Auguste Rodin (René François Auguste Rodin), né à Paris le et mort à Meudon le ., est l'un des plus importants sculpteurs français de la seconde moitié du , considéré comme un des pères de la sculpture moderne.
Héritier des siècles de l'humanisme, l'art réaliste de Rodin est un aboutissement, croisement de romantisme et d'impressionnisme dont la sculpture est modelée par la lutte entre la forme et la lumière.
La virilité de l'artiste, surnommé en son temps le « Bouc sacré »., provoqua des drames semi-publics ou privés et est au centre d'une expression plastique de la sensualité, de l'érotisme, mais aussi de la douleur. Il fut le compagnon, une partie de sa vie, de la sculptrice Camille Claudel.
Par sa capacité de travail et d'organisation, Rodin laisse une œuvre hors norme, dont seul le musée Rodin de Paris détient le droit moral et inaliénable du sculpteur.En effet, grâce aux moules réalisés par l'artiste, ses œuvres sont infiniment reproductibles. La loi française, détenant l'héritage de Rodin, autorise cette reproduction. Le modèle, issu du moule, est identique, simplement la date va différer. Le bronze permet cet héritage encore animé aujourd'hui. Cependant, l'œuvre doit porter la mention de l'Atelier de Rodin, ainsi que la date à laquelle elle a été réalisée. Le mot "reproduction" doit paraître sur la sculpture reproduite en question. à lire ..
Biographie Auguste Rodin naît dans une famille sans problèmes financiers sans être bourgeoiseSon père a deux frères tous deux enseignants. L'un, Hyppolite, est directeur d'établissement à Beauvais et Alexandre est professeur de latin, et une sœur, Marie-Désirée qui est mariée à Jean Stanislas Coltat, qui possède une bijouterie religieuse. Les revenus du ménage Rodin sont limités au salaire paternel qui ne s'élève pas au niveau de la petite bourgeoisie du (voir Maxime Paz, « L’autobiographie de Rodin : une fiction ? », in Catherine Méneux, Emmanuel Pernoud et Pierre Wat (éd.), Actes de la journée d’études Actualité de la recherche en , , années 2012 et 2013, Paris, site de l’HiCSA, en ligne)., le au , rue de l'Arbalète, dans le de Paris... Son père, Jean-Baptiste, né à Yvetot en 1803, s'est installé à Paris en 1830 comme garçon de bureau à la préfecture de police. Sa mère, Marie Cheffer (1807-1871) est la fille d'un tisserand lorrain en activité à Landroff., qui s'installe en 1832 à Paris, où Marie épouse Jean-Baptiste en 1836. Auguste a une sœur aînée, Maria Louise (1837-1862). et une sœur benjamine, Anna Olympe (1844-1848). Du premier mariage de son père en 1829 avec Gabrielle Cateneau (1809-1836), il a une demi-sœur, Clothilde (née en 1832), dont on ne sait rien après le second mariage de Jean-Baptiste en 1836..
Ses parents forment un ménage uni où apparaissent les solides vertus d'une éducation provinciale et religieuse qu'ils transmettent à leurs enfants, surtout de la part de la mère, femme au foyer.. Après l'école primaire des frères de la doctrine chrétienne entre 1848 et 1849, il est envoyé à Beauvais de 1851 à 1853 dans la pension que tient son oncle Jean-Hyppolite Rodin (1802-1855)Jean-Paul Morel, « Vie d'Auguste Rodin », in Auguste Rodin. Faire avec ses mains, Paris , Éd. Mille et une nuit, Fayard, 2011 . où il s'ennuie, mais où il découvre la cathédrale et l'art gothique.
Formation vignette|upright|Le Père Eymard (1863), buste en bronze en hermès, Paris, musée Rodin. L'ecclésiastique porte un rouleau avec l'inscription , interrompue par l'enroulementCette dédicace est le texte de la prière ( ).. En partie à cause de sa forte myopie non détectée, il mène des études médiocres, et il gardera assez longtemps le handicap d'une faible maîtrise du français. Étant donné qu'il préfère griffonner des dessins sur ses cahiers, ses parents l'inscrivent gratuitement en 1854, à , à l'École spéciale de dessin et de mathématiques à Paris, dite la Petite École (devenue École nationale supérieure des arts décoratifs), où il suit les cours du talentueux Horace Lecoq de Boisbaudran, dont la méthode consiste à préserver la sensibilité de chaque élève en lui enseignant à utiliser sa vue et sa mémoire visuelle, et du peintre Belloc. C'est là qu'il fait la connaissance d'Alphonse Legros.
