Óscar Romero, de son nom complet Óscar Arnulfo Romero y Galdámez (né le à Ciudad Barrios au Salvador et mort assassiné le ), est un prélat de l'Église catholique. Archevêque de San Salvador (Salvador), il meurt en martyr, assassiné en pleine messe pour avoir été le défenseur des droits de l'homme et particulièrement des paysans de son diocèse.
Sa canonisation est célébrée le à Rome, sous le pontificat du pape François.
Les Églises d'Amérique Latine le considèrent comme le saint patron des Amériques et de San SalvadorCe titre n'est pas officiel mais attribué par la vox populi.. Au-delà du catholicisme, Oscar Romero est honoré par d'autres Églises chrétiennes notamment la Communion anglicane : il se trouve être l'un des dix martyrs du à figurer parmi les statues situées au-dessus de la grande porte Ouest de l'abbaye de Westminster à Londres au Royaume-Uni. Il est fêté le 24 mars.
Biographie Óscar Romero est le second d'une famille nombreuse de sept enfants (cinq frères et deux sœurs), dont le père est postier. Il est baptisé à l'âge d'un an le . Il naît dans un pays déchiré où 40 % des terres sont détenues par treize familles. À l'époque, l'Église est persécutée et les assassinats sont fréquents.
Après quelques années à l'école il devient apprenti menuisier à l'âge de douze ans. Deux ans plus tard, en 1933, il entre au séminaire des prêtres Clarétains à San Miguel, contre l'avis de son père.
En 1937, il rejoint le séminaire national de San Salvador, dirigé par les Pères Jésuites puis continue ses études à Rome, où il est ordonné prêtre le . Il vise l'obtention d'un doctorat en théologie mais doit en 1943, à l'âge de 26 ans, interrompre ses études et sous la pression de l'évêque, dans une Italie encore fasciste, rentre au Salvador. Sur la route du retour, il fait escale en Espagne puis à Cuba où la police cubaine l'interne au motif qu'il provient de l'Italie mussolinienne. Des ennuis de santé lui valent son élargissement et un retour vers le Salvador via Mexico.
Romero travaille comme prêtre de paroisse à Anamorós, puis est affecté pendant vingt trois ans (1944-1967) dans le cadre du diocèse de San Miguel. Il promeut différents groupes apostoliques, inaugure une équipe des , aide à la construction de la Cathédrale San Miguel et soutient la dévotion à la . Il est par suite nommé recteur du séminaire inter-diocésain de San Salvador.
Sa vie publique démarre avec sa nomination de secrétaire de la Conférence épiscopale du Salvador. en 1967R.L. Dumont: les Prêtres subversifs (Éditions Labor 2001, ).. Il est également secrétaire du . Il devient le directeur-éditeur du journal qui adopte une ligne assez conservatrice, dans le cadre d'un magistère plutôt traditionaliste de l'Église catholique.
Nommé évêque auxiliaire de par le avec le titre d'évêque titulaire ou in partibus de , il est consacré le suivant par Girolamo Prigione nonce apostolique au Salvador et au et archevêque titulaire de avec comme co-consécrateurs l'archevêque de San Salvador Luis Chávez y González et l'évêque titulaire de Arturo Rivera y Damas.
Archevêque de San Salvador Le il est nommé évêque de Santiago de María puis, trois ans plus tard, le , devient archevêque de , .
Óscar Romero est réputé être un conservateur : il n'avait pas hésité, du temps où il était encore évêque auxiliaire, à dénoncer publiquement, lors de la célébration de la transfiguration du Christ (fête patronale de San Salvador), comme étant une menace pour la doctrine de l'Église et de la FoiR.L. Dumont Les Prêtres subversifs, Éditions Labor, 2002, ).. Ainsi en 1975, à l'occasion de la mort de Josemaría Escrivá de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei, il envoie au pape une lettre louant les mérites du défunt et adjurant le pape d'ouvrir rapidement son procès en canonisation. Il indique notamment Archbishop Oscar Romero: Letter to the Pope on Escriva's death..
