Geneviève de Gaulle-Anthonioz, née le à Saint-Jean-de-Valériscle (Gard) dans les Cévennes et morte le à , est une résistante française puis militante des droits de l'homme et de la lutte contre la pauvreté.
Elle est la nièce du président de la République Charles de Gaulle. Sous l'Occupation, alors qu'elle est étudiante à l'université de Rennes, elle mène des actions de résistance au sein du réseau du musée de l'Homme puis du réseau Défense de la France. Arrêtée par la Gestapo, elle est déportée en au camp de Ravensbrück où elle est détenue jusqu'en . Traitée comme monnaie d'échange par Heinrich Himmler, elle est tenue au secret dans un camp au sud de l'Allemagne jusqu'en , avant d'être transférée à Genève où son père travaillait comme consul. Après la guerre, elle s'engage notamment dans la lutte contre la pauvreté et assure la présidence de l'antenne française d'ATD Quart monde de 1964 à 1998.
En 2015, treize ans après sa mort, elle fait son entrée au Panthéon, avec un cercueil ne contenant cependant que de la terre issue de son cimetière, sa famille ayant refusé qu'elle soit séparée de son époux.
Biographie
Famille Geneviève de Gaulle est la fille de Xavier de Gaulle, frère aîné. de Charles de Gaulle, et de Germaine Gourdon. Elle est aussi la petite-fille de Pierre Gourdon, auteur de romans populaires.
Elle naît à Saint-Jean-de-Valériscle, petite commune située dans le bassin houiller des Cévennes, son père, Xavier, ingénieur des mines, y trouvant son premier emploi civil. Il rejoint rapidement le bassin houiller de la Sarre alors sous administration française. En 1925, alors qu'elle n'a que cinq ans, sa mère Germaine meurt à d'une septicémie consécutive à la mort in utero de l'enfant qu'elle portait. C'est un premier choc affectif, Geneviève de Gaulle devient très proche de son père, et supporte mal son remariage en 1930 avec une petite-cousine de sa première épouse : Armelle Chevalier-Chantepie. Geneviève de Gaulle vit en Sarre jusqu'à l'âge de 15 ans, elle apprend l'allemand et devient pratiquement bilingue. Dès cette époque, son père lui fait lire Mein Kampf.
En 1935, la Sarre choisit de devenir allemande à la suite d'un plébiscite. Les Français doivent quitter le pays. Sa famille s'installe à Rennes où elle termine sa scolarité. Sa famille vécut à Rennes de 1935 à 1938, au 10 rue de Robien.
En 1939, elle s'inscrit en histoire à la faculté de Rennes. Elle ambitionne alors d'intégrer l'École nationale des chartes, à l'instar de son bisaïeul Julien-Philippe..
Résistance et déportation Geneviève de Gaulle, à , est étudiante à la faculté d'histoire de Rennes en quand elle entre en résistance, sous le nom de Germaine LecomtePortait de Geneviève de Gaulle Anthonioz, sur le site Femmes ad hoc (consulté le 28 mars 2017).. Elle commence ses premiers actes en déchirant des affiches allemandes, en fabriquant des croix de Lorraine ou en arrachant, du pont de la Vilaine, un fanion nazi qu'elle rapporte chez elle comme trophée. Avec ses amis étudiants, elle imprime et diffuse des tracts contre les nazis et le régime de VichyAttestation d'appartenance aux FFC, sur le site du Musée de la résistance (consulté le 28 mars 2017)..
À la rentrée universitaire de 1941, inscrite en licence d'histoire à la Sorbonne, Geneviève de Gaulle est hébergée par sa tante, Madeleine de Gaulle. Dans le réseau du musée de l'Homme, elle multiplie les actions de renseignement et d’information. Elle rejoint en 1943 le réseau Défense de la France. Elle écrit deux articles dans le journal clandestin de ce groupe à propos de son oncle le général de Gaulle. Elle les signe sous le nom de Gallia.
