Françoise (ou Françon) de Soissan de La Bédosse, souvent appelée la dame de Rus, née en et morte le , est une femme noble française mêlée à diverses intrigues et considérée par certains de ses contemporains comme une sorcière.

Elle est probablement issue d'une liaison adultérine. Mariée à Esprit de Rafélis, elle a deux fils. Dans les années 1660, elle entre au service d'Armand-Charles de La Meilleraye, duc de Mazarin, et de son épouse Hortense Mancini. Elle est mêlée au procès de Nicolas Fouquet, pendant lequel elle compromet un de ses cousins, Pierre de Roquesante, qui est juge à ce procès.

Vers 1670, elle séduit le comte de Suze et en obtient des terres. À partir de 1673, elle exerce une longue emprise sur la famille de l'intendant de marine Pierre Arnoul, mariant ses fils issus de son premier mariage avec la mère et la sœur de Pierre Arnoul avant de l'épouser lui-même. Elle gère les affaires financières de la famille et s'enrichit.

On lui a attribué, sans preuve, un rôle dans l'histoire, avérée, d'un maréchal-ferrant, François Michel, qui, affirmant avoir vu un fantôme, a obtenu une audience de pour lui délivrer le message qu'il se disait chargé de transmettre. Selon quelques auteurs tardifs, cette histoire serait le résultat d'une machination ourdie par Françoise de Soissan dans le but d'obtenir de qu'il rende public son mariage avec la marquise de Maintenon. En fait, rien ne l'indique.

Cherchant à expliquer l'influence de Françoise de Soissan, jugée d'autant plus étonnante que sa capacité d'emprise ne diminue pas avec l'âge, certains de ses contemporains ont évoqué la sorcellerie. Les historiens du début du l'ont présentée comme une aventurière sans scrupule. Actuellement, on voit plutôt en elle une femme d'affaires habile et avisée.

Biographie Une enfant adultérine ? Françoise de Soissan de La Bédosse s'est d'abord prénommée Françon. Son père officiel est Jacques de Soissan (ou Soussan ou Sausan), noble déshérité, qui est bailli et gouverneur d'Alès et seigneur de La Bédosse, lieu-dit de la commune actuelle de Cendras, près d'Alès.. Sa mère est Jeanne de Soyans, d'une famille noble installée à Beaumes dans le Comtat Venaissin. Jacques de Soissan et Jeanne de Soyans se marient en 1630..

Jacques de Soissan, parti en voyage à Paris, découvre à son retour que sa femme a accouché d'une fille, Françon, baptisée le . L’acte de baptême indique que l'enfant a alors deux mois, ce qui rend possible la paternité de Jacques. En fait, le père biologique est plus probablement César de La Tour du Pin, époux de la sœur de Jacques (et futur grand-père de Philis de La Charce). C'est du moins l'accusation portée par ce dernier. Françon est élevée au château de Mirabel, dans la famille de César de La Tour du Pin, puis dans un couvent à Carpentras.

Elle est déshéritée par son père (officiel) et mène un long procès pour récupérer son héritage. Elle l'abandonne finalement en 1662 en échange d'un dédommagement de .

La dame de Rus, Hortense Mancini et le procès Fouquet vignette|173x173px|Portrait d'Hortense Mancini attribué à Carlo Maratta. En 1649, Françon épouse à Beaumes Esprit de Rafélis (vers 1630-), seigneur de Rus ou Ruth, lieu-dit de la commune actuelle de Lagarde-Paréol.. On commence alors à l'appeler Françoise. Esprit de Rafélis est un militaire, qui sert dans l'armée de Turenne puis pendant la Fronde. Il est lieutenant d'artillerie à Bourg-en-Bresse.. Second consul de Carpentras, il est gouverneur de Buis-les-Baronnies puis capitaine de vaisseau..

Esprit de Rafélis et Françoise de La Bédosse ont deux fils : Joseph-Horace, né en , seigneur de Saint-Sauveur et du Villard (hameau situé sur le territoire de la commune actuelle de Saint-Sauveur-Gouvernet), capitaine des gardes du duc de Mazarin ; Pierre-Dominique, né en , capitaine de galère royale, chevalier de Saint-Maurice et Saint-Lazare.