L'assassinat du père Rutilio Grande Comme il est considéré comme conservateur, sa nomination est d'abord bien accueillie par l'oligarchie salvadorienne. Le clergé plus progressiste redoute son opposition aux engagements vis-à-vis des plus pauvres tels que ceux formulés dans le cadre notamment de la théologie de la libération. Mais quelques semaines plus tard, le , l'assassinat d'un prêtre de son diocèse (et ami personnel), le jésuite Rutilio Grande avec deux compagnons de voyage par un escadron de la mort, soutien du pouvoir en place, va tout changer. La mort en martyr du Père Rutilio bouleverse profondément le nouvel archevêque qui considère que . Il dira plus tard : Michael A. Hayes (Chaplain, Toms, David (2001-04) Truth and Memory : The Church and Human rights in El Salvador and Guatemala..
Le jour même des funérailles, il écrit au président Arturo Armando Molina pour lui demander une enquête exhaustive des faits et ajoute : R.L. Dumont, Les Prêtres subversifs, Éditions Labor, 2002, . Et, effectivement, jamais Óscar Romero n'assiste à aucun acte officiel, car jamais aucune enquête sérieuse n'est menée au sujet de ce triple meurtre.
La dénonciation des persécutions de l'Église vignette|Le pape et Óscar Romero, juin 1978. Dès lors, il ne craint pas de dénoncer désormais ouvertement la pauvreté, l'injustice sociale, les assassinats et les actes de tortureEaton Helen-May (1991), The impact of the Archbishop Oscar Romero's alliance with the struggle for liberation of Salvadorian people : a discussion of church-state relations (El Salvador), MA thesis, Wilfrid Laurier University..
En 1979, une junte gouvernementale prend le pouvoir dans un climat de violations des droits de l'homme opérées tant par le gouvernement que par des ligues d'extrême droite. Óscar Romero dénonce l'aide militaire apportée au nouveau régime par les États-Unis : en , il écrit au président Jimmy Carter : .. L'administration américaine maintiendra son soutien au régime en place, craignant, semble-t-il, que le Salvador ne devienne un autre Nicaragua.
L'orientation pastorale d'Óscar Romero Les actions d'Óscar Romero lui gagnent la notoriété internationale : en , il reçoit un doctorat honoraire de l'Université catholique de Louvain.
Il rappelle que la foi chrétienne comporte une dimension politique du fait que la foi ne sépare pas le croyant du monde réel, mais au contraire l'y plonge tout entier. La raison d'être de l'Église est d’être solidaire des pauvres. Dans son discours à l'Université catholique de Louvain, en Belgique, il lance : .
À l'occasion de sa visite en Europe, il rencontre le pape auquel il fait part de ses préoccupations concernant la situation de son pays, où un gouvernement use régulièrement de la torture et de l'assassinat :
L'assassinat d'Óscar Romero vignette|Óscar Romero, pastel, 2013. Ses prises de position, comme sa dénonciation des crimes, enlèvements et assassinats perpétrés quotidiennement par l'armée salvadorienne et les escadrons de la mort le font passer pour un dangereux agitateur aux yeux du pouvoir en place et de l'oligarchie salvadorienne.
Le , à l'occasion d'un sermon dans la basilique du Sacré-Cœur de San Salvador, Óscar Romero lance un appel aux soldats face aux exactions de l'armée : R.L. Dumont: Les Prêtres subversifs (Éditions Labor - 2002, ).
Le lendemain, alors qu'Óscar Romero prononce une homélie pendant la célébration de la messe dans la chapelle de l'hôpital de la Divine-Providence, un coup de fusil atteint l'Évêque en pleine poitrine : il meurt quelques minutes plus tardJ.R. Brockman: , martyr du Salvador, ..
