François Cabarrus (en espagnol : Francisco Cabarrús), comte de Cabarrús et vicomte de Rabouillet, né à Bayonne le et mort à Séville le , est un financier et économiste franco-espagnol.

Conseiller du roi Charles III d'Espagne, fondateur de la banque San Carlos (première banque centrale espagnole), créateur du premier papier-monnaie espagnol, Cabarrus est fait comte par Charles IV. Accusé de détournement et emprisonné en 1790, il est libéré deux ans plus tard. En 1808, pendant l'occupation française de l'Espagne, Joseph Bonaparte en fait son ministre des Finances, fonction qu’il occupe jusqu'à sa mort.

Cabarrus occupe une place importante parmi les Espagnols du siècle des Lumières, du fait de son caractère volontaire, de son immense capacité de travail, de la variété de ses centres d’intérêts intellectuels et de sa volonté de changer la sociétéRegureiro Ovidio Garcia, Francisco de Cabarrus, Un personaje y su epoca, Madrid : Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2003.. L'historien français Jean Sarrailh le cite ainsi parmi les Espagnols illustres de la fin du L'Espagne éclairée de la deuxième moitié du (1954)..

Biographie Jeunesse François Cabarrus descend d’une famille de négociants avec l’outre-mer et de marins du Pays basque, anoblie en 1789, son père, Dominique-Eugène Cabarrus, est un riche négociant et armateur de navires négriers qui a fait fortune dans la pratique du commerce triangulaire avec les Antilles, notamment la colonie de Saint-Domingue, depuis le port de Bordeaux. Il fut un défenseur de la doctrine des solitaires de Port-Royal. Il est le fondateur de la loge maçonnique La Zélée de Bayonne. Il envoie son fils, à l'âge de 11 ans, chez les pères oratoriens, à Condom. Comme tous les membres de sa famille, il apprend à parler le français, le basque et l’espagnol.

François Cabarrus passe au collège de l’Esquile à Toulouse pour y faire son cours de philosophie; il multiplie les aventures amoureuses et revient à BayonneDictionnaire universel, historique, critique et bibliographique... d'après la 8me ed. publ. par MM. Chaudon et Delandine, 9me ed. revue et augmentée... par une société de savans français et étrangers, p.123.. Son père l'envoie à Saragosse pour parler la langue espagnole couramment et s'y perfectionner dans le commerce. Mais ce genre d'études ne lui convient guère, il quitte Bayonne.

vignette|gauche|Portrait de Maria Antonia Galabert y Casanova, comtesse de Cabarrus (1755 -1827). Il part en 1770 à Valence. Il est accueilli par la famille d’un négociant important, un Français établi en Espagne et marié à une Espagnole. Cet industriel est un correspondant des sociétés commerciales des Cabarrus. L’une des filles de ses hôtes, Maria Antonia de Galabert y Casanova (1755-1827) tombe amoureuse de lui, ils se marient le , sans l’accord des Galabert, à Valence. Dominique, le père de François lui coupe les vivres. Le jeune couple s'établit au château de Carabanchel Alto. Là, François Cabarrus reprend la fabrique de savon du grand-père et parrain de sa femme.

Le financier (1773) François Cabarrus devient l’ami des élites intellectuelles madrilènes. Il est un grand admirateur des philosophes des Lumières, notamment Rousseau. Gaspar Melchor de Jovellanos, Pablo de Olavide et Pedro Rodríguez de Campomanes, vont lui permettre de devenir un familier de la cour, où les conseillers étrangers sont nombreux et très écoutés. Le roi Charles III, lui-même, est très favorable aux réformes, qui sont défendues par un cercle d'hommes politiques, comme Jovellanos, Campomanes, Floridablanca et Aranda. Il faut moderniser un pays qui est très arriéré dans bien des domaines.

