Klingenthal (Klingedol en alsacien}, littéralement «Vallée des lames» en alsacien et en allemand, (les «lames» étant celles des épées et sabres autrefois fabriqués sur place) est un village français situé sur les communes de Bœrsch (à 80 %) et d'Ottrott (20 %), dans la communauté de communes des Portes de Rosheim, dans le département du Bas-Rhin, en région Grand Est, anciennement région Alsace.

Le village est créé ex nihilo à partir de 1730, lorsqu’une manufacture d'armes blanches est établie par Louis XV. La manufacture fonctionne pendant un siècle, puis son activité est transférée à Châtellerault. Néanmoins, de 1838 à 1962, le village continuera de fabriquer armes et outils tranchants pour le compte privé de l'entreprise Coulaux.

On retrouve les traces de la « mono-industrie » d'État dans toute l'organisation du village : ateliers de forge (rez-de-chaussée) sur maisons d'habitation ( étage), aiguiseries, moulins à eau, bassins de rétention et système de canaux, jusqu'aux équipements publics (école, église, temple).

Géographie

Localisation Au pied du Mont Sainte-Odile (764 m d'altitude), Klingenthal s'étire sur près de 2 km le long du ruisseau Ehn, dans une vallée encaissée et boisée du piémont vosgien en lisière du vignoble alsacien (route des vins d'Alsace à 2 km). Le centre du village est à 4 km du centre de Bœrsch, à 2 km d'Ottrott, à d'Obernai et à au sud-ouest de Strasbourg. Il est également situé sur la route de Strasbourg au Champ du Feu (à 18 km), seule station de ski bas-rhinoise, et la plus proche de la capitale alsacienne.

Lieux-dits et écarts

Historiques Vorbruck (littéralement "devant le pont", en alsacien), quartier du pont de l'Ehn à 2 km en amont du centre village (coord.: 48.4596, 7.3882). Situé à l’extrémité ouest de la route de la Forêt et à l'intersection des routes du Mont Sainte-Odile et du Champ du Feu. Maison forestière, deux anciennes scieries, l'une en contrebas de la maison forestière, l'autre en bordure du pont de l'Ehn, détruite par incendie en 1898 puis dans les années 1980, aujourd'hui disparue. Départ de randonnées vers le Mont Sainte-Odile, les châteaux médiévaux du Hagelschloss, de Birkenfels et de Kagenfels entre autres. Wolfsgrub (littéralement "La fosse du loup", en alsacien). Maison forestière située à l'extrémité est de la route de la Forêt, intersection des RD 204 et 216. Départ de randonnées à pied et à VTT. Arrêt de la ligne de bus CTS n°257 vers Strasbourg. Camping avec piscine extérieure chauffée, terrains de tennis, hébergements en bungalows (ancien centre de vacances EDF). Kupferhammer (littéralement "le martinet de cuivre"). En 1737 : François Oesinger établit deux martinets de cuivre (Kupferhammer) dans la vallée de l’Ehn, entre Klingenthal et Ottrott. L’entreprise produit alors cuves et chaudrons en cuivre. Son fils, Francois Daniel Oesinger, de Strasbourg (1731-1794), ex directeur de la manufacture royale reprend l'affaire. Charles Frédéric Oesinger (1794-1864), son petit-fils, conseiller général et député du Bas-Rhin, y ajoute en 1846 une fabrique de matières colorantes. En 1864, la propriété Oesinger est partagée entre deux fils : le , Eugène hérite de la propriété (partie de l’actuel Clos des Délices). Le second, Charles Louis fait construire vers 1865 de l’autre côté de la rivière le petit château du Bachscheid. Le bâtiment tombe progressivement en ruine. Il est détruit vers 1960. L'ancien complexe est aujourd'hui transformé en hôtel "Le Moulin". De l'autre côté de la route, la propriété d'Eugène Oesinger devient couvent de sœurs bénédictines néerlandaises, actif jusque dans les années 1980 (lieu de culte ouvert à tous, messes accompagnées à la harpe). Puis la propriété devient l'hôtel "Le Clos des Délices". Waldbruder (littéralement [la cabane du] "frère de la forêt" ou [de] "l'ermite") : petit abri forestier situé à 455 m d’altitude, accessible à pied sur le premier contrefort du Heidenkopf, et dominant la vallée du Klingenthal (vue). Érigé en 1992 par Lucien Wahl, et restauré en 2016 par Jacques Gemehl. L'histoire raconte qu'en ce lieu vécut, de 1815 à 1820, le docteur Philipp Brunner, médecin et fils de maître d’armes de la manufacture de Klingenthal, qui s’engagea dans l'Armée napoléonienne en tant que médecin militaire à la suite du décès de sa femme Lisbeth. En 1815, après la défaite à Waterloo, il renonce à tout et se fait construire une cabane sur les rochers où il courait jadis avec Lisbeth. Il y vit en solitaire, détaché de tout, avec ses livres et quelques souvenirs… Un jour de l’an 1820, les villageois ne virent plus s’échapper la fumée de la cabane, Philipp Brunner, le « Waldbruder », était décédé.

