Le siège de Québec de 1759 est un épisode majeur de la guerre de la Conquête en Nouvelle-France opposant Britanniques et Français.

Capitale de la Nouvelle-France, Québec est assiégé par les forces britanniques du jusqu'à sa capitulation le .

Contexte Une conquête à terminer William Pitt accède au pouvoir en , et forme une coalition ministérielle avec le duc de Newcastle peu après. Le secrétaire d'État Pitt ravive alors son plan de conquête des colonies françaises de l'Amérique du Nord, dont le Canada est la principale cible. La campagne militaire de l'année 1758 est un succès partiel pour les Britanniques : l'amiral Edward Boscawen et le major-général Jeffery Amherst prennent la forteresse de Louisbourg sur l'île Royale le , le brigadier-général John Forbes capture le Fort Duquesne dans la vallée de l'Ohio, cependant l'opération principale de la campagne s'avère un échec. Les troupes de terre commandées par le marquis de Montcalm défont l'importante force dirigée contre eux par le général James Abercrombie, le , à la bataille de Fort Carillon..

William Pitt avait souhaité que la flotte britannique pousse jusqu'à Québec après le siège victorieux de Louisbourg, mais la marine était d'avis que la chose n'était pas praticable principalement en raison de la saison avancée.

L'expédition contre Québec est donc remise à l'année 1759.

Jeffery Amherst monte en grade et devient commandant en chef des forces armées britanniques en Amérique. Il a ordre de s'avancer jusqu'à Montréal via le lac Champlain ou mieux encore, si possible, de pousser jusqu'à Québec. Dans le cadre de cette opération, le brigadier-général John Prideaux doit monter une attaque contre le Fort Niagara, situé à la jonction de la rivière du même nom et du lac Ontario. Pendant ce temps, la flotte britannique, commandée par le vice-amiral Charles Saunders doit s'avancer dans le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Québec pour y faire débarquer une force de terre et commencer le siège de la ville. C'est à James Wolfe, promu pour cette occasion au grade de major-général, que revient la tâche de réussir cette opération qui divisera les forces françaises, obligées de défendre des postes aux extrémités ouest (Niagara) et est (Québec) de l'immense territoire de la Nouvelle-France.

De maigres secours pour la Nouvelle-France En , le gouverneur Vaudreuil et le chef des armées de Nouvelle-France, le marquis de Montcalm, dépêchent Louis-Antoine de Bougainville et le commissaire André Doreil à Versailles pour demander des secours. C'est plus le point de vue de Montcalm que celui de Vaudreuil que Bougainville fait valoir aux ministres, mais, en définitive, Versailles ne satisfait aux demandes ni de l'un ni de l'autre.

Montcalm croit la situation désespérée. Bien qu'il souhaite recevoir d'importants renforts de soldats et de munitions, il n'y compte pas trop, car il sait que la marine britannique est en mesure d'intercepter tout navire que la France pourrait lui envoyer. Il propose donc de faire diversion en attaquant la Virginie ou les Carolines, en fomentant une rébellion des esclaves, etc., afin de forcer les Britanniques à faire descendre des troupes jusque-là et donc de les retirer du front offensif contre Québec. Dans un mémoire séparé, il propose également ce que Vaudreuil voit comme le démantèlement de ses propres troupes et de sa milice. Il croit qu'il faut incorporer les meilleurs CanadiensDans le vocabulaire de l'époque, les Canadiens étaient les colons natifs du Canada. L'évolution politique du territoire a fait que les Canadiens sont devenus des Québécois tandis que parallèlement l'Amérique du Nord britannique se fédérait sous le nom de Canada. aux régiments français pour grossir leur nombre. De plus, Montcalm demande à être rappelé, évoquant des raisons de santé et des dettes à payer.

