Pierre Waldeck-Rousseau, né le à Nantes et mort le à Corbeil, est un homme d'État français. Républicain et libéral, il est principalement connu pour avoir participé à la légalisation des syndicats (« loi Waldeck-Rousseau » de 1884) ainsi que pour la loi de 1901 sur les associations..

En 1899, en pleine affaire Dreyfus, il est appelé par le président Émile Loubet pour former un gouvernement. Représentant éminent des républicains modérés, ministre de Gambetta puis de Jules Ferry dans les années 1880, Waldeck-Rousseau forme un gouvernement de « Défense républicaine », incluant des personnalités de sensibilités différentes, comme le général de Galliffet et le socialiste indépendant Alexandre Millerand.

Son cabinet, qui dure près de trois ans, est le plus long de la . Il marque un tournant dans l'affaire Dreyfus et poursuit une politique économique et sociale faite à la fois d'avancées sociales (incarnées en particulier par Millerand) et d'une certaine modération (représentée par le ministre des Finances Joseph Caillaux). Il est soutenu dans l'ensemble par le camp républicain, allant de l'Alliance républicaine démocratique, proche des milieux d'affaires, aux socialistes révolutionnaires, incarnés par Édouard Vaillant et Jules Guesde, qui, s'ils critiquent la participation de Millerand, prônent encore pour un temps l'unification.

Biographie René Waldeck-Rousseau, le père de Pierre Waldeck-Rousseau, est né à Avranches le L'officier de l'état civil a improprement daté l'acte de naissance du 26 septembre, mais l'examen chronologique du registre montre que l'acte et la naissance datent en fait du 27 septembre, qui est la date de l'acte qui précède. Les notices biographiques confirment cette date du 27 septembre. Voir: le Livre Doré de l'Hotel de Ville de Nantes sous le nom de René-Valdec (ses deux prénoms) Rousseau (son nom de famille), et était fils de Charles Rousseau, ancien officier à l'armée de Mayence, puis directeur des contributions indirectes à Avranches. Charles Rousseau est né à Angoulême le et a été baptisé le lendemain dans la paroisse Saint-Antonin de cette ville sous le nom de Charles, fils de Guillaume Rousseau (qui s'était marié dans la paroisse Saint-Paul d'Angoulême le sous le nom de Guillaume Rousseau et était dit fils de Léonard Rousseau). À son décès à Rennes le , le grand-père de Pierre Waldeck-Rousseau était toujours enregistré à l'état civil de la ville sous les seuls noms de Charles Rousseau.

C'est René-Valdec Rousseau qui demanda et obtint que son second prénom, qu'il orthographiait « Waldeck » (voir sa signature au bas de son acte de mariage à Jonzac le ), soit accolé à son nom de famille pour le distinguer des nombreuses familles Rousseau, formant ainsi le nouveau nom patronymique « Waldeck-Rousseau ».

Pierre Waldeck-Rousseau était un peintre du dimanche, en parallèle de son métier d'avocat et de ses activités politiques, réalisant de nombreuses aquarelles..

Républicain modéré et convaincu vignette|gauche|Portrait de Waldeck-Rousseau, par Henri Gervex. Fils d'un avocat réputé, René Waldeck-Rousseau, ardent républicain qui avait été député de l'Assemblée Constituante en 1848 et maire de Nantes (1870-1874), Pierre Waldeck-Rousseau suit sa scolarité comme élève de l'externat des Enfants-Nantais et fait son droit à la Faculté de Poitiers et présente sa thèse à Paris. Avocat au barreau de Saint-Nazaire, il participe à la rédaction du journal l'Avenir puis il s'installe à Rennes en 1873 et se fait élire député en 1879 comme membre de l'Union républicaine, soutenant à la Chambre les Opportunistes. Il devait exercer ce mandat parlementaire pendant dix ans.

Le à Paris, il épouse Marie Durvis (1854-1936), belle-fille de Jean-Martin Charcot et demi-sœur de Jean-Baptiste Charcot et veuve d'Henri Liouville. Pierre Waldeck-Rousseau élève son beau-fils, Jacques Liouville, comme son propre fils.

