La chapelle Sainte-Anne-la-Palud est un édifice religieux situé sur la commune de Plonévez-Porzay, dans le département du Finistère, dans la région Bretagne, en France.

Géographie Située près des dunes surplombant la plage bordant l'océan Atlantique, la chapelle se trouve dans un ancien marais (palud ou palue) assaini au fil des siècles, et dépendant de la commune de Plonévez-Porzay.

Histoire

Origines légendaires La sainte AnneSainte-Anne la Palud, par l'abbé H. Bossus, recteur à Plonévez-Porzay et par l'abbé J. Thomas, instituteur à Landivisiau, Éd. Le livre d'histoire Paris, Monographies des villes et villages de France, Collection dirigée par M.-G. Micberth (2006) vénérée à Sainte-Anne-la-Palud est une sainte bretonne plus ou moins mythique qui fait partie de ces saints bretons de la Bretagne du haut Moyen-Âge. Elle est souvent assimilée à sainte Anne, la mère de la Vierge Marie. Sa vie est mal connue. Voici ce qu'en dit Gustave Geffroy en 1903 :

En raison de cette légende, sainte Anne est surnommée « Mamm gozh ar Vretoned » (la « grand-mère des Bretons ») et vénérée en Bretagne. Une autre légende, complémentaire, concernant la même sainte, est à l'origine d'un autre lieu célèbre de pèlerinage en Bretagne : Sainte-Anne-d'Auray.

« Palud » signifiant « marais », il est possible que, primitivement, était honorée dans ce lieu la déesse mère d'Irlande « De Ana », déesse de la fertilité, mais aussi déesse de la mort qui régnait sur les marais. Sainte Anne peut aussi être la christianisation de la divinité indo-européenne Ana Pourna (ana signifiant « souffle, âme »).

Les origines et les aménagements successifs du sanctuaire thumb|200px|Lettre d'Halna du Fretay, maire de Plonévez-Porzay, à propos d'une offrande royale à la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud en 1841 (Journal des débats politiques et littéraires du 24 avril 1841). La chapelle de Sainte-Anne-la-Palud, de son ancien nom en 1518 Sancta-Anna-ad-Paluden dépendait jusqu'à la Révolution française de l'abbaye de Landévennec. On prétend que la chapelle remonte au temps de saint Guénolé. Une pierre du clocher de la chapelle du portait la date de 1419. La chapelle fut reconstruite plusieurs fois notamment au .

La première chapelle dénommée Santez Anna Gollet (Sainte Anne la disparue) Cette première chapelle aurait été construite par Saint Guénolé. On pense qu'elle se situait au sud-ouest des dunes actuelles donc, aujourd'hui, sur la plage. Il existe encore un vieux chemin qui mène à cette ancienne chapelle disparue : Hent Santez Anna gollet (le chemin de Sainte-Anne la disparue).

La deuxième chapelle Celle-ci fut construite à l'époque romane sous la colline qui domine la baie. Sa flèche haute de portait les dates 1230 et 1419. Au linteau d’une porte latérale on pouvait lire 1232. Cette chapelle eut donc l'honneur de recevoir la statue de granit de 1548, couronnée en 1913.

La troisième chapelle vignette|180px|La statue de Sainte-Anne-la-Palud. Celle-ci aurait été érigée vers 1630 avec les matériaux de l'ancien édifice.

La quatrième chapelle Le premier dimanche de janvier 1858, le recteur de Plonévez-Porzay de l'époque a proposé un projet d'agrandissement de la chapelle. Il s'agissait de reconstruire le chœur et les deux sacristies. Le projet se heurta aux objections du préfet et fut abandonné.

En 1863, la chapelle est finalement reconstruite malgré, cette fois-ci, les réticences de l'évêché. La nouvelle chapelle date de 1864. Joseph Bigot est l'architecte de cette chapelle.

En 1903, un oratoire est construit sur le flanc nord de la chapelle pour l'usage des pèlerins toujours plus nombreux.