De son côté, Vaudreuil demande l'aide de la marine royale directement contre l'ennemi dans le golfe du Saint-Laurent ou dans une diversion contre les colonies britanniques. Il appuie le rappel de Montcalm et propose François-Gaston de Lévis, commandant en second des troupes de terre, avec qui il s'entend très bien, pour le remplacer à la tête de l'armée française.

À Versailles, on décide d'envoyer quatre navires de munitions et de marchandises et de laisser à l'entreprise privée le soin de transporter des vivres. En fait de soldats, ce sont environ 400 remplacements, plus 40 canonniers et des ingénieurs qu'on envoie. Vaudreuil est d'accord avec Montcalm pour la réorganisation des forces qui feront entrer des Canadiens dans les rangs français. Les Canadiens, qui sont intégrés aux troupes régulières, sont entrainés par Jean-Daniel Dumas.. Montcalm n'est pas rappelé, il est au contraire promu au grade de lieutenant général des armées, principalement en reconnaissance de sa victoire à Carillon. Vaudreuil et Bigot reçoivent chacun une lettre qui les avisent qu'ils sont subordonnés à Montcalm dans toutes les questions d'opération et d'administration concernant la défense de la colonieWilliam R. Nester, The First Global War: Britain, France, and the Fate of North America, 1756-1775, .. Vaudreuil reçoit l'ordre de consulter Montcalm pour toute question portant sur les opérations et la défense et de lui communiquer toutes les lettres qu'il reçoit de la métropole. Vaudreuil reçoit une lettre privée de Versailles qui lui enjoint de ne pas apparaitre sur le champ de bataille ou interférer dans les affaires militaires à moins d'être autorisé par Montcalm. Peut-être pour lui faire digérer cette décision, il reçoit la grand-croix de l'ordre de Saint-Louis.

Le blocus du Saint-Laurent, dont l'amiral Philip Durell est chargé, s'avère un échec. Les vaisseaux qu'il commande sont retenus à Halifax par les glaces jusqu'à la fin avril. Le mauvais vent le retient encore jusqu'au . Sa flotte de dix vaisseaux de guerre plus trois navires transportant 600 soldats n'atteint Le Bic que le . Or, la flottille française, conduite par le lieutenant de frégate Jacques Kanon et Jean Vauquelin, passait à cet endroit le . Ce sont 16 navires qui atteignent Québec le .. D'autres convois , arrivent au cours des jours qui suivent. Les secours envoyés par la France sont largement insuffisants; celle-ci mise sur le Projet français d'invasion de la Grande-Bretagne (1759), mais dans les circonstances, ils apportent la joie et permettent d'espérer pour la colonie.

Déroulement du siège Préparatifs Le commandement français apprend la nouvelle d'une expédition contre Québec via le Saint-Laurent au début du mois de .. Montcalm, qui est à Montréal, demande la permission à Vaudreuil de partir immédiatement pour Québec afin de voir à la défense de la capitale. Il arrive à Québec le soir du 22 et commence à diriger les travaux nécessaires à sa défense. Dès le , quelque 300 marins s'affairent déjà à creuser des retranchements sur la rive droite (ouest) de la rivière St-Charles de son embouchure jusqu'à une lieue au nord.. Une chaîne de port fut fabriquée par les forgerons pour attacher ensemble des mâts de navires, installée en travers de la rivière Saint-Charles pour empêcher toute embarcation ennemie d'y entrerJacques Lacoursière et Hélène Quimper, Québec ville assiégée, 1759-1760, .. Une ligne de retranchements est également creusée du saut de Montmorency jusqu'aux murs de la ville. Les bataillons de soldats français qui ont hiverné à Montréal et Québec sont déplacés à l'est vers Québec. Vaudreuil ordonne la mobilisation de toute la milice du pays et l'évacuation des régions voisines de Québec : l'île d'Orléans, la Côte-du-Sud, la côte de Beauport. Les habitants des environs arrivent à Québec avec leurs enfants, leurs objets de valeur, leur bétail même. Les hommes incorporent leurs milices respectives. C'est la loi du pays que tous les hommes valides de font partie de la compagnie de milice de leur paroisse, mais on voit parmi les miliciens des vieillards de 70 ans et des garçons aussi jeunes que 15 ans.. Ce sont quelque , dont environ 150 Acadiens rescapés de la déportation, qui se portent à la défense d'un pays où l'on recense environ en tout. La moitié des miliciens sont des vieillards ou des enfants, remarque Montcalm. Un corps de cavalerie est formé en : il est constitué de 200 Canadiens volontaires choisis parmi de bons cavaliers. L'uniforme de la cavalerie est bleu, avec le col et les poignets rouges ; les cavaliers étaient armés d'un fusil, un pistolet, une baïonnette et un sabre. Cinq officiers français dirigent les 2 compagnies de 100 cavaliersGouvernement du Canada, commission des champs de bataille nationaux, le siège de Québec.. Un des officiers français, le Capitaine La Rochebaucourt, fut nommé Commandant de la cavalerie (ce fut la première fois que la cavalerie fut utilisée en Amérique du Nord). La cavalerie fut active jusqu'à la reddition de Montréal à l'automne 1760. Le plan d'évacuation des campagnes des environs de Québec ne pourra finalement être complété à temps, aussi des habitants resteront-ils cachés dans les bois, fusils à la main.

