Le cha quan () ou cha chui () est l'art martial traditionnel de la minorité chinoise des Hui. Il appartient donc à la famille des arts martiaux chinois (wushu).
Les Hui tiennent une place importante parmi la multitude des minorités existantes en Chine. Ils étaient au nombre de dix millions de personnes en 2000 selon le recensement de 2000 : China Statistical Yearbook 2003, p. 48, soit le quatrième rang de population après les Han, les Zhuang et les Mongols. Ils sont répartis sur tout le territoire (principalement dans les provinces du Níngxià, Gansu, Qinghai, Xinjiang, Henan, Hebei, Shandong, Yunnan) et souvent regroupés en village ou en quartier, ce qui constitue une de leurs particularités : ils sont « largement dispersés et rassemblés en petits groupes », souvent sur ou à proximité des lignes de communication. Il existe de nombreuses zones autonomes hui, la région autonome du Níngxià qui est le « berceau des Hui » (en mandarin ), de nombreux départements et districts autonomes.
Les Hui pratiquent la religion musulmane. L'islam (soufisme) s'est perpétué dans la communauté depuis ses origines, a joué un rôle non négligeable dans sa formation et influence encore toute sorte d'aspects de sa vie. Il est arrivé en Chine au avec les premiers commerçants arabes et perses et fut appelé au cours de l'histoire « loi des Huihui » (huihuifa), « religion des Huihui » (huihuijiao), « religion de la pureté et de la vérité » (qingzhenjiao).
Le cha quan est souvent nommé la « boxe de l'islam » (jiaomen quan), « boxe des Huihui » (huihui quan). Ces appellations génériques ne lui sont pas réservées et peuvent de même être employées pour d'autres boxes pratiquées dans la communauté hui (comme les tantui, le xinyiliuhe quan ou le tangping quan).
Les origines
Il existe principalement trois hypothèses traditionnelles ; elles fixent chacune la naissance de la boxe à des époques différentes mais, malgré cela, font toutes mention d’un personnage hui nommé Cha Mi'er, souvent présenté comme un militaire.
La première hypothèse est la suivante. Pendant la dynastie Tang (618 - 907), une troupe de soldats hui entreprit un voyage dans les plaines centrales. En passant dans le district de Guan dans la province de Shandong, un jeune général nommé Hua Zongqi dut être laissé dans un village hui (Zhangyizhuang) pour être soigné de ses blessures. Une fois guéri, il enseigna aux villageois l'art martial dans lequel il excellait pour les remercier, la « boxe des postures » (jiazi quan) ou la « boxe des grandes postures » (dajia quan). Le nombre de disciples ne cessant d'augmenter, il dut demander à son aîné, Cha Yuanyi ou Cha Mi'er, de venir l'aider. Celui-ci était spécialiste de la « boxe des positions du corps » (shenfashi quan) ou « boxe des petites postures » (xiaojia quan). Par la suite, on utilisa leurs noms pour désigner leurs boxes, elles devinrent respectivement la boxe de Hua et la boxe de Cha.
La deuxième hypothèse est la suivante. Sous la dynastie Ming (1368 - 1644), pendant les invasions japonaises, les gouvernants donnèrent l'ordre de recruter des soldats et former des troupes pour s’opposer à ces invasions. Cha Mi'er (ou Cha Shangyi), un Hui originaire de la région du Xinjiang, décida de s’enrôler dans cette armée et de partir au combat. Le voyage était long. Avant d’arriver à destination il tomba malade et fut laissé par ses compagnons dans le village Zhangyizhuang du district de Guan. Après son rétablissement, il décida d’enseigner aux villageois son art martial pour les remercier. C’est ainsi que se répandit le cha quan.
La troisième hypothèse est la suivante. Pendant la dynastie Qing (1644 - 1911) et l'occupation de Pékin (1901) par les armées des huit puissances alliées (baguo lianjun), Cha Mi'er, mû par un sentiment d’indignation, entreprit un voyage des provinces de l’ouest jusqu'à la capitale afin de combattre l’envahisseur. Il tomba malade dans la région du district de Cang où il fut soigné par la médecine musulmane. Les troubles avaient déjà cessé lorsqu'il fut rétabli. Il ne possédait rien à donner en dédommagement des soins qu’il avait reçus et décida alors de rester enseigner son art martial en remerciement. Cha Shangyi et Cha Shouyi lui succédèrent, ainsi la boxe fut-elle nommée cha quan.
