Cy Twombly, né Edwin Parker Twombly Jr. le à Lexington (Virginie) – mort le à Rome, est un peintre, dessinateur, sculpteur et photographe américain.

Cy Twombly appartient à la génération de Robert Rauschenberg, Jasper Johns ou encore Brice Marden, renouvelant l'art américain après la génération des expressionnistes abstraits que furent Jackson Pollock, Mark Rothko ou Barnett Newman.

Son œuvre croise certains des enjeux majeurs de l'art au tels le dilemme abstraction/figuration, l'influence de la psychanalyse, le primitivisme, le rôle de l'écriture et du signe en peinture, l'hommage aux anciens (mythologie, poésie, peinture ancienne), les liens artistiques entre Europe et Amérique.

Biographie Origine familiale Edwin Parker Twombly Jr, dit « Cy », est né en 1928 à Lexington en Virginie. Son père, Edwin Parker Twombly, dit « Cy » (1894-1974), était joueur de baseball dans l'équipe des Chicago White Sox. Il prit alors le surnom du célèbre lanceur Denton True Young (1867-1955), dit « Cy Young » (Cy pour « Cyclone »).

Le peintre Cy Twombly a donc adopté non seulement les prénoms et nom de son père mais aussi son surnom. Cy Twombly Sr était professeur de sport au sein de la Washington and Lee University de Lexington.

Formation et premières expositions aux États-Unis Très jeune, Cy Twombly s'intéresse au dessin et à la peinture. Entre 1942 et 1946, il suit dans sa ville natale les cours du peintre Pierre Daura, un artiste espagnol (ancien élève du père de Picasso), longtemps réfugié en FranceÀ Paris et à Saint-Cirq-Lapopie (Lot). et venu aux États-Unis après avoir épousé une Virginienne en 1938.

En 1946, Twombly entre à la Darlington School de Rome en Géorgie. Il passe l'été 1947 avec une colonie d'artistes à Ogunquit et à Groveland. Puis il suit, de 1947 à 1949, les cours de la Boston Museum School.. Revenant étudier dans sa ville natale à la Washington and Lee University (Lexington), il est encouragé à intégrer l’Art Students League of New York (1950-1951). C'est là qu'il fait la rencontre des peintres Knox Martin et Robert RauschenbergWalter Hopps, Robert Rauschenberg : ., dont il deviendra l'amant. Sur les conseils de celui-ci, il séjourne ponctuellement en 1951 et 1952 au Black Mountain College, près d'Asheville en Caroline du Nord, un lieu d'échanges et de rencontres intellectuelles où l'avant-garde new-yorkaise se regroupe. Il y côtoie notamment Franz Kline, Robert Motherwell, Ben Shahn, le poète Charles Olson, le musicien John Cage et le danseur et chorégraphe Merce Cunningham.

Sa première exposition se tient en à la Seven Stairs Gallery de Chicago grâce à Aaron Siskind; il est exposé à la Kootz Gallery de New York au même moment par l'entremise de Robert Motherwell.. Une bourse du musée des beaux-arts de Virginie obtenue en 1952 lui permet alors d'entreprendre avec Robert Rauschenberg un voyage en Europe, en Espagne, en Italie, en France et en Afrique du Nord de à .. Au cours de ce voyage, les deux peintres découvrent notamment Rome, Venise, Florence, Assise ainsi que Casablanca, Marrakech et Tanger. Cy Twombly participe à des fouilles archéologiques dans des thermes romains.

De retour aux États-Unis en 1953, Twombly et Rauschenberg exposent à la Stable Gallery d'Eleanord Ward ce qui donne lieu à des critiques négatives. Twombly accomplit, entre l'automne 1953 et le printemps 1954, ses obligations militaires dans les services de cryptographie à Washington D.C. De retour à New York, il partage un temps l'atelier que Robert Rauschenberg loue Fulton Street. Sa vie new-yorkaise est marquée par de nouvelles amitiés, notamment avec Jasper Johns et Jackson Pollock, et par de nouvelles expositions à la Stable Gallery en 1956 et 1957. Il est exposé à partir de 1959 par Leo Castelli, fameux galeriste de New York d'origine italienne. Dans la dernière partie de sa carrière, il sera lié à la galerie Gagosian.

