thumb|Couple dont l'un des membres est en fauteuil roulant. thumb| Caresses entre deux personnes trisomiques.

Le handicap peut affecter le fonctionnement des organes sexuels d'une personne (à la suite de lésions de la moelle épinière par exemple) ou l'empêcher de se toucher. La sexualité et le handicap sont généralement encore des tabous. Les familles et les institutions ont longtemps attribué aux handicapés une asexualité (« angélisation »), ou une bestialité.. En institutions, les personnes handicapées voient souvent leurs droits à l'intimité et à la sexualité non respectés.. Ces personnes subissent en outre plus de violences sexuelles que les personnes sans handicap...

Depuis les années 2000, très peu d'études ont été publiées sur la sexualité des jeunes (10-24 ans) en situation de handicap, alors qu'ils sont près de 180 millions dans le monde, confirmant la persistance d'un tabou et une possible stigmatisation jusque dans la recherche. Ces jeunes ont pourtant des besoins en santé sexuelle comparables à ceux des autres. Ils ont aussi des besoins d'informations (et parfois d'outils) qui devraient être adaptées à leur handicap, pour comprendre leur corps, les relations, le consentement et la communication et vivre leur sexualité. Ce sujet est peu abordée par les discours de vulgarisation sur le handicap, et souvent oublié dans les études statistiques (qualitatives ou quantitatives) sur la sexualité. Dans de nombreux pays, le désir, le plaisir sexuel et l'éducation sexuelle sont déniés aux jeunes handicapés. En Europe, la possibilité de mettre en place des assistants sexuels pour certaines personnes handicapées est évoquée., soutenue par plusieurs associations françaises..

Histoire Il n'existe plus de règle absolue interdisant aux personnes handicapées, même mentales, d'avoir une sexualité. Au début du , les « infirmes » et les « débilités » n'avaient pas le droit d'avoir une sexualité « normale » (c'est-à-dire « procréatrice ») par crainte d'une dégénérescence.

Cependant, ce mouvement d'amélioration de l'accès à la sexualité des personnes handicapées ne signifie pas que tous les obstacles ont été surmontés ; la sexualité des personnes handicapées et ses « conséquences » sont encore très surveillées.

C'est ce qu'ont montré en 1983 Alain Giami, Chantal Humbert et Dominique Laval dans leur célèbre ouvrage, L'Ange et la Bête. Dans cette étude, la sexualité des personnes « handicapées mentales » est comparée soit à un ange asexué, soit à une bête qui ne peut pas contrôler sa sexualité. Les parents d'enfants handicapés ont tendance à considérer leurs enfants comme des anges asexués, tandis que les éducateurs spécialisés les considèrent comme des bêtes incapables de contenir leur sexualité.

Les progrès médicaux (prévention, soins et réanimation) font que les enfants nés handicapés physiques et/ou mentaux, ainsi que les victimes d'accidents sont bien plus nombreux à atteindre la vie adulte.

Le premier congrès français sur le thème Handicap et sexualité se tient en 1980 à Paris. Il réunit médecins, psychologues et sexologues.

La fédération nationale des associations de parents d'enfants atteints de troubles mentaux, UNAPEI, ainsi que les CREAI ont commencé à réfléchir à la question.

Alain Giami a mené une enquête nationale à grande échelle sur le point de vue des parents et des éducateurs sur la sexualité des élèves atteints de déficience intellectuelle, ce qui a permis de qualifier le sujet de « problème ». Il montre que ces personnes sont généralement perçues soit comme des anges asexués, soit comme des créatures dont la sexualité échappe à leur contrôle.

La crise du sida des années 1990 a révélé la forte prévalence du VIH chez les personnes présentant une déficience intellectuelle.

En 1997, le Conseil national du sida a publié un document intitulé « Les oubliés de la prévention » qui traitait de la stigmatisation entourant les personnes atteintes de maladie mentale.

Dans un article de 1999, Alain Giami démontre comment la sexualité est structurée dans les milieux institutionnalisés pour décourager la grossesse et, par extension, la mixité.

Stérilisations Le , Libération a publié les résultats d'une étude menée en Gironde. Un tiers des femmes handicapées mentales en Gironde et deux tiers des femmes en institution étaient stériles. En 1997, les médias ont fait état d'un plan des années 1970 visant à stériliser les personnes handicapées mentales en Suède et dans d'autres pays nordiques. Charlie Hebdo a affirmé en septembre que femmes handicapées en France avaient été stérilisées à leur insu.

Légalement, la ligature des trompes était interdite. Nicole Diederich a découvert que de jeunes femmes souffrant de handicaps modestes et qui auraient pu utiliser des moyens de régulation des naissances ont été stérilisées.

Le législateur a comblé la lacune de la loi sur la stérilisation en 2001 en ne l'autorisant que dans des conditions strictes et en imposant au juge de recueillir le libre consentement de la personne chaque fois que cela est possible.

Sexualité en institution Vivre dans une institution spécialisée rend plus difficiles les possibilités d'avoir des relations sexuelles. En France, d'après l'enquête Handicap, Incapacité, Dépendance, moins de 25% des personnes handicapées vivant en institution ont une ou plusieurs relations, contre 90 % en la population générale. Dans les institutions spécialisées, les personnes handicapées peuvent manquer d'accès à l'éducation sexuelle.

Ce contexte augmente les risques de mauvaise estime de soi, mais aussi de violences.

Le Sénat a enquêté sur les abus institutionnels en 2002-2003. Les personnes handicapées intellectuelles ont quatre fois plus de risques d'abus sexuels que la population générale. Les hommes handicapés sont quatre fois plus susceptibles d'avoir subi une agression sexuelle que les personnes non handicapées (13,9 % contre 3,7 %), tandis que les femmes handicapées sont deux fois plus susceptibles (26,6 % contre 12,4 %).