Cabarrus se distingue, en particulier dans le domaine financier. Il participe aux réunions des , avec des francs-maçons, comme lui. Il est membre de La Grande Loge indépendante d'Espagne. Il participe aussi à la . En 1781, il se fait naturaliser Espagnol avec toute sa famille.

En 1773, il fait nommer, comme commissionnaires, pour percevoir les fonds de l’emprunt du canal de Murcie, les frères Dubernad (Armand Joseph Dubernad), qui sont aussi amisMichel Zylberberg, Une si douce domination, Les milieux d’affaires français et l’Espagne en 1780-1808, Histoire économique et financière de la France, Études générales, 1993..

Le papier monnaie (1779) La guerre d'indépendance des États-Unis est déclarée, et en 1779, l'Espagne rejoint l'alliance conformément au pacte de famille entre les Bourbons. Privée de ses ressources du Mexique, le roi éprouve de l'embarras pour fournir aux dépenses de la guerre. Le gouvernement recherche les avis des personnes expérimentées, et le ministre des finances, qui avait distingué Cabarrus, le consulte sur les moyens de rétablir les finances et le crédit de l'État.

Cabarrus conçoit alors le projet de la création des billets royaux, espèce de papier-monnaie portant intérêt. On adopte son plan, et on crée pour dix millions de piastres en billets royaux, qu'on divise en coupures qui peuvent rendre plus facile le calcul des intérêts que chaque billet produit par jour. Ces billets doivent être renouvelés chaque année, et les intérêts échus payés au dernier porteur. Ils ont d'abord un très grand succès, et sont même préférés à la monnaie effective sur laquelle ils gagnent une prime, ce qui donne une grande influence à CabarrusBiographie universelle ancienne et moderne : ou histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes / éd. par Louis-Gabriel Michaud. - Nouvelle édition, p.434..

La banque centrale espagnole (1782) vignette|Action de la Banco Nacional de San Carlos en date du 2 juin 1782, signé par François Cabarrus. Cabarrus fonde la Banco de San Carlos, ancêtre de la future banque d'Espagne. En réalité, il est à l’origine d’un plan de rétablissement d’une ancienne banque de Saint Charles, qui est recréée le , et dont il est nommé directeur. Cette banque est chargée d'acquitter toutes les obligations du trésor. Elle est aussi chargée de l'administration des fonds des armées de terre et de mer. Elle a un rayonnement intérieur, aussi bien qu'à l'étranger, et le roi lui alloue une commission d’un sixième pour cent sur tous ses services. Le taux de ses escomptes est fixé à quatre pour cent. Le fonds capital de cette banque est porté à 15 millions de piastres fortes, et divisé en cent cinquante mille actions de réaux chacune. Les avantages de l'établissement de cette banque sont consignés dans les comptes-rendus des assemblées générales des actionnaires du et .

Dans toute l'Espagne et en Europe, des commissionnaires sont désignés pour recevoir les souscriptions. Les parents de Cabarrus achètent de grosses quantités d’actions de la banque de Cabarrus et sont commissionnaires. François Cabarrus nomme à Bayonne Dominique Cabarrus et fils jeune, la société de son père. François Cabarrus fait appel à Bordeaux à Dominique Cabarrus cadet, fondée par son oncle. Quand la première assemblée des actionnaires s'ouvre dans la résidence du gouverneur du Conseil de Castille, parmi les 112 personnes ou institutions, les Cabarrus, les Lannux-Dubernad et les familles alliées sont très présents. Les Lannux sont aussi nommés consuls d'Espagne en France et maires de Morlaix. Ils allient le pouvoir politique au pouvoir économique. Cabarrus, dispose également de l'appui des représentants du gouvernement, ce qui lui permet de conduire à sa guise les travaux de l'assemblée des actionnaires.