La statue de l'oratoire Dans la chapelle de l'oratoire se trouve la statue de Sainte-Anne-la-Palud dans une mandorle faisant lire les Saintes Écritures à sa fille Marie. Elle porte la date de 1548. La statue a été couronnée le sous la présidence de Adolphe Duparc, évêque de Quimper et Léon. La tradition veut que le fidèle ou le pèlerin fasse trois le tour du piédestal en granit passant sous la statue au bas de l'ogive décorant le fond parsemé de mosaïques.

La fontaine La fontaine de 1870 remplace l'édicule de 1642. Elle est l'œuvre de Christophe Kermaïdic. La niche contient deux statues en pierre de sainte Anne et de la Vierge. La niche a été gravement endommagée et la Vierge décapitée par des occupants le ..

Le calvaire La calvaire du milieu du est l'œuvre du sculpteur landernéen Roland Doré.

Pendant la Révolution française

En février 1796, la chapelle fut mise au vente au titre des biens nationaux : Le pèlerinage de Sainte-Anne de la Palue, Imprimerie de Kerangall, Quimper, 1897 (en ligne).. Au bout de quelques mois, un acquéreur, François Cosmao, du Linguez en Quéménéven, acheta les palues et la chapelle qui y était enclavée. En 1803, le tout fut revendu à deux cultivateurs de Plonévez-Porzay, Pierre Cornic et Yves Kernaléguen, qui remirent la chapelle à disposition du clergé de la paroisse. En 1834, les héritiers des deux acquéreurs revendirent la chapelle, la fontaine et la palue de Sainte-Anne à Alain Pouchoux, prêtre desservant de la paroisse de Plonévez-PorzayLe pèlerinage de Sainte-Anne de la Palue, Imprimerie de Kerangall, Quimper, 1897 (en ligne)..

Description du pardon dans la seconde moitié du et au début du thumb|center|750px|Henri Rivière : Le pardon de Sainte-Anne-la-Palud (1892-1893, bois gravé sur papier chine).

Les cérémonies du pardon thumb|Eugène Boudin, Le pardon de Sainte-Anne-la-Palud (vers 1858). Le pardon est traditionnellement organisé le dernier dimanche d'août, mais il durait plusieurs jours. Selon Gustave Geffroy en 1903, « la veille est le jour des mendiants qui n'ont pas le droit de revenir, ce qui différencie sensiblement des autres assemblées la pardon de Sainte-Anne-la-Palue »Gustave Geffroy, La Bretagne du centre, dans Le Tour du monde, Hachette, Paris, juillet 1903, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34446z/f198.pagination. thumb|La procession du pardon en 1903. thumb|160px|Préparation d'un reposoir en 1903. Bertrand de Mun décrit en 1887 le pardon de Sainte-Anne-la-Palud :

Laurent Tailhade a décrit dans le journal L'Aurore le pèlerinage de Santez Anna ar Palud en 1902Santez Anna ar Palud, journal L'Aurore du 8 septembre 1902, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7284837/f1.image.r=Ploar%C3%A9.

Le docteur Chevrey, qui visite la Bretagne en 1924, fait cette description du pardon de Sainte-Anne-la-Palud :

Les aspects profanes du pardon thumb|left|Le pardon de Sainte-Anne-la-Palud : campement des marchands de boissons (carte postale ND Photo). Dans un texte écrit en 1903, Laurent Tailhade évoque les . plus loin, il poursuit : Laurent Tailhade, Santez Anna ar Palud, Plâtres et marbres, Athéna, Paris, , 1922 (en ligne).. thumb|Le pardon de Sainte-Anne-la-Palud vers 1930 ; au premier plan un mendiant tend son chapeau (carte postale collection Villard).

Laurent Tailhade décrit ainsi dans ce même texte de 1903 les festivités suivant le pardon :

Le journal L'Ouest-Éclair décrit ainsi la fête profane liée au pardon en 1928 : L'Ouest-Éclair, , 28 août 1928 (en ligne)..

Les mendiants au Pardon : un fléau

« Avec les ivrognes, les mendiants professionnels sont le grand fléau de la Palud. Les uns ne sont que des vieillards inoffensifs, des scrofuleux philosophes pour lesquels le quémandage au long des routes représente un mode d'humiliation chrétienne, une exaltation mystique et ostentatoire de la pauvreté. Les autres, c'est la racaille abjecte qui cultivé ses plaies comme un champ de rapport. Voici un béquillard sordide dont une tuberculose a brûlé le faciès. (...) L'homme persécute les pèlerins de ses lamentations nasillardes. Il n'aille en breton pour les compatriotes, en latin ou en français pour le prêtre et pour le touriste »Rémy Saint-Maurice, revue L'Illustration, 1898.