Aspects juridiques L'article 11 de la loi promulguée le pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées affirme le droit de toute personne handicapée à la compensation des conséquences de son handicap.

Il n'y a pas de droit à la sexualité en France. Cependant s'applique aux personnes handicapées l'ensemble des règles, en particulier le respect à l'intimité dans les établissements, mais aussi les obligations à l'éducation sexuelle.

La récente condamnation d'un hôpital psychiatrique pour avoir voulu interdire les relations sexuelles dans tout l'établissement au nom du respect du droit à la sexualité suppose l'existence d'une liberté individuelle […] dont le respect de la vie sexuelle est une composante.

Les organisations de personnes handicapées ont politisé la sexualité en raison du nouveau concept de « santé sexuelle ». "un état de bien-être physique, mental et social eu égard à la sexualité, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie, de dysfonctionnement ou d'infirmité. La santé sexuelle s'entend comme une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que comme la possibilité de vivre des expériences sexuelles agréables et sûres, exemptes de coercition, de discrimination et de violence. Pour que la santé sexuelle soit assurée et protégée, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et appliqués"La « Convention relative aux droits des personnes handicapées » (CDPH) demande aux États Parties de l'ONU de prendre des mesures appropriées pour assurer aux personnes en situation de handicap le droit de la famille, y compris le mariage et l'adoption, et la protection contre la stérilisation contrainte, mais sans évoquer plus explicitement le droit à une sexualité. En France, aucune des 1157 pages du rapport d'expertise collective de l'INSERM (2016) sur les déficiences intellectuelles n'évoquent la sexualité, bien que le groupe d'experts ait auditionné la Sexo-pédagogue Catherine Agthe-Diserens, de l'Association suisse Sexualité et Handicaps plurielsSEHP Présentation de l'association SEHP.

Le projet de recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP) évoque clairement l'accompagnement ou la prise en charge pour l'accès à la santé, à l'autonomie, mais mentionner la sexualité.

Représentations sociales, estimes de soi thumb|Moha en soutien-gorge balconnet, porte-jarretelles et bas, sur un fauteuil roulant, photographié par Tomas Gunnarsson, photographe féministe suédois, militant de l'identité de genre, auteur de campagnes critiques contre les stéréotypes et idées reçues concernant notamment les femmes, et le handicap dans les médias et la publicité. thumb|Autre photo de Tomas Gunnarsson, interrogeant les idées reçues sur la séduction et le corps.

L'image de soi peut durablement en souffrir, et entretenir un manque de confiance.

Dans The Ultimate Guide to Sex and Disability, Miriam Kaufman souligne que tenter de cacher un handicap ou de minimiser son existence est un fardeau supplémentaire ; elle encourage ses lecteurs à « se révéler » avec leur handicap, en l'acceptant.

À la croisée des domaines du sexuel et du handicap, on trouve souvent de la gêne voire de la peur, tant chez ceux qui ne connaissent pas le handicapé que chez ce dernier qui peut craindre le rejet, à cause de son apparence. Cette hypersensibilité l'amène souvent à s'auto-limiter aux interactions platoniques avec les autres.

Pour Robert McRuer le « regard évaluatif » porté sur les personnes handicapées fait qu'elles se sentent jugées et mal à l'aise dans leur propre corps.

Néanmoins, tous les handicapés n'ont pas une image négative d'eux-mêmes. Une étude faite par Lena Adamson sur 7 adolescents (3 filles et 4 garçons, de 12 à 17 ans) atteints de paralysie cérébrale, a porté sur leur estime de soi. Selon l'autrice, ils se voyaient en réalité de manière très positive, évaluant même leur image de soi comme plus élevée que celle les groupes « normaux ».

Une idée reçue est que les personnes handicapées seraient un peu comme des enfants éternels. Une autre croyance est que l'acte sexuel serait trop 'acrobatique' pour certains, ou que tous les paralysés ne sentent plus leur sexe. Ainsi, imagine-t-on qu'une personne très handicapée ne peut pas avoir de sentiments et de relations sexuelles en raison de ses déficiences. Les femmes handicapées sont souvent considérées comme sans désir sexuel et en outre comme physiquement non attirant (parce que la société ne les considère pas comme sexuellement désirables). Elles sont ainsi limitées et contraintes dans leur capacité à aimer et à être aimées.

En France, au début des années 2000, selon Le Monde : seuls .

Stéréotypes et idées reçues liés au handicapthumb|Walter Kistler, 53 ans (porteur du syndrome de Down) ici avec sa petite amie. Son histoire a fait l'objet d'un article dans ZEITmagazin en 1994ZEITmagazin n° 37, 6 septembre 1996, pp. 3, 8-15. 1994. Toutes les personnes handicapés n'ont pas la chance de trouver un partenaire pour leur vie sentimentale, et il est faux de penser que la plupart d'entre eux n'ont pas besoin de relations sexuelles et sentimentales pour être heureux.

Nombre d'entre eux persistent, et ils ajoutent aux difficultés et à la stigmatisation vécues par les personnes handicapées.

Les mythes suivants ont notamment été identifiés : Les personnes handicapées n'ont pas besoin de relations sexuelles pour être heureuses ; elles ne sont pas sexuellement attirantes ; elles sont « sursexuées » ; elles sont des besoins plus importants que le sexe ; elles n'ont pas besoin d'éducation sexuelle ; elles ne peuvent pas avoir de vrais rapports sexuels ; elles (en cas de déficience intellectuelle notamment), ne devraient pas avoir d'enfants et ne devraient pas être autorisées à en avoir.