Ces histoires contiennent une grande part de légende. Elles ne correspondent sans doute pas à des faits historiques. L’existence même de Cha Mi'er est à mettre en doute.
Le personnage fondateur : Cha Mi'er
Il est présent dans chaque histoire sur les origines du style mais il n’existe aucun document à son sujet, il n’apparaît que dans ces légendes et ne peut être considéré comme un personnage historique mais seulement comme un mythe. Il est parfois associé à Hua Zongqi qui ne tient souvent qu’un rôle secondaire, l’ordre hiérarchique est respecté puisqu’il est son cadet. Ils sont parfois interchangeables, pour la même hypothèse, on peut trouver que Hua Zongqi est arrivé le premier dans le Shandong et a par la suite appelé son aîné, mais parfois aussi exactement l’inverse, ce qui montre une fois de plus la faible crédibilité de ces histoires.
Le fondateur du cha quan possède plusieurs noms : Cha Yuanyi, Cha Shangyi, Cha Shouyi et Cha Mi'er. Son nom le plus usité, Cha Mi'er, n’est pas un nom hui traditionnel ; il est composé d'un nom de famille chinois (Cha) et d'un titre hui (Mi'er) qui en persan désigne un chef ou un officier supérieur. Nous pouvons interpréter cela comme une volonté de montrer la sinisation du personnage tout en lui conservant une trace de sa propre culture.
La fondation de la boxe cha quan
Le fondateur vient des régions de l’Ouest qui sont les provinces d’origine des Hui. Pour cette communauté éparpillée dans tout le pays, elles représentent leur racine et un point commun entre tous ses membres. Cha Mi'er qui est un « pur » Hui (même son titre perse est caractéristique) symbolise en quelque sorte la quintessence de ce peuple et le rayonnement du berceau de la mère patrie (l’Ouest) sur ses enfants de l’Est.
C’est un général ou un soldat qui fait partie d’une troupe composée de Hui, ceci montre la puissance de ce peuple qui ne veut pas être considéré inférieur et qui cherche sa place dans une Chine où le « chauvinisme Han » est étouffant. Lors de son voyage, il véhicule une connaissance et un art précieux qu’il peut transmettre à d’autres Hui puisque ce capital appartient à la communauté tout entière. On voit ici la solidarité et l’entraide dont ils font preuve pour lutter contre la majorité ethnique que constitue les Han, mais cette « hostilité » est aussitôt contredite. Son long périple a été une preuve de dévotion, de bravoure et d’obéissance au pouvoir central. Dans l’hypothèse qui fixe sa venue sous les Tang, il venait dans l’Est pour combattre les insurrections commanditées par An Lushan et Shi Siming ; dans celle des Ming, il décide de s’enrôler dans une armée et de partir lutter contre les pirates japonais ; dans la dernière, il vient combattre les troupes impérialistes étrangères. Dans ces trois légendes, il vient, seul ou avec une troupe, mais toujours de son plein gré jusque dans l’Est pour maintenir la paix dans le pays et la stabilité du pouvoir en place.
Ces légendes ont souvent été écrites ou retouchées après la prise du pouvoir en 1949 par le Parti communiste chinois.
Les principales branches du cha quan
Pendant la longue histoire des arts martiaux chinois, il est apparu de nombreuses divergences dans les styles et les enchaînements suivant leurs lieux de pratique et la personnalité des professeurs. Les cha quan de Jining, Shanghai, Shenyang ou du district de Guan sont très différents.
La branche Li Li Enju (1857 - 1932, prénom social Huiting) est originaire d'une famille de pratiquants d’arts martiaux de Jining dans le Shandong. Il pratique dès l’enfance avec son père Li Zhenquan le cha quan. En 1877, il prend la route pour apprendre auprès d’autres professeurs. En 1915, il fonde une société de gardes du corps ; en 1929, il est engagé à l’association Jingwu de Shanghai (ses enfants Li Longbiao et Li Fengbiao y ont aussi enseigné par la suite). Il a eu Sha Rongmin comme élève.