Récents Eichwaeldel (littéralement "petit bois de chênes", en alsacien), lotissement résidentiel de maisons unifamiliales créé en 1974 entre Klingenthal et Ottrott-le-Haut. Il concentre l’essentiel des habitants de Klingenthal situés sur la commune d'Ottrott, le Klingenthal historique étant concentré sur la commune de Bœrsch, de l'autre côté du ruisseau Ehn. Les Hauts de Klingenthal : dans la forêt, ensemble de maisons en bandes (triplex) regroupées en six segments, accessibles seulement à pied en laissant sa voiture à l'entrée. Tennis, piscine. Année de construction : 1980. Architecte : à compléter.

Environnement En raison du réchauffement climatique (sécheresses et épisodes de canicule prolongés en été), les feux de tourbières forestières ont eu tendance à se multiplier ces dernières années dans le massif Vosgien en particulier aux alentours de Klingenthal..

Armoiries

Deux sabres encadrant une fleur de lys, référence au roi Louis XV qui fonda la manufacture d'armes blanches.

Le blason rappelle, par sa couleur et la disposition des sabres, celui de Bœrsch, commune qui accueille la majorité du territoire de Klingenthal. À la courbe des sabres de Klingenthal disposés en faux miroir qui s’ouvre vers la haut, répond la figure des poissons argentés de Bœrsch (perches) selon des couleurs, une courbure et une ouverture identiques.

Toponymie

En 1730, Louis XV fonde au lieu-dit Struttmatt, la Manufacture Royale des Armes Blanches d'Alsace. Ainsi, les premières lames d'épée sont signées « d'Alsace ». Le nom Klingenthal n'existe pas encore. Créée avec dix ouvriers de Solingen, la Manufacture est une usine, pas encore un village avec un nom. Le nom Klingen-Schmiede im Ehn-Thal, que l'on peut traduire par les Forges de lames de la Vallée de l’Ehn, et qui aurait été par la suite simplifié en Klingenthal, est d'abord déposé.

Le nom Klingenthal apparaît néanmoins dès 1731 dans un registre de baptême de Barr où on lit "Johann Wilhelm Kind, Klingenschmied im Klingenthal" (Forgeron à Klingenthal) Le nom est formé sur un modèle où on désigne simplement le lieu par l'activité qui s'y trouve : ici, les lames, ou plus exactement le bruit caractéristique que l'on y entend : le verbe alsacien klingen signifiant sonner ou tinter. La ville de Solingen d'où viennent une partie des premiers ouvriers qualifiés est d'ailleurs appelée, sur ce même modèle : Klingenstadt, la Ville des lames, ou la Ville qui sonne.

Dans les rapports officiels de la Manufacture avec Paris, le nom est parfois francisé. Dans le rapport de Peloux de 1735, le nom devient Clinquethal. En 1794, on trouve la francisation : Clingental.

Sous les périodes allemandes de 1870-1918, puis 1940-44, il y avait deux Klingenthal dans le même pays. Le village alsacien avait pris pour nom exact Klingenthal-im-Elsass (en Alsace), pour le différencier de la ville homonyme Klingenthal-im-Sachsen (en Saxe), située près de la frontière tchèque, centre d'instruments de musique (violon, accordéon), et station de sports d'hiver (saut à ski).

