La vallée de la Gresse est une vallée alpine française située dans le sud de l'agglomération grenobloise, en Isère.

Vallée d'origine glaciaire, elle tient son nom du torrent de la Gresse qui la traverse depuis le sud en direction du nord. Placée dans un axe nord-sud, elle permet de faire le lien, notamment par l'autoroute A51, la départementale 1075 et la ligne des Alpes, entre Grenoble et le Sud-Isère jusqu'à Gap et Sisteron.

Toponymie La vallée possède la même étymologie que la rivière éponyme et la commune de Gresse-en-Vercors : Gresse signifie « le pays des pierres », altération du celte gravo ou grava qui désignait « un endroit où la pierre ou le rocher est abondant »André Plank, L'origine des noms des communes du département de l'Isère, page 57. ou dérivé des mots « Gressa » et « Gressano » qui signifieraient « un sol graveleux et caillouteux ».

La vallée de la Gresse est divisée en deux parties distinctes : la basse vallée (Vif, Le Genevrey) et la haute vallée (Saint-Barthélémy du Gua, Miribel-Lanchâtre).

Géographie

Situation et topographie Située au sud du département de l'Isère, la vallée de la Gresse fait partie du massif du Vercors, et en forme l'une de ses délimitations nord-est.

Longue d'environ , la vallée se trouve à une altitude variant entre (Vif) et (Miribel-Lanchâtre). À l'est, elle est cernée par un chaînon montagneux formé par les sommets du Petit Brion (), Grand Brion (), de la Rochette () et de la Lassière (), qui la séparent de la vallée du Drac et du massif du Taillefer. À l'ouest, c'est une barre formée par la montagne d'Uriol (), l'Éperrimont (), les crêtes du Jonier et de la Ferrière () qui délimite la vallée et qui la sépare de la vallée du Lavanchon.

Au nord, la vallée de la Gresse débouche sur la plaine de Reymure, la commune de Varces-Allières-et-Risset et l'Y grenoblois. Son extrémité sud, quant à elle, ouvre sur Saint-Paul-lès-Monestier et la vallée du Fanjaret, qui elle-même est limitée par la région naturelle du Trièves.

Hydrographie

vignette|gauche|La Gresse à Vif.

La vallée de la Gresse tire son nom de la rivière éponyme qui la traverse : le torrent de la Gresse naît à Gresse-en-Vercors, au pied du Grand Veymont, et son cours est long d'environ . Elle rejoint Miribel-Lanchâtre en passant par Saint-Guillaume, délimitant la vallée au sud, et creuse ensuite les gorges du fond du vallon en direction du nord avant d'aller finalement confluer en rive gauche du Drac au bout de la plaine de Reymure.

Plusieurs rus et ruisseaux s'écoulent au sein de la vallée et se jettent dans la Gresse : c'est le cas des ruisseaux des Caves, du Champa, du Clos, du Bruant, de Jonier, du Verdant, de Cassoulet, des Ruinas et du Vernay à l'ouest, et des ruisseaux du Poyet, de la Merlière, des Cadorats, du Fanjaret, des Gilberts et de l'Ane à l'est.

Communes La vallée est sous l'organisation du canton de Pont-de-Claix (partie nord) et du canton de Matheysine-Trièves (partie sud). Elle comprend les communes, hameaux et lieudits suivants : Vif : Le Genevrey ; Le Gua : Les Saillants du Gua, Saint-Barthélémy du Gua, La Pierre, Bayanne ; Saint-Martin-de-la-Cluze : Essart-Garin, La Cognelle, Les Brets ; Miribel-Lanchâtre.

Accès La vallée est accessible depuis le nord par la sortie n°12 du bras d'autoroute A51 (tronçon Grenoble - col du Fau), ainsi que par la route européenne 712 et l'ancienne route nationale 75 (actuelle départementale 1075).

Une partie de la ligne des Alpes passe aussi par la vallée, avec une gare à Vif, avant de continuer vers le sud en direction de Monestier-de-Clermont, en longeant les montagnes formant la délimitation orientale de la vallée.