Elle est arrêtée à la suite d'une trahison dans une souricière tendue dans la librairie "Au voeu de ", 68 rue Bonaparte, par Pierre Bonny de la Gestapo française, le plaque commémorative au 68 rue Bonaparte, dans le de Paris.. Elle est alors dans la clandestinité avec des faux-papiers qui sont détectés ; elle révèle sa véritable identité immédiatement. Dans un premier temps, elle est emprisonnée à Fresnes, puis envoyée au camp de Royallieu avant d'être déportée au camp de concentration de Ravensbrück le avec le matricule . Au camp, elle rencontre d'autres résistantes et se lie d’amitié avec elles : Jacqueline Pery d'Alincourt, Suzanne Hiltermann, Raymonde Rose Perrier, Anise Postel-Vinay, Germaine Tillion, Marie Berthe "Betty" SérotCf. Collège Pablo Picasso à Montesson, sur le site archive.org (consulté le 28 mars 2017).Marie Berthe Sérot, née Grünfelder, est la femme du colonel André Sérot., .
En , elle est placée en isolement au bunker du camp, décision prise par Himmler afin de la garder en vie et de l'utiliser comme monnaie d’échange, à une époque où Charles de Gaulle gouverne la France libérée. Elle n'en sort que grâce à des tractations de la croix rouge internationale, en même temps que Virginia d'Albert-Lake (américaine) l'entraine dans un périple à travers l'Allemagne en ruine, escortée de SS, jusqu'à la date de sa libération effective le , où on la conduit depuis le Wurtemberg jusqu'en Suisse. françaises seront libres le , sur une tractation de Himmler, en échange d'auxiliaires de l'armée allemande. Grâce au comte Bernadotte, vice président de la croix rouge internationale. sont libérées aux alentours de Pâques le . La libération du camp par l'Armée rouge a lieu le .
Elle a tiré de cette expérience La Traversée de la nuit, écrit cinquante ans après sa libération, publié le , et qui évoque sa vie à Ravensbrück, l'entraide entre les détenues et les circonstances de sa sortie du camp, ainsi que des articles, notamment sur la condition des enfants.
Après la guerre Après la guerre, elle rencontre lors de sa convalescence en Suisse Bernard Anthonioz, éditeur d’art et ancien résistant. Elle l'épouse le à GenèveChristine Kerdellant, De Gaulle et les femmes, Éditions Robert Laffont, 2019, p.243. La cérémonie religieuse de leur mariage est célébrée par Charles Journet .. Ils ont quatre enfants, notamment Michel Anthonioz, qu'elle inscrit dès sa naissance en 1947 comme membre du RPF.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz est membre puis présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR). Elle suit les procès des criminels nazis en Allemagne, puis participe à l’essor du mouvement politique lancé par son oncle, le RPF.
En 1958, son époux Bernard Anthonioz rejoint le cabinet d'André Malraux comme directeur de la création artistique au Ministère des Affaires culturelles. Geneviève assiste son époux dans ses nouvelles fonctions. C'est à cette époque qu'elle rencontre le Père Joseph Wresinski, alors aumônier du bidonville de Noisy-le-Grand. Dans les souffrances des familles qu'elle y découvre, elle revoit celles qu'elle-même et d'autres déportés ont vécu et décide de s'engager avec Joseph Wresinski dans le mouvement ATD Quart monde que celui-ci a fondé. Elle est présidente de la branche française du Mouvement de 1964 à 1998.
En 1960, Geneviève de Gaulle participe au comité de défense pour Djamila Boupacha, créé et présidé par Simone de Beauvoir. Djamila Boupacha, arrêtée par l'armée française durant la guerre d'Algérie, a été torturée, violée et battue par ses gardiens..
En 1987, elle témoigne sur les pratiques criminelles nazies lors du procès de Klaus Barbie.
Nommée en 1988 au Conseil économique et social, elle se bat pendant dix ans pour l’adoption d’une loi d’orientation contre la grande pauvreté. Reportée en 1997 pour cause de dissolution de l’Assemblée nationale, la loi est votée en 1998.
Elle meurt en 2002, et est inhumée au cimetière de Bossey en Haute-Savoie. Lors de la Journée internationale des femmes, une plaque commémorative est installée à la porte de l'immeuble de son dernier domicile parisien, au numéro 4 de la rue Michelet« Geneviève de Gaulle-Anthonioz célébrée rue Michelet », publié le 8 mars 2013 sur le site Autour de Montparnasse (consulté le 16 août 2017)..
