Le maltais (en maltais : ) est une langue chamito-sémitique (ou afro-asiatique) appartenant plus spécifiquement à la famille des langues sémitiques. Elle est rattachée à l'arabe maghrébin... Elle est la seule langue nationale de Malte et, avec l'anglais, une des deux langues officielles du pays ; elle est aussi une des vingt-quatre langues officielles de l'Union européenne, la seule qui soit sémitique. C'est l'unique langue sémitique qui soit principalement transcrite sous sa forme officielle à l'aide d'un alphabet basé sur l'alphabet latin, enrichi cependant de diacritiques comme le point suscrit ou la barre inscrite.

L'origine de la langue est l'arabe sicilien, relexifié à partir de superstrats sicilien et italien, dans une moindre mesure français et plus récemment anglais. En raison de son origine arabe, le maltais est classé comme langue sémitique. Dans le passé, il a été considéré, la mythologie politique aidant, comme étant d'origine phénico-carthaginoise et non d'origine arabe, mais cette théorie est aujourd'hui abandonnée. En outre, le maltais est particulièrement proche de l'arabe tunisien, à cause du lien historique entre la Tunisie et Malte et de l'influence de l'arabe tunisien et de la langue romane d'Afrique sur l'arabe sicilien, et les deux langues sont partiellement mutuellement intelligiblesAlbert J. Borg et Marie Azzopardi-Alexander, Maltese, éd. Routledge, New York, 1996, p. XIII : La source immédiate pour l'arabe vernaculaire parlé à Malte était la Sicile musulmane mais son origine ultime semble avoir été la Tunisie. En fait, le maltais possède quelques traits typiques de l'arabe maghrébin même si près de 800 ans d'évolution l'ont quelque peu éloigné du tunisien..

Trois grandes périodes peuvent être distinguées dans l'évolution de la langue maltaise : le maltais sémitique ou arabe maltais, jusqu'à l'expulsion des Arabes de Malte, le maltais ancien, jusqu'à l'officialisation d'un alphabet, d'une orthographe et d'une grammaire en 1934, et le maltais moderne, parlé aujourd'hui dans les îles. Il est possible de remarquer au l'apparition d'un maltais relâché, le maltish, sorte de pidgin de maltais et d'anglais.

Le maltais est devenu une des langues officielles de Malte en 1934, à côté de l'anglais, quand l'usage officiel de l'italien a été abandonné. Aujourd'hui le nombre de locuteurs est estimé à , dont résidant à Malte. Les milliers d'émigrés maltais en Australie, au Canada, à Gibraltar, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis pratiquent cette langue en famille. Le maltais est aussi parlé en famille en France par les descendants de Maltais, qui avaient migré en Algérie et en Tunisie durant l'époque coloniale et qui se sont installés en France après les indépendances successives.

La langue maltaise n'était traditionnellement pas écrite, l'écriture se faisant en italien. Le plus ancien document connu écrit avec un alphabet transcrivant le maltais est Il-Kantilena, un poème du écrit par Pietru Caxaro.

Définition La langue maltaise ou maltais (, en maltais) fait partie de la famille des langues chamito-sémitiques appelées aussi langues afro-asiatiques. À l'intérieur de cette famille, elle fait partie du groupe des langues sémitiquesJohann Gottfried Eichhorn (1781) Repertorium, vol. 3, Leipzig, .. Ce groupe se partage en plusieurs sous-familles généralement géographiques. Il comprend entre autres l'arabe occidental, qu'Abdou Elimam nomme l'arabe maghrébin ou maghribi, en y incorporant deux langues historiques, l'arabe andalou et le siculo-arabeA. Eliman (1997) Le maghribi, langue trois fois millénaire, éd. ANEP, Alger. Le maltais actuel, héritier de l'arabe maltais, fait historiquement partie du siculo-arabe, avec le siqili (l'arabe sicilien, aujourd'hui disparu)A. Valla (2003) ., un des dialectes ifriqiyens arabesJ.M. Brincat (2005) consulté le 13 novembre 2010. Relexifié à partir de superstrats, principalement sicilien et italien, dans une moindre mesure français et plus récemment anglais, c'est clairement, depuis le une langue standard qui comporte des variétés régionales ou topolectes.