Géologie La vallée de la Gresse et les montagnes avoisinantes ont été formées par les glaciers qui, lors de la dernière glaciation, étaient épais de .

vignette|La délimitation occidentale de la vallée depuis le plateau de Saint-Barthélémy du Gua : vue sur l'Éperrimont et le Pieu.

La vallée est située dans la continuité du sillon alpin en tant que rebord subalpin ou « rebord du Vercors », constituant la limite entre le sillon et le massif subalpin occidentale (Vercors). Ce rebord est doublé, au niveau de la vallée de la Gresse, par une barre urgonienne à Varces et par une barre tithonique au sud de Vif formée par le rocher de l'Éperrimont chevauchant le Pieu. Deux failles, les failles de Brié et de Cornage, partent de ce crêt tithonique et forment un couloir à partir du nord de la vallée de la Gresse en direction de la faille du Pré de l'Arc et du socle cristallin situé au nord-est de Vizille.

La délimitation occidentale de la vallée forme une étroite barre tithonique, tandis que celle orientale (Petit et Grand Brion) est composée de marnes-calcaires datant du Bajocien inférieur. Le centre de la vallée, à partir du Gua et jusqu'à Miribel-Lanchâtre au moins, est considéré comme une combe monoclinale ouverte dans les terres noires. Les plateaux du Crozet (à l'est) et de Champrond puis de Saint-Barthélémy (à l'ouest) sont des résidus des alluvions würmiennes, tandis que la plaine de Vif est issue d'alluvions fluviales plus récentes.

Climat vignette|La route d'Essart-Garin au Gua. Au fond, la montagne d'Uriol.

Située entre le Trièves et le Y grenoblois, la vallée de la Gresse est essentiellement une zone de basse et de moyenne montagne entourée de massifs élevés, quelque peu abritée des flux d'ouest par le Vercors. Cette région à pluviosité plus réduite connaît un climat de transition entre les Alpes du Nord humides et les Alpes du Sud relativement sèches.

Histoire

Ère quaternaire C'est au début de l'ère quaternaire, lors du refroidissement du climat, que commencent les grandes glaciations qui creusent les vallées de la Gresse, du Drac et du Grésivaudan. La fonte des glaces provoque l'apparition du lac périglaciaire du Grésivaudan, profond de et qui disparaîtra progressivement pour laisser place à la vallée telle qu'on la connaît.

Préhistoire et protohistoire Plusieurs traces de peuplades datant de l'époque préhistorique et protohistorique ont été retrouvées dans la vallée, surtout à son extrémité nord. Sur le rocher de Saint-Loup, tout d'abord, où des fouilles organisées par Hippolyte Müller en 1904 ont permis de découvrir l'existence d'un habitat Néolithique moyen () semblable à ceux de la civilisation de Fiorano, avec des occupants agriculteurs ayant livré cabane, silex, os, céramiques préhistoriques, marmites, écuelles, vases et poteries..

Le second site de vestiges retrouvés est celui de Lachar, sur la commune de Varces, au niveau du débouché de la vallée sur la plaine de Reymure et sur le tracé de l'actuelle autoroute A51 : la présence fossilisée d'une occupation dans un paléosol enfoui a révélé plusieurs foyers, des aires de débitage de cristaux de roche (quartz de l'Oisans), le tout datant du Néolithique ancien.

Antiquité vignette|La vallée de la Gresse (direction sud) depuis le plateau du Crozet. Une piste protohistorique traversant la vallée, attestée dès le , est indiquée par Tite-Live, qui signale qu'elle reliait la future ville de Cularo au sud méditerranéen. Elle est aménagée après la conquête romaine et fait la liaison entre Cularo et Forum Julii..

Sur le tracé de cette voie romaine, au niveau de la limite actuelle entre Varces et Vif, s'établissait l'agglomération secondaire de Lachar qui servait de point de contrôle des voyageurs. Lachar servait de frontière entre les territoires allobroges et voconces. Après que Cularo eût été élevée au rang de civitas autour de 292, il semblerait que la frontière soit déplacée plus au sud de la vallée, au niveau de Miribel-Lanchâtre.

La voie romaine, après Lachar, continue dans un axe nord-sud le long des coteaux de la montagne d'Uriol. Un poste romain est par ailleurs attesté à la même époque sur l'oppidum du rocher de Saint-Loup.

