est le cinquième album des Beatles, paru le au Royaume-Uni, et une semaine plus tard aux États-Unis. Il est préparé dans le cadre du film éponyme, le deuxième mettant en vedette le groupe. Ils l'enregistrent au cours de plusieurs sessions réparties entre les concerts et les tournages, entre février et . Ils se tournent de plus en plus vers le travail en studio, y répétant directement les nouveaux titres en les enregistrant, multipliant les , approchant de nouveaux sons et de nouveaux instruments sur le chemin qui mène, plus tard dans l'année, à , étape majeure de leur carrière discographique.
Avec cet album, les Beatles entrent de plain-pied dans la musique pop. La face 1 de comprend les chansons composées pour le film, notamment la chanson éponyme et , parues en single. L'autre face contient pour sa part sept chansons absentes du long-métrage, dont les deux dernières reprises officiellement mises en boîte par le groupe, et , enregistrée par Paul McCartney, seul avec sa guitare et un quatuor à cordes, produisant un des plus grands succès de l'histoire de la musique.
L'album connaît un important succès critique et commercial, trônant neuf semaines en tête des hit-parades britanniques, après y être entré directement à la première place le jour de sa publication, avant de se maintenir dans les classements. La version publiée aux États-Unis qui atteindra la position de tête durant 9 semaines, mais désapprouvée par les Beatles, est nettement différente ; elle ne comprend en effet que les chansons de la face 1, intercalées entre des morceaux instrumentaux issus du film. Les autres chansons de l'album britannique se retrouvent sur les albums américains , et . Les titres de sont donc répartis sur quatre disques, qui sont autant de sur le marché américain.
Cet album prend le nom « Chansons du film Help! » en France. À partir de ce disque, Odeon, le label français associée à EMI, gardera les mêmes titres et pochettes que les éditions britanniques..
Historique Contexte
À la suite du succès de leur premier film, , les Beatles se voient invités à en tourner un deuxième (cette fois, en couleur) au début de l'année 1965. Le titre séduit le réalisateur Richard Lester dès le début du projet, mais le nom étant déjà déposé, il doit réfléchir à d'autres options.. Le titre est ainsi envisagé, avant de se tourner vers (« Huit bras pour t'enlacer »), en référence à la statue de la déesse Kâlî visible dès les premières images du film. Cependant, le groupe s'oppose énergiquement à cette idée, jurant que la composition d'une chanson avec un tel titre est impossible. Finalement, c'est le titre avec un point d'exclamation, pour détourner le titre original protégé, qui s'impose. Dans l'optique du tournage, qui doit commencer à la fin de , les sont invités à composer plusieurs chansons destinées à rythmer le film. Celles-ci sont pourtant écrites sans même que le groupe ait lu le scénario.. Le travail de composition et l'enregistrement de l'album se déroulent durant les premiers mois de l'année 1965, au milieu du tournage et donc entre les voyages du groupe aux Bahamas, en Autriche et à travers le Royaume-Uni pour les besoins des différentes scènes.
À cette époque, les Beatles commencent à se lasser de la « Beatlemania », nom attribué à la folie fanatique qui gravite autour du groupe depuis 1963. Ainsi, dans leurs interviews, ils reconnaissent parfois se comporter sèchement avec les fans.. Le programme de tournées s'allège quelque peu par rapport aux deux années précédentes : pour l'essentiel, quelques prestations à Londres en janvier, une visite de l'Europe passant par la France, l'Italie et l'Espagne à la fin de juin et au début de juillet, avant la deuxième tournée des États-Unis en août, pour finir par les ultimes concerts de leur carrière au Royaume-Uni, en décembre « The Beatles on Tour 1963 to 1966 », Dave Dermon, 2008. Consulté le 25 septembre 2010..
Les chansons composées par le groupe marquent de plus en plus leurs inquiétudes et sentiments, et s'éloignent de la légèreté de leurs premières compositions, une tendance déjà visible sur certains titres de leur album précédent, ..
C'est également une époque où les Beatles consomment de plus en plus de marijuana, depuis que Bob Dylan les y a initiés lors de leur tournée aux États-Unis, à l'été 1964. John Lennon va jusqu'à parler du début de leur « période herbe », et déclare que de très nombreuses scènes tournées pour le film ont dû être détruites, en raison de leurs fréquents accès de fous rires..
Par ailleurs, c'est durant la réalisation de cet album, et le tournage du film, que George Harrison découvre la musique et les instruments indiens.
Aux Bahamas, les Beatles se voient également remettre un livre sur le yoga, par un , explique Lennon. , ajoute Harrison. Au cours des trois années à venir, le guitariste soliste des Beatles va donc introduire la musique, les instruments et la spiritualité indienne dans leur univers musical.
Enregistrement Février 1965 vignette|redresse=0.5|Plusieurs instruments nouveaux font leur apparition sur comme le güiro.|alt=un guiro
Les studios EMI commencent à devenir le refuge du groupe, et c'est le début d'une ère où le travail d'enregistrement évolue. Les possibilités de l'enregistrement multipiste sont de plus en plus exploitées, et leur intérêt dans les techniques de production grandit.. Les codes stricts du rock 'n' roll sont peu à peu abandonnés au profit d'une plus grande expérimentation musicale ; pour la première fois, un arrangement joué par des instruments classiques (en l'occurrence, un quatuor à cordes) est entendu sur une des chansons des Beatles, .. Par ailleurs, les jeunes musiciens britanniques sont parmi les premiers en Europe à disposer personnellement de magnétophones à cassettes. Ils peuvent ainsi systématiquement faire des copies des enregistrements après chaque session pour réécouter les titres avant d'éventuellement les retravailler.
