Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice, dit aussi Jacques de La Palice, né vers 1470 au château de Montaigu-le-Blin (duché de Bourbon) et mort le lors de la bataille de Pavie (Lombardie) était un gentilhomme de la maison du roi et un officier français, qui a été successivement chambellan, conseiller du roi, grand maître de France, gouverneur du Milanais, maréchal de France, ambassadeur plénipotentiaire du roi, grand veneur de France, maître des Eaux et Forêts du Languedoc, gouverneur de Lyon et fait par décision royale Premier Président du Parlement de Dombes en 1523.
Il sert trois rois de France, , et , et participe à toutes les guerres d'Italie de cette période. L'historiographe de , Jehan d'Authon, le qualifie dans ses Annales de « second Hector ». Dans plusieurs ouvrages de biographies, notamment celle de Louis-Gabriel Michaud au , il est considéré comme « l'un des plus grands capitaines de son temps ».
Depuis le , son nom est associé au terme péjoratif de « lapalissade ». Cette chanson née d'un jeu d'esprit du poète dijonnais Bernard de La Monnoye resta très populaire à partir du .
Biographie Famille Membre de la famille de Chabannes, originaire du LimousinRégis Valette, Catalogue de la noblesse française, éditions Robert Laffont, 2007, page 59., il est le fils de Geoffroy de Chabannes, chevalier, seigneur de Charlus conseiller et chambellan du roi, sénéchal de Rouergue et de Charlotte de Prie, fille d'Antoine de Prie grand queux de France, seigneur de Buzançais et de Montpoupon et de Madeleine d'Amboise« Histoire généalogique de la Maison de Prie », Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, tome 38, , .. Il a pour sœur Anne de Chabannes, mariée en 1481 à Charles de Bourbon, prince de Carency.
Il épouse en premières noces en 1493 Jeanne de Montberon, fille d'Eustache de Montbron et de Marguerite d'Estuer et en deuxièmes noces en 1513, Marie de Melun dont il a eu Charles de Chabannes, chevalier, seigneur de La Palice, qui ne laissa que deux filles et qui fut le dernier de sa branche.
Carrière Jacques II de Chabannes est élevé à la cour d'Amboise comme enfant d'honneur auprès du dauphin Charles, fils de Louis XI, né la même année que lui. Il reste à son service lorsque succède à Louis XI en 1483.
Première bataille (1488) gauche|vignette|redresse|Bataille de Saint-Aubin du Cormier en 1488. Gravure de Lesueur (). Il participe pour la première fois à une bataille durant la Guerre folle, lors de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier () où il accompagne son père Geoffroy de Chabannes« Pour la Bataille, Mons. de La Trimouille ... Mons. de Charlus [Geoffroy de Chabannes] ... le ... », Ordre de la bataille des français à la journée de Saint Aubin-du-Cormier, d'après les Lettres de , , , Paris, Librairie Renouard, 1892 (Original à Venise, Bibliothèque de Saint-Marc, Classis Xa, cod. 96, fol. 80).. Au cours de cette bataille, le roi l'aurait adoubé en tant que chevalier selon une ancestrale tradition chevaleresqueL'Histoire de France pour les Nuls. par .
Gentilhomme ordinaire de la maison du roi (1490-1494) À partir de , Jacques de Chabannes fait partie des gentilshommes ordinaires de la Maison du RoiHistoire de Roy de France par Guillaume de Jaligny et André de La Vigne, recueillie par Denis Godefroy, historiographe ordinaire du roy, Paris, Imprimerie Royale, 1684 ( : « Rôles des Payements des Cent Gentilhommes de l'Hôtel du Roi en 1490 aux gages de tournois »).. Charles VIII lui octroie une pension annuelle de tournoisAuguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Éditions Henri Plon, 1872, (Original : Archives Nationales, Menus plaisirs du Roy, KK 76, )..
