vignette|Symbole électoral du Parti communiste de Grèce. vignette|Drapeau du Parti communiste de Grèce. Le Parti communiste de Grèce (en grec , abrégé usuellement en KKE) est un parti politique grec d'extrême gauche fondé en 1918 mais légalisé en 1974.

À partir des années 2000, il obtient entre 4,5 et 8,2 % de votes aux élections législatives grecques, lui valant entre sur les 300 que compte le Parlement grec. Son émanation syndicale est le Front militant de tous les travailleurs (PAME).

Histoire

Origines (1918-1924)

Le , Abraham Benaroya fonde le Parti socialiste ouvrier de Grèce, le SEKE (). Le premier comité central est composé de N. Dimitratos, D. Ligdopoulos, M. Sideris, A. Arvanitis et S. Kokkinos.

Lors de son deuxième congrès, le , la majorité du SEKE décide de rejoindre la Troisième Internationale, tandis qu'une minorité dirigée par A. Sideris s'y oppose et fonde le Parti socialiste de Grèce. La branche majoritaire et communiste devient ainsi le SEKE-K. Son nouveau comité central est composé de N. et P. Dimitratos, Y. Kordatos, G. Doumas et M. Sideris. Lors du troisième congrès extraordinaire de 1924, le SEKE-K prend le nom de KKE et adopte le marxisme-léninisme ainsi que le centralisme démocratique comme éléments fondamentaux de sa doctrine.

Débuts (1924-1941)

La République (1924-1935)

La monarchie est abolie en 1924. les communistes votent pour l'établissement de la république, mais les partis libéraux ne parviennent pas à établir la stabilité. Le coup d'État du général Pangalos le ouvre pour le KKE une période de clandestinité jusqu'au rétablissement de la démocratie en 1926, qui permet au parti d'obtenir dix élus au Parlement.

Le KKE est rapidement de nouveau confronté à la répression : « En 1929, si vous lisiez un journal de gauche ou si vous aviez des conversations sur l’idéologie, c’était considéré comme un crime, rappelle l'universitaire Seraphim Séfériades. Une loi spéciale a été créée pour punir toute action, discussion ou propagation d’idées liés au socialisme. Ce contexte a contraint le KKE à être un petit parti soumis à une forte pression. »

Jusqu'en 1935, la politique du KKE suit fidèlement les évolutions de l'Internationale communiste : , front uni, front populaire antifasciste. Ce dernier se traduit par la signature d'un accord avec le Parti agraire, le Parti socialiste et le Parti ouvrier social-démocrate.

Retour de la monarchie et dictature (1935-1941)

Le retour du roi n'apporte pas non plus de solution. Aux élections de , le Front uni emporte , mais en , le gouvernement est confié à Ioannis Metaxas qui instaure un régime dictatorial, sans aucun parti, la . Tous les partis sont donc interdits, mais le KKE s'adapte à la vie clandestine malgré ses difficultés alors que les partis sont totalement désorganisés. Le KKE est donc avantagé lorsque le pays est occupé en 1941.

Seconde Guerre mondiale et suites (1941-1946)

Résistance : l'EAM-ELAS

La résistance intérieure s'organise rapidement en différents mouvements : l'EDES, l'EKKA, et surtout l'EAM (Front de libération nationale) qui est une émanation du KKE, ainsi que sa branche militaire, l'Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS). La résistance communiste se manifeste au bout de quelques jours d'occupation d'Athènes avec l'action de Manólis Glézos et Apóstolos Sántas sur l'Acropole.

L’EAM-ELAS représente de loin la principale organisation de résistance en Grèce..

Auto-administration des régions libérées À partir de 1943, de très vastes régions ne sont plus réellement contrôlées par les occupants, mais directement administrées par l'EAM. Dans ces régions, les conceptions socialistes ne sont pas mises en pratique : pas de réforme agraire ni d'appropriation collective des moyens de production (une même circonspection quant à la socialisation des biens se retrouvera lors de la guerre civile). Est mise en place une forme d'auto-administration qui fait partie de la tradition grecque : d'abord au niveau communal, ultérieurement au niveau des provinces puis des préfectures. Les institutions sont l'assemblée générale (hommes et femmes de plus de ), les commissions populaires, le Tribunal populaire. Cette auto-administration est tout à fait adaptée dans le cadre du conflit, puisque le pouvoir central appartient à l'occupant, mais irait à l'encontre du principe communiste de la centralisation au cas où le KKE arriverait au pouvoir après la guerreContogeorgis, ..

EAM dans les villes En ce qui concerne les villes, l'EAM intervient clandestinement, mais détient une influence énorme sur leur population et est en mesure de lancer des mouvements sociaux importants (grèves) ou des actions de sabotage perturbant gravement la machine militaire allemande. L'EAM lutte aussi efficacement contre la bulgarisation dans la zone attribuée à la Bulgarie (Thrace, Thasos, Samothrace).

Montée en puissance de l'EAM dans la résistance Les relations avec les autres mouvements de résistance sont parfois tendues, voire conflictuelles. En , l'Italie de Badoglio signe un armistice avec les Alliés. En Grèce, cela aboutit à la livraison de l'armement italien à l'ELASContogeorgis, ., dont la prédominance est ainsi accentuée. Rapidement, l'EKKA est neutralisée et l'EDES est cantonnée en Epire.