Panthéon Le , le président François Hollande annonceDiscours lors de la cérémonie d’hommage à la Résistance, François Hollande, 21 février 2014. la translation de sa dépouille au Panthéon aux côtés de l'ancien ministre de l'Éducation nationale du Front populaire Jean Zay et des résistants Pierre Brossolette et Germaine Tillion.. Cependant les familles des deux femmes refusent le transfert des corps au Panthéon, malgré la proposition faite par le président de la République que Geneviève Anthonioz soit accompagnée de son époux.. Cette confidence est faite par la fille de Geneviève de Gaulle lors de l'émission Secret professionnel, diffusée le dimanche sur France Culture. Le suivant, c'est donc un cercueil vide contenant un peu de terre prélevée dans le cimetière de Bossey qui est solennellement déposé dans la crypte du Panthéon..
Hommages et distinctions Procès de canonisation La première étape d'un dossier de canonisation comme sainte de l'Église catholique a été ouvert. En 2015, la procédure est arrêtée pour manque de postulateur.
Décorations (en 1997, première Française élevée à cette distinction) Décret du ..
(décret du ).
Prix 1994 : Prix des droits de l'Homme en France et dans le monde
Hommages vignette|Plaque 4 rue Michelet ().
Dédicaces Le général de Gaulle lui a dédicacé le premier tome de ses Mémoires de guerre en ces termes : « À ma chère nièce Geneviève, qui fut, tout de suite, jusqu'au bout, au fond de l'épreuve, au bord de la mort, un soldat de la France libre, et dont l'exemple m'a servi ».
Établissements scolaires Un lycée à MilhaudLycée Geneviève De Gaulle-Anthonioz, sur le site de l'Académie de Montpellier (consulté le 16 août 2017). (Gard). Plusieurs collèges : aux Bordes.L'idée d'inaugurer le collège sous ce nom vient du club Résistance fondé par M. Momboisse qui a travaillé avec ses élèves afin de l'inaugurer. (Loiret), à Cluses. (Haute-Savoie) et à CarcèsTransports scolaires, sur le site de la mairie de Carcès (consulté le 16 août 2017). Association sportive du collège Geneviève de Gaulle-Anthonioz, sur le site du journal-officiel.gouv.fr (consulté le 16 août 2017). (Var) inauguré en et Le Neubourg (Eure). Une école primaire à Vaulx-Milieu, dans le Nord-Isère, Fiche établissement sur le site de l'Académie de Grenoble (consulté le 10 septembre 2025). Une école maternelle à MontpellierÉcole maternelle publique de Gaulle Anthonioz, sur le site du Ministère de l'éducation nationale (consulté le 16 août 2017). (Hérault). Une école maternelle et élémentaire à ToulouseCartoucherie : à l'«école provisoire», le ras-le-bol s'éternise, publié le 20 septembre 2016 par Angelo Lorusso, sur le site de la dépêche.fr (consulté le 16 août 2017). dans le quartier de la Cartoucherie (secteur Rive gauche). Une école maternelle et élémentaire à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). Un collège d’enseignement public à Le Neubourg (Eure).
Autres établissements vignette|L’œuvre de l'artiste C215 entourée par Florence Berthout, maire du 5ème arrondissement de Paris et un des fils de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, le jour de l'inauguration du foyer. Le nouveau centre hospitalier de Saint-Dizier, ouvert en 2009. Un EHPAD à Rethel (Ardennes) Une résidence de logements sociaux à Saint-Jean-de-Valériscle, commune du Gard d'où elle est native. Inaugurée le par Isabelle Anthonioz-Gaggini et Michel Anthonioz. Un pôle d'accueil à Chambéry en Savoie. Un foyer d'accueil de nuit pour femmes sans abris à la mairie du 5ᵉ arrondissement de Paris. est inauguré par Florence Berthout, maire du 5ᵉ arrondissement. le en présence de ses enfants, petits-enfants et de l’artiste français C215. qui a réalisé une œuvre.
Lieux Une place (la place Geneviève-de-Gaulle-Anthonioz) porte son nom dans le (terre-plein au carrefour des rues de Vaugirard, de la Convention et Alain-Chartier), ainsi qu'un square à Villeurbanne (Rhône), le Parc du Centre. Une place porte également son nom à Toulouse dans le quartier de La Faourette.