Georges Hyvernaud ( ), né le à Saint-Yrieix-sur-Charente près d'Angoulême et mort le à ParisÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un écrivain français. Il est principalement connu pour ses deux récits, Le Wagon à vaches (1953) et surtout La Peau et les Os (1949), qui, mal accueilli par la critique lors de sa pré-publication dans la revue Les Temps modernes, lui valut l'admiration d'auteurs tels que Henri Calet, René Étiemble, Raymond Guérin, Henri Michaux et Jean-Paul Sartre.

Écrivain rare et confidentiel, qui s'est soigneusement tenu à l'écart des milieux littéraires, Georges Hyvernaud a été quasi oublié durant près de trente ans. L'importance de son œuvre est réévaluée depuis le milieu des années 1980.

Biographie Enfance et jeunesse Georges Hyvernaud naît dans une famille d'ascendance paysanne et ouvrière : sa mère est couturière et son père, ajusteur. Il passe dans la Charente une enfance morne et grise dont il ne gardera pas la nostalgieCf. « Chronologie (1902-1983) », in Georges Hyvernaud, Plein Chant , . Voir également, dans Feuilles volantes, le fragment intitulé « C'est pénible » (.), d'abord aux Planes à Saint-Yrieix, en compagnie des grands-parents maternels, puis à Saint-Roch, où sa mère s'occupe de sa tante grabataire, une vieille femme à la « figure délabrée » et aux mains « bleues et griffues » qui fait peur à l'enfant« Nuits », in Feuilles volantes, .. À partir de 1914, le couple et son fils s'installent à Ruelle-sur-Touvre, où le père de Georges Hyvernaud travaille à la fonderie d'État.

C'est alors la Première Guerre mondiale. Le jeune Hyvernaud découvre comment, à l'arrière, l'état de guerre modifie les codes sociaux et les comportements : les hommes et les femmes, dans cet état de permissivité provisoire mais radical, deviennent « prodigieusement disponibles et irresponsables », recherchant tout ce qui peut satisfaire leurs appétits :

[Il fallait] Se dépêcher de gagner des sous si on aimait ça. Ou de baiser, si on aimait ça. C'était la guerre. Jamais excuse plus commode, absolution plus totale ne seraient offertes à la vacherie humaine. Et nous autres, les adolescents mal sortis de l'enfance, nous poussions dans cette grande facilité de la guerre, et nous en tirions tout ce que nous pouvions« École du mépris », in Feuilles volantes, ..

Au délitement moral de la population répond l'attitude des professeurs qui enseignent dans le collège où étudie Hyvernaud. Ceux-là, avec « leurs vieilles gueules tachées de bile ou de couperose, chargées de barbes et de lorgnons« Le Beau métier », in Georges Hyvernaud, Plein Chant , . », trouvaient dans les événements l'occasion de métamorphoser en or héroïco-patriotique le vil métal de leur ressentiment : « Les places qu'ils n'avaient pas gagnées, leurs myopies, leurs biles et leurs hémorroïdes, leurs femmes acariâtres et leurs filles mal mariées, tout cela se sublimait, se transmuait en noblesse d'âme et en attitudes à l'antique« École du mépris », in Feuilles volantes, .. »

Tous les enseignants auxquels est confronté Hyvernaud ne succombent pourtant pas à cette folie collective : c'est grâce à l'un d'eux qu'il découvre Le Feu d'Henri Barbusse et les textes de Romain Rolland, qui montrent qu'il existe « des hommes qui se refus[ent] au délire », et d'autres hommes qui, « au fond d'une misère qui semblait sans espérance, tiraient de leur servitude le pressentiment d'un ordre nouveau« Défaite », in Feuilles volantes, . ».

Hyvernaud est au collège un élève brillant, qui est remarqué : il intègre l'école normale d'instituteurs d'Angoulême en 1918, puis celle de Lyon. Il y prépare le concours de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, dont il devient caciqueReçu premier au concours d'entrée. en 1922. Il en sort deux ans plus tard, également major« Chronologie (1902-1983) », in Georges Hyvernaud, Plein Chant , ..

Débuts dans l'enseignement Après avoir fait son service militaire à Saint-Maixent, Georges Hyvernaud est affecté à Arras, où il enseigne à l'école normale de 1926 à 1934. À la même époque, il collabore à diverses revues parisiennes auxquelles il envoie articles et comptes rendus littéraires« Chronologie (1902-1983) », in Georges Hyvernaud, Plein Chant , ..

En 1934, Hyvernaud est affecté à l'école normale de Rouen, où il reste jusqu'en 1939.