Il devient ministre de l'Intérieur dans l'éphémère gouvernement Gambetta (où il conserve son poste du au ) puis dans le second gouvernement de Jules Ferry ( - ). C'est alors qu'il se fait l'avocat de la liberté d'association, déposant une première proposition de loi dès 1882. Il est à l'origine de la loi relative à la liberté des associations professionnelles ouvrières et patronales votée le , dite « loi Waldeck-Rousseau », ainsi que de la loi Waldeck-Rousseau sur la relégation des récidivistes, votée peu après son départ du ministère.

Après la chute du gouvernement Ferry, le , attaqué par Clemenceau sur la question du Tonkin, Pierre Waldeck-Rousseau s’éloigne peu à peu de la vie politique. De retour dans son pays natal, il se marie et s’attache à agrandir le domaine familial de Vilhouin.

En 1886, il s’inscrit au barreau de Paris et reprend ses activités d’avocat à partir de 1889, se spécialisant dans les affaires financières de justice et faisant de son cabinet l'un des plus réputés de la capitale. Il renoue avec la vie parlementaire en se faisant élire sénateur dans la Loire en 1894 à l'occasion d'élections partielles. Candidat à l'élection présidentielle de 1895, il n'obtient que 184 voix au premier tour contre 338 à Henri Brisson et 244 à Félix Faure.

En 1898, il est le fondateur et le président du Grand cercle républicain, structure qui a pour but de coordonner le parti républicain progressiste.

thumb|285px|Aquarelle peinte par Pierre Waldeck Rousseau

Constitution d'un gouvernement de Défense républicaine vignette|gauche|Le gouvernement Waldeck-Rousseau (L'Illustration, ). Waldeck-Rousseau est nommé président du Conseil le , à un moment stratégique de l'Affaire Dreyfus. La Cour de cassation vient en effet, le , de casser le jugement du conseil de guerre condamnant Dreyfus et d'exiger sa révision. Par ailleurs, le président de la République, Félix Faure, qui avait soutenu les anti-dreyfusards et l'armée depuis le début de l'Affaire, meurt brutalement le , menant à l'élection d'Émile Loubet qui l'emporte le contre Jules Méline, le candidat des « progressistes » (républicains modérés, ex-opportunistes) mais aussi de la droite et d'Édouard Drumont, l'auteur de La France juive (1886). Le nationaliste Paul Déroulède, enfin, vient d'être acquitté par la cour d'assises, le , à la suite de la tentative putschiste de la Ligue des patriotes le jour des funérailles de Faure. Dès lors, le président du Conseil Charles Dupuy doit démissionner, et Loubet décider du futur président du Conseil.

Il s'oriente d'abord vers Raymond Poincaré, mais celui-ci ne parvient pas à former un gouvernement. Poincaré conseille alors au président d'appeler Waldeck-Rousseau, chose faite le . Ce dernier constitue un gouvernement de « Défense républicaine », qualifié au contraire, par les nationalistes, de « ministère Dreyfus ». Investi le , Waldeck-Rousseau réussit en effet à intégrer dans le même gouvernement le général de Galliffet, « fusilleur de la Commune » et le socialiste Alexandre Millerand. Le cabinet comprend par ailleurs tant des républicains modérés (« progressistes ») que des radicaux, certes cantonnés à des tâches secondaires (Pierre Baudin aux Travaux Publics). Théophile Delcassé conserve le portefeuille des Affaires étrangères, tandis que le modéré Joseph Caillaux, qui avait basculé dans le camp dreyfusard, est nommé aux Finances. Waldeck-Rousseau, enfin, cumule ses fonctions avec les portefeuilles de ministre de l’Intérieur et des Cultes.