Michel Zylberberg, dans son étude sur les Français en Espagne au , ajoute que les autres commissionnaires de la banque nationale de San Carlos sont pour la plupart Français ou d'origine française et que beaucoup parmi eux, avaient participé et participent avec Cabarrus, aux opérations de financement de la guerre toujours en cours. Sources : A.H.B.E. Secretaria leg 454, Zylberberg Michel, Les milieux d’affaires français et l’Espagne en 1780-1808, p. 285, Historia de la vida y reinado de Fernando VII de España, con documentos justificativos, p. 371, A.H.N. Consejos leg. 20255..

La principale tâche de l'Assemblée, consiste à élire la direction de la banque. Cela ne l'empêche pas de faire la traite des noirs, comme son père avant lui, et son fils lui succédera dans cette activité.

La Compagnie royale des Philippines (1783) vignette|redresse|François Cabarrus. La Compañía Guipuzcoana de Caracas avait essuyé des pertes considérables pendant la guerre. Elle avait été privée du commerce exclusif du cacao, dont elle n'a plus le privilège depuis 1784. Elle cherche à se rétablir. Cabarrus propose d'unir le commerce de l’Amérique avec celui de l'Asie par les Philippines. Son plan est adopté, la Compagnie royale des Philippines est créée le . La compagnie est instituée par une Real cédula du . Le roi donne son nom à une île de cet archipel des PhilippinesGé-Magazine n°178 de 12/1989..

Le canal de Cabarrus Après avoir attaché son nom à la Banco de San Carlos et à la Compagnie royale des Philippines, Cabarrus veut acquérir de nouveaux droits à la reconnaissance de sa patrie adoptive. À l’origine, Cabarrús avait observé que la position de la capitale l'expose à une disette de subsistances et à l'impossibilité de ne s'en procurer en tous temps qu'à des prix très élevés à cause de la cherté des longs transports par terre. Il conçoit le plan d'un canal de navigation prenant sa source dans la sierra de Guadarrama, passant à Madrid, et s'unissant au Guadalquivir. Il veut aussi mettre à profit les eaux abondantes des rivières Jarama et Lozoya, pour irriguer les terres sèches du sud de la Castille. Cabarrús, avec ses fonds propres acquiert les droits des eaux des deux rivières, que la famille Echauz détenait. Le projet démarre. Le gouvernement approuve ce plan. Le ministre , fait ordonner la suspension des travaux en 1784. Le projet du , fut repris et devint le canal de Isabel II, alimentant en eau la ville de Madrid.

Le Conseil des Finances François Cabarrus est responsable des hôpitaux (1786) et député de Madrid. Les assemblées de la noblesse de Madrid conçoivent le projet de l'établissement d'un mont-de-piété pour secourir les veuves et les enfants des gentilshommes, à l'instar de pareilles institutions existantes dans d'autres parties du royaume, mais qui n'ont rien de commun que le nom de mont-de-piété établi en France. Cabarrus lit dans une séance de la société royale économique, un mémoire où il s'élève contre les monts-de-piété en général. Il préfère les enrichir par le développement de l'industrie, du négoce, des échanges financiers ou par de nouvelles techniques agricoles comme en Angleterre. Mais la noblesse espagnole n'est pas prête, excepté dans deux provinces, le Pays basque et les Asturies.

Attaques contre Cabarrus Les agioteurs de Madrid, de Genève et de Paris se liguent contre Cabarrus. Ils conçoivent le projet d'accaparer les actions de la banque de Saint-Charles. Pour atteindre ce but, ils font baisser le cours de ses effets, qui jouissent de la plus grande faveur. Ces spéculateurs ont recours à la plume de Mirabeau. Il publie un libelle intitulé : De la Banque d'Espagne, dite de Saint-Charles, par le comte de Mirabeau. L'auteur attaque les bases de cet établissement, les billets royaux, la Real Compañia de Filipinas, et François Cabarrus. Cet ouvrage a beaucoup d’impact. Cabarrus profite de tout son crédit pour faire interdire l'ouvrage en Espagne et en empêcher l'introduction. En vain.