Sa vocation se révèle lorsqu'il pousse la porte d'une salle de cours où les élèves sont en train de pétrir la glaise. En 1855, il découvre la sculpture avec Antoine-Louis Barye, puis Albert-Ernest Carrier-Belleuse. Il se rend alors régulièrement au musée du Louvre pour dessiner d'après l'antique, au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale, et au cours de dessin de la Manufacture des Gobelins, où il travaille le nu. En 1857, il quitte la Petite École et, fort d'un talent reconnu par ses professeurs, suivant l'avis du sculpteur Hippolyte Maindron, il tente le concours d'entrée à l'École des beaux-arts, dont il réussira l'épreuve de dessin, mais il échouera trois fois de suite à celle de la sculpture, son manque de culture humaniste lui faisant préjudice et son style n'étant pas conforme aux traditions néo-classiques qui y régnaient. Il est alors contraint de travailler pour se nourrir et s'engage comme artisan-praticien dans des ateliers de divers sculpteurs, staffeurs ornemanistes et décorateurs, tels que Garnier, Blanche ou Michel-Victor Cruchet. C'est chez l'un d'eux que débute son amitié avec Jules DalouGustave Coquiot, Rodin à l'Hôtel de Biron et à Meudon, Ollendorff, Paris, 1917, ..
L'activité de cette époque est particulièrement stimulée par les travaux d'urbanisme du préfet de Paris, le baron Haussmann, comme par le développement du goût de l'époque pour l'ornementation. Le , fortement touché par le décès de sa sœur Maria, Rodin traverse une crise mystique et entre au noviciat de la Congrégation du Très-Saint Sacrement. Se rendant compte que le frère Augustin est peu doué pour la vie monastique, le Père Eymard le convainc de poursuivre dans la voie artistique. Rodin quitte ainsi la congrégation en ..
Collaboration avec Carrier-Belleuse et Van Rasbourgh
Rose Beuret : la compagne d'une vie upright|vignette|Rose Beuret (1911), pâte à modeler et pâte de verre, en collaboration avec Jean Cros. Paris, musée Rodin« Rose Beuret », notice sur collections.musee-rodin.fr.. En 1864, il rencontre Rose Beuret, fille d'un cultivateur de Haute-Marne. Cette ouvrière couturière, illettréesuivant de nombreux témoignages, plus ou moins affectueux, Rose Beuret est analphabète, ne sait ni lire ni écrire in ., âgée de , lui servira de modèle et deviendra sa compagne. Il l'épouse le , à la fin de leur vie, alors qu'il eut de nombreuses liaisons (Camille Claudel, Gwen John, la duchesse de Choiseul Claire Coudert (1864-1919), de 1907 à 1912..). En 1866, il aura d'elle un fils, Auguste Eugène Beuret (1866-1934), qu'il ne reconnaîtra jamais. Rose fut plusieurs fois le modèle de Rodin, témoignant de son évolution stylistique, de Jeune fille au chapeau fleuri en 1865, encore influencé par Carrier-Belleuse, en passant par Mignon en 1869, puis Bellone, exécutée en 1878 après son retour de Belgique.
L'Homme au nez cassé Son Homme au nez cassé est refusé au Salon de Paris de 1865, mais le marbre (dont la pratique est de Léon Fourquet) sera finalement exposé en 1875.. C'est dans la période de 1865-1870 qu'il entame sa collaboration avec Albert-Ernest Carrier-Belleuse, sculpteur renommé du Second Empire, formé lui aussi à la Petite École. Carrier-Belleuse porte la sculpture vers la production en série, stimulé par la forte demande de la haute bourgeoisie de l'époque. Rodin travailla dans l'atelier de Carrier-Belleuse, qui produisit de nombreuses ornementations de qualité pour les décors architecturaux de grands chantiers à Paris, tels que l'Opéra Garnier, l'hôtel de la Païva sur les Champs-Élysées, ou le théâtre des Gobelins.
