pliées. Dans chaque numéro, un article principal développait un point particulier (liberté d'enseignement, séparation de l'Église et de l'État, soutien aux catholiques de Pologne ou d'Irlande) Cependant la plupart des articles ou variétés étaient des réactions ponctuelles sur des faits divers concernant l'Église, en France ou à l'étranger, recueillis dans la presse française et étrangère. Les journalistes, rédacteurs parisiens et correspondants en province, travaillaient presque gratuitement pour l'Avenir, seule condition à sa survie financière. Le tirage du quotidien était en effet modeste, environ exemplaires. Malgré cette diffusion restreinte, ce journal sut fédérer l'enthousiasme d'une partie de la jeune génération romantique, en France et à l'étranger, au-delà du clergé, qui était son principal destinataire.

Le comité de rédaction Contexte : L'Avenir et la génération de 1830 Le comité de rédaction, en plus des actionnaires à l'initiative financière du journal, est composé de Félicité de Lamennais, Olympe-Philippe Gerbet, Charles de Coux, Auguste Harel du Tancrel, Victor-Amédée Waille et Adolphe Bartels.

Les premiers rédacteurs de l'Avenir étaient trois prêtres, Félicité de La Mennais, Philippe Gerbet et Henri Lacordaire. D'autres collaborateurs importants, en particulier le jeune vicomte Charles de Montalembert, fils d'un pair de France, l'abbé Rohrbacher, spécialiste de l'histoire de l'Église, ou l'économiste Charles de Coux se joignirent à eux . D'autres rédacteurs intervinrent de manière plus ponctuelle, comme Alfred de Vigny. Sous l'influence de leur maître à penser, La Mennais, ces jeunes hommes de la génération de 1830 étaient marqués par l'héritage révolutionnaire, par le romantisme de Chateaubriand et déçus par la société française, mesquine, aristocratique et bourgeoise, de la Restauration et de la monarchie de Juillet.

L'une des forces de l'Avenir et de son rédacteur en chef, La Mennais qui possédait un charisme exceptionnel et fédérait un grand nombre d'intellectuels à la communauté de la Chênaie aussi bien qu'à Paris, fut de rassembler autour du journal et des idées qu'il défendait une grande partie de la génération romantique. En effet, l'Avenir souleva l'enthousiasme de nombreux auteurs : Chateaubriand encouragea les rédacteurs, de même que Jules Michelet. Alphonse de Lamartine contribua même en envoyant quelques vers destinés à être publiés dans le journal. Honoré de Balzac insista pour que le journal rende compte de la Peau de chagrin, tandis que Victor Hugo assista au banquet des rédacteurs du journal, le et félicita chaleureusement Montalembert de sa recension de son roman, Notre-Dame de Paris (L'Avenir, ). Enfin, Alfred de Vigny, séduit personnellement par La Mennais, collabora à plusieurs reprises, par des articles de critique intitulés Lettres parisiennes.

La Mennais

L'initiateur de l'aventure est l'abbé Félicité de La Mennais, ordonné prêtre en 1816. Dans son Essai sur l'indifférence en matière de religion, écrit de 1817 à 1823, énorme succès de librairie à l'influence considérable, il développe, à l'instar de Chateaubriand dans son Génie du christianisme, , , celui du pape en matière religieuse (ultramontanisme). En défendant ses thèses ultramontaines, La Mennais se heurte au pouvoir royal de la Restauration, marqué par le gallicanisme traditionnel, attaché à l'union du trône et de l'autel et par là même opposé à la souveraineté absolue du pape en matière religieuse. La Mennais se retourne donc peu à peu contre l'absolutisme monarchique gallican et adopte des thèses libérales et sociales de plus en plus avancées. À la suite de la révolution de 1830, la création de l'Avenir, journal libéral, favorable à la réconciliation de l'Église et de la démocratie s'explique par cette évolution intellectuelle.

À cette époque, La Mennais est un personnage connu dans le monde littéraire et religieux ; il est supérieur général de la congrégation de Saint-Pierre. Son intelligence et sa sincérité, ainsi qu'un charisme réel, vont de pair avec un et un réel talent d'écrivain. Sa personnalité magnétique et son magistral Essai sur l'indifférence, qui provoque de nombreuses conversions et vocations, groupent autour de lui un cercle de disciples, prêtres et laïcs, qui se retrouvent dans la propriété de La Mennais en Bretagne, La Chênaie, près de Dinan. Les premiers collaborateurs du journal, Philippe Gerbet et Henri Lacordaire, sont issus de ce groupe.

La Mennais, officiellement rédacteur en chef de l'Avenir, prend une part mineure dans l'animation quotidienne du journal. Retiré au collège de Juilly, dirigé par les abbés Antoine de Salinis et Casimir de Scorbiac, pendant que Lacordaire et Montalembert demeurent à Paris, et écrit des articles fondamentaux, dans lesquels il expose les principaux points de sa pensée. Dans ces articles perce sa conception quasi mystique du rôle de l'Église dans l'avènement d'une société nouvelle, plus démocratique et fraternelle.

Lacordaire

Henri Lacordaire, convaincu de la nécessité d'une alliance profonde entre le christianisme et la liberté civile et religieuse, s'ennuyait profondément au sein du clergé catholique légitimiste et réactionnaire qui l'entourait. Proche de l'abbé Gerbet, qui l'introduisit auprès de La Mennais, il fut séduit par celui-ci mais, attiré par la liberté de l'Église aux États-Unis d'Amérique (sous le régime de la séparation de l'Église et de l'État), il était sur le point de partir pour le diocèse de New York, lorsque la révolution de 1830 éclata, retardant son départ. Le nouveau journal, lancé par La Mennais, suscita aussitôt son enthousiasme : dans le contexte d'une plus grande liberté de la presse, Lacordaire y voyait l'occasion de défendre les idéaux qui lui étaient chers, notamment la séparation de l'Église et de l'État et la liberté d'enseignement. Lorsque l'abbé Gerbet lui demanda de participer à la rédaction, il accepta aussitôt.

Dans le cadre de sa collaboration à l'Avenir, où il assura l'essentiel des tâches d'un secrétaire de rédaction, jour et nuit, pendant les deux premiers mois d'existence du titre, jusqu'à l'arrivée de Montalembert, Lacordaire, dans ses nombreux articles, se signala par sa verve et un ton particulièrement virulent, allant parfois jusqu'à manier l'invective, contre le ministère de l'Intérieur ou les évêques nommés par le gouvernement. La plupart des formules les plus saisissantes du quotidien sont de sa plume.

Montalembert

Charles de Montalembert était le plus jeune des animateurs de l'Avenir mais prit une part considérable au travail de rédaction. Issu de la noblesse de cour, fils d'un diplomate pair de France et d'une mère britannique, il possédait un important réseau de relations dans les milieux aristocratiques et les grands salons parisiens. Depuis longtemps convaincu de la nécessité de séparer le catholicisme des compromissions politiques, il fut séduit par le programme de l'Avenir, alors qu'il était en voyage en Irlande. Il écrivit alors à un ami :