Le loup enragé de Cornil désigne un loup atteint de la rage qui a attaqué en deux jours 18 personnes de la paroisse de Cornil (actuelle Corrèze, France), engendrant une période de terreur de plusieurs mois. Durant plusieurs mois, deux chirurgiens de Brive s'activent pour soigner les habitants blessés atteints de la rage.

Historique vignette|Etat des blessures de dix sept personnes mordues par un loup enragé, rédigé par le chirurgien Rebière, AD Haute-Vienne, C 26 M26. Entre le 24 et , un loup enragé mord dix-huit personnes dans la paroisse de Cornil (Bas-Limousin), issues des villages de Poumeyrol, Lauconie et La Ramade. Dès le lendemain, l'intendant du Limousin et sa subdélégation décident la mort de l'animal, et de dégager des fonds pour apporter les soins et l'aide nécessaires aux blessés atteints par la rage. Cette affaire fait partie des attaques de loups enragés sur l'homme dans le Royaume de France au , principalement le monde rural.

Les victimes Les victimes sont essentiellement des paysans et paysannes de « tout age et de tout sexe », qui sont des tenanciers du maréchal de Noailles et qui AD Haute-Vienne, Intendance de Limoges Epidémies médecine, C26 Dossier M26, Transcription par BARRIERE Aurélien.. Le subdélégué à Brive, de Sales, nous indique que ces paysans et paysannes sont tous pauvres et que seulement deux d'entre eux détiennent . Ce qui s'explique par le fait que dans l'élection de Tulle et le nord de celle de Brive, on trouvait surtout des journaliers qui ne possèdent qu'une maison. Le journalier, dans sa large définition, est une personne pauvre qui vit du travail de ses bras et qui n’a aucun bien. Il est payé à la journée ou à la tâche. Il peut s’agir de petits ou moyens propriétaires victimes d’une régression sociale brutale à la suite d'une crise économique.

+Tableau des victimesElements tirés de AD Haute-Vienne C26 M26 : Nom de la victimeÂgeSexeTravail exercéJeanne Sourier18FJournalière/

TenancièreJean Espinou58MJournalier/Tenancier

Rebière nous dit qu'il travaille alors que cela lui est déconseilléGuillaume Espinou (fils de Jean Espinou)40MJournalier/TenancierJean Espinou (oncle de Guillaume Espinou)50MJournalier/TenancierFrancois Prade27MJournalier/TenancierRose Lidon50FJournalière/TenancièreMarie Reynier50FJournalière/TenancièreMarguerite Viallarie50FJournalière/Tenancière

Elle est l'épouse du laboureur du village de PoumeyrolLéonard Motier (fils de Jean d'Auvergne)20MJournalier/TenancierFrancoise Marot (mère de Jean d'Auvergne)60FJournalière/TenancièreFrancois Valade45MJournalier/TenancierJean Valade (fils de Francois Valade)20MJournalier/TenancierMarie Bourguet35FJournalière/TenancièreLa Cardinaude50FJournalière/TenancièreAntoine Rivassou40MJournalier/TenancierJean Lascaux60MJournalier/TenancierPierre Mirat36MJournalier/TenancierUne femme inconnue?F?

Les conséquences de cette attaque

Terreur et difficultés économiques pour les paysans Le subdélégué à Brive, De Sales, explique à l'intendant que malgré les battues sans succès, les gens voient des loups « ou l'on croit en voir dans la campagne qui enlèvent des moutons et l'on dit qu'il y en a beaucoup de repandù dans toutes les paroisses voisines ». Les loups semblent partout, si bien qu' « on dit qu'il a parù un autre loup enragé sur la paroisse de favars près de Tulle, mais ce bruit vague mérite confirmation ». L'attaque a lieu pendant la période dite des « gros travaux d'été » entre avril et octobre. C'est à ce moment que s'opère le temps fort de la vie des champs, on exploite la terre, le bétail sort pour pâturer. Par peur des attaques, les paysans enferment le bétail même la journée afin d'éviter les morsures et contaminations par la rage. Si l'animal est contaminé, il sera abattu afin de ne pas contaminer d'autres bêtes.