Entre Europe et États-Unis - Le voyageur En 1957, lors d'un deuxième séjour en Italie prévu pour être temporaire, il prend la décision de s'installer de façon fixe à Rome. Il y rencontre la même année Tatiana Franchetti, peintre et descendante d'une famille de mécènes versés dans les questions artistiques. Ils se marient à New York le et ont un enfant, Cyrus Alessandro, né le de la même année. Dès lors, Cy Twombly vit entre l'Europe et les États-Unis disposant successivement ou parfois simultanément de résidences et ateliers à Rome, New York, Lexington, Sperlonga, Bolsena, Bassano in Teverina, Gaète, et rendant régulièrement visite à Robert Rauschenberg à Captiva Island (Floride).

La vie du peintre est marquée par de nombreux voyages, notamment en France où il réside à Paris, à l'hôtel La Louisiane., en Allemagne, en Suisse, en Égypte (1962), au Yémen (1983), en Inde (1973). Au cours de l'été 1991, Cy Twombly suit l'itinéraire du poète romantique anglais Lord Byron en Grèce.

Le scandale des Neufs discours sur Commode En , lorsque les neuf huiles sur toile Neufs discours sur Commode furent exposées à la galerie Leo Castelli pour l'exposition "Nine Discourses on Commodus by Cy Twombly", ces œuvres ont provoqué un scandale qui a permis de mettre en évidence la présence de l'"American-Type Painting" dans la mentalité américaine, à savoir l'idée que l'art américain est en avance sur l'art européen, d'après le critique Clement Greenberg, principal défendeur de l'expressionnisme abstrait.

Les neuf œuvres, réalisées durant l'hiver 1963, sont un cycle basé sur l'empereur romain Aurelius Commode (161-192 après J.C), connu pour sa cruauté. Dans chacune des œuvres, plusieurs masses de couleurs se situent au centre de la peinture. Du premier au dernier tableau, ces masses évoluent, allant jusqu'à des blessures profondes et saignantes, allant à une apothéose dans le neuvième tableau. Ces masses se situent sur un fond gris, agissant comme un espace négatif qui contraste la couleur des masses, sur lequel apparaîssent tantôt des grilles, tantôt des graphiques qui ont servi à réaliser la composition. Cet ensemble met en accent la violence de Commode, mais elle peut faire un parallèle avec l'époque de la réalisation. Ce cycle a en effet été composé dans une période entre 1962 et 1963, qui peut faire écho aux incidents sombres du début des années 1960, tels que la crise des missiles de Cuba ou l'assassinat de John F. Kennedy. L'œuvre est donc complexe, dans le sens où les sources de Twombly pour réaliser ce cycle sont diversifiées. Par exemple, le mot "discours", qui est présent dans le titre, est utilisé selon la définition de Michel Foucault.

