La Route de la servitude (titre original : The Road to Serfdom) est un essai du philosophe et économiste Friedrich Hayek paru en 1944. Dans ce livre, Hayek soutient que l'interventionnisme de l'État a tendance à toujours empiéter davantage sur les libertés individuelles et qu'il peut progressivement conduire au totalitarisme, c'est-à-dire à la servitude des peuples. Cet ouvrage est devenu au fil des ans un classique de la pensée libérale contemporaine. Il a été traduit dans une vingtaine de langues. La première édition française date de 1945. À titre d'exemple, abrégé dans le Readers' Digest en 1945, le texte fut diffusé auprès de plus de abonnés.
Contexte et influence Né en Autriche-Hongrie, Friedrich Hayek, économiste reconnu, a choisi la nationalité britannique en 1938 après l'Anschluss. Il réside à Londres où il enseigne à la London School of Economics. Il commence à écrire ce livre au début des années 1940, alors que le monde est en pleine Seconde Guerre mondiale.
Au moment où il publie son ouvrage en 1944L'ouvrage est d'abord publié en mars 1944 au Royaume-Uni par Routledge Press puis en septembre 1944 aux États-Unis par les Presses universitaires de Chicago. Sa version abrégée publiée en avril 1945 par le Reader's Digest contribua à la réputation de l'ouvrage et de son auteur. Voir la préface de la traduction française de la version abrégée publiée en mars 2019 par l'Institut Coppet ., il craint que les desseins économiques pour l’après-guerre d'une partie de l’élite du Royaume-Uni n'engendrent les mêmes situations que celles qui ont contribué à l’apparition des régimes fascistes ou totalitaires en Allemagne ou en URSS, et se propose d'en expliquer l'origine. Une partie importante de l'électorat des pays d'Europe penche alors en faveur du communisme.
Il cherche en effet à combattre les idées prônant un interventionnisme fort de l’État dans l’économie en cas de crise, idées défendues par son ami John Maynard Keynes, ainsi que les économistes dits « keynésiens » qui reprennent les idées de Keynes et recommandent une intervention étatique permanente dans l'activité économique. Keynes cependant se dira en accord avec la plupart des idées du texte de HayekKeynes Hayek. Keynes écrit au sujet du livre : « Morally and philosophically I find myself in agreement with virtually the whole of it: and not only in agreement with it, but in deeply moved agreement. ».
De plus, l’économiste britannique William Beveridge avait remis en 1942 un rapport au Parlement britannique intitulé Social Insurance and Allied Services, prônant la mise en place d'un État-providence (Welfare State) et d'un système « beveridgien » de sécurité sociale administrant l'assurance chômage, l'assurance maladie et un système obligatoire de retraite par répartition. Ce système sera effectivement mis en place au Royaume-Uni dans l'après-guerre après la victoire des travaillistes aux élections et durera jusque dans les années 1980.
Analysant les régimes totalitaires, le livre est essentiellement un avertissement contre la socialisation de l’économie qui selon Hayek pousse les citoyens sur la route de la servitude et conduit les démocraties occidentales à de graves dérives, jusqu'à la dictature d'une minorité sur le peuple. Le livre est un fervent plaidoyer en faveur des régimes libéraux. Bien qu'il n’empêche pas la domination des idées keynésiennes dans les années d'après-guerre et la mise en place d’économies interventionnistes et planifiées dans les pays occidentaux, le livre a une grande influence sur la pensée libérale et finit par contribuer à la « révolution libérale » des années 1980. En particulier, il a eu une grande influence sur les laboratoires d'idées libéraux-conservateurs et a inspiré le programme de Margaret ThatcherMargaret Thatcher, Les Chemins du pouvoir, Mémoires II, 55-56 au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis.
Résumé par chapitres I. La route abandonnée Les progrès de la civilisation sont dus à la libération de l’initiative individuelle. Depuis plusieurs décennies, l’Allemagne avec ses philosophes et ses hommes politiques, de Bismarck à Hitler, ont imposé un contre-modèle où cette initiative individuelle serait minorée pour développer l’effort collectif encadré.
II. La grande utopie C’est le socialisme, avec tous ses auteurs utopistes, qui a été le plus loin dans la conception de cette centralisation couplée à une collectivisation. Le terme de liberté, par essence individuelle, est repris mais dévoyé : la liberté « nouvelle » est la liberté du groupe, auquel l’individu ne doit pas faire obstacle. Il y a donc dans ces utopies collectivistes tous les germes du totalitarisme.
III. Individualisme et collectivisme C’est l’idée du « planisme » qui prend la forme actuelle de l’utopisme socialiste: celle d’un grand plan qui règlementerait en détail tous les aspects de la vie et de l’activité des travailleurs. Son danger vient de ce qu’il est difficile d’avoir un planisme sur certains aspects de l’économie ou de la société : rapidement le planisme devient une économie dirigée, c’est-à-dire un collectivisme et un centralisme intégraux.
Reprendre le slogan du XIXème et parler de laisser-faire pour désigner le libéralisme est réducteur, car un encadrement rationnel de la concurrence est nécessaire et admis. Mais cet encadrement se limite à la seule concurrence et laisse libre l’initiative individuelle.
IV. Le planisme « inéluctable » Les théoriciens du planisme enrobent leur théorie d’une image de modernité : selon la nécessité historique ou la dialectique marxiste, les systèmes devenant de plus en plus complexes, il est naturel que l’individu ne puisse les comprendre, et l’État doit prendre le relais.