Ensuite, il semble qu'ils vivent séparés. Françoise de Soissan, qu'on appelle désormais la dame de Rus, réussit, peut-être à l'occasion d'un voyage de la cour dans le Sud de la France en 1660, à entrer au service d'Armand-Charles de La Meilleraye, duc de Mazarin et de son épouse Hortense Mancini, nièce et héritière du cardinal Mazarin. Françoise gagne leur confiance et obtient du duc de Mazarin une pension de . Il l'envoie en Angleterre tenter de convaincre sa femme de revenir en France, dont elle s'est enfuie à cause des manifestations de jalousie de son mari..

vignette|Pierre de Roquesante.|gauche|184x184px La dame de Rus est également mêlée aux péripéties du procès du surintendant des finances Nicolas Fouquet. Un des juges de ce procès est un cousin d'Esprit de Rafélis, Pierre de Roquesante. Comme Olivier Lefèvre d'Ormesson, il désobéit à en votant le banissement au lieu de la mort en , ce qui plaît à une partie de l'opinion publique.. Or, Françoise de Soissan habite chez Roquesante. Pour atteindre ce dernier, le gouvernement ordonne l'exil en Provence de la dame de Rus, au motif qu'elle noue des intrigues. Devant le mécontentement manifesté par Roquesante, Françoise est autorisée à revenir à Paris, mais ensuite elle tente de monnayer l'influence de Roquesante pour sauver des financiers inquiétés par la chambre de justice. Sur ordre du roi, Roquesante est finalement exilé à Quimper, ce qui est imputé aux intrigues de la dame de Rus...

Du comte de Suze à la famille Arnoul Françoise de Soissan noue également des relations avec l'évêque de Viviers, Louis-François de La Baume de Suze, et avec les neveux de celui-ci, dont Louis-François comte de Suze. Les liens entre le comte de Suze et la dame de Rus sont étroits, probablement une relation adultère, et elle obtient de lui en 1670 un ensemble de terres à la campagne, au détriment de l'épouse légitime et malgré l'intervention de l'évêque de Viviers pour soutenir cette dernière. Pour expliquer cette influence de Françoise sur son amant naît l'idée que celle-ci use de sorcellerie..

Françoise de Soissan entre ensuite dans la famille Arnoul. Elle rencontre en 1673 à Digne Nicolas Arnoul, intendant de marine, et sa femme Geneviève Saulger et sympathise avec eux. Il semble qu'elle ait réussi à ce que le comte de Suze leur fasse donation de tous ses biens. Leur fils, Pierre Arnoul, ne renoncera à cette donation qu'en 1680..

L'emprise sur la famille Arnoul alt=Contrat manuscrit de mariage de Pierre Arnoul et Françoise de Soissan de La Bédosse, 27 octobre 1686|vignette|redresse|Contrat de mariage de Pierre Arnoul et Françoise de Soissan de La Bédosse, . Nicolas Arnoul est frappé par une hémorragie cérébrale en 1674. La dame de Rus vient alors seconder Geneviève Saulger pour s'occuper du malade, paralysé, et parvient rapidement à diriger la maison des Arnoul..

Nicolas Arnoul meurt le , et Pierre Arnoul et sa mère confient la direction des affaires familiales à Françoise de Soissan.. Cette dernière n'oublie pas de s'enrichir personnellement.. Comme la veuve Arnoul, quinquagénaire, semble développer un certain goût pour les hommes plus jeunes qu'elle., Françoise la convainc en 1676 de se remarier avec son fils aîné, Joseph-Horace, âgé de vingt-six ans. Quatre ans plus tard, en 1680, c'est à la fille de Genevière Saulger et Nicolas Arnoul, Geneviève Arnoul, que Françoise marie son second fils, Pierre-Dominique. Quand elle devient elle-même veuve en 1686, Françoise épouse le fils de Genevière Saulger et Nicolas Arnoul et frère de Geneviève Arnoul, l'intendant de marine Pierre Arnoul. Elle a cinquante-cinq ans et le marié trente-cinq. Ces mariages ont lieu malgré les mises en garde du ministre Seignelay, supérieur de Pierre Arnoul..