Le , les Beatles se mettent au travail sur l'album. La façon de procéder encore de mise quelques mois plus tôt pour Beatles for Sale, c'est-à-dire jouer dans le studio (instruments et voix ensemble), recommencer plusieurs fois et ajouter éventuellement un ou deux , appartient déjà au passé. En regardant les photos du groupe en studio jusqu'en 1965, on les voit rarement avec des casques sur les oreilles, puisque presque tout est fait en direct. À partir de cette nouvelle année, c'est l'inverse qui se produit. Tout d'abord, John, Paul, George et Ringo répètent les morceaux, en les enregistrant pour disposer d'un matériel de base sur lequel s'appuyer. Ensuite, ils mettent en boîte une section rythmique (comprenant typiquement les guitares, la basse et la batterie, plus un chant « témoin »), à partir de laquelle ils empilent les enregistrements, additionnant les couches d'instruments, de voix et de chœurs sur les quatre pistes disponibles du magnétophone, en enregistrant aux endroits voulus.
Ainsi, sur , la première chanson enregistrée pour l'album, Paul McCartney joue aussi bien de la basse que de la guitare électrique (y compris les arpèges d'introduction), alors que George Harrison ajoute une partie de guitare à douze cordes. John Lennon enregistre sa guitare et un tambourin, Ringo Starr, sa batterie, tandis que les chœurs sont ajoutés à la piste de base. La chanson suivante, Another Girl, est enregistrée en une seule prise, mais Harrison enregistre une dizaine d' à la guitare pour le final. Ces essais sont finalement rejetés, et McCartney refait le travail lui-même le lendemain. La soirée se termine avec l'enregistrement de de George, qui utilise notamment une pédale de volume pour sa guitare.
La seule chanson réellement enregistrée le est , une ballade de Lennon chantée à trois voix (en direct, et durant trois heures pour d'innombrables prises), pour laquelle la pédale de volume utilisée par George Harrison prend encore une place importante. Cependant, elle n'est reprise ni dans le film, ni sur l'album, et est reléguée en face B de , paru en single. Le lendemain, le groupe met rapidement en boîte les très pop , de McCartney, et , de Harrison. De nouveaux instruments font leur apparition sur ces pistes : du piano électrique joué par John Lennon sur les deux chansons, et une partie sur grand piano à queue Stenway (par McCartney et George Martin) pour . Paul et George procèdent aux doublages de leur chant principal sur leurs chansons respectives.
Le , pour l'enregistrement de la chanson d'un John Lennon très inspiré par Bob Dylan, You've Got to Hide Your Love Away, un musicien extérieur est pour la première fois amené à jouer dans le studio sur un titre des Beatles : le flûtiste John Scott qui additionne deux parties de flûtes alto et ténor. John et Paul ont composé une chanson pour Ringo Starr, , qui est mise en boîte ce jour-là, mais reste inédite jusqu'à la série dans les années 1990. est également enregistrée, avec des de piano électrique joué par Paul McCarney, et du güiro, raclé par Ringo Starr.. Pour la cinquième journée consécutive de studio, le , le groupe se concentre sur , une ballade rock signée John Lennon, agrémentée d'harmonies à trois voix, enregistrée en deux prises, et qui donne lieu à une scène du film où on les voit jouer la chanson en studio, et qui s'achève d'une façon particulièrement comique.
Entre le 15 et le , les Beatles enregistrent onze titres en tout avant de s'envoler pour les Bahamas, où débute le tournage de leur deuxième long-métrage. La dernière chanson enregistrée est , qui, tout comme , va rester inédite durant les 31 années à venir avant d'être placée sur le disque . Le groupe part dans l'archipel des Caraïbes avec des copies de ces chansons pour décider de leur destin (pour le film, pour l'album, pour les deux, ou pour être rejetées)..
Sessions de printemps Les effectuent un passage aux studios le pour enregistrer le titre-phare de John Lennon, . Quatre jours plus tôt, est sorti en single, et devient un succès mondial.. , rapidement composée à partir de ce seul titre et de son point d'exclamation, est tout aussi rapidement couchée sur bande. Piste rythmique d'abord, chant et chœurs ensuite, avant que George Harrison n'ajoute les arpèges de guitare à douze cordes qui caractérisent ce hit international.. Le , les Beatles s'offrent une petite récréation en jouant dans le studio deux standards rock 'n' roll de Larry Williams : et . Le premier titre est destiné au marché américain et à l'album . Le second est une des deux reprises de l'album, et la dernière officiellement publiée par les Beatles.
Le est la journée de Paul McCartney ; trois de ses chansons à caractère fort différent sont enregistrées en ce lundi de la fin du printemps, dont sans doute sa plus célèbre, . George Martin le convainc de faire intervenir un quatuor à cordes pour accompagner sa guitare acoustique. Le compositeur n'a qu'une exigence : Martin et McCartney composent la partition ensemble, dont l'exécution s'avère difficile pour les quatre musiciens classiques qui la jouent. Si McCartney enregistre seul cette chanson (une première dans l'histoire du groupe), la légende qui veut qu'il ait également été seul dans le studio ne résiste pas à l'écoute des bandes originales : tous ses camarades sont bien présents à ses côtés durant la réalisation de cette chanson appelée à devenir un des plus grands succès de la musique populaire au . Durant la même session, et à l'opposé de , c'est l'énergique rock qui est enregistrée, avec une vigoureuse partie vocale de Paul, de l'orgue Farfisa joué par Lennon, guitares, batterie, bongos et chœurs. Ce titre ira en face B du single . La journée avait débuté avec , à dominante folk, enregistrée en six prises avec deux guitares acoustiques et un de maracas.