Le cout économique pour l'intendance L'intendance s'étant fait la promesse de protéger les plus « malheureux » des sujets du roi, elle s'engage à rembourser les dépenses faites par les subdélégués, seigneurs, médecins, et toutes personnes impliquées dans la lutte contre ces animaux à Cornil. Pour répondre à cette tâche, l'intendant insiste auprès de son subdélégué De Sales pour que celui-ci tienne un état des dépenses précis afin que tout soit fait pour que l'intendant puisse dégager les sommes nécessaires au remboursement. « Lorsque le traitemen sera achevé, et que toutes les dépenses seront connues, vous voudres bien en former un etat général que vous diviserer par chapitre comme vous le jugeer convenable pour plus de clarté ». Le seigneur/chevalier de Cornil, D'Auberty, qui s’est engagé à mener des battues pour détruire le loup enragé mais aussi tous les loups qu'il lui sera possible de tuer, précise que les battues lui occasionnent une dépense considérable. « vous deves bien jugér Monsieur que toutes ces battues mont mis dans le cas de faire beaucoup de depense en tout jenre par le concours de mile au douse cens persones qui ce rendait au château auxquels je ne pouvais me refuser dofrir des rafraichissmens […] vous voudres biens me faire renbourcér la poudre et les bales que jay ete obligé de fournir ».

Il est demandé au subdélégué De Sales de tenir un état de la dépense. Il fut dégagé par l'intendance la somme de pour rembourser l'ensemble des dépenses occasionnées par l'attaque du loup enragé. Il fut donner 672 livres « aux veuves et enfants ; des familles maltrétées. soit pour habiller les plus pauvres, payer les impositions ariérées, fournir a ceux qui avaient perdù leurs bestiaux par la rage, ou pour des secours alimentaires à plusieurs de ces malheureux, qui se trouvant sans bien, leurs pere ou mére etant mordu ; n'ayant aucune industrie pour se procurer la subsistance. après avoir bien pésé l'etat d'un chacun, il fut arrêté, qu'on donnerait tant à l'un et tant à l'autre ». Le mémoire rédigé par le chirurgien Rebière fait mention d'un total de huit cents livres pour les soins et les avances qu'il a fait aux mordus du loup enragé. Il est enfin noté quatre-vingt-seize livres pour les battues, 480 livres pour dédommager d'Auberty qui a mené les battues et quarante sols à un boucher qui avait apporté des carcasses de moutons empoisonnés dans les bois pour essayer de piéger des loups.

Détruire les loups nuisibles L'administration décide de détruire l'ensemble des loups de manière systématique. La généralisation des armes à feu au augmente le nombre de chasses menées à l'encontre des loups. De Sales nous apprend dans sa lettre du que des moutons égorgés allaient être empoisonnés pour essayer de tuer les loups, « je profitay de l'evenement des moutons qui avaient eté egorgér, pour faire inserér du poison dans les chairs de ces animeaux et les faire transporter dans les bois dans l'esperance d'empoisoner quelqu'un de ces loups ». D'Auberty organise donc des battues et les mène régulièrement dans un souci de réussite, « soies biens tranquille au sujet des batues je ne négligeray riens ». Il est secondé par le premier adjoint de de Sales, M. de la Bachelerie « pour diriger comme ancien militaire les operations de la batüe ». À l'issue des chasses menées par le seigneur d'Auberty, (dont l'une fut composée de 1500 personnes) il fut tué un couple de loups ainsi que cinq louveteaux et le loup enragé qui semble être un individu isolé.