En 1936, il épouse Andrée Derome, professeure d'anglais, qu'il avait rencontrée à Arras. Leur fille naît en 1937. La même année meurt son père, paralysé depuis plusieurs années (sa mère était décédée en 1932).

Guerre de 1939-1945 et immédiat après-guerre En 1940, il est fait prisonnier dans le nord de la France puis détenu dans des oflags en Poméranie (notamment l'oflag II-D, puis l'oflag II-B). Ce sont des camps où ne sont détenus que des officiers, lesquels ne peuvent être contraints à travailler (selon la Convention de Genève). Il s'y retrouve pendant cinq ans oisif, et entouré uniquement de personnes de classe moyenne ou supérieure. Dans la correspondance avec son épouse, il décrit une captivité très prosaïque, faite d'ennui et de passivité.

Après la guerre, il publie un texte : Lettre à une petite fille, et deux livres La Peau et les Os (1949) et Le Wagon à vaches (1953) inspirés par son expérience de la captivité et par son retour à la liberté. Raymond Guérin, qui fut également prisonnier de guerre, s'emploiera à faire publier La Peau et les Os après en avoir lu un extrait paru dans Les Temps modernes en 1948Cf. Jean-Paul Kauffmann, 31, allées Damour. Raymon Guérin 1905-1955, ..

Retrait de la littérature Les deux romans furent si froidement accueillis que Georges Hyvernaud abandonna totalement l'écriture littéraire.

Professeur à l'école normale d'instituteurs de la Seine, où il enseignera jusqu'à sa retraite, il se consacra à une œuvre pédagogique. Son enseignement sera très prisé de ses élèves, futurs instituteurs pour la majorité, futurs professeurs pour quelques-uns. Son épouse Andrée y avait été nommée professeure d'anglais.

La reconnaissance ne lui viendra que posthumément, avec les rééditions de ses deux livres et les publications d'un troisième roman (abandonné) Lettre anonyme, de ses Carnets d'oflag (accompagnés de ses articles de critique littéraire), de ses lettres de la drôle de guerre (L’Ivrogne et l'Emmerdeur) et de Poméranie.

Bibliographie Œuvres de Georges Hyvernaud On trouve ses deux romans au format poche. Il existe une intégrale Georges Hyvernaud parue en 1985-1986 (quatre tomes, Éditions Ramsay). La Peau et les Os (Éditions du Scorpion, 1949) Le Wagon à vaches (Denoël, 1953) Lettres de Poméranie (1940-1945), édition présentée par Andrée Hyvernaud & annotée par Guy Durliat, éditions Claire Paulhan, 2002, . Lettre anonyme (1986) L'ivrogne et l'emmerdeur: Lettres à sa femme (1939-1940) Voie de garage, (1941-1944) Visite au scorpion Carnets d'oflag (1987) Lettre à une petite fille Feuilles volantes (1995)

Bibliographie critique Georges Hyvernaud, fantassin des ténèbres, in Patrice Delbourg, Les désemparés - 53 portraits d'écrivains, Le Castor Astral, 1996 Présence de Georges Hyvernaud — Actes du colloque de Reims (27-), Presses universitaires de Reims, coll. Littérature et seconde guerre mondiale, 2001Présentation sur le site de la Société des lecteurs de Georges Hyvernaud.. Revue Nord’ (Société de Littérature du Nord), (), dossier Georges Hyvernaud. Georges Hyvernaud, Revue Plein Chant, , Châteauneuf-sur-Charentes, Automne-Hiver 1996Présentation sur le site de la revue Le Matricule des anges (, juillet-août 1997). Cahiers Georges Hyvernaud, éd. Société des lecteurs de Georges Hyvernaud, 8 numéros parus depuis 2001Présentation sur le site de la Société des lecteurs de Georges Hyvernaud.

Adaptations En 1991, le metteur en scène Jean-Louis Benoît adapte pour le théâtre, sous le titre La Peau et les os, le récit éponyme d'Hyvernaud ainsi que Le Wagon à vaches. La pièce est créée à La Cartoucherie de Vincennes, avant d'être représentée en province. Depuis lors, une douzaine d'autres créations théâtrales à partir d'adaptations de textes de Georges Hyvernaud ont vu le jour« Autour de Georges Hyvernaud », sur le site de la Société des lecteurs de Georges Hyvernaud..

Serge Teyssot-Gay, bouleversé à la lecture de La Peau et les Os par « l'honnêteté viscérale » de son auteurMichel Troadec, « Serge Teyssot-Gay met Hyvernaud en lumière », Ouest-France, 24 janvier 2001. en a tiré une adaptation musicale sous le titre On croit qu'on en est sorti (Barclay, 2000.)

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

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Liens externes

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