C'est la première fois qu'un socialiste participe au gouvernement, ce qui conduit Jules Guesde à taxer Millerand de et suscite l'un des premiers débats du mouvement socialiste français concernant la participation au pouvoir. En revanche, Jaurès et Clemenceau, tous deux défenseurs actifs de Dreyfus, saluent le nouveau cabinet : C'est un coup de théâtre, écrit ainsi Clemenceau. En vérité, c'est un étrange assemblage ; rien n'était plus inattendu que la rencontre de ces trois hommes dans une même action politique. Waldeck-Rousseau, l'ami, l'élève favori de Gambetta, l'un des représentants les plus autorisés de la politique dite opportuniste. Galliffet, qui fut aussi de l'intimité de Gambetta, un soldat, de l'école des sabreurs à panache, qui a malheureusement laissé dans nos guerres civiles une trace d'implacabilité légendaire. Millerand, enfin, un socialiste révolutionnaire qui revendique hautement les droits de la démocratie laborieuse, en vue de l'organisation de [sic] justice sociale si lente à venirMichel Winock, Clemenceau, éditions Perrin, 2007, cité 283-284 (chap. XVII).

Politique du cabinet Waldeck-Rousseau thumb|upright=2|Le banquet des maires de 1900, organisé pendant l'Exposition Universelle à Paris à l'initiative de Loubet et de Waldeck-Rousseau. Illustration de Crespin et MéaulleBanquet des maires à Paris. Un repas de sur Gallica.

Affaire Dreyfus et défaite nationaliste

Waldeck-Rousseau commence par épurer l'administration et l'armée, en remplaçant les juges, les préfets et les chefs militaires (circulaire de Galliffet). Deux décrets de Galliffet soumettent l'avancement des militaires à l'avis du ministre, tandis que Waldeck-Rousseau vise particulièrement des officiers compromis tels que Zurlinden, l'ex-ministre de la Guerre qui avait persécuté le colonel Picquart, ou le général de Pellieux, mis en retraite forcéeMadeleine Rebérioux, La République radicale? 1898-1914, éd. du Seuil, 1975, .

Il décide enfin la révision du procès Dreyfus, qui commence à Rennes le . À Paris, avec le préfet de police Lépine, il réprime l'agitation nationaliste en faisant arrêter les leaders de la Ligue des patriotes, des Jeunesses royalistes et du Grand Occident de France, avatar de la Ligue antisémitique de Jules Guérin. Celui-ci se barricade au siège rue de Chabrol : c'est l'épisode du « Fort Chabrol ». Le procès de ces agitateurs devant la Haute Cour a pour but de démontrer la fermeté de la politique de défense républicaine adoptée par le nouveau président du conseil.

Après la condamnation avec circonstances atténuantes (pour trahison) de Dreyfus en septembre, Waldeck-Rousseau suggère de faire appel à la grâce présidentielle : il envoie Millerand la proposer aux chefs de file des dreyfusards (Mathieu Dreyfus, Zola, Jaurès). Après tergiversations — Clemenceau, notamment, préférerait la justice plutôt qu'une grâce — celle-ci accepte, et le président Loubet signe le décret de grâce en septembre. Cette mesure est complétée par le projet de loi d'amnistie, concrétisé par la loi du , qui blanchit aussi bien le général Mercier que Picquart et ZolaSur son rôle pendant l'Affaire, voir Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Fayard, 2014 et Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Les Belles Lettres, 2014..

Le , il organise une Fête républicaine pour l'inauguration du monument de Dalou, Le Triomphe de la République, place de la Nation. L'union républicaine est en marche: aux élections municipales de mai 1900, le camp nationaliste est en baisse, notamment grâce à des coalitions entre radicaux et socialistes (Lyon, Bourges, Reims), sauf à Paris où il effectue une percée spectaculaire (45 sièges sur 80) Madeleine Rebérioux, La République radicale ? 1898-1914, éd. du Seuil, 1975, . Le , Waldeck-Rousseau déclare ainsi à Toulouse: Les meetings où se préparaient les désordres du lendemain se sont tus, la rue est redevenue l'avenue animée et paisible que la clameur des cortèges a cessé de remplirMadeleine Rebérioux, La République radicale ? 1898-1914, éd. du Seuil, 1975, .

Politique économique et sociale thumb|Caricature sur Pierre Waldeck-Rousseau d'après Le Sacre de Napoléon paru en 1903 dans le journal La Bastille. Il soutient aussi des lois sociales : le une loi sur le travail des femmes et des enfants est promulguée suivie le de la loi Millerand-Colliard qui abaisse à onze heures la durée du travail journalier et à 60 heures la semaine de travail pour les hommes.