Les funérailles d'Óscar Romero sont accompagnées par personnes à San Salvador. Trois cents prêtres et trente évêques du monde entier y assistent. Mais tandis que la messe commence, une bombe éclate et des coups de feu provoquent un début de panique parmi la foule. Une cinquantaine de personnes (dont de nombreux enfants) meurent piétinés, tandis qu'on relève une dizaine de corps tués par balle. Le corps d'Óscar Romero est enterré à la hâte dans une tombe située dans le transept droit de la basilique du Sacré-Cœur, la messe de funérailles ne pouvant se terminer. Tandis que les médias et gouvernements américain et salvadorien accusent une attaque de groupuscules d'extrême gauche, un texte ronéotypé daté du , signé par vingt-deux hauts représentants du clergé présents aux funérailles, affirmait que la panique avait été déclenchée par l'explosion d'une bombe jetée du palais présidentiel, suivie de tirs de mitrailleuse et d'armes automatiques provenant du second étageNoam Chomsky et Edward Herman, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008..
L'assassin d'Óscar Romero ne fut officiellement jamais retrouvé. Se fondant sur un grand nombre d'interviews de militants du parti Arena et de responsables américains, ainsi que sur l'étude de télégrammes du département d'État, les journalistes Craig Pyes et Laurie Beclund affirmèrent dès 1983 que le major Roberto d'Aubuisson avait planifié le meurtre avec un groupe d'officiers d'active qui tirèrent même au sort à qui d'être chargé de l'exécution. L'ex-ambassadeur américain Robert White, qui lorsqu'il était en poste au Salvador avait accès aux télégrammes du département d'État, entre autres informations internes, déclara en 1984 devant le Congrès des États-Unis qu'il ne faisait pas que d'Aubuisson avait lui-même d'Óscar Romero. Il expliqua ensuite en 1986, toujours devant le Congrès des États-Unis, qu'il y avait suffisamment d'éléments pour mettre en cause des escadrons de la mort menés par le major Roberto d'AubuissonPhiladelphia Inquirer, Nordland Rod, 23 mars 1984.. Cette thèse fut reprise en 1993 par un rapport officiel des Nations unies, décrivant d'Aubuisson comme le maître d'œuvre de l'assassinat.
Une enquête judiciaire conduite au Salvador par le juge Atilio Ramirez avait rapidement désigné d'Aubuisson et le général Medrano (protégé des États-Unis). Mais après des menaces et une tentative d'assassinat, Atilio Ramirez quitta subitement le pays et les poursuites judiciaires cessèrent. En exil, le juge Ramirez expliqua que l'équipe d'enquêteurs de la police criminelle ne s'était présentée sur les lieux du crime que quatre jours après qu'il eut été commis et que ni la police ni le représentant du ministère de la justice ne présentèrent au procès aucune pièce à conviction. Sa conclusion était qu'il existait , depuis le début, une . Quelques années plus tard, Roberto d'Aubuisson fut nommé président du Parlement salvadorien.
Mémoire et cause pour la canonisation vignette|left|Statue d'Oscar Romero portant un enfant, parmi les neuf autres Martyrs de l'abbaye de Westminster. La question de la mémoire d'Óscar Romero et de son héritage politique et spirituel fait l'objet de divergences importantes d'analyse. Ses adversaires politiques, tout comme les opposants de gauche au régime, voient en lui une figure de la théologie de la libération.
Le Vatican souligne au contraire l'ampleur spirituelle des homélies d'Óscar Romero, qu'il qualifie de . Concernant son propre rôle, Óscar Romero y développe le thème du ministère vécu comme un service bien plus qu'un pouvoir : (homélie du )http://www.vatican.va/news_services/press/sinodo/documents/bollettino_20_x-ordinaria-2001/03_francese/b20_03.html..
Ainsi qu'en témoigne Jon Sobrino, dès l'annonce de sa mort, les fidèles pauvres du Salvador ont immédiatement dit : « Il est saint ! » et Pedro Casaldáliga, dans un long poème composé dans les jours qui suivent, proclame : « Saint Romero d’Amérique, notre pasteur et martyr ».. Depuis 1998, une statue d'Oscar Romero figure dans la série des dix martyrs de l'abbaye de Westminster, entre celles des pasteurs protestants Martin Luther King et Dietrich Bonhoeffer..