Jakob Michael Reinhold Lenz est un dramaturge allemand (Sesswegen, 12jul./23grég. - Moscou, jul./grég. 1792). Il est l'un des principaux représentants du mouvement littéraire Sturm und Drang, en particulier grâce à ses pièces de théâtre Le Précepteur (1774) et Les Soldats (1776).

Biographie Famille et jeunesse Jakob Michael Reinhold Lenz naît à Sesswegen (aujourd'hui Cesvaine en Lettonie) en Livonie le 12jul./23grég. . Il est le fils cadet du pasteur Christian David Lenz (1720-1798), qui deviendra évêque ( en allemand) de Riga. Sa mère meurt un an avant son retour d’Allemagne. En 1759, son père est assigné pasteur à Dorpat (aujourd’hui Tartu en Estonie). Le jeune Lenz dédie ses premiers vers à Catherine II de Russie et écrit sa première pièce, Le Marié blessé.

En 1768, Lenz entame des études de théologie à Königsberg et rédige une ode à Kant au nom des Courlandais et des Livoniens de l’université. Il accompagne deux frères camarades d’études, les barons de Kleist (branche balte de la famille von Kleist), en Alsace, où il arrive en .

Maturité en Allemagne Lenz écrit Le Précepteur, Le Nouveau Menoza, Les Soldats et les Notes sur le théâtre. Il fait la connaissance de Johann Gottfried von Herder et de Johann Wolfgang von Goethe, qui s’occupe de faire publier ses premières œuvres en 1774, et correspond avec Sophie von La Roche. Il fréquente également Ramond de Carbonnières, membre d’une société savante alsacienne proche de la franc-maçonnerie, la Société de philosophie et de belles-lettres. À cette époque, ses « modèles » dramatiques sont Plaute, Térence et Shakespeare. Ses parents le pressent de rentrer et de s'établir, ce qui suppose qu’il termine ses études de théologie. Il est un intellectuel de génie, reconnu par ses pairs, dont on attribue les drames et les poèmes au jeune Goethe. Les intellectuels de Strasbourg, la jeune école allemande, l’admirent, mais il n'a pas de quoi vivre.

En , Louise Koenig lui fait lire des lettres qu'elle a reçues de Henriette Louise de Waldner de Freundstein, plus connue sous le nom de baronne d'Oberkirch. Lenz tombe sous le charme de ce style du cœur à la main. Il s'éprend vivement de Louise Henriette de Waldner.

Fin , Lenz rejoint Goethe à Weimar. Il apprend pendant ce voyage le mariage d'Henriette Louise de Waldner avec le Baron Siegfried d'Oberkirch. Lenz est d'abord accueilli chaleureusement par Goethe à Weimar. Mais bientôt leurs chemins se séparent irrémédiablement. Lenz se fait remarquer par son manque de respect pour l'étiquette de la cour de Weimar, pourtant la plus libérale des cours d'Allemagne de l'époque. Il choque et devient une provocation pour la noblesse locale. Goethe, en revanche, soutenu par le jeune duc, prend à partir de juin une responsabilité politique importante dans le conseil ducal. Sa position fragile de seul roturier du conseil ducal, ne lui permet pas de soutenir ouvertement Lenz. Lenz, quant à lui, semble toujours sous le coup de son chagrin d'amour pour Henriette Louise de Waldner. Il écrit entre avril et juin sa pièce inachevée Henriette von Waldeck ou Die Laube (Henriette de Waldeck ou La tonnelle) où le mariage de la baronne d'Oberkirch est traité comme une mauvaise plaisanterie finalement dévoilée. Fin , Lenz s'installe dans un village proche de Weimar, Berka. Lenz y aurait rédigé son roman épistolaire L'ermite de la forêt (Der Waldbruder) où le mariage de la baronne d'Oberkirch est traité comme un complot organisé par Goethe et d'autres de ses proches. C'est aussi durant cette période entre le printemps et l'automne 1776 qu'il compose certains de ces poèmes les plus connus (par exemple An W-, Die Todeswunde tief in meiner Brust, Aus ihren Augen lacht die Freude).

En , il commet une « ânerie », note Goethe : on l’expulse de la principauté. Il se rend alors à Emmendingen, près de Fribourg-en-Brisgau, chez Cornelia Schlosser, la sœur de Goethe. Johann Kaspar Lavater, l’éminent physiognomoniste, tente de soigner Lenz et l’envoie chez le pasteur Jean-Frédéric Oberlin. Le La date a frappé le poète Paul Celan, puisque le 20 janvier marque aussi la tenue de la conférence de Wannsee en 1942 où fut fixée l'organisation bureaucratique du génocide des juifs européens., Lenz se rend à pied de Strasbourg à Waldersbach dans le Ban de la Roche ( en allemand) ; ce périple et le séjour subséquent chez Oberlin formeront le sujet de la nouvelle inachevée Lenz de Georg Büchner composée durant l'automne 1835. À Waldersbach, Lenz fait des sermons en chaire, mais subit aussi des accès de démence et s'administre lui-même un bain glacé – sans doute une tentative d’autocure. Friedrich Maximilian Klinger, auteur de la pièce Sturm und Drang et qui, rejeté par Goethe, finira comme réformateur de l’université de Dorpat, pratique sur Lenz cette méthode à Emmendingen, où Lenz vit chez le mari de Cornelia, le grand juriste et historien allemand Schlosser. Lenz est enchaîné ; on le confie à un cordonnier, puis à un garde forestier, enfin à un médecin. Karl, le frère de Lenz, vient le chercher en 1779. Tous deux se rendent à Travemünde (Lübeck), puis en bateau jusqu’à Riga.