Par ces trois mariages, Françoise est la belle-fille de son fils aîné et la belle-sœur de son fils cadet. Son fils aîné, Joseph-Horace de Rafélis, est le beau-père de sa propre mère et de son beau-père. Le fils cadet de Françoise, Pierre-Dominique de Rafélis, est le beau-frère de sa propre mère, le beau-fils de son frère et le gendre de sa belle-sœur. Geneviève Saulger meurt en 1683 et son jeune veuf se remarie ensuite avec Catherine des Isnard.

Françoise de Soissan meurt le , après une agonie de deux semaines. Par testament, elle confie à des religieux capucins des missions à Rochegude, Saint-Sauveur et Beaumes. Dans la seigneurie de Ruth (à Lagarde-Paréol, près d'Orange), qu'elle a héritée de son premier mari, elle fonde avec Pierre Arnoul une institution à la fois pieuse et charitable : ils financent l'installation de « solitaires », autrement dit d'ermites, qui accueillent des enfants qu'ils forment au travail manuel..

C'est Pierre Arnoul lui-même, qui, après la mort de sa femme, décrit, dans un mémoire composé pour un procès contre sa sœur Geneviève, cette emprise exercée par Françoise de Soissan sur toute la famille. Il va même jusqu'à évoquer l'influence du diable. Mais il fait aussi état des qualités d'excellente gestionnaire de la dame de Rus, et reconnaît en avoir bénéficié.

La dame de Rus, la marquise de Maintenon et le maréchal-ferrant Le refus de Roquesante de condamner à mort Fouquet a fait naître l'hypothèse de l'appartenance de la dame de Rus à l'entourage du surintendant des finances, entourage dans lequel elle aurait fait la connaissance de Françoise d'Aubigné, future Madame de Maintenon. Cette hypothèse n'est pas prouvée. En 1749, un Supplément au Dictionnaire historique de Louis Moréri évoque un maréchal-ferrant nommé François Michel qui a obtenu une audience de pour lui délivrer un message, conformément à un ordre que lui aurait donné un fantôme. L'article est repris dans l'édition refondue du Dictionnaire de 1759. L'entrevue entre le maréchal-ferrant et le roi, aussi surprenante soit-elle, a réellement eu lieu.. L'auteur de la notice du dictionnaire, l'oratorien Joseph Bourgerel, y voit une possible machination. :

À la fin du , Jean-Baptiste Rolland, capucin sous le nom de père Calixte, soutient que cette hypothèse est une certitude. François Michel aurait été le jouet de madame de Rus, qui se serait servi de lui pour inciter à officialiser son mariage avec Madame de Maintenon. Mais l'auteur n'apporte comme preuve qu'un ouï-dire.. Alexandre Dumas, dans son Louis XIV et son siècle (1844) reprend ces personnages, le maréchal-ferrant, la marquise de Maintenon et la dame de Rus, qu'il nomme Armond à la place d'Arnoul, et la même intrigue.. Il s'inspire très nettement des Mémoires de Saint-Simon..

En fait, même si Paul de Faucher, à la fin du , présente le rôle de Françoise de Soissan dans cette affaire comme certain., rien n'indique une quelconque relation entre la dame de Rus et Madame de Maintenon, selon Lucien Bély..

Sorcière, aventurière ou femme d'affaires ? Pour expliquer l'emprise de Françoise de Soissan, certains de ses contemporains avancent l'idée qu'elle use de sorcellerie. Le , la marquise de Sévigné écrit à sa fille :

Pierre Arnoul lui-même, après la mort de sa femme, l'accuse d'avoir utilisé des procédés inspirés par le diable.. Saint-Simon, dans ses Mémoires, ne ménage pas Françoise de Soissan tout en rendant hommage à son habileté. Il reprend finalement la rumeur de sorcellerie :

Saint-Simon a peut-être lu les Lettres historiques et galantes de la journaliste Anne-Marguerite Petit du Noyer, qui évoque Françoise de Soissan, qu'elle qualifie d'. Madame Dunoyer affirme que la dame de Rus a rédigé les Mémoires d'Hortense Mancini, parfois attribués à Saint-Réal. Elle souligne qu'il est exceptionnel . Et elle fournit une explication toute simple :