En Belgique En 1870, Rodin accompagne le sculpteur belge Antoine Van Rasbourgh à Bruxelles, où il participe aux travaux de décoration de la Bourse du Commerce. Il est mobilisé comme caporal dans la Garde nationale au moment de la guerre franco-prussienne de 1870, puis réformé pour myopie. En , il retourne alors en Belgique avec Carrier-Belleuse, avec lequel il collaborera jusqu'en 1872. Il réalise deux sculptures colossales, L'Asie et L'Afrique, et des cariatides. Il s'associe par contrat à Van Rasbourgh entre 1871 et 1876, avec lequel il participe entre autres au décor du palais des Académies à Bruxelles. Il collabore aussi avec Jules Pecher à la réalisation du Monument à Jean François Loos à Anvers (1876), aujourd'hui démonté. À cette époque, Rodin vit en couple avec Rose Beuret, qu'il peint en Fleur des champs. C'est également à cette époque qu'il met au point sa démarche de présenter trois fois la même sculpture dans des expositions différentes en trois techniques différentes : terre cuiteSculpture originale de Rodin., plâtreRéalisé par un mouleur. et marbreRéalisé par des praticiens comme Bernard, Bourdelle, Desbois, Despiau, Escoula, Peter, Pompon, Soudbidine… ( musee-rodin.fr)..
Voyage en Italie et étude de Michel-Ange thumb|upright=0.5|Michel-Ange, Esclave s'éveillant (1519-1536), Galleria dell'Accademia de Florence. Un exemple de non finito. En 1875, il réalise un de ses grands rêves en faisant son Grand Tour. Il voyage en Italie pour découvrir les trésors artistiques de Turin, Gênes, Pise, Venise, Florence, Rome, Naples, de Donatello, et surtout, de Michel-Ange dont musee-rodin.fr., en usant de la technique et de l'esthétique du non finito. À son retour en France, il visite les cathédrales françaises. En 1876, il expose pour la première fois aux États-Unis à l'Exposition internationale et universelle de Philadelphiein Cat Kiefer Rodin, Gallimard, Paris 2017 ..
Première grande œuvre et succès
En 1877, âgé de 37 ans, de retour à Paris, il réalise sa première grande œuvre, L'Âge d'airain, la statue en grandeur nature en plâtre d'un jeune soldat bruxellois, Augustin Neyt, qu'il expose au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles et au Salon des artistes français de Paris. Sa statue donne une telle impression de vie qu'on l'accuse d'avoir effectué un moulage sur le vif. Ce succès retentissant au parfum de scandale amorce sa fortune et ses quarante ans de carrière. Les commandes officielles abondent et Rodin devient un portraitiste de la haute société. L'Âge d'airain sera fondu en bronze par Thièbaut frères.
En 1878, Rodin crée son Saint Jean Baptiste, plus grand que nature pour prouver définitivement qu'il n'a pas recours au moulage sur nature. Rodin influence alors la sculpture par l’expressivité des formes, des sentiments, de la sensualité et du soin apporté à restituer l'émotion, par l'expression donnée à des parties du corps comme les mains, les pieds Il participe à l'invention d'un style en développant de nouvelles techniques de sculpture comme l’assemblage, la démultiplicationTechnique qui consiste à démultiplier les moulages et tirages en plâtre, soit de sculptures entières, soit d'éléments de sculptures, puis à les réassembler avec d'autres sculptures ou parties de sculptures, voir note suivante ou la fragmentation Dossier pédagogique sur musee-rodin.fr., en totale rupture avec l’académisme d'alors. En 1879, il participe à un concours pour l'érection d'un monument commémoratif de la guerre de 1870 à Courbevoie, mais voit son projet pour La Défense de Paris rejetéC'est le projet de Louis-Ernest Barrias qui fut retenu. ; ses amitiés avec des communards auront pu également influencer le jury.. Il intègre la manufacture nationale de Sèvres jusqu'en . À cette époque, il noue une relation passionnelle et tumultueuse avec la sculptrice Camille Claudel, de vingt-quatre ans sa cadette.
En 1878 et 1882, Rodin réalise des modèles d'ornements figuratifs, exécutés ensuite en bois par d'autres artistes, pour deux meubles réalisés par l'ébéniste parisien Mathias GinsbachMathias Morhardt, « Rodin ébéniste », L'Art et les Artistes, nouvelle série, t. I, 1920, -349 (consultable en ligne sur Gallica)..