Dernières années en Russie Lenz ne trouvant pas de travail en Livonie, il s'en va à Saint-Pétersbourg, à Tartu, puis s'installe à Moscou en 1781, où il écrit une Ode aux Romanov et à Catherine II. En 1782, deux morceaux paraissent dans une revue allemande de Livonie. On pense qu’il est mort, de brèves nécrologies paraissent en Allemagne, Ramond le pleure. Il vit à Moscou « sans savoir pourquoi », de rapporter Nikolaï Karamzine se confiant à Lavater en 1789. Il survit comme précepteur, traducteur, membre de sociétés savantes, tout en fréquentant les milieux francs-maçons ; il élabore des plans de réforme, projette une histoire de la Russie, et pense jouer un rôle intermédiaire entre la Russie et l’Allemagne.

La Maison Novikov qui l’abrite est occupée par des soldats le . Il meurt dans la misère et la démence. On retrouve Lenz mort dans la rue le jul./grég. 1792.

Analyse Le théâtre critique de Lenz pose les problèmes sans proposer de solution illusoire ; le blocage de la société du , de l'aristocratie jusqu'à la très petite-bourgeoisie, en est le sujet central. Il a été redécouvert au par le professeur de théâtre Arthur Kutscher et par son élève Bertolt Brecht, qui a voulu en 1950 faire du Précepteur une illustration de la « misère allemande », variante marxiste du , sous-estimant sans doute le potentiel critique de Lenz et son refus des fausses solutionsFrançois Genton, « Lenz et la misère allemande », Études Germaniques, 1997, 1, pp. 143-158..

Postérité

Lenz par Georg Büchner

Georg Büchner débute la rédaction de la nouvelle intitulée Lenz à l'automne 1835, en s'inspirant du journal tenu par le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, qui accueillit Lenz chez lui du au . La nouvelle est restée inachevée et est publiée à titre posthume en 1839.

Ce court texte eut un impacte considérable sur la littérature allemande. Elle a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, théâtrales, musicales et picturales.

Autre La vie et l'œuvre de Lenz ont inspiré plusieurs créateurs :

Bernd Alois Zimmermann a composé un opéra, Les Soldats (1964-1965), à partir de la pièce de Lenz. Patrice Chéreau met en scène Les Soldats en (au Petit TNP Salle Gémier, pour le Concours des Jeunes Compagnies, qu'il remporte). Le Retour à Riga du fils prodigue J. M. R. Lenz (1981), nouvelle de l'écrivain allemand Gert Hofmann. (Trad. fr. Henri-Alexis Baatsch, Pontcerq, 2022) : récit du retour du poète en sa Livonie natale, en , après les mois d'errance et de crise. La compositrice Michèle Reverdy a tiré un opéra (1990) de sa pièce Le Précepteur.

Œuvres choisies

Le compositeur allemand Bernd Alois Zimmermann (1918-1970) s’est inspiré de cette œuvre pour en faire le livret de son opéra du même nom et dont l’action se situe à Lille et à Armentières.

Notes

Voir aussi Bibliographie Ouvrages de Lenz Jakob Lenz (trad. René Girard et Joël Lefebvre), Le Précepteur. Le Nouveau Menoza. Les Soldats. Notes sur le théâtre, Paris, L'Arche, 1972 (Présentation de l'éditeur) Jakob Lenz (trad. Danielle Chinsky, François Rancillac et Frédéric Révérend), Le Nouveau Menoza, Paris, Actes Sud, coll. « Actes Sud Papiers », 1988 (Présentation de l'éditeur) Jacob Michael Reihold Lenz (trad. François Mathieu), L'ermite de la forêt, Paris, José Corti, coll. « Romantique » (), 1990 J. M. R. Lenz, Zerbin (ou la toute nouvelle philosophie). Le Journal, Paris, Métailié, coll. « L'Élémentaire », 1991 (Présentation de l'éditeur) J.M.R. Lenz (préf. Daniel Binswanger; trad. Philippe Ivernel), Cours philosophiques pour âmes sentimentales, Paris, Payot & Rivages, coll. « Rivages poche / Petite Bibliothèque », 2001

Ouvrages critiques Sigrid Damm, Vögel, die verkünden Land. Das Leben des J. M. R. Lenz Berlin, Weimar, 1985. Elisabeth Genton, J.M.R. Lenz et la scène allemande, Paris, Didier, 1966. Georg-Michael Schulz, Jacob Michael Reinhold Lenz, Reclam, Stuttgart, 2001, 349 p.

Articles connexes Histoire des Germano-Baltes

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