En politique française, la gauche constitue l'ensemble des partis, familles et mouvements politiques français d'extrême gauche, de gauche radicale, de gauche et de centre gauche, selon le spectre politique droite-gauche habituellement utilisé en France.
D'autres représentations parlementaires concurrentes, de moindre postérité, furent historiquement employées : la Gironde, plaine ou marais et montagne sous la Révolution française ou résistance et mouvement sous la monarchie de Juillet.
Typologie
Pendant longtemps, s'affirmer ouvertement de droite a été considéré comme une impossibilité. Bon nombre de personnes ont pu se réclamer de la gauche, alors que leur positionnement politique pouvait permettre de penser le contraireMichel Winock, La droite racontée en famille, Plon, 2008. . Selon Michel Winock, la droite, parti de la résistance, du conservatisme et de la réaction, n'existe et ne se définit qu'en opposition à la gauche, parti de la réforme, du progrès et du mouvement. La droite n'est pour autant pas monolithique, elle est plurielle et constituée de familles contradictoires et antagonistes. Avec le temps, elle a, en partie, abandonné ses positions les plus conservatrices et s'est adaptée à la démocratie, au libéralisme et à la modernité.
Origine du terme La droite, la gauche et le centre sont des appellations qui correspondent à l'origine à la place occupée en France par chaque groupe politique dans l'hémicycle de l'assemblée nationale, vue par le président de l'Assemblée, qui fait face à l'hémicycle. Classifications selon Michel Winock Michel Winock retient quatre familles au sein de la gauche, considérées, selon les partis politiques contemporains, au travers des révolutions dont ils sont à l'origine : la gauche républicaine, la gauche socialiste, la gauche communiste et l'ultragauche.
Gauche républicaine
Idées : Républicanisme, Radicalisme, Radical-socialisme Partis : La Montagne, Parti républicain, radical et radical-socialiste, MRG, Parti Radical de Gauche, Place publique, Figures : Robespierre, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Jules Michelet, Victor Hugo, Léon Gambetta, Georges Clemenceau, Léon Bourgeois, Edouard Herriot, Jean-Pierre Chevènement, Bernard Cazeneuve
Gauche socialiste
Idées : Socialisme utopique, Socialisme, Social-démocratie, Socialisme démocratique, Ecosocialisme Partis : SFIO, PS, Parti de Gauche, LFI Figures : Saint-Simon, Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon
Gauche communiste
Idées : Communisme, Marxisme, Socialisme libertaire, Trotskisme, Anticapitalisme Partis : SFIC, PCF, LCR, LO, NPA. Figures : Blanqui, Proudhon, Louise Michel, Jules Guesde, Maurice Thorez, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, Philippe Poutou
Ultragauche
Idées : Anarchisme, Luxemburgisme, Spartakisme, Bordiguisme, Autonomisme, Anarcho-syndicalisme, Conseillisme, Situationnisme Partis : Figures :
Classifications selon Jacques Julliard Jacques Julliard, qui fait le choix de baser sa classification selon leur genèse indépendamment des partis politiques, en retient quatre autres : la gauche libérale, la gauche jacobine, la gauche collectiviste et la gauche libertaireJulliard, Jacques, Les gauches en France.
Gauche libérale
La gauche libérale, la plus proche de la droite, repose sur une croyance en l'économie de marché, en la distinction entre société civile et État et à la séparation des pouvoirs. Par rapport à son cousin de droite, la gauche libérale se différencie en prônant son attachement à la République, à la laïcité et donne la priorité aux "libertés-créances" sur les "libertés-garanties". Plus généralement, le libéral de gauche ne se préoccupe pas que de libertés, mais aussi d'égalitéGauche alternative, gauche jacobine, gauche libérale : irréconciliables, vraiment?.
Penseurs : Ledru-Rollin, Louis Blanc Figures : Pierre Mendès France
Gauche jacobine
Elle s'affirme pour le peuple en principe tout en lui retirant le pouvoir des mains en pratique. La gauche jacobine illustre en effet la "croyance quasi mystique dans la toute-puissance de la politique […] [comme] religion cachée de la gauche".La gauche jacobine est celle qui croit le plus en la république une et indivisible et en la laïcité. Penseurs : Jean-Jacques Rousseau, Robespierre Figures : Léon Gambetta, Georges Clemenceau
Gauche collectiviste
La gauche collectiviste, qui regroupe ainsi socialisme et communisme, est à relier à l'utopie, à l'idée d'organisation et au prolétariat. Son histoire s'écrit sous le sceau d'un paradoxe : révolutionnaire en rhétorique, elle gouverne le plus souvent avec la bourgeoisie (et avec un leader issu de cette classe).
Penseurs : Saint-Simon Autres figures : Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon
Gauche libertaire et alternative La gauche libertaire n'a pas de réelle traduction organisée et pour cause, puisqu'elle épouse la philosophie de la liberté contre celle de l'autorité. Elle sera portée par l'anarcho-syndicalisme au tournant des deux précédents siècles Figures : Proudhon, Blanqui
Histoire Jacques Julliard adopte une démarche chronologique, puisque l'histoire de la gauche serait aussi celle de sa confrontation avec la droite, dont les buts de guerre seraient définis au cours du conflit. Cette histoire n'est pas linéaire pour autant, Julliard se focalisant sur les grands « moments » de son histoire.