Un épisode extérieur essentiel est la conférence de Téhéran (), au cours de laquelle Churchill et Staline auraient échangé la Pologne contre la Grèce : l'une destinée à passer dans la sphère d'influence soviétique, l'autre dans la sphère britannique. Le gouvernement britannique décide alors d'affaiblir l'influence de l’EAM hors des frontières grecques en renvoyant ses représentants auprès du gouvernement en exil, tout en traçant l’esquisse de ce qui sera le plan Manna : l’envoi d’un corps expéditionnaire en Grèce lors du retrait des troupes allemandes. Les agents britanniques déployés en Grèce reçoivent pour mission de nuire à l’ELAS. Ils tentent de recruter ses partisans en leur proposant de l'argent, financent les petites organisations concurrentes, y compris certaines « nationalistes » versant parfois dans la collaboration avec l'occupant nazi.

Libération : conflit avec les Britanniques (1944-1945)

En 1944, les Britanniques et l'EAM préparent l'après-libération. En , l'EAM crée le Comité politique de libération nationale (PEEA), ou , pour administrer les zones libérées. Celui-ci organise des élections pour un Conseil national (Parlement). Churchill décide de s'appuyer sur la monarchie, bien qu'elle soit discréditée. L'armée grecque de l'étranger () est épurée à la suite de mutineries pro-EAM, ( en Afrique du NordContogeorgis, .). Des négociations ont lieu, mais l'EAM n'exploite pas sa position de force à l'intérieur, consentant des concessions considérables (conférence du Liban le , accord de Caserte en septembre).

La libération de la Grèce, à partir de l'automne 1944, s'accompagne effectivement de l'arrivée des troupes britanniques, en particulier le détachement qui débarque à Athènes au moment du départ des Allemands le .

Une fois le pays libéré, la situation politique reste très tendue. Installées le dans la capitale, les autorités britanniques exigent le désarmement de l’ELAS, alors même que des miliciens armés en partie issus des bataillons de sécurité circulent dans la capitale, persécutant les résistants. Le , les rues de la capitale accueillent une manifestation massive pour réclamer la démission du gouvernement installé par les Britanniques et la constitution d’un nouveau gouvernement. Le massacre qui s’ensuit — la police ouvre le feu sur les manifestants, faisant une vingtaine de morts et plus d’une centaine de blessés — aboutit à un véritable conflit opposant l’armée britannique et l'EAM-ELAS pour le contrôle d'Athènes et du port du Pirée. Mais, en l'absence d'une action massive de l'ELAS hors de la zone de la capitale, les Britanniques l'emportent assez facilement.

Cet épisode se solde par le traité de Várkiza signé en , par lesquels l'ELAS est officiellement dissoute dans toute la Grèce.

Après-guerre (1945-1946)

Le rétablissement du gouvernement royal, sous la forme d'un régime autoritaire protégé par les Britanniques et, de plus en plus, par les Américains, place les anciens résistants dans une situation difficile ; une répression anticommuniste frappe d'anciens résistants.

guerre civile (1946-49) et ses suites

Le KKE ne peut pas accepter une telle évolution. L'intensité de l'antagonisme débouche sur la guerre civile, qui dure de 1946 à 1949.

Pendant plus de deux ans la Grèce est coupée en deux : une partie est tenue par les milices de droite et surtout par l'armée gouvernementale, l'autre par l’Armée démocratique de Grèce, officiellement fondée en (par exemple, Delphes est sous le contrôle des communistesCf. le récit par Jacques Lacarrière de sa visite à Delphes en 1947 dans l'Eté grec.). Le KKE bénéficie dans un premier temps d'une aide venant des pays communistes, notamment de la Yougoslavie. Mais cette aide décline du fait de la rupture entre Tito et Staline en 1948 ; du reste, Staline ne tient pas vraiment à la victoire des communistes en Grèce. Le gouvernement, dirigé à ce moment par les libéraux (Sophocle Vénizelos et Geórgios Papandréou), bénéficiant du soutien américain (doctrine Truman) l'emporte donc en 1949. Cette victoire s'accompagne de nouveau d'une intense répression contre les communistes, mais aussi contre la gauche en général.

De nombreux communistes se réfugient alors dans les du bloc de l'Est. Mais des milliers de ses membres et cadres, arrêtés, sont emprisonnés, déportés dans les îles (bagne de Makronissos), voire torturés ou tués, ainsi Níkos Beloyánnis, un de ses leaders arrêté et exécuté en 1952. Quelques-uns des prisonniers politiques sont relâchés au cours des années 1950 (Míkis Theodorákis), mais il y en a encore un grand nombre en 1964, date de la première amnistie (limitée) réalisée par Geórgios Papandréou.

Période de l'EDA (1951-1967)

Tandis que la direction du parti est installée à l'étranger (URSS, Roumanie, Bulgarie), l'organisation clandestine en Grèce va se doter d'une façade légale sous la forme de l'Union démocratique de la gauche (ΕAD) créée en 1951. Les élections de 1951 ne lui donnent aucun député et surtout permettent le retour au pouvoir de la droite avec le Rassemblement grec du général Aléxandros Papágos, parti qui devient ensuite l'ERE de Konstantínos Karamanlís. Le gouvernement de la droite est marqué par un anticommunisme encore plus systématique que celui des libéraux, désormais dans l'opposition, mais qui dans l'ensemble refusent de coopérer avec l'EDA.

L'histoire de l'EDA est marquée notamment par la personnalité de Grigóris Lambrákis, élu député en 1961 au Pirée et assassiné en à Thessalonique. Les autres personnalités connues de l'EDA sont Ilias Iliou, le poète Yánnis Rítsos, le compositeur Míkis Theodorákis.

Dictature des colonels et scission (1967-1974)

Après l'instauration de la dictature des colonels le , le KKE est interdit. Il se scinde en deux en 1968, certains communistes, opposés à la répression du Printemps de Prague, souhaitant se rapprocher de la ligne eurocommuniste suivie notamment par le Parti communiste italien. Ils prirent le nom de KKE de l'intérieur (« ΚΚΕ εσωτερικού », ou KKE esot).

Retour à la vie légale (depuis 1974)