Une présence gallo-romaine importante sur le territoire de la basse vallée de la Gresse est attestée grâce à l'inscription latine « aux Feux Éternels » (inscription CIL XII 1551), utilisée en réemploi sur le clocher de l'église Saint-Jean-Baptiste de Vif, qui marque le passage au (entre 270 et 272) du préfet Iulius Placidianus. Cette inscription pourrait faire référence à la présence d'un temple romain sur l'emplacement de l'église ou bien à la Fontaine ardente, la découverte d'une inscription dédiée à Vulcain sur son site montrant que l'endroit était déjà connu à l'époque romaine..

La présence d'une population à Vif au est définitivement attestée grâce à deux inscriptions paléochrétiennes retrouvées en réemploi dans l'égliseFrançoise Descombe, Recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, XV : Viennoise du Nord, Paris, 1985, , 239 625-628 et , 240, 628-630..

Époque moderne Les voient arriver au sein de la vallée la construction et l'utilisation de nombreux moulins à eau : 22 étaient attestés sur la Gresse par la carte de Cassini, et au total 62 roues à aubes étaient réparties sur les treize villages bordant le torrent. Ces moulins servaient aux meuniers pour la fabrication de farine.

Époque contemporaine Viticulture et élevage vignette|La vallée de la Gresse au , illustrée par Victor Cassien.

La vigne est cultivée dans la vallée de la Gresse depuis l'époque romaine, les Romains ayant apporté avec eux le vin poissé. Des vignes sont citées dès le dans des donations et actes. Les bénédictins du prieuré de Vif aussi produisent leur vin liturgique, et bientôt tous les paysans de la vallée produisent du vin : les vignes s'étendent alors de la plaine jusqu'aux coteaux d'Uriol.

La culture de la vigne connaît un développement considérable sous le Second Empire, et recouvre les collines de la vallée. À Vif, en 1860, il y a près de 245 hectares consacrés à la vigne, qui est cultivée sous quatre formes : la vigne en lignes, en hautain, la vigne treillage et la vigne basse. Le vin de la vallée se vend dans des régions d'Isère qui n'en produisent pas, notamment la Matheysine, l'Oisans et le Vercors. Parmi les cépages plantés dans la vallée, il y a : le chasselas blanc, le corbesse rouge, le gros étraire (ou bêtu), le gamay (ou gamian), le teinturier, le gros blanc, le gros rouge, le joubertin, le rivollat, le proverot, le robier, la sérène et le verdesse blanc.

L'élevage de bétail au se concentre surtout dans la haute vallée, à Saint-Martin-de-la-Cluze et au Gua : y sont élevées vaches et moutons, vendues ensuite aux bouchers de la région. Avec l'adoption par le ministre de l'Agriculture de la nouvelle race de la villarde, des échanges se mettent en place entre les paysans de la vallée et le plateau du Vercors : les bovins sont amenés à Prélenfrey et au Gua par le col Vert. À Vif, de nombreux troupeaux de chèvres sont élevés, notamment pour la production de fromage et pour leur peau, vendue à l'industrie de la ganterie.

Industrie du ciment (s)

À l'origine, la vallée avait une activité principalement agricole, avec notamment l'exploitation viticole. Mais la « ruée vers l'or gris » prend de l'ampleur dans la vallée à partir des années 1850, au cours desquelles de nombreux industriels viennent s'implanter dans la région, dans le but de fabriquer du ciment à partir des roches de calcaire et d'argile que l'on peut trouver en grand nombre sur les coteaux de la montagne d'Uriol et, plus largement, du Vercors. La première société qui est fondée dans la vallée est celle de Joseph Vicat, en 1853, qui fait bâtir la toute première cimenterie au Genevray en 1857, permettant le début de la fabrication industrielle du ciment artificiel. Vicat compte parmi les noms d'industriels les plus célèbres de la vallée, avec Rostan et Berthelot, Calvat, Guingat, Moreau Pétrequin, Meurgey, Porteret, Dumoulin, Arnaud et Carrière, Ferrary et Mazet, Tivan…

vignette|gauche|La cimenterie du Champa, au Gua.