En typologie morphologique, le maltais est une langue flexionnelle qui combine les flexions à brisures internes de l'arabe aux désinences des langues synthétiques, sicilien ou italien. En typologie syntaxique, le maltais est une langue de type SVO c'est-à-dire que l'ordre normal de la phrase est sujet-verbe-.

Le maltais est la langue parlée à Malte, dans les îles de Malte et de Gozo. Lors de l'indépendance de Malte, le 21 septembre 1964, elle a été proclamée langue nationale. Conjointement avec l'anglais, elle est l'une des deux langues officielles du paysConstitution of Malta, I.5.(1).

Le maltais est aussi une des langues officielles et de travail de l'Union européenneCommission européenne Langues officielles de l'Union européenne, consulté le 2 novembre 2010.. Le maltais n'est pas seulement la seule langue sémitique de l'Union européenne, c'est aussi la seule langue sémitique qui soit transcrite sous sa forme officielle à l'aide d'un alphabet basé sur l'alphabet latin, enrichi cependant de diacritiques comme le point suscrit ou la barre inscrite.

Histoire La langue maltaise possède la particularité d'être en même temps une des plus anciennes langues () encore vivante et une des plus récentes langues (1929) formalisée par un alphabet, une orthographe et une grammaire.

Cadre chrono-culturel Préhistoire Les premiers habitants de l'archipel maltais arrivent par mer depuis la Sicile, l'île voisineLes plus anciennes traces de ces pasteurs sont retrouvées principalement dans la grotte de Għar Dalam. Leur présence est datée de 5400 C'est la période dite de Għar Dalam (5400-4500 ).. Porteurs de la culture de la céramique de Stentinello, ils implantent l'économie néolithique dans les îles, important bêtes et végétaux. Leurs habitudes sont celles des pasteurs siciliens. Le silex qui sert à confectionner l'outillage lithique provient de Sicile. Des lamelles et des outils en obsidienne révèlent une importation de matériaux depuis les îles de Pantelleria et de Lipari, au large de la Sicile. Selon toute vraisemblance, ils parlent la langue de leurs origines, celle pratiquée en Sicile, mais les spécialistes n'ont aucune information sur celle-ci ( Préhistoire de Malte).

thumb|alt=La gravure représente ce qui reste d'un mur formé de gros blocs de pierre. Elle est animée de personnages : deux hommes à l'avant-plan avec un chien, un autre dans une anfractuosité du mur parlant avec un homme perché sur un bloc au milieu, décentré vers la droite tandis que deux chevaux occupent l'extrême gauche, et au fond, à l'extrême droite, trois autres personnages sont encore distinguables.|Temple mégalithique de Ħaġar QimGravure de Jean-Pierre Houël de 1776.

L'évolution de la population maltaise est parallèle à celle de la Sicile. Quand cette dernière passe de la culture de Stentinello à la culture de céramique de Serra d’Alto puis à celle de la culture de céramique de Diana en Sicile, la culture de Għar Dalam fait place, à Malte, à celle de Skorba grise (4500-4400 ) puis à celle de Skorba rouge (4400-4100 ). La fin du voit l'arrivée, toujours en provenance de Sicile, d'une nouvelle vague de cultivateursLe site de Ħaż-Żebbuġ au centre de l'île de Malte est le premier à révéler des tombes en puits creusées dans le calcaire. il a donné son nom à la première phase (4100-3800 ) de la période des temples. possédant la culture de la céramique de San Cono-Piano-Notaro, marquée par un nouveau rite funéraire : les corps sont disposés en hypogée, tombes en four. Ces nouveaux arrivants vivifient la culture de l'archipel. Les éléments lithiques de cette phase révèlent une provenance de Sicile et de CalabreJ. Guilaine (2001) ..