Le « moment philosophique » : les Lumières (1762-1789)
Le « moment fondateur » : la Révolution française (1789-1799) Dans les premiers temps de la Révolution, l'échiquier politique se divise entre les absolutistes (à la droite du roi dans les conseils) et les partisans d'une monarchie constitutionnelle, qu'on appela les Girondins. Cependant, à la chute de Louis XVI, les Girondins basculent à droite, et à gauche siègent désormais les Républicains Jacobins menés par Robespierre, qui applique la Terreur. À sa chute, les Jacobins tentent de reprendre le pouvoir aux directeurs modérés mais leurs activités sont considérablement réduites à quelques « clubs ».
Le « moment libéral » : la monarchie censitaire (1814-1848) Durant l'époque Napoléonienne, le clivage politique gauche n'existe plus ou du moins sera réduit au silence par les bonapartistes, qui se veulent impérialistes et Républicains. La Restauration
La monarchie de Juillet
Le « moment républicain » (1848-1898) République
Le « moment radical » (1898-1914)
L'affaire Dreyfus Durant l'affaire Dreyfus, la gauche française se positionnera plutôt en faveur de l'amnistie de Dreyfus, déporté au bagne en Guyane. Ils se placent en tant que « dreyfusards » et de nombreuses personnalités populaires interviendront dans cette affaire, à l'image d’Émile Zola, pilier de la littérature naturaliste, ou encore Jean Jaurès, fondateur du journal L'Humanité et père du socialisme français.
La lutte des classes
Le radicalisme républicain
Le socialisme
Le « Grand Schisme » (1920-1939)
La sortie de la Première Guerre mondiale Au sortir de la Première Guerre mondiale, la France s’interroge, exsangue malgré la victoire. La guerre a en profondeur modifié le paysage démographique français, avec de plus en plus de citadins, d’ouvriers, mais aussi une augmentation du nombre d’étrangers employés, afin de remplacer les morts des tranchées. Ces changements démographiques donnent une importance nouvelle aux milieux de gauche, dont la guerre a modifié le paysage politique et idéologique. En effet, en 1905 à Paris, le congrès du Globe signe l’unification du socialisme français (union du PSDF et du PSF), donnant suite au congrès socialiste international d'Amsterdam de 1904. La SFIO, « parti du mouvement ouvrier », naît à ce moment-là. Mais en 1914, la grande majorité de la SFIO accepte de cautionner la guerre, trahissant ainsi ses principes internationalistes et pacifistes. De plus, l'assassinat en 1914 de Jean Jaurès, le rassembleur des gauches, « l’espoir » encore tout récent de la révolution russe, le traumatisme des tranchées, la possibilité d’une révolution spartakiste outre-Rhin, d’une grève générale en France, modifient et divisent la gauche, entre partisans de la révolution et réformistes. Ainsi aperçoit-on déjà, en 1919, la division au sein de la gauche, division qui se concrétise au moment du Congrès de Tours, en et la scission idéologique profonde qui en découle. Véritable cassure dans l’histoire des gauches entre le passé mythique de la Première Internationale ou des discours de Jaurès, et l’avenir incertain et troublé par les divisions, la scission de Tours apparaît comme un point de départ d’une nouvelle époque.
Il semblerait qu’au-delà de la division politique des années 1920 entre révolutionnaires et réformistes, apparaisse une continuité pour la gauche, face aux nouveaux dangers des années 1930.
Le congrès de Tours de 1920
Ainsi, le Congrès de Tours apparaît comme un point de départ pour les gauches modernes et leurs divisions. En effet, durant le congrès, la SFIO se divisa en trois camps. Le premier, majoritaire, rassemblait les partisans de l'adhésion à la Internationale communiste. Il s'agissait surtout des plus jeunes dirigeants du parti soutenus par un très grand nombre de membres et regroupés autour du Comité de la troisième internationale (Boris Souvarine, Fernand Loriot, etc.). Le second camp était mené par une minorité acceptant l'adhésion, mais seulement sous certaines conditions. Ceux-ci, ne pouvant mettre en avant leurs revendications, se regroupèrent avec le troisième camp, mené par Léon Blum, et la majorité des élus, qui refusait totalement l'adhésion et souhaitait rester au sein de la Internationale. La SFIO se sépara donc en deux, concrétisant l’opposition de deux idées de la gauche : Celle d’une gauche révolutionnaire ennemie de la classe bourgeoise incarnée par la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC) aux ordres de la Internationale, et celle d’une gauche plus modérée, réformiste, incarnée par la minorité de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) regroupée autour de Blum, et qui fait scission.
D’abord, la SFIC est une section de la Internationale, rassemblant les partisans de Lénine et de la révolution. L’un des grands fondements de l’idée communiste d’après guerre est d’ailleurs la référence à la révolution russe, la passion encore romantique des communistes français pour cette « grande lueur à l’Est » dont parle Jules Romains qui ajoutait : « c'est peut-être une aurore, c'est peut-être un incendie. ». Les leaders communistes français sont invités à Moscou par Lénine, Cachin accompagne Frossard dans la Russie rouge. Un autre grand fondement du communisme du début des années 1920 est la révolte contre la guerre, comme en témoigne l’ouvrage de Barbusse, « le feu, journal d’une escouade ». Les communistes rendent les nations bourgeoises responsables des massacres de 14-18, et d’anciens combattants deviennent de célèbres militants communistes, tels que Vaillant Couturier. Le communisme de la SFIC prône en effet un refus total de l’ordre bourgeois, assimilé à l’ordre des « planqués » de la grande guerre, ou au conformisme de droite incarné pour les communistes par Barrès. La gauche se divise.
La division de la Gauche (1924-1934)