La branche Yang Yang Hongxiu (1864 - 1944, prénom social Fengzhen) est originaire du district de Guan dans le Shandong. Il apprend le cha quan dès son enfance avec Hong Zhanyuan et Ma Laowei. Il a enseigné au Département des arts martiaux de Ma Liang et l’a aidé à compiler et promouvoir les « nouveaux arts martiaux chinois » (zhonghua xinwushu). En 1919, il part enseigner à l'Association des arts martiaux chinois de Shanghai. Il finit ses jours dans le district de Shen dans le Shandong. Il a été surnommé « Yang Hongxiu la Grande Lance » (daqiang yang hongxiu) et « Yang le Poing-Éclair » (kuaiquan yang).
Wang Ziping, Ma Jinbiao, He Zhenjiang, Ma Yufu sont tous ses disciples.
La branche Yang est représentée au sein de l’Académie des arts martiaux chinois de Shanghai par Wang Fengzhang (neveu de Wang Ziping), Feng Xiangrui, Hu Hanping (fondateur de la boxe du prisonnier wusong) et par Wong Tunken (fondateur du Cercle de wushu en 1975 à Paris).
La branche Zhang Zhang Qiwei (1849 - 1933) est originaire du district de Guan, il commence le cha quan dès 1859 avec Zhang Qian. Il est connu dans la région est du Shandong pour ses « paumes de fer et doigts d’acier » (tiezhang gangzhi) qui peuvent percer le ventre d’un bœuf. Il commence à enseigner chez lui en 1886 aux gens du village et des alentours. Il est très rigoureux dans le choix de ses disciples, insiste sur la morale des arts martiaux et est très sévère avec ses élèves qui sont, pour un grand nombre, très connus : Zhang Xitai, Zhang Fengling, Zhang Yingzhen, Zhang Yingjian, Chang Zhenfang, Zhang Xiyan, Li Chaoqun, He Zhenquan, Song Yizhou, He Yingting.
Le système cha quan Le terme de cha quan est ambigu en mandarin. Il peut désigner la boxe cha quan et ses dix enchaînements ou bien l'ensemble des techniques regroupées avec celle-ci, c’est-à-dire les trois séries d’exercices de base, les treize enchaînements à mains nues des boxes annexes, de nombreuses formes avec armes longues et armes courtes ainsi que des combats combinés. Nous utiliserons ici le terme de cha quan pour la boxe et « système du cha quan » pour l’ensemble des techniques qui sont pratiquées avec elle.
Il est difficile de donner le contenu exhaustif du style, il varie beaucoup suivant les régions et écoles. Il arrive souvent que certaines possèdent des techniques qu’on ne retrouve pas ailleurs comme par exemple les enchaînements des trois étoiles (sanxing quan) et des sept étoiles (qixing quan) de Liaocheng ou les six vrilles (liuluzuane) de Pékin. Nous allons donner ici uniquement ce qui est communément répandu.
Il est parfois impossible de déterminer l’origine précise de certains enchaînements, un style n’est jamais refermé sur lui-même, il subit l’influence d’autres écoles. Certaines techniques existent indépendamment (comme les tantui), d’autres ne sont plus pratiqués que dans le système du cha quan (pao quan, fan quan).
Positions et mouvements
Les formes de mains (shouxing)
Les arts martiaux chinois possèdent un grand nombre de formes de mains. On peut y trouver environ une vingtaine de formes de poing et paume, plusieurs formes de crochets, de doigts et de griffes suivant les boxes. Le Cha quan est lui assez pauvre dans ce domaine, il ne contient que trois formes de poing, deux formes de paumes et de crochets. La variété des frappes, blocages et saisies est donc assez limitée.
Le poing (quan) :
Les trois formes de poing : le poing vertical (liquan), le poing horizontal (pingquan), le poing incliné (xiequan). Pendant la frappe, le poing pivote sur lui-même et arrête sa rotation au moment de l'impact.
La paume (zhang) :
Les cinq formes de paume : la paume verticale de profil (celizhang), la paume verticale lizhang), la paume de profil (cezhang), la paume horizontale (pingzhang), la paume ondulée walengzhang)