Yvonne Jean-Haffen Entre 1930 et 1940, Yvonne Jean-Haffen fait des inscriptions sur l'église.

Le couronnement de la statue de Sainte-Anne la Palud La statue qui fut couronnée en 1913 a été taillée en 1548 dans du granit et peinte. Elle sort régulièrement pour faire la grande procession (dernier dimanche d'août de chaque année) et notamment en 1913 pour son couronnementJournal La Croix, n° du 15 avril 1913, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2585837/f4.image.r=Porzay?rk=150215;2, en 1998 pour ses 450 ans, en 2013 pour la célébration du centenaire de son couronnement et sortira en 2048 pour ses 500 ans. Autrefois, elle revêtait de beaux habits (Charles Le Goffic écrit qu'on l'habillait en paysanne de Plonévez-PorzayCharles Le Goffic, "Au pays d'Armor", éditions E. De Boccard, 1921.). On ne l'habille plus depuis le début du à l'exception d'une croix en métal doré autour du cou de sainte Anne et de la Vierge.

Le petit et le grand pardon

Le petit pardon

D'après la tradition, le pèlerinage de Sainte-Anne la Palud aurait été établi au début du par Saint Corentin et Saint Gwénolé sur un terrain donné à Sainte Anne par le roi Gradlon après la submersion de la Ville d'Is.

Le pèlerinage de Sainte-Anne a pris son essor dans seconde moitié du .

Le petit pardon a lieu fin juillet chaque année.

Le grand pardon thumb|Louis Duveau : Retour du pardon de Sainte-Anne-la-Palud (1859, Musée des Beaux-Arts de Quimper). thumb|Charles Cottet, Femmes de Plougastel au pardon de Sainte-Anne-la-Palud (1903), Musée des Beaux-Arts, Quimper. La chapelle accueille chaque année, pour le dernier week-end du mois d'août, l’un des plus importants pardons de Bretagne historique. On l'appelle aussi le grand pardon. Il s'étale sur quatre jours.

Le samedi : ouverture officielle du pardon à 17 h.

La première messe du pardon est célébrée dans la chapelle par le recteur de Plonévez-Porzay qui accueille les premiers pèlerins.

À 21h, la procession aux flambeaux leur permet de se regrouper en plein air devant l'autel des pardons pour une veillée de prière et l'Eucharistie.

Le dimanche : la messe de 9h qui a lieu dans la chapelle est suivie par la grand-messe de 10h30 en plein air. Celle-ci est présidée traditionnellement par un évêque invité par le propriétaire des lieux : l'évêché de Quimper et du Léon. Une nouvelle messe a lieu dans la chapelle à midi. Elle est suivie à 15h par une cérémonie en trois phases : les Vêpres (louange vespérale), la procession sur la dune et la bénédiction du Saint-Sacrement.

Les croix et bannières venues de tout le Finistère dessinent sur la dune un grand ruban coloré des ors des bannières rehaussés par la beauté des costumes des porteurs.

Le lundi : à 10h30, la chapelle reçoit les forains pour leur pèlerinage et la célébration de leurs baptêmes. À 15h, un office est célébré à l'intention de nos Grands Aînés (expression bretonne pour désigner les personnes âgées avec un profond respect). Autrefois, le lundi était organisée la foire de Sainte-Anne. Cette pratique est aujourd'hui tombée en désuétude.

Le mardi recevait autrefois en majorité des Douarnenistes pour un pardon moins ambitieux. Aujourd'hui ce sont essentiellement les pensionnaires des maisons de retraite qui fournissent l'essentiel des pèlerins. À 10h30, une messe solennelle est célébrée et, à 15h, le pardon s'achève par une cérémonie en trois phases : les Vêpres (louange vespérale), la procession sur la dune et la bénédiction du Saint-Sacrement.