Du côté britannique, l'expédition contre Québec débute le , alors que la flotte commandée par Charles Saunders quitte le port de Louisbourg pour remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Québec. La flotte comprend environ le quart de toute la marine royale britannique, plus des transporteurs marchands. On y dénombre 49 navires de guerre ayant à leur bord quelque d'équipage, ainsi que 119 vaisseaux marchands, opérés par et transportant un corps de débarquement de réguliers.

Devant Québec thumb|left|upright=2|Carte du siège de Québec par les Anglais en 1759. Gravure publiée en 1884. Le , l'armada britannique atteint l'île d'Orléans, devant Québec, sans grande difficulté. Des cartes de navigation françaises, de même que de l'information soutirée à des marins français faits prisonniers, permettent aux pilotes britanniques de s'avancer sans crainte et d'atteindre leur destination sans perte. La marine britannique se montre prudente et méthodique : elle fait sonder le fleuve au fur et à mesure qu'elle progresse, vérifiant ainsi l'exactitude des informations qu'elle a obtenues de l'ennemi.

Le , le général Wolfe fait débarquer une partie de ses soldats à St-Laurent, au sud de l'île d'Orléans. Wolfe et un détachement de troupes légères marchent immédiatement six miles () en direction de la pointe ouest, là où il est possible d'apercevoir la longue ligne des retranchements français qui part de la rivière Montmorency, juste en face, et se rend vers l'ouest jusqu'à la ville de Québec. C'est à cet endroit que le principal camp britannique est installé quelque temps plus tard.

Le jour du débarquement, Wolfe fait diffuser un manifeste adressé à la population canadienne en vue de la terroriser. Des copies du manifeste sont placardées sur les portes de diverses églises de la région dans les jours qui suivent...

Le soir du , à 0, l'armée française attaque la flotte britannique ancrée à l'île d'Orléans avec des brûlots. Il y a confusion et les brûlots sont allumés trop tôt... C'est environ un million de livres françaises qui s'envolent en pure perte.

La nuit suivante, des troupes légères de soldats britanniques débarquent dans la paroisse de Beaumont. Ils sont suivis, le lendemain matin (le 30), par quatre bataillons de la brigade de Monkton. La milice canadienne du capitaine de Léry ne parvient pas à empêcher le débarquement.

thumb|350px|centre|Plan du siège de Québec de 1759, par Joseph F. W. Des Barres.

Bombardement quotidien de la ville thumb|Vue de l'intérieur de l'église des Récollets. Le , les portes de la ville de Québec se ferment.