Cette même année, le roi envisage de lui faire épouser Françoise de Lespinasse, issue d'une famille de la noblesse d'AuvergnePierre Pélicier, Lettres de , (1490-1493), Paris, Librairie Renouard, 1902, (Original à la Bibliothèque nationale, Manuscrits français, 2922, ).. Cette alliance n'a pas lieu et en , Jacques de La Palice épouse Jeanne Marie de Montberon, originaire de l'AngoumoisComte Henri de Chabannes, Preuves pour servir à l'histoire de la maison de Chabannes, Dijon, Imprimerie Jobard, 1892, .
Guerre en Italie (1494-1495) En 1494, il devient chambellan du roi, avec une pension de Revue des Langues Romanes, volume 57-59, Montpellier, Société pour l’étude des langues romanes, 1914, .. À la fin de la même année il participe à la première guerre d'Italie. lui confie la direction d'une compagnie d'ordonnance, composée de , soit un effectif de d'armes. En , il combat dans la région d'Asti, à Valenza, Tortone et Alexandrie. En octobre, il est envoyé un moment à Milan. En 1495, il combat dans la compagnie de Gilbert de Montpensier.
En récompense de ses services, le roi lui accorde le , une gratification de Archivio Storico per le Province Napoletane (Archives Historiques des Provinces Napolitaines), , Naples, Editori Presso Gli, 1895, ) ; Atti della Cancelleria di a Napoli (Actes de la Chancellerie de à Naples) ; Giuseppe Galasso, Il Regno di Napoli : il mezzogiorno spagnolo (1494-1622), Editori Utet, 1992..
Retour en France (1495-1498) De retour dans ses terres, il reçoit le roi dans son château de La Palisse pendant trois jours du au Lettres de (1496-1498) par Pierre Pélicier. - - Édition Librairie Renouard. Paris, 1905., en Bourbonnois, le Bulletin du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques. (Publication ) - -690 : « Itinéraires et séjours de , de 1483 à 1498. » par Ernest Petit. Édition Imprimerie Nationale. Paris 1897.. Peu de temps après il reçoit du roi des revenus des greniers à sel de Semur-en-Brionnais et de Marcigny.
Débuts du règne de Louis XII (1498-1507) Un proche du nouveau roi alt=Portrait du maréchal de Chabannes à Beauregard.|gauche|vignette|161x161px|Portrait du maréchal de Chabannes, Galerie des Illustres du château du Beauregard (). Dès son accession au trône, le roi « aima Chabannes plus que tous les autres seigneurs de son temps, se fia en sa suffisance et l'éleva à une très grande fortune » rapporte Pierre de Bourdeille dans ses Mémoires sur les Grands Capitaines François.
En , il est nommé maître des Eaux et Forêts du LanguedocBulletin Philologique et Historique (jusqu'en 1715), Édition Comité des travaux historiques et scientifiques, , Imprimerie Nationale, 1963. (Orig : Bibl. nat. Languedoc 71 et Bibl. nat. Mss. Fr. 2616 ).
Il fait partie du conseil du roi et est un des signataires d'une ordonnance du , réglementant la discipline et l'organisation de la cavalerie royaleChantilly - Musée Condé. copie s. - BnF, Mss. Fr. 5295 -34 copie s. -- Voir : Valérie Bessey. Construire l'Armée Française - - De la France des premiers Valois à la fin du règne de . Édition Brepols. 2006 (financé par le Centre d'Histoire de la Défense).
Deuxième guerre d'Italie (1499-1500) Peu de temps après, il accompagne le nouveau monarque pour la conquête du duché de Milan.
vignette|redresse|La Palice blessé est prisonnier de Gonzalve de Cordoue pendant le siège de Ruvo en février 1503. Gravure de René de Moraine, .
Troisième guerre d'Italie (1501-1504) : la bataille de Ruvo En 1501, au début de la Troisième guerre d'Italie, il est appelé par le roi à faire partie de la composition de ses officiers des bandes d'ordonnances, où il commande une compagnie de 50 lances. il s'empare de plusieurs places dans les Abruzzes et les Pouilles.
Il est fait vice-roi des Abruzzes en 1502. La même année, il arbitre un duel entre l'Espagnol Alonzo de Soto Mayor et le chevalier Pierre Terrail de Bayard, désigné par celui-ci comme son parrain.