Les symptômes et les soins délivrés aux blessés

Les chirurgiens Rebière Les frères Rebière sont appelés pour soigner les mordus du loup enragé. Le jeune frère Rebière, est un maître chirurgien à Brive de trente-cinq ans qui est aussi chargé de l’hôpital de Brive. Il est reconnu pour être le seul chirurgien assez habile pour pratiquer les interventions de chirurgie les plus délicates. Le jeune Rebière s'est transporté dans le bourg de Cornil pour être au plus près des malades et est hébergé à Cornil par d'Auberty qui parfois le seconde dans ces opérations de chirurgie. L'ainé des frères, est un chirurgien de Tulle. On ne sait que peu de choses à son sujet, mais on sait qu'il communique avec la Société Royale de Médecine afin d'obtenir des onguents et des précisions sur les soins à délivrer. Il échange aussi avec l'intendant, où il lui rend compte des observations et soins que son frère cadet lui fait remonter. Aussi il dispose des ouvrages les plus complets et avancés sur la médecine. Il rédige les rapports et mémoires des observations faites et des soins donnés par son frère cadet. Les frères Rebière disent suivre les instructions et observations de plusieurs médecins comme Etienne-Michel Bouteille, Le Roux (chirurgien-major de l'hôpital de Dijon), et Baudot. Ils rendent compte à la Société des soins délivrés et des observations qu'ils font sur les malheureux mordus de Cornil. Les analyses et observations que Rebière l'ainé communique à la Société sont publiées dans un des ouvrages de la Société.

Les blessures +Elements tirés de AD Haute-Vienne C26 M26Nom de la victimeBlessuresJeanne Sourier« mordue a la commissure des lèvres et les coups de dents pénétraient dans la bouche »

« elle à une playe d'environ trois pouces sur le temporal gauche, pénétrant jusqu'à l'os deux autres sur la joue du meme cotté qui commencent sur la pömête et finissent sur la machoire inferieure, une autre playe dun pouce sur la tempe droite et trois autres sur le nez »Jean Espinou« une seule playe a la tette de 5 travers de doigt de long pénétrant jusqu'au périoste »Guillaume Espinou (fils de Jean Espinou)« sept playes a la tette dont trois de 4 à 5 travers de doigt de long pénétrant jusqu'à los, le cartillage de l'oreille dechiré traversalement en deux et la portion superieure de bas en haut. une playe profonde dun pouce et demy de long a la base de lomoplate, des coups de dents et des ecorchures au col, et un autre coup de dent profond au dessous de la clavicule droite »Jean Espinou (oncle de Guillaume Espinou)« deux playe a la tête, l'une posterieurement de 4 pouces de long. l'autre sur la tempe droite d'un pouce et demy de long, toutes les deux penetrant jusqu'au perioste qui s'est trouvé contus »Francois Prade« deux playes à la partie postérieure de la tête, l'une de 4 l'autre de 5 pouces de long, l'os a decouvert. une autre playe profonde d'un pouce de long a la partie moyenne supérieure du bras droit et plusieurs ecorchures avec ecchymose et gonflement dans toute la circonférence du bras »Rose Lidon« six coups de dents profonds sur les lombes »Marie Reynier« mordue au visage »

« trois playes profondes au visage, sur le sourcil la tempe et la pomete »Marguerite Viallarie« troies playes dont deux au visage, et l'autre a la partie superieure laterale du col »Léonard Motier (fils de Jean d'Auvergne)« ayant eu tout le visage déchiré »

« le nez ecrasé, les cartilages déchirés sur la bouche, une playe sur chaque joue de pres de 3 pouces chacune qui les perces d'outre en outre, l'une a detruit la commisure des levres du coté droit, la levre inferieure pendante sur le manton, nombre de coups de dents épars sur le visage »Francoise Marot (mère de Jean d'Auvergne)« dix coups de dents sur les lombes avec une playe fort profonde dun

pouce de long »Francois Valade« une playe triangulaire sur la prere phalange du doigt medius gauche l'os a decouvert et deux coups de dents avec une echymose considérable a lavant bras droit »Jean Valade (fils de Francois Valade)« trois playes au visage, l'une de deux pouces penetrant jusqu'à l'os sur le coronal ; la seconde commencant a la paupiere superieure de l'oeil droit se continue sur la racine du nez et sur la paupiere de lautre œil les os quarres du nez ecrasés, trois coups de dents sur la joue ou tempe gauche, dix a la main droite, une playe dun pouce de long a la partie posterieure du poignet »Marie Bourguet« deux playes profonde d'un pouce et demy de long sur les lombes du coté gauche »La Cardinaude« mordue grièvement au visage »