Si aujourd'hui l'œuvre est comprise, notamment la réflexion derrière l'œuvre, l'ensemble de peinture a été incomprise pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les neuf tableaux ont été exposés dans le désordre, ce qui a eu pour effet de modifier la compréhension globale du tableau. L'absence de l'artiste durant l'exposition a empiré ce problème. De plus, un aspect souvent oublié est l'exposition d'un buste de l'empereur à côté de l'empereur. Cela est une pratique courante de Twombly : il existe une photographie de l'artiste posant à côté de Academy (1955), où un buste de Lucius Verus, l'oncle adoptif de Commode, est présent. Cela indiquerait que le lien entre peinture et sculptures antiques est important. Si Twombly a demandé à Leo Castelli la sculpture de Commode qui a inspiré l'artiste (certains pensent qu'il s'agit du Buste de Commode en Hercule, conservé au musée du Capitole, à Rome), rien n'indique si la sculpture a été exposée durant l'exposition. Ensuite, le public présent lors de l'exposition a été habitué au pop art et au minimalisme, qui a commencé à apparaître. Les critiques ont jugé les neuf tableaux de Twombly entre ces deux mouvements et beaucoup ont perçu les tableaux comme étant démodés et décalés. La critique la plus cinglante fut celle de Donald Judd, qui fut critique d'art avant d'être un acteur majeur du minimalisme. Il déclare : « Twombly est un ensemble de volutes de peinture rouge mêlées à un peu de jaune et de blanc, posées sur une surface grisâtre. On y trouve quelques coulures et éclaboussures, et parfois un trait de crayon. Ces tableaux sont vides. » Si cet avis est d'abord dû à la haine qu'a Judd envers la peinture, la raison principale de cette critique est l'absence de l'artiste sur la scène new-yorkaise. Twombly vivant en Europe, Judd a été dépassé par cette œuvre de la "vielle Europe". De plus, cinq ans plus tard, Castelli parlait des Neufs discours sur Commode avec mépris :Il est parti, comme vous le savez, et a passé toutes ces années à Rome. Ensuite, j'ai eu une bonne exposition de lui, la première je crois, toujours avec du matériel de type américain. Ensuite, il m'a envoyé une exposition, mais elle n'a même pas eu lieu, et elle ne l’était pas […] Je ne l'ai pas beaucoup aimée […] Il y avait une série qui parlait d'un empereur […] Commode ou quelque chose comme ça. Les pièces n'étaient vraiment pas très bonnes. Elles étaient en quelque sorte européanisées et affectées.Cette citation permet de rattacher cet avis à l'"American Type-Painting" de Greenberg : le sujet, le style et la réalisation ont été jugés européens par les critiques américains ("européen" avait une connotation péjorative et était synonyme de rétrograde, affecté et démodé). Cette critique est donc une promotion de l'art américain, en méfiance à la peinture et, plus spécifiquement, au style "européen" auquel Twombly est lié. Par conséquent, aucun des tableaux de Commode n'a été vendu et sont tous renvoyés à l'artiste. Cela a impacté la carrière de l'artiste, avec un ralentissement pendant deux ans et causant une légère crise créative. Jusqu'à la rétrospective de Twombly au Whitney American Art Museum en 1979, les neuf tableaux n'ont jamais été exposés. Aujourd'hui conservées au musée Guggenheim de Bilbao, ces peintures sont aujourd'hui considérées comme une pièce centrale et singulière de la peinture d'après-guerre, même malgré l'absence de son nom des chroniques de l'histoire de l'art des années 1960.

Une reconnaissance internationale Twombly est invité en 1964 à la Biennale de Venise. En 1968, le Milwaukee Art Museum monte sa première rétrospective aux États-Unis. Cette reconnaissance s'accentue en 1979 lors d'une rétrospective au Whitney American Art Museum. Il expose par la suite dans le monde entier: en 1987, Musée national d'art moderne de Paris en 1988, de New York en 1994, ainsi qu'à Houston Texas (où la Menil Collection a ouvert, en 1995, une section spécialement imaginée pour son œuvre dans un bâtiment dessiné par Renzo Piano en étroite collaboration avec le peintre.), à Los Angeles, à Berlin… Le museum Brandhorst de Munich présente aussi un grand nombre de ses œuvres (un niveau complet est consacré au peintre avec, pour point d'orgue, le cycle Lepanto de 2001).

En 1996, il reçoit le prix Praemium Imperiale dans la catégorie Peinture et en 2001, le Lion d'or lors de la Biennale d'Art contemporain de Venise.

Cy Twombly meurt le à Rome.

L'œuvre Chronologie sommaire de l’œuvre peinte Le catalogue raisonné en six volumes de Cy Twombly recense 689 peintures — sans compter ses innombrables dessins et sculptures. Son œuvre peut, grossièrement, être divisée en sept périodes successives. vignette|Untitled (1957)|300x300px Le dit catalogue en situe le début en 1948, même s'il existe une photographie du jeune Cy à l'âge de 16 ans peignant sur le motif dans un paysage naturel d'Ogunquit dans le Maine (photographie titrée Cy Twombly with painting box + Umbrella of Charles Woodburry [sic]).. Ces premières œuvres peintes sont peu mises en avant et mal connues.

Entre 1951 et 1953, l'artiste emploie dans ses toiles une matière épaisse et rugueuse peignant d'amples formes primitives, souvent phalliques. Cette phase, dominée par un chromatisme limité au noir et blanc, se nourrit notamment du voyage fait à Rome et au Maghreb avec Robert Rauschenberg..