Le , Don Gonzalve de Cordoue, El Gran Capitan, commandant la garnison aragonaise de Barletta dans les Pouilles, apprend que la compagnie commandée par La Palice a mis le siège devant Ruvo di Puglia. Gonzalve fait détruire l'enceinte de la ville, mais La Palice, qui s'est retranché dans la forteresse, en attendant les renforts du duc de Nemours, résiste vaillamment aux assauts des Espagnols lors de la bataille de Ruvo.
Dans le royaume de Naples du roi Ferdinand II d'Aragon, la délicate situation stratégique de La Palice qui s'était déjà rendu maître de Castellaneta et osant défier la puissante armée de Gonzalve de Cordoue, fait alors figure d'irréductible, refusant de capituler. À ce propos, dans ses célèbres Diarii (journaux) le chroniqueur italien Marino Sanuto relate avec force détails, quel fut le siège et la délivrance de la citadelle de Ruvo : « ..(...) Les Français qui sont à l'intérieur, ne sortent pas, sauf quand le peuple a entouré le terrain, qui vaut un quart de mille. Ils sont tristes et ont mis des murs. Monseigneur de La Paliza, gouverneur des Abruzzes et de la terre de Bari était dans ce lieu avec beaucoup d'autres ici même. Il y avait d'armes à l'intérieur, 200 canonniers, . Ils se tenaient au-dessus des murs, et lorsque se battaient pendant environ quatre heures, Monseigneur de La Paliza, avec les autres seigneurs et hommes d'armes se défendaient virilement avec courage. Le grand maître a avec lui et . Ils prirent ledict lieu par la force et Monseigneur de La Paliza fut blessé à la tête. (...) »Il Diarrii di Marino Sanuto. Tome Ve - p.840. - (MCCCCCIII Marzo) Editore Forni 1880.. Ayant réussi à percer quelques brèches dans la muraille, Gonzalve se rend cependant maître de la cité et La Palice, grièvement blessé, doit se rendre à Gonzalve de Cordoue, qui le fait conduire sous les remparts et menace de l'exécuter. Les derniers soldats français retranchés dans Ruvo sont attaqués par les Espagnols. Gonzalve ordonne aux troupes françaises de se rendre, en échange de quoi la vie de La Palice sera épargnée. Tel un lion en furie abandonné par ses dernières forces, La Palice vaincu finit sous la contrainte par se rendre entre les mains d'un homme d'armes du capitaine espagnol Don Diego Hurtado de Mendoza, d'une des plus illustres familles d'Espagne. Dans un geste des plus chevaleresques de la part d'un officier supérieur, La Palice jeta au loin le tronçon de son épée, s'écriant avecBeaux Traits de l'Histoire Militaire des Français, depuis l'origine de la Monarchie jusqu'à ce jours.-- Tome - (Le brave La Palisse, pages 204-205) Édition Librairie Alexis Emery - Paris 1825 un rare sang-froid et défiance : « Ni toi, ni un autre ne l'aura jamais de ma main », ce qui fit dire avec quelques admirations par cet officier espagnol :
« Heureux La Palice, que Ferdinand avec toute sa puissance, que Gonzalve avec toute son habileté, me paraissent petit auprès de toi. »
Bien que déclaré vaincu, La Palice dans un dernier baroud d'honneur exhorte néanmoins le lieutenant du duc de Savoie de poursuivre le siège, lui recommandant de ne rien céder aux Espagnols et à continuer le combat jusqu'à l'instant ultimeCharles Rozan, Petites Ignorances Historiques et Littéraires, (pages 108/109 sur La Palice), Edition Maison Quantin, Paris, 1888. Ouvrage couronné par l'Académie française. Prix Monthyon..
La citadelle est finalement prise et Gonzalve de Cordoue fait soigner La Palice par les chirurgiens de son armée. Dans une dépêche datée du et rendant compte de l'épilogue tragique de cette défaite mémorable, Antonio Giustiniani, ambassadeur vénitien à Rome de 1502 à 1505, relate le dénouement de cette fameuse bataille :