Par contre la période des temples (3800-2500 ) révèle une culture typiquement maltaise impossible à rattacher à une culture continentale. La population maltaise, et avec elle sa langue, suit pendant plus d'un millénaire et demi une évolution qui lui est propre. La fréquentation des temples et leurs fréquents réaménagements font déduire une organisation sociale centrée sur ces temples. Le temple est aussi un lieu de marché, de négociations matérielles, en fait, de redistribution de richessesJ. Guilaine (2001) p. 29.. Cette organisation sociale nécessite une communication complexe.

Cette période des temples prend fin avec la disparition des populations de bâtisseurs mégalithiques vers les années 2500 . Une nouvelle population émigrée de Sicile, porteuse d'une culture totalement différente, revivifie la civilisation maltaise en repeuplant petit à petit l'archipelC'est l'âge du bronze maltais (2500–725 ).. Le matériel archéologique, des armes en bronze par exemple, permet de rapprocher ces nouveaux habitants des peuples guerriers de Sicile et d'Italie du sud. Vers 900 un nouveau groupe ethnique débarque sur les îles. Sa céramique indique qu'elle a pour origine la culture de la « tombe à fosse » de CalabreJ.S. Tagliaferro (2000) p. 35.. Cette population, renouant le lien entre Malte, la Sicile et le sud de l'Italie, va rentrer dans l'histoire en introduisant l'écriture.

Antiquité thumb|left|upright|alt=Photographie représentant un cippe, petite colonne tronquée en haut, renflée à la base et décorée d'un motif de feuillage. Elle repose sur un socle trapézoïdal dont la face avant porte les inscriptions - en phénicien au-dessus, en grec en dessous. |Un des deux cippes, datés du , dédiés au dieu Melkart, seigneur de Tyr, comportant une inscription bilingue phénicien/grec. A. Blondy (1991) . : par cette phrase, Alain Blondy résume la façon d'aborder cette phase de l'histoire de l'archipel maltais, c'est-à-dire en fonction de ses colonisateurs successifs. Au centre de la Méditerranée, entre le bassin oriental et le bassin occidental, au milieu du détroit qui sépare la Sicile de la Tunisie, avec ses falaises élevées de la côte sud-ouest et ses ports naturels de la côte nord-est, Malte est un relais évident. Des auteurs classiques, comme Diodore de Sicile, soulignent déjà la position stratégique de Malte sur les routes maritimes phéniciennes.

Les Phéniciens, grands navigateurs, utilisent Malte à partir du , comme halte sur la route du cuivre qu'ils vont chercher dans l'actuelle péninsule Ibérique. La mer Méditerranée devient la mer des Phéniciens dès cette époqueA.J. Frendo et N.C. Vella (2001) .. Ils installent une colonie dans les îles de l'archipel vers 725 C'est en 814 , qu'ils créent leur colonie de Carthage et c'est certainement vers la même époque que datent les postes en Sicile (Ziz (fleur)/Palerme, Soeis (rocher)/Solonte, Mortya (filature)/Mozia) à Kossura/Pantelleria et à Malte. Diodore de Sicile titre V, chapitre 12. Avec le commerce, les colons phéniciens apportent aussi leur langue et leur alphabet ; grâce aux témoignages épigraphiques, il est admis que le nom de l'île de Gozo ( en maltais) vienne du phénicien gaulos (une inscription du ou du nomme Gawl l'établissement phénicien sur le site de l'actuelle Victoria)A.J. Frendo et N.C. Vella (2001) ..

thumb|alt=Agrandissement de l'inscription bilingue gréco-phénicienne se trouvant sur la base du cippe présenté ci-avant. Le phénicien est au-dessus, le grec en dessous, gravé en capitales permettant de bien distinguer la présence des voyelles qui furent créées par les Grecs.|Inscription bilingue phénicien/grec qui permit, en 1758, à un archéologue français, l'abbé Jean-Jacques Barthélemy, de déchiffrer l'alphabet phénicien.