V. Planisme et démocratie En fait, le planisme va règlementer tous les aspects de la vie et du travail de l’individu. Il ne s’agira pas de morale (car la morale ne peut être collective), mais d’une idéologie (l’adhésion au Plan) qui va s’insérer dans les moindres détails. Or si les moyens (les moyens d’actions du Plan) peuvent facilement faire l’objet d’un consensus des planificateurs, il n’en est pas de même des fins. Pour quoi mener la société dans telle direction ? Les réponses sont aussi diverses que les individus, en effet la question des fins est essentiellement morale : c’est une projection dans le futur de l’individu.
On pourrait imaginer qu’il y ait des votes de la population pour se prononcer sur les fins. Mais là encore, ce règne de la démocratie et des majorités à 51 % n’assureraient pas une caution morale au planisme. Seul l’individu peut s’assigner ses fins et être moral : la valeur essentielle est donc la liberté et non la démocratie.
VI. Le planisme et la règle de la loi Ainsi, (p. 63, ed. Puf, 2005). La règle de la loi est un cadre souple fixant des règles communes minimales et s’adaptant de manière empirique aux nouvelles situations. C’est tout le contraire d’un planisme qui légifère de manière abstraite et qui, in fine, contient des tendances totalitaires car partant du principe d’une absence de liberté individuelle. On voit cela par exemple chez H.G. Wells soumettant toutes les libertés des Droits de l’homme à un « mais » : celui de ne pas s’opposer au bien-être général.
VII. Contrôle économique et totalitarisme Il y a un lien étroit entre liberté économique et liberté politique. Si l’État commence à réglementer la production de produits, il réglementera également sa consommation. Partant, il réglementera les prix, puis les salaires. Il devra assigner à chaque individu une place précise dans l’appareil productif, réglementer ses besoins et le récompenser selon son utilité pour le système. Partant, les systèmes de contrôle se feront plus intensifs et concerneront tous les aspects de la vie et l’activité de l’individu. Cela aboutit donc au totalitarisme.
VIII. Pour qui ? Avec l’idée d’égalité complète du collectivisme, est associée de manière erronée l’idée du service du plus grand nombre. En réalité, les lois neutres du marché (offre-demande ; libre fluctuation de la monnaie) étant suspendues, c’est l’État qui détermine ce qui est utile ou inutile et qui finalement va avantager un groupe ou une caste.
IX. Sécurité et liberté Le besoin de sécurité est mis en avant dans les régimes totalitaires. Cela aboutit rapidement à une militarisation de la société (l’Allemagne s’enorgueillissant, de la Prusse au nazisme, d’être un () et une surveillance et une criminalisation du travail mal fait.
Dans les sociétés libérales, des tentatives de promouvoir la sécurité d’emploi (ou de salaires) aboutissent souvent à privilégier un groupe (ouvriers syndiqués par exemple) et à précariser les individus n’y appartenant pas.
X. La sélection par en bas La prise de pouvoir des régimes collectivistes révèle une grande méfiance envers le collectif : contre l’établissement de règles universelles, typiques de la démocratie libérale et révélatrices de la confiance dans un projet collectif où tout humain se retrouvent, ils préfèrent des lois qui particularisent (nation, classe, race) et prennent le pouvoir en s’appuyant sur un petit groupe de fanatiques (non intellectuels) dont la principale qualité, infra-morale, est celle d’obéissance. Cela hante notamment les théoriciens socialistes (Bernard Shaw, les Webb…).
XI. La fin de la vérité L’obéissance se fait envers un groupe et in fine envers un dirigeant. Ce dernier n’agit pas selon une morale prédéfinie, mais selon son bon plaisir. L’effort intellectuel des régimes collectivistes consiste à justifier par des théories pseudo-scientifiques – Blut und Boden par exemple - à la fausseté parfois assumée – les « nobles mensonges » de Platon ou les « mythes » de Sorel ; ainsi l’on va jusqu’à tenter de faire rentrer la science dans la doctrine officielle dans les tentatives de mathématiques soviétiques ou de mathématiques allemandes (nazies). De fait le mécanisme intellectuel qui consiste fondamentalement à penser un réel échappant aux théories existantes, se grippe rapidement dans ces régimes.
XII. Les racines socialistes du nazisme Plusieurs théoriciens socialistes fournissent une transition entre socialisme et nazisme : Werner Sombart : à la morale de commerçants individualistes des Anglais doit se substituer celle de héros. C’est ce combat qui se joue dans le 1er conflit mondial. Johann Plenge : l’Allemagne est l’exposant le plus sincère de la doctrine socialiste, c’est elle qui a inventé l’organisation à l’échelle de l’État, le règne des corps et de la . L’Angleterre représente les forces contre-révolutionnaires. C’est là aussi ce combat qui se joue dans le 1er conflit mondial. Paul Lentsch reprend des formulations similaires. Oswald Spengler, dans Prussianisme et socialisme (1920), fait de même l’éloge de l’État horloger et du . Ferdinant Fried organise dans les années 1920 une revue, , concentrant les attaques contre l’ennemi commun : le libéralisme.
XIII. Les totalitaires parmi nous Dans la Grande-Bretagne contemporaine, des auteurs ont repris et diffusé ces thèses socialistes. Ainsi Edward Hallett Carr proclame que le laissez-faire est contre-productif et que la marche de l’histoire mène inéluctablement à un collectivisme socialisant sur le modèle allemand. Ou encore Conrad Hal Waddington.
(p. 141). De même, la tendance au monopole de ces deux groupes est souvent rapidement doublée d’un monopole d'État, d’autant plus dangereux que ce dernier agit contre la concurrence (du privé ou des autres États, selon une tendance centralisatrice et protectionniste) mais aussi contre la critique de son monopole (tendance totalitaire).
XIV. Conditions matérielles et fins idéales