Histoire Avant la Manufacture vignette|250x250px|Scierie et maison forestière à Klingenthal, près du Hagelschloss, 1830. Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg Avant 1583, la vallée de l'Ehn, peu habitée, est déjà un lieu de passage, notamment vers le monastère du Mont Saint-Odile, attesté en 738, distant de 7 km. Le lieu est dénommé Widenstrum ou Widenstrout dans les écrits du roi Henri IV de Germanie ( s.)..

En 1583, le Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg, propriétaire du couvent de Saint-Léonard (1134) décide la création — à l’endroit de l’actuel château — d’un «Schliffmühle» sur l’Ehn, un moulin à aiguiser où on réparait outils, faux, couteaux et armes, nécessaires au travail sur les terres conventuelles. Ce moulin était doublé d'une forge, dont Philippe Silbereisen était le forgeron.

L'Alsace devient française sous Louis XIV en 1648. Le roi décide l'établissement d'une manufacture d'armes blanches dans le pays, près de la nouvelle frontière, afin que les armes soient à portée des troupes en cas de besoin. Il faut attendre presque un siècle pour que ce vœu devienne réalité.

Le Grand Chapitre de Strasbourg, propriétaire des lieux, autorise en 1692 la création d'une scierie, mue par l'eau de l'Ehn, à côté d'une ferme existante au lieu-dit Entenpfühl. Le lieu accueille également une blanchisserie par la suite.

Le temps de la Manufacture alt=Vue de la manufacture d'armes à Klingenthal.|vignette|400x400px|Vue de la manufacture d'armes à Klingenthal, 1830. Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Jusqu'au , la France ne disposait pas de manufacture forgeant les lames pour les armes blanches. Les lames "ordinaires", étaient fabriquées par des forgerons et des fourbisseurs locaux, parfois dans des forges volantes qui s'établissaient là où était la demande. Mais les lames de meilleure qualité étaient importées de la plus renommée des manufactures "Européennes", celle de Solingen en Westphalie (Allemagne). Louis XV décide d'y remédier et charge le secrétaire d'État à la Guerre, Nicolas Prosper Bauyn d'Angervilliers, d'établir une manufacture d'armes blanches en son Royaume.

Le le Roi délivre ainsi des lettres patentes pour l'établissement d'une Manufacture royale d'armes blanches en Alsace. Jean-Henri d'Anthès exploite et dirige les différentes forges en Haute-Alsace (actuel Haut-Rhin), et a déjà choisi, en 1713, la vallée de l'Ehn, en amont d'Obernai, pour installer sa dernière forge, en raison de la présence du cours d'eau obligatoire pour la production d'énergie nécessaire au fonctionnement des usines, de nombreuses matières premières utiles à la construction et au fonctionnement de l'usine (bois, grès). La proximité du Rhin permet le transport de l'acier venant de Siegen et de l'Arsenal de Strasbourg pour l'écoulement des armes et la pratique de l'alsacien, en usage dans la région, permet aux premiers ouvriers venus de Solingen de mieux s'intégrer. Pour la création initiale de la manufacture, Jean-Henri Anthès débauche en effet des ouvriers de Soligen, de Remscheid en Westphalie, et de Saint-Blaise dans la Forêt Noire..

En 1740, 5 ans après la mort du fondateur Anthès, la Manufacture obtient enfin le monopole de fabrication des armes blanches pour les armées françaises. Le duc de Choiseul, Ministre de la guerre de Louis XV décide en 1763 de rénover entièrement la Manufacture. L’établissement emploie alors 200 ouvriers, le village compte 600 habitants. De nombreux ouvriers ne peuvent déjà plus se loger sur place et doivent s'établir à Ottrott ou Bœrsch.

De «Royale», la manufacture de Klingenthal devient «Nationale» après la Révolution en 1792, «Impériale» en 1804, puis à nouveau «Royale» en 1815.

Sous l'Empire, le prince Joseph Bonaparte, frère de Napoléon Bonaparte, alors empereur, vient en visite à Klingenthal le et, selon la tradition, loge au Château. En 1810, forte des guerres napoléoniennes, l’industrie de l'armement à Klingenthal n'a cessé de croître : la manufacture emploie alors 600 ouvriers qualifiés.